Comment j’ai mangé une semelle hachée frites …

Aujourd’hui je prends un TGV en direction de l’est. Mais pas dans la nouvelle région « île d’Europe » un peu en dessous. Mais encore une fois, je ne peux pas vous donner ma destination exacte car c’est top secret défense comme on dit dans le jargon du métier.

LPP_0006_Dijon

J’arrive dans la ville de ladite gare à l’heure très tôt du matin vu que je suis parti encore plus tôt de Paris. Et très tôt, il en faut deux pour faire une table sinon … la planche … elle tombe … brrrrr…..on cogite … ha ça y est on a compris 😉

Bref, la collègue qui devait m’accueillir m’envoie un petit sms la veille pour me dire de sortir côté « passage Vincenot ». Ce sera plus facile pour te récupérer au dépose minutes. Le train arrive en gare, je descends en faisant bien attention à ne rien oublier à ma place, à l’espace entre le marchepied et le quai, à l’étiquetage de mes bagages, à ne pas boire l’eau du robinet car elle n’est pas potable, à laisser cet endroit dans le même état que celui où je l’ai trouvé, à prendre mon justificatif de voyage si je circule dans les ouagons, à passer mes appels sur la plateforme, à mettre mon téléphone portable en mode vibreur, et à ne pas mettre mes doigts dans l’encadrure de la porte car je risque de me faire pincer très fort. Ha … flûte, je me disais bien que j’avais mal enregistré les messages d’avertissement … le dernier c’est la RATP et non la SNCF … bon, je réviserai un autre jour.

Me voilà donc sur le quai, la température au sol est de 2 degrés. Ce n’est pas que j’ai un thermomètre sur moi mais que l’écran du TGV nous l’a indiqué. Et j’ajoute, pour vous aider à visualiser la scène, que l’hygrométrie doit être à 98% d’humidité avec un brouillard façon « frog », un petit vent qui vous souffle délicatement dans les oreilles, un ciel non pas de traîne mais de dégringolade façon nuages au raz du sol, bref dit autrement … un temps de « ch##@ …. ».

Je regarde à droite, à gauche, rien ! Pas d’indication. Je m’engage dans le flot des voyageurs. Je descends un escalier. En bas de l’escalier des flèches vers la droite pour accéder à la sortie, aux taxis et aux bus et des flèches vers la gauche pour accéder … à la sortie, aux taxis et au bus ! Bref … pas plus de « passage Vincenot » que de beurre en branche. Ce qui est tout à fait normal me direz-vous car je ne suis pas en Normandie mais dans une région plus à l’est si vous avez suivi mes premières phrases … pas pour le passage Vincenot … pour le beurre … cappichi ?

Je tourne … à gauche. Allez savoir pourquoi, peut-être une sorte de tropisme naturel vers le meilleurs côté. En tout cas, encore une fois, c’est une bonne décision car je perçois au loin, dans ce long tunnel, la collègue en question.

Elle : « bonjour Fabien, comment vas-tu ? »

Smouitch, smouitch … ça … c’est la bise … pas le vent, l’attouchement joue contre joue pour éviter la grosse trace de rouge à lèvre qui ferait jaser tout le quartier,

Moi : « bien, un peu matinal mais bien »

Elle : « oh oui alors tu as du partir tôt ? »

Moi : « un peu oui, 6h23 donc levé beaucoup plus tôt »

Elle : «  ha oui tout de même ça fait tôt »

Moi : « oui quand même … hein …. Hum … »

Elle : « Et à Paris quel temps fait-il ? Parce que ici hein … bon … »

Moi : « j’ai pas bien vu, il faisait nuit et …. »

Elle : « ha bein oui, la nuit … »

Bref, c’est ce qui s’appelle un échange de banalités et qui durera, tout en marchant, jusqu’à cette phrase qui va nous sortir du banal pour entrer dans le concret du réel et de l’opérationnel cher à cette grande maison : « je suis garée juste derrière la voiture de police … ». Magistral, grandiose, qui n’appelle aucun commentaire tant la précision ciselée au sabre laser a clos toute velléité de complétude. Je crois bon toutefois d’ajouter : « ha oui, le jumpy blanc … » et elle de conclure « oui le jumpy de la police »

C’est marrant comme on vient de basculer d’une scène de police façon voiture en embuscade type « sous-marin » du GIGN avec des policiers cagoulés à l’intérieur prêts à bondir sur un groupe de djihadistes mal intentionnés à une scène de la chambre des enfants jouant avec une voiture de police playmobile pleine de petits bonshommes raides comme des passes lacets avec tous la même coupe à la justin Bieber ultra gominé juste en donnant le nom de la voiture … un « Jumpy »  Je vous laisse méditer sur cette image …

Bref, je monte dans sa voiture. Elle s’installe au volant. Elle enfonce la clef dans le neiman comme Dark Vador son sabre lacer dans le ventre de l’ennemi. Elle tourne la dite clef et fait … hurler le moteur ! … ha oui … il faut que je passe une vitesse … dit-elle !

Et là, tout d’un coup, je me souviens que Sylvie est une catastrophe au volant, une sorte de martyr de l’automobile, le bourreau de la boîte de vitesse, le … pingouin de l’accélérateur … oui parce que les pingouins n’ont pas de bras, juste des palmes pour écrabouiller les pédales, le dictateur du volant … pour obliger les roues à aller où elle veut et bien entendu partout où c’est interdit comme les demi-tour en franchissant le terre-plein central qui mène à la toison d’or … bref …j’attache ma ceinture à double tour !

Vous vous souvenez de cette scène culte dans le gendarme de Saint Tropez ? Celle où une bonne sœur conduit une deux chevaux ? Oui ?, vous visualisez ? Alors dites-vous que j’ai traversé la ville avec la bonne sœur de Louis de Funes au volant d’une twingo de location ! Autant dire que devant la télé on rigole bien mais … assis à la place du mort dans une twingo … on sert l’arrière train en se disant « heureusement qu’on reste en ville … au moins la vitesse restera raisonnable … »

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La video

Bref, on arrive sur place. Je fais ma présentation. J’ai droit aux applaudissements comme si j’avais fait un sketch sur la scène de l’Olympia … « une autre … une autre …. une autre …. »

Et zou, on remet ça dans l’autre sens. Il faut bien que je retourne à la gare. Arrivé à proximité, elle me propose de me laisser à l’arrière de la gare car se sera plus pratique mais je devrai marcher un peu. « Où si non, je peux faire tout le tour et te déposer devant la gare … »

Moi : « non, non … pas de soucis, laisse moi vivre … heu pardon , laisse moi ici, je vais marcher pas de soucis … en plus il fait super froid, il vente et il pleut … ce sera beaucoup plus agréable de marcher un peu que de faire de la voiture  »

Allez salut, à bientôt … re Smouitch, smouitch … la bise d’au revoir … la même que celle du bonjour de ce matin mais un peu plus livide tout de même … rapport au trajet en voiture …

Me voici donc à la gare avec un peu de temps à tuer avant mon TGV pour Paris. Je tourne, retourne. J’ai froid dans ce hall de gare. Jusqu’à ce que j’aperçoive l’entrée d’un bistrot qui a l’air paisitoche … c’est la contraction de paisible et sympatoche … paisitoche quoi, ça veut bien dire ce que ça veut dire … vous pouvez tout à fait réutiliser ce terme, je le dépose ici en Open Source et en licence Creative Common : il vous suffit juste de ne pas le modifier si le contexte ne le justifie pas et de citer la source 😉

J’entre … la très jeune serveuse : « bonjour monsieur, c’est pour ? » moi : « hé bien … faire un tennis évidemment » (oups désolé, ça c’est le sketch de Bigard … ) « pour manger … c’est encore possible ? »

La très jeune serveuse : « bien sûr … installez-vous »

Moi : « à cette table … »

La très jeune serveuse : « non, celle-ci … celle juste derrière la porte qui mène dehors, vous serez en plein courant d’air, vous allez voir, c’est super sympa ! »

Moi : « heuu vraiment, je ne peux pas plutôt me mettre ici » … tout en pointant du doigt les 200 tables vides de ce restaurant d’une gare de ville de province deserte.

La très jeune serveuse : « installez-vous ici … »

Bon, je n’insiste pas, j’obtempère et je m’assois … la carte … alors voyons … hum l’embarras du choix : la carte fait 20 mètre carré et propose … 2 plats … je vais prendre votre steak hachée XXL avec des frites 

La très jeune serveuse repart avec ma commande. Un client entre par la petite porte derrière moi, le vent glacial me tombe dessus … ça tombe bien, mon coca était un peu tiède ça va le refroidir … il faut toujours voir le bon côté des choses … ha … pardon, TOC TOC …maintenant mon Coca est gelé, il est solidifié !

J’attends … j’attends …. je re-attends …. je re-re-attends toujours ….

La très jeune serveuse arrive avec mon plat : « bon appétit monsieur … je vous apporte du pain »

Je regarde mon assiette : un petit tas de frites sans sel à l’allure bien grasse, 3 feuilles de salades, une tomate cerise pour la couleur et au milieu … ce que je prends tout d’abord pour être une demi semelle sholl …

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… se révèle être … mon steak haché XXL ! Les 2 plus grandes diagonales font 5cm par 3 cm … bon, on ne doit pas avoir les mêmes repères entre Paris et la province me dis-je. Il me semblait que XXL c’était la plus grande taille … Bref, je le soulève précautionneusement avec ma fourchette. Il est très fin mais … très rigide ! Bon ça va, il n’y a rien en dessous …

Je coupe un morc … pardon, je tente de couper un morceau … pas facile avec mon couteau et ma fourchette. Compte tenu de la texture, il me faudrait … une tronçonneuse !

Je parviens tout de même à terminer mon assiette en faisant passer le steak à grand renfort de moutarde de ladite ville de province où je me trouve:-)

Bref, j’ai mangé une s’melle hachée frites … 🙂

La très jeune serveuse revient : « Tout va bien monsieur ?»  avec un large sourire.

Moi : « Parfait, mademoiselle, c’était … parfait … » avec le même large sourire … hé oui, je sais … je ne sais pas être bougon et méchant comme la plupart des Français … même dans la pire des situations …:-))

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