Allo chef … y’a un truc qu’a fait TOC !

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Cet article pourrait s’intituler « de l’administration publique de 1940 au service public du XXIe siècle, 77 ans d’évolution » … comme Tintin ! Bein oui parce que je partais carrément sur un article scientifique et c’est vraiment pas le ton de mon blog 😉

Bref, je vais donc vous montrer comment l’administration de 1940 a évoluée … ou pas.
Voyez-vous en 1940, l’usager avait le droit de venir dans les locaux de l’administration pour remplir 25 pages de feuillets XF241A qu’il remettait ensuite à un type encostardé qui lui criait d’une voix nasillarde derrière un hygiaphone : « vous avez oublié de renseigné la case G8 en bas à gauche de la page 12. Reprenez votre papier et vous reviendrez la semaine prochaine ! »

Au XXI e siècle, le service public s’est enfin rendu compte qu’il fonctionnait avec l’argent du contribuable. Et que le contribuable était aussi le client auquel il fallait rendre service. Alors l’administration a effectué sa mue en service public. Et avec cette mue est arrivé la « posture de service » :
– je ne beugle plus dans l’hygiaphone, je parle normalement à la personne
– Je ne suis plus tout puissant, c’est le client qui a raison
– ce n’est plus l’administration qui dicte ses règles, c’est le besoin du client qui prime
– ce n’est plus l’administration qui impose ses contraintes aux usagers, c’est le service qui répond aux attentes des clients
– etc …
Mais tout ça c’est … pas pour la SNCF ! Car la SNCF n’a pas encore fait sa mue. Elle a bien saupoudré par ci par là quelques « trucs » numériques digitaux, histoire de faire comme tout le monde mais pour la « posture de service » … c’est encore 1940.

J’illustre mon propos car il faut toujours apporter des faits concrets pour argumenter ce qui pourrait s’apparenter à un jugement de valeur.

Nous sommes lundi 20 novembre 2017, il est aux environs de 18h00, j’arrive à la gare Haussmann Saint Lazare. le RER E en direction de Tournan en Brie partira dans 12 minutes, j’ai donc le temps devant moi pour rejoindre le quai 32. Je ne me presse pas.
En bas de l’escalator, je regarde vers le quai 32, le train est là, bondé, les portes grandes ouvertes. Un oeil à l’écran d’information : destination Tournan en Brie et le célèbre « Départ imminent » qui clignote. Oui le « départ imminent » est célèbre car c’est celui qui s’affiche quand … le décompte du temps a dépassé le 0 et que le train est toujours à quai. C’est un peu comme la fusée Ariane : 3 … 2 … 1 … 0 ……. j’ai dit 0 ….. hou hou c’est 0 …. et la fusée reste droite dans ses bottes, stoïque, bref c’est le « tout marche mal navette. »

Sur le RER E on a ça aussi. L’écran affiche le décompte du temps avant le départ et à 0, zou le convoi s’ébranle et le train s’en va. Alors quand le compteur arrive à 0 et que le train ne s’ébranle pas bein … le 0 clignote comme pour dire que « ça va pas tarder à le faire ». Et quand ça fait un petit moment que … « ça va pas tarder à le faire » bein ça passe à « départ imminent » … qui clignote lui aussi. Et là, généralement, ça sent pas bon.

Enfin bref, je comprends que c’est le train précédent qui n’est pas parti. Pour moi, c’est pas plus mal car je vais prendre celui-ci qui me fera gagner 10 bonnes minutes sous réserve … qu’il s’ébranle rapidement.

J’étais à 2 doigts de monter quand … une annonce sur le quai. C’est une annonce genre « j’ai l’hygiaphone en cornemuse ». Et visiblement, ce n’est pas une annonce générique genre « Des pickpockets sont susceptibles d’agir dans cette gare, faites attention à votre smart« … oui, parce que je viens d’apprendre que la smart est l’automobile la plus volée … ou encore « Pour changer de quai, veuillez utiliser les passerelles ou le passage sous-terrain ou la téléportation » ou même « En cas de constipation prolongée veuillez composer le 31 17 7″. Bref, vu la durée du message, ça à l’air d’être du sérieux. Mais, comme je le disais un peu plus avant, c’est incompréhensible. C’est d’ailleurs ce que je réponds à la dame, restée dans le train et qui me demande

La dame dans le train : « qu’est-ce qu’il dit ? »

Moi : « je ne sais pas … je ne comprends rien ! »

Et c’est à ce moment qu’il y a eu un mouvement de foule. Les 3/4 des voyageurs sont descendus de voiture. Du coup, je me suis demandé s’ils avaient, eux, compris l’annonce énigmatique ou bien s’ils agissaient par instinct vu qu’à chaque fois que le « départ imminent » clignote et qu’il y a une annonce énigmatique ça veut dire que le train partira pô et pis c’est tout.

J’en profite pour monter dans le train et trouver une place assise vu que la moitié des voyageurs vient de déserter comme je l’expliquais juste avant.

Et là … (alleluia) … le gong retenti et le train s’ébranle ! « Tournan en brie nous voilà !« . Je regarde par la fenêtre, le regard médusé des voyageurs descendus 3 secondes plus tôt. La SNCF aurait voulu vider le train qu’elle ne s’y serait pas prise autrement. Bref, notre train roule vers Magenta, à très petite vitesse pour bien faire la nique aux voyageurs restés à quai.

Magenta, jusqu’ici tout va bien. Tout d’abord l’annonce « Ce train est à destination de Tournan en Brie. Il desservira les gares de (glurp) Rosa Parks, Val de Fontenay puis toutes les gares de Villiers sur Marne à Tournan« . Oui, il y a un « saut de tonalité » pour l’annonce de « Rosa Parks » car la gare est nouvelle. Donc, plutôt que de refaire les enregistrements, Marcel a coupé les bandes son. Il a ajouté la voix de Monique (c’est sa belle soeur) qui dit « Rosa Parks » un samedi soir à la guinguette du bois fleuri après la soirée beaujolais-nouveau-rillettes. Et il a recollé le tout avec du vieux scotch transparent. Alors forcément quand ça passe dans le mange disque de la gare, ça s’entend un peu.

Après l’annonce, le gingle pour annoncer la fermeture des écoutilles. Et le train s’ébranle puis avance dans le tunnel.

Rosa Parks, jusqu’ici tout va bien. L’annonce, mais pas le fameux « Rosa Parks » de tata Monique vu qu’on y est … à Rosa Parks ! Le gingle et le train qui s’ébranle. Et c’est là, environ 3 secondes après le départ que l’on a fait un retour vers le futur genre 1940 … la compagnie des chemins de fer de l’Etat fait rouler des trains.

Vous sentez la posture ? Ce n’est pas, « le service public transporte des voyageurs », c’est « la compagnie fait rouler des trains ». En clair, l’objectif n’est pas de répondre au besoin de déplacement des voyageurs. Non, l’objectif c’est de faire rouler des locomotives et des ouagons.

Donc, 3 secondes après le départ de Rosa Parks, les micros crépitent, grésillent, crachent du gros son dans les ouagons. C’est une annonce du monsieur qui est au volant et qui nous dit en substance ceci : « On vient de m’informer que le trafic est interrompu sur la ligne 4. Notre train sera donc terminus Noisy le sec !« . Bon alors comment dire … déjà, il faut savoir que la ligne 4 c’est justement la nôtre ! Parce que sinon bein … on s’en tape, nous on est sur la ligne E ! Hein ? Dites … la SNCF … comment je peux savoir que la ligne 4 c’est la mienne ? Hein ? Ca serait pas du jargon interne à la SNCF, ça ? Pis vous pourriez pas utiliser le même que nous ? Hein ? genre parler de la ligne E quand on est sur la ligne … E !

Mais en plus, Noisy le sec … normalement … on s’y arrête pas. Alors, si vous n’êtes pas de la région parisienne, ce qui est tout à fait possible, je vous explique. Noisy le sec c’est un peu comme … Sain-Cyr-les-Colons ! Vous voyez où c’est … Sain-Cyr-les-Colons ? Non ? rassurez-vous c’est normal. Sain-Cyr-les-Colons c’est techniquement sur la ligne SNCF Paris Lyon. Mais jamais un train ne marque l’arrêt à Sain-Cyr-les-Colons parce que … y’a rien à Sain-Cyr-les-Colons. C’est comme si vous aviez pris des billets pour Montpellier, pour aller voir tata Monique, et que le chauffeur vous annonce que finalement, il va s’arrêter à Mourchoncourt  sur la Deûle ! Hein ? Quand même ! Mais surtout … que le monsieur vous annonce ça juste après avoir refermé les portes et commencé à rouler. En clair, il vous l’annonce quand vous êtes prisonnier du train et que vous ne pouvez plus descendre !

Oui … parce que si le monsieur nous avait annoncé, à Rosa Parks, qu’il y avait un problème et que le train allait s’arrêter à Noisy le sec, on aurait pu descendre à Rosa Parks et trouver une autre solution de transport. Parce qu’à Rosa Parks, il y a le tram T3b, les bus, les taxis, les vélib, les auto lib, etc … Bref, à Rosa Parks on a d’autres solutions pour avancer. A Noisy le sec … que dalle ! C’est le trou du cul de l’est parisien ravitaillé par les corbeaux une fois par mois et encore … les corbeaux … ils volent sur le dos pour ne pas voir la misère et surtout mon RER qui s’est arrêté alors que c’était pas prévu.

Vous comprenez mieux maintenant … la posture ? La SNCF ne se donne pas pour objectif de me rendre service en me transportant. Elle se donne pour objectif de faire rouler mon RER E. Et ce n’est pas la même chose. Si elle avait une posture de service, elle m’aurait annoncé à Rosa Parks qu’il y a un souci et que j’ai intérêt à descendre là et prendre une correspondance. Non, elle atteint son objectif de faire rouler le train … il est reparti et il roule … jusque Noisy le Sec.

Mais l’aventure n’est pas terminée. Arrivé à Noisy le Sec, à 18h30 c’est là que tout à basculé !

Image d’archive qui n’a rien à voir avec la situation vécue car il faisait nuit et le quai était bondé

Imaginez, un RER E double étage, blindé par les voyageurs montés à Magenta et Rosa Parks comme chaque jour en heure de pointe … ça fait du monde, non ? Vous voyez la grande braderie de Lille le samedi à 15h00 ? Ca fait du monde, non ? Genre … on est tellement collés les uns aux autres que plus personne n’avance. Bref, sur le quai de la gare de Noisy le sec, le 20 novembre 2017 à 18h30 c’était une foule compacte … à perte de vue … ou plutôt … à faire saliver Mélanchon et Martinez réunis qui aimeraient bien que leurs manifs soient aussi dense parce que leurs manifs elles ont toutes pourrieuuuu !

Bref, on était toutes et tous sur le quai … à se regarder … à se demander ce qu’il fallait faire. Mais surtout … tout le monde regardait… les haut-parleurs ! Oui, c’est dingue comme on est con dans ces moments là. On a pas besoin de regarder un haut-parleur pour l’entendre … et on regardait … et on attendait et … rien ! Pas un message, pas un bruit, pas une annonce … rien ! Sur le panneau d’affichage, un « Villiers sur Marne à l’approche voie F » clignote. J’entends une voix qui me demande :

La voix : « Y’a un Villiers qui arrive voie F. C’est où la voie F ? »

Moi : « C’est justement celle-ci » je montre la voie où est stationné notre train.

La voix : « Bein … comment y va faire ? »

Moi : « Y va monter dessus … ou peut être … passer en d’sous si c’est la femelle train … c’est comme ça qu’ils se reproduisent … les trains … »

La voix : « Boh … c’que vous êtes con vous alors ! »

Moi : « Oui … vaut mieux en rire »

Et là, subitement, tout d’un coup sans prévenir ni crier gare … oui j’essaie de mettre de la tension chez le lecteur … un klaxon hurleur frénétique … et un autre … encore un autre … oui, le train a sifflé 3 fois, j’ai bien compté 🙂 Et zouuu … un direct est passé tout berzingue le long de l’autre côté du quai ! Oui, rappelez-vous la SNCF fait rouler des trains. Alors même s’il y a plus de monde sur le quai que le quai ne peut en contenir et qu’il y a forcément plein de voyageurs au ras du quai … les trains directs continuent à passer tout berzingue.

Et toujours pas d’annonce… ha si, ça y est, mais ça vient de notre train pas des haut-parleurs du quai : « Ce train ne prend pas de voyageurs. Il est à destination des garages, je recapèpète depuis l’bédut … ce train ne prend pas  …« . Bein oui, nounouille, tu nous l’as déjà dit. C’est pour ça qu’on est tous descendus … s’agglutiner sur ce quai trop petit … banane. Les lumières dans le train s’éteignent pour bien faire comprendre que c’est maintenant le train fantôme et qu’il ne faut plus rien espérer de lui. Le gingle … les portes se referment … le train s’ébranle en nous laissant, médusés, sur notre quai de l’oubli.

Bon, tout espoir n’est pas encore perdu car le fameux « Villiers à l’approche voie F » clignote toujours et effectivement le voilà qui peut maintenant accoster sans devoir grimper sur l’autre train … ou passer en d’ssous c’est selon.

« Impec » me dis-je ! Après tout … je descends à Villiers. Je vais donc prendre cet omnibus. Ce sera un moindre mal après cette épopée nommée « Y’a un truc qu’a fait TOC« .

Le train accoste. Les portes s’ouvrent. Le chauffeur fait une annonce : « Je viens d’apprendre que notre train sera terminus Rosny sous bois« . Alors, comment dire … Rosny sous bois c’est la gare juste avant Val de Fontenay. Et Rosny sous bois c’est comme Noisy le sec mais … en pire ! Quand les corbeaux ont fini à Noisy le sec ils vont ensuite à Rosny, toujours sur le dos pour ne pas voir mais en plus … sans ravitaillement vu qu’ils ont tout laissé à Noisy … Ha oui, Val de Fontenay c’est une grosse gare avec plein de correspondances RER A, bus et tout le toutim. Donc, la posture, toujours la posture … la SNCF fait rouler son train avec les contraintes de la SNCF. Elle n’aurait pas l’idée de faire acheminer le train jusqu’à Val de Fontenay où les voyageurs trouveraient des correspondances et d’autres moyens de rentrer chez eux … non, non, non … elle arrête le train juste avant … dans un trou paumé !

Et à Noisy le sec, toujours pas d’annonce sur le quai, non, non, non … « demerden sie sich !« . La SNCF ne va quand même pas nous annoncer … qu’un train pour Paris est en approche voie A … hein ? … dés fois qu’on ai l’idée saugrenue de retourner sur Paris pour prendre d’autres solutions de transport … hein ?

Bref, je regarde l’écran d’affichage et je vois ce train pour Haussmann Saint Lazare à l’approche. Comme une bonne partie des voyageurs est finalement montée dans le Villiers qui terminera sa course à Rosny sous bois, le quai est moins bondé. Je peux enfin bouger. Visiblement je suis un des rares à envisager cette solution car tout le monde reste hébété sur le quai avec le secret espoir que la circulation va reprendre rapidement.

Moi, avec mon expérience maintenant décennale du RER E, j’applique le principe de précaution : « un train vaut mieux que 2 tu l’auras ». Après avoir emprunté la passerelle  sous-terrain, me voilà sur le quai A. Je monte dans le train et reviens sur Paris.

Bref, j’ai pris un Tram T3b, puis un métro ligne 9, puis un RER A, puis un bus 306 et 2h30 plus tard … j’étais chez moi.

Je pense que maintenant vous percevez mieux la notion de « posture de service ». Et pour illustrer un autre cas, voici une autre mésaventure sur une autre ligne. C’était le 18 octobre dernier. J’allais à Nanterre pour assurer une intervention à l’université. J’ai donc pris la ligne L de Haussmann Saint Lazare à Nanterre Université. Et bien figurez-vous qu’arrivé à Becon les Bruyères, oui, oui … ça ne s’invente pas … Becon les Bruyères disais-je … le train s’est arrêté et le chauffeur nous a demandé de descendre : « mesdames et messieurs, je viens d’apprendre que notre train serait terminus à Becon les Bruyères pour motif de régulation. Vous êtes donc invités à descendre de ce train.« . En clair, tu descends sur le quai, sans aucune autre information et tant pis pour toi ! La SNCF doit faire rouler des trains, elle n’a quand même pas vocation à transporter des voyageurs … ça se saurait. Et les contraintes de la SNCF sont prioritaires sur celles des voyageurs. Tu dois impérativement être à Nanterre à 9h00 parce qu’il y a tout un tas d’étudiants qui t’attend est moins important que de stopper un train à Bécon les Bruyères …

Bon, bref, pour terminer ce poignant suspense de cette épopée nommée « Y’a un truc qu’a fait TOC« , en arrivant chez moi, j’avais un mail d’alerte de la SNCF qui disait qu’un train avait percuté … un sanglier à Emerainville … « Allo chef … y’a un truc qu’a fait TOC ! »  Et que la circulation serait interrompue jusque 21h30 environ. Alors j’ai pensé aux zombies restés sur le quai en attendant un hypothétique train ou même seulement un p’tit message sonore de la SNCF parce que 3 heures sur le quai de l’oubli, le 20 novembre à la nuit tombée … ça donne envie 😉


Article parisien : rer-e-un-sanglier-ralentit-fortement-le-trafic

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Le supermarché improbable

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Ce soir je suis dans le tram, assis à mon club quatre, réfléchissant comme à mon habitude. Voyez-vous, je suis du genre à anticiper, à organiser, bref à planifier. Dans le jargon technique de la psychologie on va dire que je suis plutôt J sur la dimension J–P du MBTI. Et surtout, ne venez pas me dire qu’il s’agit d’une dimension Jungienne ! Oui, j’y tiens. Car Young n’a proposé que trois dimensions : E–I, S–N, et T–F. La dimension J–P a été ajouté par les auteurs Isabel et Katherine Briggs. Alors je vous en prie ne faites pas comme certains mauvais psychologues qui pensent que les quatre dimensions ont été proposées par Young dans sa célèbre typologie. Et ne me demandez pas non plus pourquoi Isabelle et Catherine portent le même nom.

Mais voilà que je m’égare car à l’origine il ne s’agit pas de parler du MBTI. Il s’agit de parler d’un supermarché improbable.
J’étais donc dans mon tram T3, assis toujours sur mon club quatre, réfléchissant à ce que j’allais manger ce soir. Échafaudant de nombreuses hypothèses, oui je suis du genre à anticiper comme je vous l’ai déjà expliqué. Échafaudant de nombreuses hypothèses, disais-je, j’en arrivais à cet insight, c’est-à-dire à cet éclair transcendant qui vous apporte cette réponse que vous cherchez depuis des heures et des heures. Et en l’occurrence ici, cet insight n’est autre qu’un … pot de rillettes !

En effet en réfléchissant à toutes les hypothèses de mets culinaires qui pourraient faire mon repas du soir, je me suis souvenu que j’avais dans mon placard en haut à gauche de ma cafetière KRUPS à broyeur intégré, un petit pot de rillettes qui devraient être bien bonnes car elles viennent du Mans. Et ce n’est pas une forfaiture, ni une invention de ma part car … c’est marqué dessus !

J’ai donc poursuivi ma réflexion en partant de l’hypothèse « rillettes ». Mon schéma cognitif est alors le suivant : tout d’abord s’interroger sur les conditions dans lesquelles les rillettes du Mans seront les plus goûteuses ? A cette question tout le monde vous répondra sans exception : « délicatement étalées sur un morceau de pain frais et croustillant ». Il me faut donc trouver une boulangerie susceptible de me fournir en pain frais et croustillant.

Ici mon heuristique de raisonnement est assez simple puisque j’identifie immédiatement la boulangerie du bas de chez moi. Mais, il est nécessaire de prendre en compte quelques caractéristiques. Nous sommes vendredi, il est 17 heures, le pain le plus frais et le plus croustillant sera donc celui de la fournée du soir qui est disponible, d’après mes observations, après 18 heures. Il faut donc que j’arrive à la boulangerie du bas de chez moi après 18 heures, mais avant 19h15 car à cette heure … il n’y a plus de pain.
Je me vois déjà, tartinant délicatement mes rillettes du Mans sur la baguette tradition tout juste sortie du four, fraîche et croustillante à souhait. C’est alors que j’imagine le petit carré de pain surmonté d’une épaisseur consistante de rillettes, accompagné d’un cor … sacrebleu, je comprends immédiatement la faille de ma démonstration. Et le gâchis gastronomique si je ne résous pas d’abord cet imbroglio : je n’ai plus de cornichons chez moi.

Heureusement que je suis du genre à anticiper car la rillette a beau être étalée sur du pain frais et croustillant, si elle n’est pas accompagnée d’un cornichon c’est toute une tradition française qui est bafouée. Il me faut donc trouver rapidement et en tout cas avant 18 heures un pot de cornichons de bonne facture.
Première hypothèse, je passerai au petit magasin Franprix avant de passer à la boulangerie et je pourrai trouver un pot de cornichons. Encore une fois mon anticipation me permet d’évaluer la qualité des cornichons que je peux trouver dans mon petit magasin Franprix. Je me souviens en effet que le dernier pot acheté était rempli de cornichons tellement fins que j’ai du les prendre à la pince à épiler. Des cornichons fins, je veux bien, mais il faut quand même qu’il y ait de la matière à croquer. Il me faut donc trouver un autre lieu d’approvisionnement en bocal de cornichons.
J’en étais là de mes réflexions, lorsque je m’aperçois que mon tram T3 est en approche de la gare de Rosa Parks. Je jette alors un œil sur l’horloge gigantesque totalement incrustée dans le mur de la station RER : 17h25. Autant dire que si je prends le RER de 17h35, je risque d’arriver un peu tôt à la boulangerie. Je décide alors de profiter du petit temps que j’ai à tuer devant moi pour me rendre chez l’épicier Édouard Leclerc de Rosa Parks.

Voyez-vous Rosa Parks est une station RER relativement récente et les aménagements autour de Rosa Parks sont encore plus récents. Il y a la des dizaines et des dizaines de magasins, de restaurants, de croissanterie, bref nous sommes là dans un quartier totalement rénové façon « branchouille ». Je veux dire par là que nous sommes très loin de l’architecture douteuse, et principalement cubique voir parallélépipédique rectangle, des magasins de zones commerciales. Pour le dire autrement, nous sommes très loin des zones commerciales affreuses, composées de hangars en tôles aux couleurs tantôt blafardes tantôt criardes qui enlaidissent les paysages de nos périphéries urbaines par des non-sens esthétiques qui insultent les yeux des hommes et des femmes qui se précipitent à l’intérieur, non pour consommer voracement, mais pour s’épargner la vision d’horreurs métalliques qui étalent au grand jour notre régression architecturale depuis des millénaires et le modèle de la périphérie urbaine du Caire magnifiquement aménagée du côté du plateau de Gizeh … trois petits points de suspension … comprenne qui peut … ou qui veut mesdames et messieurs de la grande distribution responsables de la défiguration de nos périphéries urbaines et PAF ! ça … c’est fait !

Bon, où est-ce que j’en étais ? Ha oui, voyez-vous, lorsque vous entrez dans l’épicerie Édouard Leclerc de Rosa Parks, après les classiques portillons automatiques, vous pénétrez dans un intérieur aux couleurs chatoyantes et à l’équipement électronique branché et connecté de la dernière génération. Par exemple vous avez un appareil qui transforme vos pièces de monnaie en bons d’achat. J’ai pas du tout compris l’intérêt d’une telle fonctionnalité mais bon si ils l’ont fait c’est que ça doit servir. Un peu plus loin vous avez sur votre gauche une espèce de cage vitrée transparente derrière laquelle défilent des clients à la queue leu leu. Vous vous demandez bien ce qu’ils font jusqu’à ce que vous découvriez qu’ils passent leurs articles sur les caisses automatiques sans caissière. Encore un peu plus loin, derrière son comptoir, le monsieur de la sécurité récupère votre sac, exactement comme la conciergerie. C’est-à-dire qu’il prend votre sac, va le ranger dans un espace dédié, et vous donne en échange un petit carton avec un numéro. Autant dire le grand luxe des palaces parisiens à la portée du client d’Édouard Leclerc.

Je pénètre donc dans le magasin, admirant devant moi les kilomètres de linéaire. Mais attention pas des linéaires en tôle blanche blafarde, toute tordue, à l’image de l’architecture en tôle cubique desdits magasins. Non, non, non devant moi ce sont de magnifiques étalages design, de couleur noire comme les célèbres berlines allemandes, recouverts de bois, sans aucun doute de sapin des Vosges à ce niveau de qualité. Voyez-vous, dans ce magasin les étiquettes ne sont pas toutes pourries et illisibles comme dans tous les autres magasins. Ici les étiquettes sont fabriquées dans la même technologie que les liseuses sur lesquels vous téléchargez le dernier Guillaume Musso. Oui alors là je préfère prévenir tout de suite, j’ai cité Guillaume Musso juste pour que les moteurs de recherche genre Google répertorient mon article. En effet si j’avais choisi un autre auteur plus intéressant, voir même Carl Gustav Jung, la probabilité pour que Google référence mon article aurait été bien plus faible. Tout cela pour dire que je n’ai jamais lu Guillaume Musso et que je serais bien incapable de citer quoi que ce soit de sa plume.

Bon, vous l’avez compris le magasin est hyper tendance. On pourrait même dire qu’il est « hype ». Et là vous vous dites « mais où est-ce qu’il veut nous emmener avec son histoire de magasins ultramodernes ? ». Et bien voyez-vous, dans ce magasin ultramoderne, ultra design, ultra tendance et tout et tout, et bien on ne trouve rien ! Car mon bocal de cornichons, je ne l’ai jamais trouvé. Ha ça … des cornichons j’en ai trouvé ! Et pas que dans les clients ! Des cornichons à la Russe, des cornichons aigres-doux, des cornichons au vinaigre balsamique, des cornichons au sel de Guérande, des cornichons au piment d’Espelette, des cornichons sans Glyphosate … oui, là j’ai un peu inventé mais c’est pour la même raison que le Musso du dessus : le mot « Glyphosate » est très tendance  en ce moment, donc en le rajoutant PAF les moteurs de recherche vont relayer mon article et BIM cet article aura plein de statistiques, de faulauweurs et tout et tout.

Bon, où est-ce que j’en étais ? Ha oui, des cornichons machin tout ça, des cornichons au jus de pruneau d’Agen, des cornichons élevés sous la mer, des cornichons sans sucre ajouté, des cornichons à 25% de matière grasse et sans oublier, évidemment, les célèbres cornichons du bassin d’Arcachon !

Mais des cornichons tout simples, que nenni … nada … rien … impossible de trouver un bocal de cornichons tout simple.

De guerre las j’ai donc renoncé à ma quête du cornichon dans cette épicerie. Car oui il faut le dire et dénoncer cette situation intolérable où, en France, en 2017, l’administration autorise l’ouverture de magasins improbables dans lesquels on ne trouve pas de cornichons basiques. Alors même qu’il en va de l’avenir de notre gastronomie.  Je repense ici à mes rillettes orphelines … reposez en paix … le frigidaire sera votre caveau pour l’éternité tant que je ne trouverai pas de cornichons … amen !

Alors je le demande solennellement au gouvernement : il faut obliger les épiciers à vendre des cornichons … génériques ! On a su le faire pour les médicaments, il faut le faire pour les cornichons !

 

Bref, je suis allé en mission (1)

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Dans mon métier, on dit « Je vais en mission à … « . Rien à voir avec une mission secrète, James Bond, tout ça. Non, non, c’est juste qu’on part en déplacement professionnel. Et la destination est importante car c’est rarement l’endroit où tu passerais tes vacances. C’est genre « Je vais en mission à Montargis ».

Bon parfois, la destination est pas mal. Mais comme tu y vas pour bosser, bein … t’as pas vraiment le temps d’en profiter. Alors que tu ailles à Venise ou à Montargis, c’est pareil.

Bref, je suis allé en mission à Montpellier. Et Montpellier, en pleine canicule… c’est chaud. Et dans mon métier, quand on va en mission, ça veut dire qu’on va auditer. C’est marrant comme la perception change suivant que l’on est d’un côté ou de l’autre de la mission. Moi je trouve ça sympa. Mais de l’autre côté, ils ont les copeaux, ils fouettent, ils tremblent, ils sont tout blancs …

Bref, je suis allé en mission à Montpellier

Une mission, ça commence toujours par la logistique. Oui, il y a aussi le boulot qu’il faut préparer. Mais j’en parle pas ici. Donc la logistique ou dit autrement, la « résa d’hôtel ». Tu te connectes sur le site du prestataire, tu entres Montpellier. Tu précises les dates. Et pouf ! tu as la carte avec les hôtels possibles : une petite flèche verte et l’hôtel est « dans les prix », une petite flèche rouge et l’hôtel est … « pas dans les prix ». Pour le dire autrement, réserver à Montpellier en juillet en s’y prenant la semaine précédente c’est … que des flèches rouges. Alors là, tu peux prendre un hôtel « flèche rouge » mais il faut passer par un circuit de validation à 2500 niveaux qui va jusqu’au président de la république avant de revenir par le même circuit. C’est possible … mais seulement en théorie. Alors il reste le joker. Non, non, pas l’appel à un ami mais … l’appel à l’assistante.

Moi : « dis Stéphanie, je ne trouve pas d’hôtel dans les prix pour la mission à Montpellier lundi prochain »

Stéphanie : « T’inquiète, je m’en occupe »

Moi : « OK super. Heuuu … pas à Tataouine quand même … hein ? »

Stéphanie : « Mais non … fais moi confiance… »

Le lendemain, Stéphanie vient me voir dans mon bureau et me dit « A y est, je t’ai trouvé un super hôtel … dans les prix … et avec vue sur mer ! »

Bref, j’ai une confiance toute relative.

On arrive à Montpellier. Oui parce qu’une mission c’est toujours à plusieurs. Là on est 3. On est à la gare de Montpellier, en plein centre ville.  La température au sol est d’environ 48 degrés … à l’ombre. Le lieu de la mission est à l’est de Montpellier. L’hôtel est à l’ouest de Montpellier. Il est 11h30. Les collègues veulent déposer les valises à l’hôtel. On appelle l’hôtel…. l’hôtel ne répond pas.

On va à l’agence de transport en commun pour demander l’itinéraire jusqu’à l’hôtel. On entre.

Le guichetier : « On ferme ! Vous avez l’autre agence au coin de la rue après le Mac Do ! » dit-il, d’une voix nasillarde dans l’hygiaphone. Tout le monde sort, regards perdus … Mac Do là … à midi ! On marche et nous passons le coin de la rue. A peine tourné, une file d’attente de 3874 personnes déborde de l’autre agence.

Bref, on a failli tester les renseignements des transports en commun montpelliérain !

On va faire autrement. On appelle l’hôtel … bis … non, non pas IBIS la marque des supers hôtels. Le « bis » c’est pour dire qu’on l’appelle pour la 2ieme fois …

Le collègue : « Bonjour madame, comment fait-on pour rejoindre votre établissement par les transports en communs ? »

La dame de l’hôtel : « Bein … vous n’êtes pas rendus ! Pis … ça grimpe fort pour venir jusqu’ici. Et si vous venez avant 15h30, il y a un supplément de … beaucoup de neuros ! »

Moi : « qu’est-ce qu’elle dit la dame ? »

Le collègue : « elle dit qu’on va pas aller tout de suite à l’hôtel, on ira ce soir »

Je mets une carte de la ville de Montpellier pour que l’on ait bien les mêmes repères en tête. Les distances sont estimées approximativement et sont assez proches de la réalité.

Bref, on a pris le tram vide à Montpellier.

Oui, en province, c’est pas comme à Paris : le tram il est vide et tu peux t’asseoir.

3h plus tard, on descend du tram. On marche en traînant nos valises par 60 degrés à l’ombre mais nous on est en plein soleil. On marche … on marche … on marche …

  • Moi : « dis ! T’es sûre que c’est par là ? Parce que là … y’a plus de trottoir depuis au moins 3 kilomètres » …
  • Le collègue : « Si, si, je t’assure, c’est écrit sur le plan, regarde …« 

Ha oui … finalement, ce n’était pas si loin. Après 6h de marche on est arrivé sur place.

Bref, on a commencé la journée, mais surtout la mission, comme après un vendée globe en solitaire par 75 degrés au soleil …

J’ai dit que je ne parlais pas du contenu de la mission. Parce que c’est quand même un peu secret, tout ça, que j’ai pas trop le droit d’en parler alors … hop c’est la fin de la journée. Objectif : rejoindre l’hôtel qu’est dans les prix et avec vue sur mer 🙂 Mais qui est de l’autre côté de la ville  😦

Après les 6h de marche en traînant la valise, le passage à niveau et ses innombrables convois ferroviaires, plusieurs hectolitres de sueur dans la chemise, nous voilà à l’arrêt de tram. Il est 18h30 mais la température n’a pas varié d’un iota. Je peste contre Donald Trump, omni responsable devant l’Éternel du réchauffement climatique. Le cheval de fer s’arrête à notre hauteur. Les portes s’ouvrent. Nous pénétrons à l’intérieur. Pinaise … pas climatisé … c’est comme dehors mais en 3 fois plus chaud. Je re-peste contre Donald Trump ! On choisit un club 4 et on s’installe. Oui, le tram est vide … c’est pas comme à Paris tout ça…. enfin je l’ai écrit plus haut.

Bref, on a chaud, très chaud … vraiment très chaud. Et c’est pas comme si on était en costard cravate 😉

A quelques mètres, un gars discute bruyamment, avec son acolyte. Il accompagne son propos de gestes approximatifs à la trajectoire manifestement mal maîtrisée. Ce n’est pas sa gestuelle qui m’interpelle mais plutôt l’avenir de la boîte en fer de 50 cl qui contient un breuvage houblonné mais surtout … qui décrit des sinusoïdes en 3D. Si elle pouvait parler, elle dirait certainement « s’il te plait, vide moi et qu’on en finisse le plus vite possible, j’ai la nausée« .

Bref, l’artiste nous regarde. Je comprends qu’il va nous interpeller. Bingo, il vient dans notre direction … mais pas en ligne droite. On m’a pourtant toujours appris que le chemin le plus court c’est la ligne droite sauf … quand la terre tangue. Et là, la terre … elle a l’air de vachement tanguer pour cet olibrius

L’artiste : « messieurs, puis-je me permettre de solliciter votre savoir au sujet d’une question qui nous divise, mon ami et moi ? »

Moi : « mais faites donc, mon brave. »

L’artiste : « Alors voilà … de votre point de vue, combien d’années séparent deux générations ? »

Moi : « 25 ans. »

L’artiste : « Hum …votre réponse n’arrange ni mon ami, ni moi-même car nous voici maintenant avec 3 propositions différentes. Comme vous avez l’air érudits, je considère votre réponse comme la plus juste. Je vous remercie messieurs. »

Et il rejoint son acolyte … toujours pas en ligne droite et en se tenant aux barres verticales judicieusement disposées le long de son trajet par le fabriquant du tram. Alors que tout le monde sait que le plus court trajet entre 2 points, c’est la ligne droite comme je le disais précédemment.

On se regarde. On esquisse un large sourire entendu, rassurés par la nature non belliqueuse de notre nouveau compagnon de transport en commun.

Mais l’embellie n’est que de courte durée. L’artiste revient vers nous, non sans s’être abreuvé d’une goulée de la mousseuse boisson.

L’artiste : « messieurs, la décence m’oblige à vous donner une explication à ma sollicitation. »

Moi : « mais non, t’inquiète pépère … c’est pas utile »

L’artiste : « messieurs, je ne sais pas qui vous êtes. Vous êtes peut être … PDG. Je vois monsieur avec son costume et sa cravate. Et bien moi je suis … scénariste ! Là je prépare une pièce de théâtre avec un concept tout à fait nouveau : je fais parler un caillera en vieux françois et Louis XIV en caillera ! »

Tellement captivés par la maestria de notre artiste avec sa canette que nous n’avons pas prêté attention au voyageur qui vient de s’asseoir à nos côtés sur le club 4 d’en face.  Mais l’artiste lui, l’a repéré et lui tend la main. Enfin … comme quelqu’un qui essaie de viser le digicode avec un taux d’alcoolémie incompatible avec ce screugneugneu de clavier beaucoup trop petit …

Ils se saluent, se disent « bonjour« , échangent quelques mots genre « j’pensais que tu m’avais pas vu. Bein si que je t’avais vu mais je discutais avec ces messieurs … hurmpf »

Personne ne dit mot mais nous sommes soulagés que notre nouveau compagnon, l’artiste, ait retrouvé un compère. Comme ça, au moins, il nous lâchera la grappe.

Hé flûte, j’ai parlé trop vite ! Ledit compère ne doit pas l’apprécier plus que ça car il l’invite à poursuivre sa conversation avec nous. 4 regards furibards sont maintenant dirigés vers le compère qui nous fait un large sourire … un sourire qui dit « démerdez-vous avec lui, j’ai autre à faire que supporter son haleine d’outre à bière ! »

Le voilà qui revient vers nous : « ho oui, je ne vais tout de même pas laisser ces messieurs sans explication »

Moi : « mais si pépère … ne te prends pas la tête, on ne t’en tiendra pas rigueur »

L’artiste : « alors voilà mon idée … vous voyez, lui  » dit-il en pointant du menton notre collègue « il a un costume … une cravate. Je ne sais pas qui il est mais … il pourrait être PDG ou même … président … »

Moi : « c’est pas faux d’autant qu’un PDG … c’est aussi un président … hein ? »

L’artiste : « alors lui, on s’attend pas à ce qu’il parle comme une racaille de banlieue. Mais s’il disait … heuuu … j’sais pas moi heuuu … j’kiffe trop la meuf de la compta … celle qui bosse au 3ieme ! Hein ? ça fait drôle non ? Pour un type qu’est en costard cravate ? … »

Moi : « Effectivement, je vous confirme que je vois pas trop mon collègue s’exprimer ainsi »

Nous en étions là de notre échange fort instruisant quand le tram s’est arrêté. Je crois que le copain de l’artiste a finalement eu pitié de nous car il lui a dit « Hé mec … c’est ton arrêt ! » et l’artiste s’est précipité dehors. Enfin … comme on peut se précipiter quand on est sur un radeau par forte houle et que l’on cherche à quitter le navire pour rejoindre la terre ferme … heureusement qu’il y avait un abris-tram … c’est comme un abris-bus sauf que c’est pas sur une ligne de bus mais de tram … en face de la porte pour stopper net la course chancelante de notre auteur-compositeur-interprète d’une pièce de théâtre qui fera un malheur au box office, n’en doutons pas.

Bref, après la sortie remarquée de notre artiste et sans faire de rappel, notre tram a repris son petit bonhomme de chemin vers sa destination initiale. Et nous … bein … on est restés assis, dans la chaleur suffocante d’un été à Montpellier, suants à grosses gouttes dans nos chemises comme au sauna. Sauf qu’au sauna, tu y vas en tenue adéquate … tu n’y vas pas en costard cravate …

Après quoi … pfiouuuu à peine 12 heures plus tard, 2487 arrêts et environ 12 millions de kilomètres, voici que se profile à l’horizon, notre arrêt. Nous descendons. Dehors, il fait encore plus chaud que dedans … c’est incompréhensible. C’est un peu comme si les lois de la physique avaient contourné Montpellier et se disant « non non, ici, on va laisser le soleil faire ce qu’il veut comme il veut. On ne va pas baisser la température quand il y a de l’ombre« . Du coup, le soleil en profite et il fait ce qu’il veut. Alors … il chauffe ! Et il chauffe fort … très fort ! C’est quand on a commencé l’ascension du mont Niitaka, que j’ai compris ce que ressentent les haricots du cassoulet juste avant d’exploser dans le four micro-ondes poussé au maxi.

Oui, non seulement l’hôtel est loin de l’arrêt de tram mais en plus ça grimpe fort, le soleil doit être à quoi … pfiouuu pas 2 mètres au-dessus de nos têtes, il n’y a pas de bus pour nous y rendre et on doit longer la route qui elle, forcément … est dans le sens inverse donc … les voitures s’en donnent à coeur joie pour descendre « fend la bise« , ou « vent du cul dans la plaine » si vous êtes plutôt sergent major, et nous polluent notre oxygène parce que franchement, c’était pas assez difficile comme ça.

Donc on attaque l’ascension de la roche de solutré. Au premier carrefour, on croise les potes de l’artiste qui proposent de nous vendre des bouteilles d’eau fraîche si non, nous disent-ils, vous n’arriverez pas en haut. Malins les acolytes du poivrot du tram : eux, ils restent en bas pour picoler des bières et ils vendent de l’eau à ceux qui entreprennent leur chemin de croix jusqu’à l’hôtel. Mais bon, à 7499 euros la bouteille de 50 cl, on a courtoisement décliné l’offre. Et on a marché … marché … marché et comme dans le désert, plus on avançait plus le haut de la colline s’éloignait …

8 heures plus tard, les roues des valises avaient perdu 1/3 de leur diamètre. Le bitume du trottoir collant à nos semelles comme le ruban antimouches aux pattes de la drosophile, nous arrivâmes … au Mac Donald’s ! Hé oui, sans faire attention, tellement voûtés par le poids de la chaleur, on a oublié de tourner et paf … nous voilà au Fast food ! Heureusement, en relevant machinalement la tête … nous aperçûmes l’enseigne de notre hôtel … de l’autre côté du rond point.

Bref, on a retrouvé le sourire

Dans ma tête, je repense à la joie de Stéphanie m’annonçant fièrement « A y est, je t’ai trouvé un super hôtel … dans les prix … et avec vue sur mer !« . « Avec vue mer ! » … on doit être à mille kilomètres de la mer ! Et pis avec cette chaleur, la mer a du s’évaporer entièrement !

Bon, nous voilà aux portes … de l’hôtel. Enfin … je ne sais pas si vous connaissez la chaine « Appart’City » ? C’est comme un hôtel, ça ressemble à un hôtel mais … c’est pas un hôtel. En fait c’est de la location d’appartement à la nuit ! Si si je vous assure c’est possible. Et quand on loue un appartement, qu’est-ce que l’on fait … hein ? je vous le demande … hein ? De … la … paperasserie ! plein de paperasserie ! Donc, nous voilà en train de biffer les 12 154 pages du contrat de location … en 3 exemplaires … Et tout cela pour une piaule de 6 m2 à Tatouine les bains, sur le rond point du périph par 75 degrés sans clim !

2 heures et demi plus tard, la nana de la réception nous explique qu’elle va faire des photocopies pour laisser un exemplaire du contrat de location .. à chacun. On lui répond, en coeur : « qu’elle peut se le carrer dans l’f …. son contrat« .

Bref, on l’y a braqué son armoire à clés après l’avoir assommée avec un vieux « Figaro Madame » qui traînait par là. On récupère nos clés de chambre. Pour moi ce sera le 6ieme étage. Si si c’est important, vous allez voir. J’introduis la clé, je tourne, je clenche et je pousse la porte qui s’ouvre sur un tout petit couloir. Pas dans la longueur … le couloir, non … dans sa largeur. J’avance, et j’entre dans … bein dans ce qui doit être la chambre mais comme le lit prend toute la place, il doit rester environ 10 cm entre les murs et le lit. En face de moi … une fenêtre qui fait toute la longueur du mur. Bon en même temps, vu la taille de la pièce, ça ne fait pas non plus une fenêtre gigantesque. On va enfin avoir le dénouement de ce suspens devenu maintenant insoutenable : la … « vue sur mer » est-elle une blague de l’assistante ou un argument commercial surfait de l’hôtel ?

Je pousse le rideau ou plutôt … je le tire car dans ce sens c’est plus juste de dire … « ho tu vas pas nous faire traîner plus longtemps, tu la lâches ta pastille hein !« . Bon ok, par la fenêtre j’ai une vue  imprenable sur … le rond-point et sa concomitante circulation automobile et motobylette pétaradante et klaxonnante comme seuls savent le faire les sudistes d’en bas de la France. Au second plan, le centre commercial très animé ce soir avec ce campement de gens du voyage qui fait étape sur le bitume brûlant. C’est vrai qu’à Montpellier il est beaucoup plus agréable de camper sur le parking d’un supermarché plutôt que de pousser de quelques kilomètres jusqu’à Palavas les flots … hein ! C’est quand même beaucoup plus amusant de venir emmerder les clients des hôtels à proximité plutôt que de danser la carioca sur le sable chaud au bord de l’eau … hein ! Au 3ieme plan, on commence à moins bien distinguer mais je crois reconnaître une zone résidentielle.

Et voilà … voilà voilà voilà … l’assistante s’est bien joué de m… non ! Attends ! Là-bas … oui, tout là-bas … tout au fond …  on dirait … mais oui ! Une toute petite ligne légèrement bleutée … c’est la mer ! Alors comment dire ? Techniquement, on peut le confirmer « oui, c’est exact,  on a vue sur mer depuis la chambre ». Mais reconnaissons tout de même qu’on est loin du concept de « vue sur mer ». Et vu l’épaisseur de la ligne bleue, je pense qu’au 5 ieme étage je ne la voyais plus. Alors vous voyez que c’était important de préciser l’étage ? hein ?

Quand je recevrai le questionnaire de satisfaction que l’hôtel ne manquera pas de m’envoyer, je pense que je ferai un rapport d’étonnement sur l’argument commercial qui vante la … « vue sur mer » 😉