L’altruisme expliqué par le Bouddhisme

Je ne suis pas particulièrement adepte du Bouddhisme, mais il faut reconnaître que l’explication de Matthieu Ricard, moine bouddhiste, sur le concept d’altruisme est particulièrement intéressante. Elle a le mérite d’être précise et formalisée :

 

Adopter l’attitude du médecin

L’altruisme étendu ne dépend pas de la façon dont se comportent ceux auxquels il s’adresse car il se situe à un niveau plus fondamental. Il se manifeste lorsque nous prenons pleinement conscience du fait que les êtres se comportent de façon nuisible parce qu’ils sont sous l’emprise de l’ignorance et des poisons mentaux que celle-ci engendre. Nous sommes alors en mesure de dépasser nos réactions instinctives face aux comportements malveillants, car nous comprenons que ceux-ci ne diffèrent en rien de celui d’un malade mental agressant ceux qui l’entourent nous nous conduisons alors à la manière d’un médecin. Si un patient souffrant de troubles mentaux frappe le praticien qui l’examine, ce dernier ne va pas le battre à son tour mais, au contraire, le soigner.
A première vue, il peut sembler incongru de traiter un ennemi avec bienveillance « il me veut du mal, pourquoi lui voudrais-je du bien?» La réponse du bouddhisme est simple «Parce que lui non plus ne veut pas souffrir, parce que lui aussi est sous l’emprise de l’ignorance.» Face au malfaiteur, l’altruisme véritable consiste à souhaiter que ce dernier prenne conscience de sa déviance et cesse de nuire à ses semblables. Cette réaction, qui est à l’opposé du désir de se venger, de punir en infligeant une autre souffrance, n’est pas une preuve de faiblesse, mais de sagesse.
La compassion n’exclut pas de faire tout ce qui est possible pour empêcher l’autre de nuire à nouveau. Elle n’empêche pas d’utiliser tous les moyens disponibles pour mettre fin aux crimes d’un dictateur sanguinaire, par exemple, mais elle s’accompagnera nécessairement du souhait que la haine et la cruauté disparaissent de son esprit. En l’absence de toute autre solution, elle ne s’interdira pas le recours à la force, à condition que celle-ci ne soit pas inspirée par la haine, mais par la nécessité de prévenir de plus grandes souffrances.
L’altruisme ne consiste pas non plus à minimiser ou à tolérer les méfaits des autres, mais à remédier à la souffrance sous toutes ses formes. L’objectif est de briser le cycle de la haine au lieu d’appliquer la loi du talion. Si l’on rendait «oeil pour oeil, dent pour dent, disait Gandhi, le monde serait bientôt aveugle et édenté ». Plus subtilement, Shantideva écrivait : «Combien tuerai-je de scélérats? Il s’en trouve partout et en venir à bout jamais ne se pourra. Mais si je tue la haine, j ‘aurai raison de tous mes ennemis
«Aussi hideuse que soit la vie d’un homme, la première chose à faire est de chercher à le comprendre», écrit le philosophe américain Alfie Kohn. Asbjorn Rachlew, l’officier de police qui supervisa l’interrogatoire d’Anders Breivik, l’auteur fanatique des crimes de masse récemment commis en Norvège, déclarait : «Nous ne frappons pas du poing sur la table, comme on le voit au cinéma, nous devons laisser la personne parler le plus possible, et pratiquer l' »écoute active”, puis, à la fin, nous lui demandons : Comment expliquez-vous ce que vous avez fait ?» Si l’on veut prévenir la résurgence du mal, il est essentiel de saisir d’abord pourquoi et comment il a pu surgir.

Son livre mérite d’être lu : M. Ricard (2013). Plaidoyer pour l’altruisme. Nil, Paris

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