Le cabinet fantôme

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Dans un précédent billet, je narrais ma consultation chez un médecin généraliste [Le petit trou de la sécu] . Hé bien figurez-vous que mon otite externe a résisté aux corticoïdes et aux antibiotiques. Bref, 15 jours de traitement plus tard, ma tête bourdonne de plus belle …

Racontant ma mésaventure à quelques collègues de travail, j’eu droit à 2 bonnes informations :

La première : le lien vers la chronique de Michel Cymes qui explique comment on peut mourir d’une otite …  merci Joëlle, ça rassure -> http://www.rtl.fr/actu/bien-etre/michel-cymes-avertit-on-peut-mourir-des-complications-d-une-otite-7792618132

La seconde : « fais doctolib point et faire et tu prends rendez-vous avec un ORL ! »

Moi : « Ha bon ? mais c’est quoi ça doctolib.fr ?  »

Le collègue : « c’est une plateforme de prise de rendez-vous avec des professionnels de santé. Tu cherches un ORL disponible rapidement et PIF, PAF, POUF en 2 clics tu as ton rendez-vous ! »

Ni une, ni deux, ni trois d’ailleurs, je tape doctolib.fr et me voilà sur la fameuse plateforme. Je clique sur « ORL » puis ma ville et … PIF, PAF, POUF … le 1er RDV dispo est dans 3 semaines ! Ha oui quand même … bon, j’élargis la recherche … PIF, PAF, POUF … wouhaaa  un ORL est disponible demain matin ! Non, j’y crois pas …

Tiens, en plus, il y a des disponibilités de rendez-vous sur toute sa journée. De deux choses l’une : ou bien j’ai une chance incroyable, ou bien il y a un loup …

Bref, pas le temps de tergiverser, je prends la place … PIF, PAF, POUF … mon mail, mon tél, ma date de naissance et … clic, le rendez-vous est pour moi. Ha ha … otite récalcitrante tu vas voir comment l’ORL va te mater … au sabre lazer s’il le faut … éparpillée façon puzzle aux quatre coins de Paris

Un p’tit mail pour dire à mon directeur que je ne pourrai participer au codir du lendemain et 5 clics plus tard, tout est organisé.

Mercredi matin, je prends le bus direction Noisy le Grand, célèbre station balnéaire s’il en est. Noisy le Grand, ses bassins, ses mouettes rieuses, son centre commercial, son Palacio d’abraxas et … ses trous du luc en motocross qui font de la roue arrière sur le boulevard du mont d’Est …

Le boulevard du mont d’Est justement, après être descendu du bus à l’arrêt « cimetière de Noisy le Grand » … tiens ça me rappelle la remarque de Joëlle sur la chronique de Michel Cymes … c’est drôle les associations d’idées tout de même

Bref, je remonte le boulevard du Mont d’Est jusqu’au numéro 60, le clos des cascades. Bon les cascades, les cascades, on est loin des chutes du Niagara … hum … à mon avis, c’est plutôt les cascades à motocross pétaradantes et sans casque, cf plus haut.

Et voilà, j’y suis ! Tiens, c’est étrange … je ne vois pas de plaque indiquant un cabinet d’ORL … pas d’indication, pas de sonnette spéciale pour s’annoncer. Bon, je recherche le nom sur l’interphone … comment qu’y s’appelle d’jà pu … ha oui M biiip …, docteur M biiip … … L … M … Meu … Miss … Mous … tiens étrange, je ne trouve pas son nom dans l’annuaire de l’interphone.

Ha … une personne sort de l’immeuble, j’en profite pour entrer. Je me présente à la loge du gardien. Il ouvre l’hygiaphone.

Moi : « bien le bonjour mon brave … je viens consulter l’apothicaire M biiip  … » dis-je … benoîtement. Oui, j’aime bien dire « benoîtement » 🙂

Le gardien me regarde avec des yeux gros comme des soucoupes. Il ne pipe pas mot et sort de sa loge. Je lui emboîte le pas.

Lui : « Là, c’est la porte … au fond du couloir. »

Bon … je me dirige vers ladite porte. Pas de plaque, pas d’indication, pas le classique « Entrez sans frapper et installez-vous dans la salle d’attente« , rien. Je sonne … « drelin-drelin » … rien … pas de réponse. J’attends … mais j’attends combien, hein ? Combien de temps doit-on attendre entre 2 sollicitations d’une sonnette … hum ? C’est comme l’oeuf à la coque quand on ne connait pas le temps de cuisson … ou comme le fût du canon. Bref, j’attends « un certain temps » et je re-sonne … « drelin-drelin » … rien … pas de réponse.

Ma prémonition de la veille commence a prendre de l’ampleur : il y a un truc qui ne colle pas. Bref, je m’appuie contre le mur et consulte machinalement mon tél.

Drelin-drelin … non, ce n’est pas la sonnette qui s’agite seule mais mon tél qui m’annonce un appel entrant. C’est le numéro du carabin que ma donné Doctolib.fr. Je réponds

Moi : « Allo, oui, je vous écoute… »

Lui : « c’est le docteur M biiip …. Je quitte Paris. C’est encombré, je vais avoir un peu de retard »

Moi : « bon, très bien, je patiente »

Tchouk … ça c’est le bruit de la lumière qui vient de s’éteindre. Il fait tout noir dans ce couloir. Du coup, je retourne dans le hall parce qu’au moins, là-bas … j’aurai de la lumière.

Bref, pressentant que l’attente sera longue, je sors le livre que j’avais prévu de lire dans la salle d’attente et, appuyé contre le mur, je me plonge dans … « guerre et paix », 1225 pages en cyrillique non traduites …

Ca faisait à peine … oh quoi … 24 jours et demi que je lisais … qu’une femme s’approche de moi. Habillée du même jogging gris clair que le gardien, je déduis que c’est … la gardienne, ou du moins la compagne du gardien.

Elle : « bonjour … vous attendez quelqu’un ? »

Moi : « Hum moui … j’attends le sieur guérisseur M biiip … »

Elle : « Ha oui ? Mais … il n’exerce plus ici depuis … 2010 ! »

Moi : « Ha bon ! Mais … il vient de m’appeler au téléphone. Il arrive … »

Elle : « c’est z’impossible ! Il n’a plus de cabinet ici. C’est un appartement qu’il loue. D’ailleurs c’était des jeunes qui ont fait des histoires pas possibles au début de l’année. C’est pas un cabinet … c’est un appartement. D’ailleurs, regardez… là … vous voyez sur le mur ? la trace un peu bleu ? C’était sa plaque. Ils l’ont retirée en 2010 parce que heuu …. il a fait plein de bêtises. Il a même eu des problèmes avec les z’inspecteurs de la sécu … »

Entre temps, son jogging gris de mari l’a rejoint

Le gardien : « Mais heuuu … tu vas t’taire ! Le monsieur il a rendez-vous et pis c’est tout ! Nous on a rien à voir la n’dans ! S’il a dit qu’il arrivait c’est qu’il arrive et pis c’est tout ! »

Le jogging gris s’éloigne

Elle : « Vous le connaissez bien ? »

Moi : « Pas du tout. J’ai pris rendez-vous sur internet … sur doctolib.fr … »

Elle : « Ha … doctolib ? Je vais regarder ça … mais moi… j’serais d’vous … je prendrais mes jambes à mon cou et j’irais chez un autre. Enfin … moi j’dis ça … j’dis rien. Pis surtout dites pas q’c’est nous qu’on vous l’a dit … hein ? »

Une prémonition la veille, l’absence de plaque professionnelle, aucune signalétique dans le hall de l’immeuble, pas d’indication sur la porte de l’apparbinet – oui, c’est la contraction de « appartement » et « cabinet » car je ne sais pas finalement ce qui se cache derrière cette obscure porte – le témoignage plus qu’édifiant de la femme en jogging gris, la trace bleutée d’une plaque retirée, l’angoisse du mari en jogging gris à l’idée d’empêcher un usurpateur potentiel de commettre ses méfaits … il n’en fallait pas plus pour que le doute s’empare de moi …

Accompagné de mon doutage solidement ancré dans mon cerveau et dans les poches de mon trench-coat … oui j’aime bien prononcer le mot « Trench Coat » … j’ai pris mes jambes à mon cou et j’ai fuis vers la station RER la plus proche.

Assis dans une voiture déserte du RER A … c’est un oxymore … la voiture déserte du RER A … je vous laisse chercher. Bref, assis disais-je dans le RER A, filant à 120 milles à l’heure vers la capitale … Fluctuat nec mergitur … oui car ce jour là il pleuvait à verse et mon RER était battu par les flots mais il ne sombrait pas … mon tél re-sonna … un sms du rebouteux :

Je n’ai pas répondu … quant à son invitation à venir même tard le soir, j’ai préféré ne pas imaginer le sorcier chaman lubrique, dans son plus simple appareil, venant ouvrir la porte de son cabinet emmitouflé d’un nuage de fumée aux relents de THC prononcé …

Bref, je ne saurai jamais ce qu’il y a derrière la porte à part … le son du « drelin-drelin » de la sonnette … y-a-t-il un appartement ou bien … un cabinet fantôme ?

Evidemment, j’ai tenté de prévenir le site Doctolib.fr. J’ai écrit au site en demandant ce que je devais faire pour éviter que d’autres personnes ne vivent la même mauvaise expérience que moi. Et voici la réponse que j’ai reçue :

Bon en clair, ça veut dire « demerden sie sich ! C’est pas notre problème. Nous, doctolib.fr, on met en relation des clients avec des fournisseurs et on se fiche royalement de la qualité des fournisseurs« . Et en plus, le site doctolib.fr a vraiment bien compris mon besoin puisqu’il m’explique qu’il a demandé … au guérisseur chaman lubrique de reprendre contact avec moi rapidement. Alors heuuuu comment dire … « dites doctolib.fr … je veux pas le revoir ce fou furieux. Moi j’ai plutôt envie que vous trouviez le moyen de faire en sorte qu’il n’ai plus mes données à caractère personnel  ce professionnel de santé en délicatesse avec son ordre professionnel … hum ? »

Alors, j’ai tout de suite retrouvé un RDV chez un ORL le lendemain. Et celui-ci était de grande qualité. Mais reconnaissez qu’il y a de tout sur ce site : du très bon comme du très mauvais.

Et pour ne pas laisser mes fans dans d’horribles interrogations sur mon état de santé, je vous rassure, j’ai consulté un vrai ORL le lendemain et il m’a prescrit le pulvérisateur nasal qui va bien pour pulvériser mon otite …Quant au guérisseur chaman lubrique, je n’ai plus aucune de ses nouvelles … allez savoir pourquoi …

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Le petit trou de la sécu illustré

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Bon, alors entre nous on dit « le trou de la sécu ». Mais les experts du sujets parlent plutôt en termes de « le déficit de la Sécurité sociale ». Hé oui parce que l’on ne parle pas d’une broutille. On parle de 5,2 milliards en 2017 … hé oui, quand même !

Bon alors, je ne sais vous mais moi 5,2 milliards … ça ne me dit rien du tout. Et même si je multiplie par 6.55957 pour le convertir en vieux francs, je ne vois pas mieux. Ou alors, si je gagnais 5,2 milliards au loto le week-end prochain, peut-être que je me rendrais mieux compte. Mais comme je ne suis pas certain de gagner à la loterie, on va essayer de faire autrement : on va imager le concept.

Par exemple, une boîte de soda goût caramel, de taille classique (33cl) sans sucre ajouté mesure 10,7 cm, soit 107 mm de hauteur.

Donc, si je la place à l’horizontale, et que j’en mets 5,2 milliards bout à bout… je peux faire … 556 400 kilomètres soit 13,88 fois le tour de la terre ! Bon, ceci posé, je ne vous cache pas l’inutilité de faire 13,88 fois le tour de la terre avec des canettes de Coca. D’autant plus que je ne suis pas certain que Vladimir Poutine accepte aussi facilement que l’on recouvre plus de 13 fois sa place rouge avec des canettes. Quant à Donald Trump, s’il réussi à construire son mur avant que j’arrive avec mes canettes, je suis bon pour refaire mes calculs car passer au dessus du mur, ça va raccourcir la distance.

Bon, faisons une autre tentative : le pot de nuttella

L’avantage du pot de Nutella, c’est qu’on est pas obligé de le coucher. On peut le laisser debout. Donc, mon pot de Nutella fait 13,5 cm de large, soit 135 mm. Même calcul … PIF, PAF, POUF, je peux faire … 16,22 fois le tour de la terre avec 5,2 milliards de pots de Nutella. Je vais passer 3 fois de plus chez Vladimir Poutine. Mieux, je peux faire un pont de pot de Nutella  entre la terre et la lune et même revenir sur 70% de la distance. Ha ! Quand même, hein ! Bon, je pense qu’en prenant un de 2 kg on doit pouvoir faire l’aller et retour terre-lune complet. Je vous laisse calculer vous même.

Bon, ça va maintenant pour vous représenter le trou de la sécu ? Si non, on peut aussi essayer d’imager avec une dimension moins palpable. Tiens par exemple, sachant que la chanson « ô Tannenbaum » a une durée de 103 secondes. Hé bien en équivalent « trou de la sécu » je peux écouter cette chanson 50 million 485 mille 436 virgule 89 fois, soit pendant … 164 années ! C’est à dire que je peux mettre un casque sur la tête du nouveau né pile au moment où il sort et pousse son 1er cri et lui faire entendre la fameuse chanson, en continu même la nuit, jusqu’à sa mort … et il me reste même du rabiot. Maintenant, je ne sais pas si ça développera ses compétences linguistiques en allemand, vu qu’il aura toujours sa chanson dans les oreilles et qu’il aura du mal à écouter ses profs à l’école.

Donc 5,2 milliards, ça fait tout ça.

Bref, revenons à nos moutons, ou plutôt à nos chats. Oui car tout commence par une histoire de chat dans la gorge. Je ne sais pas qui a inventé cette expression parce que franchement, je ne me vois pas avec Cannelle dans la gorge. Pour celles et ceux qui n’aurait pas suivi les épisodes précédents, Cannelle, c’est la chatte à la voisine.

Bon, donc vous avez compris, que je me retrouve avec un chat dans la gorge un dimanche de février quand il y a plein d’épidémies de virus tout méchants tout ça. Donc, je me dis en moi même : « humm chat dans la gorge le dimanche, gros rhum fiévreux le lundi suivant« . Paf, ni une ni deux, lundi matin je me lève « la tête dans la brume ». Mais bizarrement sans fièvre. Je résume donc mon état :

  • impossible de prononcer une phrase sans mettre des « b » partout, genre « Bonjour Batrick … oui, oui je be rebercie, bout va bien, je buis en bleine forbe« . Oui, les « s » et les « m » aussi ne passent pas bien
  • utilisation d’environ 120 mouchoirs à l’heure, soit un toutes les 30 secondes. Je suis impressionné par la quantité de truc vert que je peux sortir de mon nez 😉
  • confection régulière du cocktail revivifiant : Lysopaïne, Efferalgan, Actifed jour/nuit
  • et surtout, le chat s’est transformé en Amphicoelias fragillimus … Ne cherchez pas c’est le plus grand des dinosaures. C’est Jeff Goldblum qui le dit dans Jurassic Park 1.

Mais … pas de fièvre

Mardi : la situation est stable. Je tousse toujours autant. Je consomme toujours autant de mouchoirs en papier lotus triple épaisseurs en boîte carton bleu.

Mercredi : la situation « sent pire » comme disait Coluche. En fait, c’est au niveau de mon oreille gauche. Elle ne me restitue plus les sons normalement. Et surtout elle m’envoie un bourdonnement endémique dans la tête. Et quand je me mets à prononcer mes phrases, les « b » me reviennent en boomerang direct dans la tête … je m’entends parler …

Jeudi : la situation est stable. J’en suis à la 96ieme boîte de mouchoirs lotus triple épaisseur tout ça. Oui, c’est comme les pots de Nutella, je vous laisse faire le calcul : 1 mouchoir toutes les 30 secondes, 3 jours, 90 mouchoirs par boîtes …

Vendredi : la situation est stable. Mon oreille est toujours bouchée. J’ai toujours la sensation de me parler à moi-même. Je me demande si mes interlocuteurs reçoivent mes messages vocaux.

Samedi : la situation s’améliore. Je passe à un mouchoir à la minute. Mon oreille est toujours dans le même état. Ca commence vraiment à me taper sur le système. De la secousse, je mets mon casque Beats Studio sur l’oreille fautive et je lui balance du David Guetta à fond les ballons, na ! Elle l’a bien cherché. Sauf que … rien ! J’ai cru que mon casque était tombé en panne mais non. Branché sur l’ordi je lance un diagnostic du bazar. Résultat « Votre Beats Studio est en parfait état de marche et doté de la dernière version du logiciel. Aucune mise à jour n’est nécessaire« . L’inquiétude me gagne … « Et si je ne retrouvais jamais l’ouïe »

Dimanche : la situation s’améliore sur le front de la gorge. Le dinosaure a laissé place à un gros tigre du bengale neurasthénique. Oui, c’est parce que la gorge est bien prise mais je n’ai plus mal quand je tousse. L’oreille elle, fait toujours de la résistance. Je décide donc de prendre le taureau par les cornes (y’a beaucoup d’animaux dans mon histoire je trouve) : je verse de l’eau chaude dans mon oreille. Résultat : rien, ça ne sert à rien. Je passe à 3 sur l’échelle de flippage qui en compte 128 … je devrais peut être consulter un toubib …

Lundi : la situation s’améliore mais toujours pas du côté de l’oreille gauche. Du coup, je jette un oeil sur internet pour identifier un médecin dans mon patelin. Je ne sais pas vous, mais moi … je ne sais pas choisir un médecin à partir de ses coordonnées sur le site officiel de ma ville. Et il y en a au moins 30 ! Alors j’ai tiré au pif. Et comme je suis du genre super méga courageux, je me suis dit « Bon, bein … si demain c’est pas mieux … je vais la voir »

Mardi : bein … c’est pas mieux …

Je décide donc de prendre rendez-vous. J’appelle … message du répondeur « Je consulte le lundi, mardi, jeudi et vendredi de 11h00 à 12h00 et de 14h00 à 16h00 sans rendez-vous. Et de 16h00 à 18h sur rendez-vous. Cette ligne de prend pas de message. pfchlaggg« . Heuuuu comment dire … si je veux prendre rendez-vous par exemple en fin d’après-midi après 16h00, je fais comment puisque c’est un répondeur qui ne prend pas de message ?

Bon ok, je vais y aller entre 14h00 et 16h00 cet après-midi.

En fait j’arrive à 14h18. Je sonne …. rien … je re sonne … re rien … une personne arrive dans le vestibule de l’immeuble et me voit en train de chercher. Elle ouvre la porte et me lance « Entrez, de toute façon elle répond jamais …« . J’entre, mais je ne suis pas encore dans l’immeuble. Je suis coincé dans le vestibule. Je me dirige vers l’interphone. Je sonne sur « cabinet médical » … pas de réponse. Je re sonne sur « cabinet médical » … re pas de réponse … Une personne qui sort ouvre la porte. J’en profite pour entrer. Arrivé au cabinet médical, il est écrit sur la porte « Entrez sans sonner » … mouais, de toute façon j’allais pas sonner vu que ça sert à rien. Un couloir, 2 d’jeun’s qui discutent à voix basse, je passe entre eux-deux et me dirige vers la salle d’attente. 8 sièges, 2 de libres, je m’assieds et je commence mon attente.

Comme je suis du genre « investigateur » sur le test RIASEC de Holland – pas l’ancien président hein … le psychologue américain des années 60 – je fais une analyse de la situation : « bon, elle … elle est seule. Elle aussi. Eux, ils sont en couple ça ne compte que pour un. Elle c’est un, lui c’est un aussi. Donc ça fait 5 ! Ha non zut, saperlipopette … j’oublie les 2 d’jeun’s dans le couloir. Mais alors eux … c’est un ou c’est deux ? … Bon, à la louche 15 minutes en moyenne par personne … je pose 3 et je retiens 2 … si je maximise en comptant 2 pour les d’jeun’s ça me fait 1h45 … je passe dans 1h et 45 minutes soit … 16h15 au mieux. » J’ai bien fait d’apporter de la lecture parce que les vieux Figaro Madame de 1952, tout déchirés et gribouillés par la ribambelle de marmots qui est passée par là, ça ne me dit rien …

Hé bein … ça va être long. Plus long que l’attente aux caisses du supermarché. Je ne pensais pas que c’était possible.

16h20, c’est à mon tour. En fait, pour les 2 d’jeun’s je m’étais trompé. Il y a en a un qui est parti vers 15h30. Mais comme la durée moyenne était supérieure à 15 minutes, je pose 2 et je retiens 3 … 16h20 …

Bref, j’ai attendu 2000 heures dans la salle d’attente … c’est long

Je suis passé après un p’tit vieux, un actif superactif sur son téléphone, un couple de vieux paumés au faciès d’alcoolos, une jeune avec son casque de scoot et un d’jeun’s plein de tatouyage, de bagues aux doigts et de grosse montre façon sorti de prison y’a pas longtemps … et après moi, une femme enceinte avec son gosse voilée … elle, pas son gosse, patientent encore

Elle : « Alors, dites-moi, qu’est-ce qui vous amène ? »

Moi : « bein … le RER E ! » Noooonnnnn j’déconne. « Mon oreille, je n’entends plus rien, ça bourdonne en continue dans ma tête et quand je parle, je m’entends »

Elle : « Ha oui, je vois. Asseyez-vous là« . Et là, elle m’enfonce un truc lumineux dans l’oreille. Mais c’était pas la bonne oreille. Je lui aurais bien dit mais elle a ajouté …

Elle : « Hum hum, ha, heuuu … non … rien ! » Alors elle recommence dans l’autre oreille, la bonne cette fois. Mais voilà, ça rentre pas ! Moi je lui aurais bien dit parce que vu le bazar dans ma tête ça doit être tout gonflé irrité tout ça la’dans. Bon, elle met un embout plus petit et PAF rebelote la petite loupiote dans le conduit auditif gauche.

Elle : « Houlalaaaa, ha oui, quand même … ha ha hoooo … bigre. Ha bein … vous nous faites une jolie otite externe. C’est tout enflammé et le tympan ne peut plus vibrer … c’est pour cela que vous n’entendez plus. »

Et après elle est partie dans une démonstration façon « c’est pas sorcier ». Vous voyez cette émission avec Jamy Gourmaud, Frédéric Courant et Sabine Quindou ? C’est comme Jean-Michel Chevalet mais en plus pédagogique pour les enfants.

Elle : « Alors vous voyez ça ? » dit-elle en brandissant une plaque de plastique qui sert habituellement aux radioscopies. « Alors ça, c’est votre tympan en temps normal. Il est tranquilou, tout seul et il peut vibrer comme il veut. Donc il vous restitue correctement le son. Sauf que là … « . Et là, elle détale dans le corridor et revient aussi vite avec Titus, le chien boudin tout allongé qu’on met au bas de la porte pour éviter les courants d’air.  « Sauf que là, le conduit auditif est tout gonflé et vient appuyer sur le tympan, comme cela« . Là dessus, elle écrase Titus sur la plaque de plastique et me dit « Voilà, comme ça … donc votre tympan ne peut plus vibrer normalement. Et c’est pas tout …« . Elle enfile un masque de plongée devant ses yeux et un tuba dans bouche. Elle s’empare d’une bouteille de Vittel et elle balance le contenu de l’autre côté de la plaque en plastique. Oui parce que la Vittel ça a 2 utilités : on s’en sert pour désherber les plates-bandes et aussi pour les démonstrations de c’est pas sorcier.

Elle : « Youhonmebou ». Elle enlève son tuba « En plus, de l’autre côté de votre tympan, il y a une rétention d’eau donc votre tympan est tout bloqué et c’est pour ça que ça siffle … vous avez compris ? Si non, je peux recommencer la démonstration si vous voulez … »

Moi : « non non, ça va aller. Je crois que j’ai bien compris » dis-je en sauvant Titus de la noyade

Bref, c’est un médecin très démonstratif qui a vraiment envie que son diagnostic soit partagé. J’espère juste que ceux qui ont consulté avant moi, n’avaient pas de problème d’hémorroïdes … je ne veux même pas imaginer comment elle a fait sa démonstration.

Et après elle est parti dans mille questions improbables.

Elle : « vous ne prenez pas de médicaments particuliers en ce moment ? Vous êtes vacciné contre la grippe ? Vous êtes sujet au mal d’estomac ? Vous avez mal à la gorge ? Vous aimez les films de Georges Lucas ? Vous jouez au Monopoly ? Vous faites des Sudoku dans le RER ? Vous préférez les caleçons ou les boxers ? Vous allez souvent à la patinoire ? Vous mangez les tripes à la mode de Caen ? Vous savez jouer de l’accordéon ? Vous reprisez vous-même vos chaussettes ? Vous chantez sous votre douche ? Vous suivez le tour de France en été ? Vous avez regardé les jeux olympiques de Piongue Tchangue ? Vous aimez vous beurrer la tartine ? … (accélérer la vitesse pour aller crescendo vers du très vite) »

Moi : « non, non, rien de tout cela … »

Elle : « Bon, alors comme vous partez en mission la semaine prochaine et que vous allez prendre l’avion, je vais vous donner des corticoïdes pour que ça guérisse plus vite »

Tout en tapotant sur son clavier, elle me raconte sa vie. Je ne lui ai pourtant pas dit que j’étais psy … Mais bon, elle parle, elle parle …

Elle : « Et pis … la SNCF … hein … j’espère qu’ils vont pas nous refaire 95 ? Hein quand même … pfff tenez c’est comme la médecine du travail … hein quand même … bon, on peut pas dire que les salariés soient bien traités en entreprise hein ? … »

Moi : « Bein si, chez moi ça va. On a une visite médicale tous les 3 ans comme c’est prévu dans le code du travail »

Elle : « ha bein dites-donc, vous avez de la chance. Vous êtes dans une bonne entreprise. Vous avez votre carte vitale ? »

Moi : « oui la voici … je vous donne la carte de ma mutuelle également ? »

Elle : « Ha non ! pas celle-là, on y a échappé ! Vous la donnerez à la pharmacie mais pas chez moi … encore heureusement qu’on a réussi à y échapper. »

Bon, à ce moment là, je me suis tu. Je n’ai pas voulu engager le débat autour du tiers payant car j’ai bien senti que ce n’était pas le moment. Mais quand même, moi je suis 100% pour le tiers payant. Voyez-vous les médecins sont montés au créneau contre ce dispositif parce qu’ils considèrent qu’ils n’ont pas à faire les frais des longueurs administratives de remboursement par les mutuelles. En clair, il font passer leur bien être avant celui des patients et ça, ça m’insupporte. Et c’est un peu le cas de tous les services publics : les professionnels reportent la complexité administrative sur l’utilisateur final plutôt que de simplifier le bouzin ou de prendre sur eux la complexité qu’ils ont eux-même générée. Je vous invite à lire mon article sur l’information à la SNCF et vous comprendrez ce que j’entends par « posture de service« .

Et elle claviotte pendant 3 plombes tout en posant plein de questions … là je me dis que la paperasserie à vraiment pris le dessus et finalement je comprends mieux pourquoi les médecins ont pris peur à l’annonce du tiers payant. Au final, elle aura passé plus de temps sur son ordinateur qu’à faire mon diagnostic. Elle me fait penser aux conseillères de Pôle emploi qui passent plus de temps à renseigner leur satané ordinateur qu’à vraiment aider les demandeurs d’emploi. Et le comble de l’absurde c’est que malgré toutes les informations entrés dans tous les ordinateurs, personne n’est foutu de calculer le taux de chômage … mais bon, c’est un autre sujet.

Elle : « il vous arrive d’avoir mal à l’estomac ? »

Moi : « heuuu … non … »

Elle : « Ha ! parce que … les corticoïdes parfois … ça s’accompagne de brûlures à l’estomac … bon, je vais vous prescrire de l’Oméprazole … pour le cas où, hein ? Donc vous ne le prenez pas mais si jamais vous avez des brûlures d’estomac, vous pourrez en prendre … ok ? »

Moi : « bein … si vous le dites … »

Elle : « et … si non … bein … si ça s’aggrave au bout de 2 ou 3 jours, je vous prescris du Cefpodoxime … hein ? C’est des anti-biotiques. Comme ça, si ça s’aggrave vous en prenez … d’accord ? Et si ça s’aggrave pas, vous ne les prenez pas … hein ? »

Moi : « bein … si vous le dites … »

Elle : « et … si non … bein … il vous reste des anti-douleur ? hein ? bon bein … je vais vous prescrire deux boîtes de doliprane 500mg … hein ? Pour le cas où … »

Moi : « bein … si vous le dites … »

Et voilà comment je suis ressorti, 30 minutes plus tard avec mon ordonnance de 2 kilomètres.

Et en me tendant la main pour me dire au revoir, elle ajoute : « Ha oui j’oubliais … surtout, dans ces cas là, il ne faut absolument rien mettre dans l’oreille. Faire très attention au moment de la douche par exemple à ne pas mettre du savon ou même simplement de l’eau … vous n’avez rien mis ? »

Moi : « oh non … rien du tout … au r’voir docteur et merci pour tout … »

Je comprends mieux pourquoi ma tentative de guérison à l’eau chaude avait lamentablement échouée.

Direction maintenant la pharmacie. J’entre … « bonjour madame » et je tends à la pharmacienne ma magnifique ordonnance de 5 kilomètres. Je vois dans ses yeux les étoiles de la joie et du bonheur. Je comprends qu’elle est en train de transformer mentalement chaque ligne de mon ordonnance en monnaie sonnante et trébuchante qui tombera directement dans son portefeuille. Là c’est certain, avec mon ordonnance elle va pouvoir se l’offrir son petit cabriolet « Maserati Grancabrio » rouge vermillon parce que le vert de sa Porsche n’allait plus avec ses Louboutin que son gentil mari de pharmacien venait de lui offrir. Et puis il faut quand même avouer qu’une Porsche, aujourd’hui, c’est complètement hasbeen. Elle n’arrêtait pas de le dire à son gentil mari qui lui répondait systématiquement : « Mais, ma chérie enfin … tu sais bien que c’est la criiiiiiiiseeee. »

Bref, je lui ai tendu ma carte vitale, ma carte de la mutuelle, ma carte grand voyageur SNCF, ma carte Flying Blues Air France, ma carte Franprix, ma carte carrefour, ma carte de membre de l’association des gais lurons qui chantent Charles Trenet en canon, ma carte du Jedi Club International, ma carte Michelin Verdun-Wissembourg … oui elle était prête à accepter toutes les cartes du moment que ça payait bien. Par contre, quand j’ai voulu lui tendre ma carte bleue, elle m’a dit : « non non, pas besoin, c’est tout bon » avec un très large sourire 🙂

C’est quand même étrange ce comportement opposé des deux docteurs d’aujourd’hui : l’une qui refuse dogmatiquement la carte de ma mutuelle et l’autre qui en redemande avec le regard lubrique et les mains tendues vers mon portefeuille … Vous aurez noté au passage que j’ai écrit « deux docteurs » ! Hé oui, si elles sont toutes les 2 docteurs, l’une est médecin et l’autre pharmacienne. Il ne faut pas confondre « docteur » et « médecin » ce n’est pas la même acception. Un jour je vous expliquerai.

Bref, je rentre chez moi et par acquis de conscience, je regarde mon ordonnance, ma valise XXL de boîtes de médicaments et ma facture :

En moi-même, je me dis « si j’enlève tous les médicaments qu’elle m’a prescrit « pour le cas où », c’est à dire tous les médicaments que je ne consommerai pas, il reste une ligne à 3,37 euros. Et la facture s’élève à … 31,15 euros ! »

Pour faire simple, la facture est dix fois plus élevée que mon besoin réel ne le nécessitait.

Si je traduis en langage plus clair, la sécurité sociale et ma mutuelle vont financer le cabriolet de ma pharmacienne et vraisemblablement la Porsche Panamera des dirigeants des laboratoires « SANOFI » et « arrow lab » … donc les 5,2 milliards de trou de la sécu…  on peut facilement les diviser par 10 si on décide d’être vigilant sur les ordonnances … CQFD

Mais en même temps c’est balo parce que … je n’aurai plus de pont en pot de Nutella entre la terre et la lune

Et puis … je l’aime bien cette toubib car elle est attentive à moi et mon problème 🙂 un peu comme Coluche qui demandait un « petit cancer du bras droit pour pas aller travailler »