Comment j’ai rencontré les pompiers de Paris et accessoirement, sauvé un homme !

Une nouvelle aventure à Paris, en réalité augmentée comme d’habitude. C’est à dire la réalité mais …  légèrement transformée pour caricaturer un peu … une réalité augmentée quoi 🙂

Je marchais sur le trottoir. Je rentrais d’une réunion dans Paris et rejoignais mon bureau. En face de moi arrive un homme. Et tout d’un coup, il titube et … choit … Alors, dans un mouvement réflexe,  j’essaie de l’attraper par le bras pour retenir sa chute. Mais il doit faire 2 fois mon poids … pouf, il choit … sur le trottoir et moi avec évidemment.
Je suis désemparé, je regarde autour de moi en tenant le bras du pauvre homme gisant à terre.
« appelez les pompiers » j’entends
Ok, je prends mon téléphone, je galère pour faire le code de sécurité, un peu d’émotion dans le doigt qui tremblote sur le clavier virtuel. Tiens, ça me fait penser qu’un jour, il faudra que je vous parle de ces claviers virtuels. Mais bon, pas tout de suite car là, il y a un homme à terre qui va pas bien du tout.
Moi : « Les pompiers ? C’est quel numéro ? Je fais le 17 ? » c’est dire, si je suis bien informé …

Mais non j’entends, le 18 !
J’appelle …

Ca décroche : « bonjour, vous venez de composer le 18 … »

Non, tu déconnes ! j’ai pas fait attention, je compose toujours le 19 d’habitude 😉

Le message se déroule en me racontant à peu près cela « … attention, il s’agit d’un numéro d’urgence. Si vous appelez ce numéro sans réel motif alors vous allez être punis machin tout ça que c’est pas bien parce que c’est pas gentil et bla bla bla … »

Hé ho stop, c’est bon, il y a un monsieur qui va bien là ..

Le message continue « … si vous mentez bein c’est pas bien de mentir parce que le mensonge ne mène à rien hein vous vous souvenez de Pinocchio … »

Oui mais moi, j’ai un monsieur qui va mourir là … je lui dit quoi … que le monsieur du téléphone me raconte des tas d’âneries ?

Le message continue « … pis t’as pas intérêt à déconner parce que y a des articles de lois machin tout ça hein … quand même … le L heu … 8547-45 par exemple et pis plein d’autres aussi alors tu vois si c’est sérieux … »

Le message reprend « … donc t’es sûr et certain que tu veux vraiment parler aux pompiers hein ? parce que je te l’ai pas dit mais ton numéro de téléphone va être enregistré comme ça si c’est une embrouille que tu nous fais bein paf on te retrouve tout de suite et on te fou en taule … »

Tout d’un coup j’hésite. Mais pourquoi je me suis mis dans cette galère. Après tout je le connais pas le monsieur. Si je me levais et m’en allais hein ? De toute façon, le type y parle plus, il est tout blanc, y pourra pas crier … hein ? il ne parle plus ? houlala non, non, j’insiste et tant pis si je termine en taule, je ne laisserai pas ce brave homme mourir à cause d’un message d’avertissement sur le serveur du 18. C’est quand même dingue d’être là, d’essayer de sauver un homme et de se retrouver accusé et à devoir se justifier …

Le message continue « … bon, je vais compter jusqu’à 5, si tu veux raccrocher avant c’est bon j’oublie tout. Si non reste jusqu’au 5 … attention … 1 …. 2 …. 3 …. 4 …. 5 … t’es toujours là ? t’es sûr hein ? tu te fou pas de nous ? .. ». J’assume, je reste.

Cette fois, j’ai une vraie voix au téléphone « …  allô monsieur, vous avez composé le 18, vous allez »

Je le coupe net « Oui j’ai composé le 18, je suis dans la rue avec un monsieur qui a chut en face de moi »

Le 18 : « bon, très bien, et comment il va ce monsieur »

J’imagine le pompier de Paris que j’ai au bout du fil, le genre de men bodybuildé qui pose sur le calendrier qu’ils nous vendent au 14 juillet. Il fait 3 fois mon poids et 2 fois ma carrure dans sa tenue bleu au filet rouge qui fait fondre toutes les femmes et … je me demande toujours pourquoi … Alors, en guise de revanche des hommes qui ne sont pas pompier de Paris, j’assume mon rôle de justicier pour ce brave homme en train d’agonir.

Moi : « bein écoutez mon brave, s’il allait bien je ne vous aurais pas appelé … hein, tu vois ce que je veux dire banane ».

Le 18 : « est-ce que le monsieur peut se relever ? »

Moi : « heu non … sinon il serait rentré chez lui vous ne pensez-pas ? »

Le 18 : « est-ce que le monsieur peut parler ? »

Moi : « bein là techniquement il essaie d’articuler les lèvres mais il n’y a pas de son qui sort »

Le 18 : « où est-ce qu’il a mal ? »

Moi : « vu comme il se tient le coeur, à mon avis c’est au coeur »

Le 18 : « demandez-lui si ça picote ou si ça le tire ? »

Moi : « dites monsieur, c’est t’y que ça vous picote ou que ça vous tirote ? »

Le monsieur me fait un PFFfouuuutt comme il peut

Moi : « bein il ne sait pas »

Le 18 : « est-ce que vous pouvez me le passer ? »

Moi : « je veux bien mais il parle difficilement vous savez »

Le 18 : « mettez le téléphone sur son oreille »

Je m’exécute … je tiens le téléphone sur l’oreille du monsieur. Je n’entends plus rien mais je comprends que le 18 pose plein de questions au Monsieur et que le monsieur … bein il fait des gestes, lève les épaules mais ne prononce quasiment rien … il me fait un geste pour que je reprenne l’écoute.

Incroyable, après les  mille questions que l’on m’a posées … je dois mettre mon téléphone à l’oreille du mort pour qu’il justifie sa mort … car je suis soupçonné de mentir et mon numéro de téléphone sera enregistré pour pouvoir m’accuser plus facilement ensuite ! Le pauvre monsieur est en train de suffoquer !

Le 18 : « bon, bein … je pense que je vais vous envoyer les collègues … »

Moi : « non tu crois ? ça fait trois plombes que je t’explique que le monsieur y va pas bien du tout là … »

Le 18 : « donnez moi votre adresse »

Moi : « bein … porte des lilas »

Le 18 : « oui mais où, c’est grand la porte des lilas »

Moi : « heuuu sur le trottoir à côté du tram »

Le 18 : « oui mais quel trottoir, il n’y a que ça à la porte des lilas .. »

Une passante qui était là depuis le début me souffle « Avenue de la porte des lilas … au 4 ». Je la soupçonne d’être un peu voyeuse …

Moi : « Avenue de la porte des lilas … au 4 »

Le 18 : « ha oui, bon, je vous transfère à mes collègues PAF il raccroche … ça sonne … ça sonne »

Au fond de moi « purée tu vas voir que personne ne va décrocher … »

Le 18, enfin l’autre 18 : « oui allô, de quoi s’agit-il ? »

Au fond de moi : « purée je ne vais pas tout recommencer tout de même … »

L’autre 18 : « vous êtes où ? »

Moi : « Avenue de la porte des lilas … au 4 … et je suis avec un monsieur qui va pas bien du tout … »

L’autre 18 : « bon, ok les collègues arrivent sur place, ne bougez pas »

Moi : « un peu mon n’veu que j’vais pas bouger … je vais pas le laisser mourir ce brave homme »

Ca raccroche. L’attente commence. Et les passants qui me regardent comme si j’avais tué l’homme qui se trouve à terre. Sans parler de ceux qui demandent s’il faut faire quelque chose … j’attends …

J’attends … le brave homme essaie de se relever … « ne bougez pas monsieur, les pompiers vont arriver rapidement »

Au fond de moi « ouais bein, s’ils arrivent aussi vite que la conversation au téléphone, il seront là la semaine prochaine … »

Un camion de pompier, il file tout droit … Ha bein non, ça devait pas être lui. Une ambulance … ha bein non, c’est une ambulance privée c’est pas les pompiers

Bref, j’attends …. j’attends …. j’attends …. et j’attends … j’attends … j’attends

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On dirait que ça fait mille ans que j’attends quand un petit camion rouge arrive. Les passants qui ont suivi la scène se jettent au milieu de l’avenue des lilas pour indiquer l’endroit. Le petit camion se gare. Le pompier passager sort nonchalamment. Il est en train de tapoter sur un boitier électronique façon livreur de DHL. Il s’approche de l’homme encore allongé par terre. Tout en tapotant sur son clavier il lui demande comment ça va … C’est vrai que quand on voit le type, assis par terre, tout blanc, la main serrant son coeur, soufflant comme une chaudière de locomotive à vapeur … on a envie de lui demander comment ça va …

Je me demande s’il écrit un texto à sa copine où s’il enregistre son intervention … bref, il n’a pas encore quitté les yeux de son écran quand je lui demande « C’est bon ? Vous vous occupez de lui ? Je peux retourner au bureau ? »

Le pompier : « oui, oui, c’est OK, on s’en occupe »

Je les laisse avec le monsieur et je repars vers le bureau … le pompier est toujours en train de textoter … le monsieur est toujours assis par terre …

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉