Ma 9eme « chiquenaude de bouche » : Simple … mais pas simpliste …

Bon, voilà ma 9eme « chiquenaude de bouche » (c’est comme un « coup de gueule » mais en beaucoup, beaucoup, beaucoup moins fort … bein oui, y’en a marre de ces français qui passent leur temps à tout critiquer à outrance)
Alors voilà, ma 9eme chiquenaude de bouche, je la dédicace spécialement aux amoureux de la richesse de notre langue française. Et un clin d’oeil à nos sages de l’Académie Française 😉

N’attendez pas de moi que j’utilise ma voix, ou plutôt ma plume, pour vilipender le comportement immoral de celui qui prétend être impétrant à la plus haute fonction de notre démocratie. Un impétrant qui ne parvient pas à comprendre, qui ne parvient pas à ne serait-ce que concevoir, que les français ne sont pas au niveau du caractère légal ou non de son comportement. Les français sont outrés par le comportement spontanément népotique de celui qui se présentait comme le « père la vertu » du projet présidentiel pour la la France. Non, loin de moi, l’idée de tirer sur une ambulance ou comme dirait un de mes collègues « Quand tu penses avoir touché le fond … tu te rends compte que tu peux encore creuser » ou encore, si vous préférez les références cinématographiques nous pourrions lui dire « Arrête de ramer, t’attaques la falaise ! »

Bref, vous l’avez compris, je ne m’exprimerai pas sur ce sujet que je laisse aux journalistes bien plus compétents que moi pour investiguer l’enlisement du candidat concerné et faire toute la lumière sur le sujet.

Non, moi je voudrais pousser une chiquenaude sur un thème bien plus important pour notre avenir. Un thème que l’on ne voit pas venir car il s’insinue pernicieusement dans notre quotidien. Je le constate depuis quelques mois dans mon environnement professionnel mais quand il aura totalement englué le monde professionnel, il se déversera dans le quotidien de tout un chacun.

Voyez-vous, depuis quelques mois, je vois arriver sournoisement un concept soi-disant novateur et surtout présenté comme indispensable pour la bonne marche de notre offre de services. Ce concept est arrivé par une injonction qui a envahi toute l’institution : « il faut faire … SIM-PLE« .

Ohhh je l’avais bien vu s’insinuer dans nos travaux. Tenez, par exemple, quand la nouvelle directrice est arrivée, je lui ai fait une note de synthèse sur un dossier en cours assez important me semblait-il à l’époque. 3 pages pour résumer une situation, il faut le reconnaître, un peu alambiquée. Il faut donc planter le décor, expliquer l’historique, présenter tous les partenaires impliqués et leur rôle respectifs, les enjeux pour notre institution, les arbitrages déjà pris … puis changés le lendemain … oui, je travaille dans une institution qui change d’avis comme de chemise depuis quelques temps … et quand les collaborateurs disent qu’ils ne comprennent plus rien et ne trouvent plus le sens … nos grands chefs à plumes se demandent pourquoi … .

Bref, revenons à nos moutons ou plutôt à notre note de synthèse … il faut donner les chiffres du pilotage … haaaaa les sacro-saints chiffres dans le tableau de pilotage, la révérence devant le dieu chiffre et son apôtre le pourcentage … déroulez le tapis et prosternez-vous devant le tableur excel, lumière de notre route devant l’éternel. Et il faut aussi, pour terminer une bonne note à destination d’une énarque, détailler les perspectives à venir et proposer notre positionnement avec toujours plusieurs hypothèses et leurs matrices SWOT afférentes. Bref, j’ai rédigé une note !

Et ma note, je l’ai mise dans un mail à destination de notre nouvelle directrice. Son rôle consistait à lire cette note puis la transmettre à sa propre directrice. C’est elle l’énarque, la directrice de la directrice.

Bon, autant vous dire que ma note super méga urgente que l’on m’avait demandé pour avant tout de suite et si elle pouvait être envoyée la semaine dernière ce serait encore mieux … n’a pas provoqué beaucoup de réaction. Je peux même dire qu’elle n’a provoqué aucune réaction puisque 5 jours plus tard, n’ayant aucune nouvelle de ma note, je m’enquérais auprès de la dite directrice pour savoir si ma note lui convenait … « ha oui … la note sur le … oui bien sûr … je … je n’ai pas encore eu le temps de l’ouvrir. Je regarde de suite et je te dis« . Comme ça, au moins, j’ai la confirmation que le caractère super méga urgent pour avant tout de suite était vraiment … caractérisé !

Bref, la réponse me parvient par mail dans l’après-midi : «  (…) tous les éléments y sont mais … tu devrais revoir le wording en utilisant le FALC (…)« . Ha … le FALC … il faut donc que je rédige ma note en utilisant la méthode qu’il ont réussi à imposer pour nos documents à destination de nos publics comme on dit. Alors que je me croyais épargné, me voilà, moi aussi, atteint par la pernicieuse méthode … simpliste ! oui, car on à beau jeu de dire qu’il s’agit de faire simple mais pas simpliste … moi, quand je regarde le résultat … je constate bien la bouillie simpliste …

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Bon, j’avais bien entendu parler de ce FALC, mais très sincèrement je ne m’y étais pas intéressé plus que ça. Alors je suis allé fureté sur le web, histoire de me documenter. Ha oui, j’oubliais l’essentiel … FALC ça veut dire Facile A Lire et à Comprendre. C’est un acronyme qui peut paraître sympathique et plutôt de bon sens de prime abord. Mais je ne m’y étais pas intéressé jusqu’ici car je suis un amoureux de notre langue et de ses mots et j’aime les manipuler et les agencer à ma manière sans que personne ne me donne de règles pour le faire.

Bref, j’ai donc creusé le sujet et j’ai trouvé l’origine de ce FALC et voici la définition : « Ces règles permettent de rendre les informations accessibles pour les personnes qui ont … un handicap intellectuel. »

Hé oui, vous avez bien lu. Et comme vous pouvez le lire sur le Guide des Règles européennes pour une information facile à lire et à comprendre, écrire en FALC tend à rendre l’information plus accessible aux personnes souffrant d’un déficit cognitif. Ainsi, écrire pour des personnes présentant ce handicap, nécessite certaines règles. Des règles qui ont été validées au niveau européen en 2009 à l’initiative, entre autre de l’Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis (UNAPEI). Huit pays, en plus de la France, utilisent désormais cette technique pour permettre à toutes personnes confrontés à un déficit cognitif d’avoir pleinement accès à la citoyenneté.

Bref, vous l’avez compris, je n’ai rien contre l’idée de concevoir des règles d’écriture qui ont pour objectif de rendre simple la lecture de documents administratifs souvent jargonneux. Bien au contraire, je trouve cette initiative tout à fait pertinente et indispensable. Tenir compte d’un handicap pour rendre un service est d’ailleurs dans les gènes de ma formation initiale. Je ne peux donc qu’adhérer à cette démarche.

Non, ce que je ne supporte pas, c’est que je doive rédiger ma note de synthèse, destinée à un supérieur hiérarchique, Enarque de son état, dans une syntaxe simplifiée à outrance, qui ne laisse plus de place à aucune nuance avec des mots et des règles conçue à l’origine pour rendre intelligible un formulaire administratif à un déficient cognitif. Tout cela parce que cette note fera ensuite l’objet d’un message à diffuser à l’ensemble des agents de l’institution. Et que l’on pense, en haut lieu, que c’est en écrivant « simple » que l’on sera le mieux entendu. Comprenez que le raccourcis peut être rapide : il faut s’adresser aux agents de l’institution comme on s’adresse à des déficients mentaux !

J’aimerais faire ici un lien, peut être un peu osé, mais il mérite d’être au moins identifié. Vous souvenez-vous de la « novlangue » ? Le novlangue (en anglais Newspeak) est la langue officielle d’Océania, inventée par George Orwell pour son roman 1984.

Ici, wikipédia nous explique le principe de cette novlangue : « plus on diminue le nombre de mots d’une langue, plus on diminue le nombre de concepts avec lesquels les gens peuvent réfléchir, plus on réduit les finesses du langage, moins les gens sont capables de réfléchir, et plus ils raisonnent à l’affect.

La mauvaise maîtrise de la langue rend ainsi les gens stupides et dépendants. Ils deviennent des sujets aisément manipulables par les médias de masse tels que la télévision.

C’est donc une simplification lexicale et syntaxique de la langue destinée à rendre impossible l’expression des idées potentiellement subversives et à éviter toute formulation de critique de l’État, l’objectif ultime étant d’aller jusqu’à empêcher l’« idée » même de cette critique. »

Pour le dire autrement … l’institution chercherait à réduire la capacité de critique de ses usagers mais également de ses agents, qu’elle ne s’y prendrait pas autrement.

A bon entendeur …

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire😉

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