L’école d’inge ou le graal à 2 balles …

Souvenez-vous, dans mon article sur les climatiseurs, je vous promettais de vous raconter l’école d’ingénieur. Comme je n’ai pas envie d’entendre que je n’ai pas tenu ma promesse – en période d’élections il faut se méfier – je vais donc vous narrer l’aventure du collégien, puis lycéen, puis étudiant en école d’ingénieur que je fus. Ou autrement dit, ma première expérience d’orientation scolaire.

Tout commence à l’age de 13 ans. Vous êtes en classe de 3ieme. Le soir vous regardez Récré A2 et son célèbre dinosaure orange qui mange du gloubiboulga. Quoi que, j’étais plutôt La Linéa. Ou alors Goldorak, je ne sais plus … Bref, imaginez un gamin de 13 ans qui termine Récré A2 avant de se retrouver devant son COP. Attention, nous ne sommes pas au pays de Donald T, le COP en France, c’est le Conseiller d’Orientation Psychologue. On est avec sa maman devant le COP qui regarde mes résultats scolaires et m’explique que je devrais faire un BAC E puis une école d’ingénieur.

Est-ce qu’il m’a demandé une seule fois ce que j’avais envie de faire, que néni. Est-ce qu’il m’a proposé d’évaluer mes intérêts professionnels, mes motivations, le sens que je souhaitais donner à ma vie, rien de rien. Ceci posé, à 13 ans, le sens de la vie …

Alors vous imaginez la capacité de résistance d’un gamin de 13 ans face à un orienteur qui lui propose la lune. Et sa maman qui est visiblement très fière de la proposition du sychaulogue 😉 Alors va pour ingénieur me dis-je …

Petit retour en arrière façon Doc et sa DeLorean DMC-12, je mets le convecteur temporel sur 15/11/1983.

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Pour les plus jeunes qui n’ont pas connu l’époque du BAC E, c’était le programme du BAC C avec des enseignements préparatoires à la filière génie industriel en plus. En clair, c’était les 26 heures hebdomadaires du Bac C avec 20 heures de plus en génie mécanique.  Ha oui, mince le BAC C n’existe plus non plus aujourd’hui. Bon, alors on va dire que le BAC C c’était le BAC S d’aujourd’hui en 10 fois plus compliqué. Je vous laisse imaginer le E ! Et a cette époque, les chérubins qui se plaignent des devoirs à la maison, ça n’existe pas. Heuuu pardon, ça n’a pas le droit d’exister …

Bref, votre semaine était chargée de 46 heures. Et chacune des 46 heures générait des heures de devoirs à la maison. Alors autant dire que le concept de maison reste relatif car pour pouvoir tenir le rythme, vous étiez en internat. Haaaa quelle belle époque, j’en garde mes meilleurs souvenirs. Mais ça, c’est une autre histoire …

Vous l’avez compris, j’ai tout fait comme il a dit le monsieur COP : seconde indifférenciée où il fallait être dans les 5 premiers pour espérer entrer en première E. Je suis entré en première E. Puis Terminale E, puis le bac. Déjà là, avec le recul, j’aurais du me douter qu’il y a avait un truc qui clochait.

Quand tout mes potes prenaient leur pied en programmant des graphes d’hyperboles sur leur calculatrice programmable Casio, ou pire, le premier de la classe, fils de prof de math qui nous toisait avec sa calculatrice hewlett packard dont le mode de programmation avait du être écrit par un lituanien neurasthénico-hystérique rien que pour faire ch… ceux qui commençaient à comprendre un peu les maths … bref, pendant que mes potes admiraient les performances de la dernière Ferrari en s’extasiant sur sa cylindrée et la technique de fabrication de son arbre à came, moi … au fond de la salle d’étude, contre le radiateur réconfortant, je lisais Saint exupery … terre des hommes …

Allez, petit bon en avant, nous voici aux résultats de l’épreuve de sélection à l’entrée de l’école d’ingénieur. Fébriles devant le minitel, on tape les codes d’accès … 36 15 quinenveutdemonrésultat.

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En une seconde d’appui sur la touche « envoi » toute l’épreuve de sélection vous traverse l’esprit : les 2500 candidats, les 120 places à l’école, les feuilles grand format vierges qu’il faut recouvrir de chiffres et de formules pour avoir une chance de réussir, le coeur qui bat à faire tomber un sensible de l’organe de vie, les profs au regard d’acier méprisant les candidats qui peinent et qui surveillent l’épreuve  … HAAaaaaaarrgg mais qu’est-ce que je fais là ?  Un instant je réfléchis et je me demande ce que je pourrais bien faire si je n’intégrais pas cette école ? En vérité, je n’en sais rien. J’ai beau creuser, chercher, je n’ai aucune autre piste. Depuis le COP, on a vaguement reparlé d’orientation au lycée mais uniquement pour tracer les pistes possibles après une terminale E. C’est pas compliqué, il n’y a que 4 issues possibles :

  1. les premiers de la classe : ce sera prépa math sup
  2. les suivants : concours d’entrée en école d’inge avec prépa intégrée
  3. les suivants : dossiers pour un IUT
  4. les derniers : dossiers pour un BTS

Autant dire que pour les 1 et 2, ça allait. Pour les 3 et 4, c’était vraiment la loose. Mais regardez bien les pistes proposées. Quel choix extrêmement étroit vous ne trouvez pas ? Vous savez quoi ? Je peux l’avouer aujourd’hui : en terminale, je n’avais jamais entendu parler de facultés des lettres, je ne savais même pas que ça existait !

L’une après l’autre, les lignes de l’écran du minitel s’affichent et bingo, mon nom arrive au tout début car mon nom de famille commence par une lettre en tout début d’alphabet : admis ! Bon, jusqu’ici le plan du COP se déroule sans encombre. Tiens ça me rappelle une réplique culte d’une série de l’époque …

Bien, si vous avez suivi jusqu’ici, me voici à l’école d’ingénieur. Bon, je vous passe la semaine d’intégration comme on dit car j’en garde un très mauvais souvenir et surtout une rancune tenace à l’égard de ceux qui, exprimant vraisemblablement une certaine forme de perversité, se sont vautrés dans cette forme de harcèlement dont, j’espère, ils ne doivent plus être très fiers aujourd’hui.

Bref, j’arrive sur les bancs de cette prestigieuse école avec en tête mon avenir d’ingénieur. J’allais être celui qui allait révolutionner les vies, résoudre la faim dans le monde, terminer les guerres, apporter la paix, inventer la fusée pour aller sur le soleil … un ingénieur quoi ! Je venais de me taper toutes mes années lycée à noircir des feuilles avec des équations, à faire sortir et rentrer des vérins pneumatiques, à mouler des pièces de fonderie, à fraiser des plaques de métal, à plonger de l’acier dans des bains d’huile, à couler de la fonte ductile  … il était temps de passer aux choses sérieuses. J’allais enfin travailler sur des vrais objets. Je ne sais pas moi … inventer un nouveau moteur pour le TGV !

« Regardez bien, ça c’est le plan d’un … essuie-glace de twingo ! Vous devez l’analyser et le re-dessiner pour qu’il ait moins de pièces mais qu’il conserve toutes ses fonctionnalités« .

« Heuuuu m’sieur, c’est quoi l’intérêt de cet exercice ? »

« Bein, c’est évident voyons ! en le re-dessinant avec moins de pièces, il coûtera moins cher à fabriquer ! Vous venez d’où vous ? hein ? vous êtes certain d’avoir réussi le concours pour être ici ? Et n’oubliez pas, vous êtes 120 et il n’y en aura que 100 qui passeront en 2eme année alors les déchets, c’est maintenant qu’on les repère ! »

Moi, je n’étais toujours pas convaincu : pourquoi je devrais perdre mon temps à re-concevoir un truc déjà conçu ? La twingo, elle l’a son essuie-glace, hein ? y’a qu’à filer ça à un mécanicien, il saura bien tortiller le truc pour te souder 3 morceaux et zou le tour est joué. Pourquoi gâcher des compétences d’ingénieur pour réinventer l’eau chaude ?

Bref, premier exercice, première note : E ! Oui, là bas c’était pas des notes de 0 à 20 mais de A à F. Autant dire que E, c’était pas terrible. Et pourtant, je lui avais redessiné son essuie-glace. Mais paraît-il que j’avais trop d’imagination, qu’il fallait faire plus simple ! Et je ne vous cache pas que les E vont s’enchaîner car après l’essuie-glace on a eu droit à la trappe du bouchon à carburant, puis le retroviseur, puis le phare arrière, puis le phare avant … bref, on a réinventé la twingo. Je me suis demandé combien ce prof avait touché de Renault ou alors peut être qu’il venait d’en acheter une pour sa femme … et qu’il prenait plaisir à la démonter pièce par pièce pour nous en apporter une chaque jour : « Mais non chérie, tu vas voir, l’essuie-glace ça sert à rien que j’te dis » … « le phare non plus de toute façon tu roules que de jour … »

Vous l’avez compris, ça ne me convenait pas car j’avais l’impression de faire du sur place, pire, de reculer puisque je devais concevoir des trucs déjà conçus depuis plusieurs années. Aucune innovation, aucune imagination, aucune création et une créativité à ne surtout pas exprimer sous peine de recevoir un … E. Et je ne vous ai parlé que des cours de génie mécanique. En math, on continuait sur la même lancée qu’au lycée : des équations, des équations et toujours des équations sans jamais y voir un côté un peu utile pour la société et le sens de la vie … quel ennui, quelle tristesse.

Je devais me rendre à l’évidence : j’avais idéalisé ce métier d’ingénieur et je découvrais qu’il était le métier le plus frustrant. Et si je me projetais dans l’avenir alors j’allais passer toute ma vie derrière un écran d’ordinateur à réinventer l’eau chaude déjà découverte depuis bien des lustres ou pire, à faire des équations inutiles sur des feuilles de papier … non ! Je ne veux pas devenir un ingénieur du vide constructif …

Alors je regardais mes acolytes rêver sur la Porsche qu’ils allaient pouvoir s’acheter avec leur salaire de futur ingénieur et je me demandais où il fallait chercher les éléments de motivation pour avoir ces envies car moi … l’objectif Porsche ne me faisait même pas vibrer, rien, que dale … décidément je n’étais pas comme eux …

Alors le soir, quand ils montaient au dernier étage de l’école, à la cafet des étudiants pour discuter Porsche, Ferrari et autre boîtes de vitesses moi je descendais quatre à quatre les escaliers pour fuir cet enfer, ce lieu qui représentait tout ce que je détestais le plus au monde : les profs les plus égocentriques, imbus de leur réussite, méprisant les élèves dans une posture anti-pédagogique qui me révulsait. A mes yeux, la formation se doit d’accompagner tous les impétrants dans une posture d’humilité et de compréhension pour s’adapter à toutes les formes de mécanisme d’apprentissage. La vraie gloire d’un prof c’est d’élever celui qui peine jusqu’à la réussite pas de concentrer son regard sur ceux qui ont déjà réussi.

Bon, après ce court passage où je règle mes comptes – ça fait du bien même si les acteurs concernés ne sont pas en face de moi et vraisemblablement qu’ils ne liront jamais ce texte malheureusement – redescendons sur terre. J’ai donc terminé l’année en roue libre, bien conscient que cette école ne me convenait pas et que de toute façon, je ne parviendrais jamais à m’entendre avec les profs. Nos divergences de points de vue étaient bien trop ancrées. Pensez … réingénieriser un essuie-glace de twingo … Autant dire que les valeurs d’humanisme, de tolérance et de quête de sens que je lisais chez Saint Exupery s’accordaient mal avec la pauvreté des enseignements de l’école d’ingénieur.

Par contre il fallait assumer, car il me fallait trouver autre chose, une autre piste de formation et je vous rappelle que mes compétences en orientation professionnelle étaient peu développées tant le lycée avait été pauvre en apport en ce sens.

Bref, cet article est consacré à l’école d’ingénieur et pas à mon orientation professionnelle. Vous avez donc compris que je ne suis pas devenu ingénieur en génie mécanique. On va donc s’en arrêter là. Peut être que je raconterai la suite dans un autre article. Et en guise de teaser je dirais qu’avec le recul, je ne regrette pas ce bon coup de pied dans le luc que j’ai reçu car il m’a permis de découvrir la voie professionnelle que je cherchais.

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire😉

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6 réflexions sur “L’école d’inge ou le graal à 2 balles …

  1. Ton histoire fait incroyablement écho à la mienne… et à tant d’autres (apprentis) ingénieurs malheureusement je le crains !
    En tout cas, c’est courageux d’avoir su écouter ce qui ne te convenait pas et d’avoir réussi à interrompre ce que tu avais commencé. A la même époque, j’en étais bien incapable. Et presque 15 ans plus tard, je le suis toujours…

    J'aime

    1. Mouais … courageux, courageux … tu sais, c’était plutôt une sorte de « divorce par consentement mutuel » ! Car l’école ne voulait plus de moi tout autant que je ne voulais plus d’elle. Je crois que cette même histoire mais racontée par un prof se terminerait par « on a viré ce bon à rien ! » 😉
      Par contre, parlons du présent. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Depuis 2012, nos politiques tellement décriés nous ont quand même donné plein de dispositifs pour changer professionnellement.
      Tu as le CEP, le Conseil en Evolution Professionnelle pour réfléchir à un nouveau projet professionnel ou même une simple évolution dans ton secteur. Tu as le CPF, Le compte Personnel Formation qui te donne des heures pour financer une formation si tu as besoin d’acquérir de nouvelles compétences pour ton projet. Et au 1er janvier 2017, arrive le CPA, le compte Personnel d’Activité.
      Bref, tu as toutes les cartes en main pour réfléchir à une nouvelle orientation professionnelle 🙂

      Aimé par 1 personne

      1. C’est justement là où le conseil en évolution professionnelle est utile. Le conseiller, ou la conseillère, pourrait t’apporter un regard extérieur sur toutes tes idées. Ou même t’aider à en trouver d’autres qui remporteraient ton suffrage. Et en plus … c’est gratuit, pourquoi s’en priver 🙂

        Aimé par 2 people

      2. A toi de voir et de décider. J’ai gardé un côté optimiste et j’y crois. J’ai eu l’occasion de rencontrer des conseillères du Fongecif qui sont de très bonnes professionnelles du conseil en évolution professionnelle.

        Aimé par 1 personne

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