Comment j’ai rencontré Pinocchio

C’était hier soir, enfin plutôt en 1ère partie de début de seconde partie d’après-midi. Je me rendais dans ma grande épicerie favorite numéro 2. Alors là, vous vous dites « il lui est arrivé un truc avant d’arriver au magasin« . Hé bien pas du tout !

Me voilà donc dans ma grande épicerie. Enfin, juste avant, j’ai dû montrer mon sac ouvert au vigile. Ha mais tiens au fait, je ne vous ai pas raconté mais maintenant, il ne m’oblige plus à déposer mon sac à l’entrée. Comme quoi mon article sur le sujet a de l’effet 🙂

Bref, me voilà dans ma grande épicerie dis-ai-je. Dans un geste quasi automatique, je vais récupérer mon panier à commissions. Et me voilà parti, gambadant avec légèreté dans les allées dudit magasin. Rayon électro ménager par ci, linge de maison par là, outillage quincaillerie à bâbord, accessoires automobile à tribord, hé oui, je ne suis pas encore dans la partie alimentaire.

Je traverse le rayon librairie car j’aime bien regarder les livres, en feuilleter quelques un mais surtout ne pas en acheter. Hé oui, j’ai des principes et des valeurs : je n’achèterai jamais un produit culturel dans un temple de l’hyper-consommation, na ! Par contre, j’aime bien regarder les nouveautés. Hier, par exemple, je suis tombé sur un bouquin qui a l’air vachement sympathique. Il s’intitule « Révolution« . Avec ce titre, j’ai pensé que c’était un bouquin à Mélanchon. Mais associé à la couleur bleu, j’ai bien compris que ce n’était pas possible. En fait, c’est écrit par un p’tit gars qui monte parait-il … 😉

Je continue ma progression dans le magasin et j’arrive au rayon presse. Là, vous vous dites « Ca y est, c’est au rayon presse que ça lui est arrivé » hein ? C’est ce que vous vous dites ? Hé bien pas du tout ! Non non, au rayon presse, je jette un oeil aux magazines photo. Après avoir feuilleté « Image & Nature« , je vais au rayon envahi par la gente féminine. Hé oui, Je n’ai toujours pas compris pourquoi ils mettent « le journal des psychologues« , un magazine pour professionnels, au milieu des « Psychologie magazine« , « Psychologie Positive » et autres « Féminin Psycho« . C’est dire le niveau culturel des acteurs du temple de la consommation. Hé PAF ! Franchement, mélanger de la psychologie de PMU avec des écrits de professionnels … mais que fait la police ?

Mon petit tour est terminé, je m’en vais pour repartir quand soudain. Ca y est, là vous vous dites, « C’est maintenant, là, tout pile dans le rayon presse que c’est arrivé.« . Hé bien non, pas encore. Mais j’ai quand même vécu un truc dingue. Figurez-vous que je suis tombé nez à nez avec … R2-D2 ! Enfin presque.

Regardez un peu : un R2-D2 à construire chaque semaine avec plein de fonctionnalités comme le vrai. Wouhaaa trop bien me dis-je 🙂

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Construire R2-D2

Mais non, surtout ne pas se faire distraire. Je suis venu pour acheter de quoi me sustenter ce soir. Je ne vais pas succomber à la tentation marketing de la sur consommation. GRrrrrrr …. oui mais quand même, il est chouette ce R2-D2 avec sa tête qui pivote comme le vrai …. Humpfff file, décampe, cours … cours … cours me dis-je … éloigne-toi le plus vite possible de la tentation.

Bon, là vous vous dites « C’est surement au rayon surgelés que c’est arrivé« . Encore à côté. Et non plus au rayon carottes bio à 4 euro 85 le kilo. Mais j’en profite pour claquer une beigne à la grande consommation. Franchement, des pauv’carottes pleines de terre pour faire croire qu’elles sont bio et vendues le triple du prix des carottes industrielles, vous ne trouvez pas que c’est exagéré ? En plus je les soupçonne d’acheter des carottes industrielles, de les recouvrir de terre pour faire plus nature et Bim voilà des carottes bio. Moi, je préfère acheter mes carottes à l’agriculteur qui vient tous les mardis, dans ma gare RER pour vendre ses produits. C’est ce qu’on appelle un « circuit court ». Mais bon, je m’emporte.

Bon allez, je vous passe le reste de mon voyage dans les rayons car je pourrais vous tenir en haleine plusieurs heures. Non, voyez-vous, c’est aux caisses que c’est arrivé. Hé oui, vraiment il m’en arrive des choses aux caisses de supermarché.

Bon, imaginez la scène : j’arrive, je choisis une caisse parmi le kilomètre de caisses du magasin. Hé oui, qui dit super consommation, dit surtout super méga encaissement plein les popoches des sousous de la famille Mulliez. Mais surtout, la probabilité est d’autant plus faible que je choisisse LA caisse où il va se passer un truc. Mais bon, ça tombe toujours sur moi.

Alors voilà, vers la caisse que je vise, je vois arriver un homme d’un certain âge poussant un immense caddie dans lequel je compte 5 articles. Un semi remorque pour transporter une boîte d’allumettes. Etrange … il est devant moi puisqu’on est arrivé quasi ensemble.  Et là, je le vois sortir un calepin de son sac en bandoulière. Il se dirige vers le client devant lui. Et il lui dit un truc du style « Ma femme m’a donné une liste de courses. Et regardez là, elle a écrit « 2 cons. de haricots verts » franchement elle va pas bien, elle devient vulgaire, vous ne trouvez pas ?« . Le type réagit difficilement, il est étonné, il dit un truc que je n’entends pas. Bref, après 3 échanges, Papy remballe son carnet et reprend sa place. Je pouffe en moi-même et je me dis « pour une fois que ça ne tombe pas sur moi« .

Seulement voilà, j’ai pensé trop vite car papy ressort son carnet et me regarde. « ho pinaise, il va venir me taper l’incruste … c’est sûr, je les attire les comme lui …« . Ha mais, ni une ni deux, papy arrive à ma hauteur : « Ma femme m’a donné une liste de courses. Et regardez là, elle a écrit « 2 cons. de haricots verts » franchement elle va pas bien, elle devient vulgaire, vous ne trouvez pas ?« . Je regarde sa liste de course écrite au stylo bic, à moitié effacée sur la fameuse phrase en question. Je comprends qu’il doit faire le coup depuis au moins mille an. C’est quoi ? C’est une caméra cachée ? C’est un pic-pocket ? C’est un chercheur en sociologie qui fait une étude de terrain ? Un pervers lubrique qui cherche une proie ? … autant dire que je ne le saurai jamais.

Bon, toujours aimable et serviable comme ma maman m’a éduqué, je réponds à papy : « Je ne pense pas que votre épouse ait, ne serait-ce que momentanément, exprimé un comportement caractéristique  d’un quelconque trouble neurologique héréditaire du type syndrome de Gilles de La Tourette. Ou, dit autrement, que votre moitié ait subrepticement perdu le sens des réalités au moment de rédiger cette liste de course. Je vous rassure donc, mon brave, sur l’état de santé de votre concubine. Par contre, à la lecture de votre liste de courses d’une longueur certaine, et les produits que je vois dans votre caddie,  je m’inquiète d’un syndrome d’Alzheimer à votre endroit »

Papy me regarde d’un oeil dubitatif … le silence s’installe … seuls les bip bip de la caisse enregistreuse brisent le blanc de la conversation. C’est alors qu’il me répond : « hé hé vaut mieux lancer une bonne blague pour rigoler que s’ennuyer dans la file d’attente … hein ?« . « Heuuuuu comment dire ? Malgré tout le respect que je vous dois, votre blague est un peu éculée. Peut être qu’elle fonctionnait quand vous alliez à l’épicerie du sergent chef Chaudard. Mais en 2017, dans le temple de la sur consommation elle fait un peu … réchauffée … comme les haricots ! ha ha … haha … hahaha … blague à 2 balles ! »

La-dessus, il remballe son carnet et retourne vers son caddie visiblement satisfait de son geste … et moi de ma réponse. Je me dis que l’épisode va en rester là quand, après environ 2 minutes, il se tourne vers moi et me lance « Et la politique, hein ? Vous avez vu ?« . Ho pinaise, manquait plus que ça, je suis tombé sur un papy qui a besoin de discuter avec n’importe qui. Et comme objet d’interaction, il me propose le plus inattendu … la po-li-tique. Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que je vais avoir droit à la trop habituelle charge contre le gouvernement. Avec une blague conçue pour une épicerie de Trifouilli les arpions, en 40 sous l’occupation Nazie, c’est sûr je vais y avoir droit.

Et à partir d’ici, je n’exagère plus, c’est vraiment l’échange que j’ai eu hier, jeudi 12/01/2017 » avec ce monsieur à la caisse de mon supermarché.

Ni une, ni deux, c’est parti « Hein ? Quand même ! vous avez vu ce qu’ils viennent de faire ?« . Mon sang ne fait qu’un tour … Papy, je suis certain que tu t’attends à ce que j’abonde dans ton sens et que j’accompagne ton discours négatif. Attends un peu, on va rigoler. Et histoire qu’on ne soit pas les seuls à discuter, j’augmente le ton de ma voix pour que les clients autour en profitent : « Ha oui, tout à fait, vous avez raison de le souligner. Aujourd’hui le gouvernement vient de lancer le CPA, le compte personnel d’activités. Grâce à lui nous allons pouvoir accéder gratuitement à la formation !« . Papy reprend la parole « bein pffff ha bein pfffff … mais les impôts ? hein les impôts ? ils augmentent !« . Je ne comprends pas pourquoi il parle des impôts. Nous sommes en janvier 2017. Pas de tiers provisionnel en vue, pas d’impôts locaux, pas d’impôts fonciers … rien … bon, je réponds « Vous n’y êtes pas du tout, ils baissent. Avez vous comparé ce que vous avez payé au titre de l’année 2014 et ce que vous avez payé au titre de l’année 2015 ? Ne parlez pas sur un ressenti, comparez objectivement la part de votre revenu qui fait l’objet d’une imposition. Et vous constaterez qu’elle baisse ». Là, c’est le blanc. J’en déduis qu’il n’a jamais fait cet exercice. J’en arrive même à me demander s’il maîtrise bien le concept d’augmentation, mais c’est une autre histoire.

Il reprends « Oui mais … vous voyez … bein … avant … bon … la loi c’était 2 ans pour un logement vacant … bein maintenant c’est 1 an ! Vous vous rendez compte ? comment on va faire ?« . Houuuu que je l’aime bien celle-là, moi qui vient justement de faire un investissement immobilier : « Vous vous rendez-compte monsieur ? Avec le nombre de personnes dans la rue ? Vous trouvez normal qu’il y ait des appartements vacants ? C’est donc normal que l’on incite les propriétaires à louer leurs appartements« . Là il répond du tac au tac « oui mais .. bon … de toutes façons les gens … on peut pas leur faire confiance … comme ils sont pas propriétaires ils dégradent tout« .  Purée, elle est bien bonne celle-là ! Alors là tu l’as cherché papy : « Dites monsieur, vous ne pouvez pas vouloir tout et son contraire : investir dans un appartement pour le louer et dans le même temps refuser de le louer. Vous devriez choisir un autre type d’investissement« . Là, j’ai droit à un blanc. Il a l’air de réfléchir. Je ne saurai jamais s’il a comprit le paradoxe de son raisonnement. Je présume que tout le monde lui a toujours dit qu’il avait bien raison de penser ce qu’il pense. Je dois être le premier à le renvoyer sur ses pensées contradictoires. Il répond « Bon, de toute façon, je vais le revendre … comme ça … je m’emmerde plus avec ça …« .

Je l’invite à avancer son caddie et déposer ses marchandises sur le tapis roulant car c’est bien beau tout ça mais j’ai pas envie de passer ma soirée à la caisse avec un vieux réac. Il avance, dépose ses 3 paquets de biscuits, un sac de carottes pas bio et un paquet de fromage rappé sur le tapis. Je pense, ou plutôt, j’espère en avoir terminé avec cette conversation franchement fatigante. Mais papy est pugnace ! il se retourne et me lance « Et tous ces étrangers … hein ? » moi : « Hé bein nous y voilà … c’était vraiment l’élément manquant à notre conversation« . Lui, persuadé que cette fois, je ne pourrai qu’admettre et le suivre : « Voyez-vous, j’ai donné les clés d’un endroit q’j’ai … à des étrangers … des … des … roms … parce qu’ils devaient entreposer des choses. Hé bein … ils se sont servit … ils ont pris des trucs, des pierres et pis tout  … hein, ils ont comme chez eux !« . Alors là ! je suis carrément pris de court. Mais qu’est-ce qu’il me raconte ? comment ce papy, raciste au plus profond de lui même, a-t-il pu se trouver en situation de rencontrer des Roms et leur confier les clés d’un endroit improbable où on peut entreposer des « trucs » et récupérer des pierres ? Je réfléchissais, j’essayais de mettre de l’ordre dans cette histoire abracadabrantesque quand, en relevant les yeux, j’ai vu papy retirer la carte bleue de la machine et s’en retourner vers son caddie.

Sans un « au revoir » il est parti … quand il a remis son portefeuille dans sa poche gauche, j’ai compris ! Son nez était devenu long de 25 cm. Je venais de parler avec Pinocchio !

Bon, à part la chute, le dialogue reprend les citations exactes de notre échange. Et je ne vous cache pas que le couple derrière moi, dont les origines maghrébines ne font aucun doute, m’a gratifié d’un large sourire quand je suis parti à mon tour …

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire😉