Le homard du RER E …

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Bon, je m’étais promis de ne plus sur-réagir aux dysfonctionnements endémiques de la SNCF, mais là … c’est la goutte d’eau qui fait déborder le maçon qui a tué la peau de l’ours.

Voyez-vous, je suis du genre organisé. Oui, je l’ai déjà écrit ici, je suis « J » sur le MBTI. Alors le matin, mon réveil sonne à 5h53. C’est pile 60 minutes avant le départ de mon RER. Parce qu’en 60 minutes je peux tout faire y compris descendre à la gare. C’est réglé comme du papier à musique je vous dis. Bref, chez moi, c’est minuté comme le service des hôtesses de l’air sur la navette Air-France Paris-Toulouse. Si vous ne l’avez pas déjà fait, amusez-vous à observer le balai des hôtesses depuis la fermeture des portes à Paris jusqu’au moment elles vous disent « Au revoir, bonne journée » toutes agglutinées devant la cabine du cap’tain speaking. Vous verrez que chacun de leur geste est millimétré, temporisé et surtout répété à l’identique sur chaque vol.

Donc, disais-je, j’opère mes préparatifs du matin et tout va bien jusqu’à l’observation de l’horloge du four au moment ou je sors de la salle de bain et reviens dans la cuisine. Un oeil en biais sur l’horloge tout en allant vers la radio pour changer de station. Oui, c’est très important de changer de station pile à cet instant car c’est le moment « sport » et j’en peux plus des pédaleux. Rappelons nous que je viens de passer un mois à devoir changer de station car j’en pouvais plus des commentaires puissants des experts de la coupe du monde de faute-balle. Et maintenant, j’ai droit aux commentaires puissants des expertes du tour de pas la France. Oui, j’ai écrit « expertes » car je ne sais pas ce qui se passe mais maintenant sur France Info, ce sont des femmes qui commentent les p’tits vélos. C’était insupportable quand c’était des hommes. On aurait pu penser que ça ne pourrait que s’améliorer avec des femmes. Hé bein … BIM … c’est pire ! Mais bon, là n’est pas le sujet. Il ne faudrait pas s’égarer.

6h32, c’est l’heure qu’affiche l’horloge du four. Ici, il faut que je précise que l’horloge du four avance très exactement de 8 minutes. Car 8 minutes, c’est le temps qu’il me faut pour aller de devant le four à ma place au bout du quai B de la gare de Villiers sur Marne. Pile en face de là où s’arrêtera la dernière porte de l’avant dernière voiture de mon RER ! Donc, en lisant l’heure, je sais à quelle moment je serai à la gare et donc, si je suis dans les temps pour ne pas louper mon train.

Ensuite, je retourne à l’entrée de la cuisine pour consulter l’appli SNCF qui m’indique où en sont les trains dans leur circulation. A cet instant précis, l’appli SNCF m’indique que mon train, le 6h53 à Villiers sur Marne, se trouve entre Ozoir-la-Ferrière et Roissy-en-Brie. OK, check tout va bien. Je peux maintenant enfiler mon costume. Mais pas de cravate car chez moi, l’été c’est sans cravate … façon George Clooney dans la cultissime scène du film de Godard « Tu prendras bien un p’tit café » quand il dit à son hôte, sur un texte de Michel Audiard, « … et pis quoi encore … » (traduction google de « what else ») … le col de chemise ouvert.

Dernier tour de piste, il est 6h48 à l’horloge du four. Je pars maintenant comme ça j’aurai pile 5 minutes d’avance … une petite marge pour le cas où.

J’arrive à la gare, l’écran affiche 6h44 ! Quoi 6h44 ? Mais, ça me fait … 4 minutes d’avance sur mon horloge du four ! Ha mais ouiiiiii que je suis nouille, j’ai oublié qu’au dernier passage à l’heure d’été j’ai tourné trop fort la molette et j’ai décalé de 10 minutes au lieu de 8 ! Oui mais attends, 2 minutes de plus … là, c’est 4 minutes d’avance que tu as … hum, hum, ça mérite des investigations plus poussées effectivement. Peut-être que mon nouveau costume arnys et mes Weston « VEAU BOX NOIR LES GRANDS CLASSIQUES » ont un coefficient de pénétration dans l’air qui me fait gagner en vitesse de marche … hypothèse. Bon, j’investiguerai ce point plus tard.

Donc, me voici à la gare devant l’écran, en haut des escaliers. Mais … mais … où qu’il est mon 6h53 ? disparu des écrans radar comme le MH370 de la Malaysia Airlines ! Peut-on … détourner un RER ? Mon RER se serait-il crashé dans la Marne juste après Les Yvris-Noisy le Grand ? Ou quoi, ou caisse comme dirait Franck Dubosq. Dépité par mes 4 minutes d’avance, auxquelles il faut ajouter mes 5 minutes de marge, mais surtout par la disparition de mon train, j’envisage une autre solution horaire. Voyons voir, le 6h38 « retardé » … le 6h49 « supprimé » … le 6h53 bein lui, je l’ai déjà écrit, il a disparu de l’affichage … le 7h04 « retardé » … le 7h08 « supprimé » … le 7h19 visiblement il roule …. ouf ! Ha oui quand même ! Donc à cet instant précis, je m’apprête à poireauter environ 30 minutes. Et dire que jusqu’ici, mon temps était cadencé, rythmé comme un carillon Sarda de Besançon. Je suis dépité, dégoutté, décontenancé, désabusé, désenchanté, chagriné, désappointé que dis-je, je suis … quinaud. Oui, je viens d’acheter la dernière version du dictionnaire des synonymes de chez Bescherelle.

C’est donc las que je descends les escaliers qui mènent au hall d’entrée de la gare. Et c’est avec la même lassitude que je remonte les escaliers qui mènent au quai B. Alors ici, j’aimerais dire à la SNCF que ses aménagements immobiliers urbains sont … improbables. C’est pourtant une notion apprise en CM1. C’est de la simple arithmétique. Voyez-vous -1+1=0 ! Donc quand je descends des escaliers pour ensuite les remonter, je fais pareil … je fais 0 ! Alors pourquoi m’obliger à descendre des escaliers puis à les remonter à 6h du matin quand je suis mal réveillé et que tous les trains sont supprimés ? Hum ? je vous le demande … Ne pourrait-on pas simplement aller sur le quai sans devoir se taper un dénivelé dans un sens puis un autre dans l’autre sens ? Car 2 dénivelés inversés se compensent … et TOC !

Bon, bref, me voici sur le quai B. Et on est nombreux sur le quai B, croyez-moi. Sur l’écran il est écrit « attention au passage d’un train, éloignez vous de la bordure du quai« . Oui, ça c’est pour dire qu’il y a un train sans arrêt qui va passer tout berzingue dans la gare.

Et c’est à ce moment précis que la dame du haut-parleur fait le choix de balancer son annonce. Donc voici très exactement le déroulé de ce qui s’est passé. Et je suis prêt à parier qu’elle a fait exprès de démarrer son annonce à cette seconde précise.

La dame du haut-parleur : « mesdames et messieurs, je requière toute votre attention la plus attentive parce que ce message est de la plus haute importance importante pour votre trajet de ce jour. Le train HUVA, à destination de WROUAHOUMMMMMMMMMM TA-TAC-TA-TOUM TA-TAC-TA-TOUM   TA-TAC-TA-TOUM  TA-TAC-TA-TOUM  TA-TAC  WROUAHOUMMMMMMMMMM WISHHHHhhhhhhhhh à son terminus »

Vous l’avez compris, c’est le fameux train sans arrêt qui est arrivé pile quand elle a prononcé la phrase la plus importante ! ARRRRGGGGGHHhhhhhhhh mais je vais lui faire bouffer moi son micro à la pintade qui fait exprès de parler quand le train va passer ! Et elle aurait pas l’idée de redire son message la tourte ?

Hé bein non ! Et vous savez pourquoi elle ne redit pas son message ? Parce qu’elle n’est pas dans la gare de Villiers, Claudine ! Elle est R’LIV au PIVIF de Val de Fontenay parce qu’elle travaille avec le GIV du COT. Ha ça vous en bouche un coin, ça ! Oui, je sais, la SNCF adore les acronymes. Bon, comme je suis sympa, je vous les donne :

  • PIVIF : Poste d’Information Voyageurs Île-de-France
  • GIV : Gestionnaire de l’Information Voyageurs
  • COT : Centre Opérationnel Transilien
  • R’LIV : Bein j’sais pô ! j’ai pas trouvé … nul part …

Bon, alors comme on trouve pas l’explication pour R’LIV, je propose Radine en Livraison d’Information Voyageur … na !

Bref, tout paniqué que je suis, je me tourne vers la dame en tongues qui est à côté de moi.

Moi : « vous avez compris ce qu’elle à dit ? »

Elle : « je crois qu’elle a dit … le train HUVA à destination de Perpignan est embourbé dans la vase jusqu’aux moyeux. Il repartira quand la baignoire volera à son terminus … mais je suis pas sûre … »

Moi : « ha oui … pas sûre … »

Je redouble de panique à l’idée de savoir que je ne sais pas justement. Je m’adresse au monsieur en tongues à ma droite.

Moi : « vous avez compris ce qu’elle à dit ? »

Lui : « je crois qu’elle a dit … le train HUVA à destination de frouich remblelak pitchr misoufiv gratuifiant vlamendouch perlera demain à son terminus … mais je suis pas sûre … »

Moi : « ha oui … pas sûr … »

Je redouble de panique … heuuu … si je redouble de redouble … donc je double au cube, non ? Enfin bref, tellement angoissé de panique paniquante terrorisé … c’est vous dire dans quel état me met la SNCF, je regarde la femme en face de moi, qui est en tongues aussi, avec un regard de perdreau enfariné. Normalement, si elle comprends la communication non verbale, elle va m’apporter sa réponse.

Elle : « J’ai rien compris … le train a fait trop de bruit »

Elle a compris ! Enfin je veux dire, elle a compris mon regard … pas le message de Claudine.

Du coup, sur le quai, tous les voyageurs sont médusés. Oui, j’utilise à fond mon dictionnaire des synonymes. Nous nous regardons, interloqués puis, comme dans une chorégraphie d’Yvette Horner, la demi-soeur par alliance de Tina … Turner, nous regardons le haut-parleur avec, toutes et tous, un regard de merlan frit. Oui, en communication non verbale, le regard de merlan frit ça veut dire « Mais tu vas le répéter ton message, Claudine, screugneugneu de saperlipopette !« . Mais le haut-parleur lui, il a rien compris à notre communication non verbale car il n’a rien répété du tout. Si ça se trouve, c’est parce que le haut parleur … il ne portait pas de tongues ! Je ne vois que cette explication.

Les minutes passent, passent, passent … mais pas les trains. A croire que pour eux c’est plutôt … trépassent …

Quand subitement, tout à coup, promptement et sans crier … gare … gare SNCF, j’entends … l’écran affiche « train à l’approche » ! Boh … c’est pas possible … il est 6h50 et il y a un train à l’approche ? Donc, le train … il va partir à … 6h53 ? On nous aurait menti ? Le 6h53 est bien programmé et à l’heure ? Je n’y comprends plus rien mais mon angoisse redescend d’un cran.

Le train arrive, ralenti, s’arrête. Les portes s’ouvrent et un flot de voyageurs s’écafouille sur le quai B. C’est comme « se répand » mais je trouve que « s’écafouille » est plus imagé. Bref, je comprends qu’ils sont très nombreux dans ce train … trop nombreux. A mes pieds, un voyageur allongé au sol et recouvert d’une centaine d’autres voyageurs me regarde et essaie de dire quelque chose …

Le voyageur écrabouillé : « haaaa haaaa … »

Moi : « oui mon brave … dites-moi, depuis combien de temps êtes-vous dans ce train ? »

Le voyageur écrabouillé : « 6h48 … haaaaaa »

Moi : « oh bein … 5 minutes … ça va. Faut pas faire ta chochotte mec. On a déjà connu bien pire sur cette ligne »

Le voyageur écrabouillé : « Haaaaa … 6h48 … vendredi dernier !  »

Moi : « ha oui, quand même … un retard de … 5 jours et 5 minutes ! pas mal, la qualité du service s’améliore ! »

Ensuite l’agent de quai est venu avec le DBV, le Dispositif de Bourrage de Voyeurs :

Oui, parce que techniquement, faire entrer 158 254 voyageurs dans un train qui peut en contenir 850, ça demande un peu de technique.

Bref, après 8h de manut’ tout le monde avait trouvé sa place à l’intérieur. Personnellement, j’étais collé au plafond du compartiment haut, la joue droite écrasée sur l’image du totem masqué incas du Pérou occidental. Oui, on avait la chance d’être dans le train, gentiment redécoré par la SNCF avec des images des oeuvres du musée du quai Branly.

Evidemment, c’est aujourd’hui que le chef de la régulation a décidé de faire rouler le train tout doucement. Bah oui, si non … ce serait pas drôle. J’ai donc bien profité de mon voyage collé aux images des incas, des pastèques et des sioux du wyoming, respirant calmement dans ma paille Burger King que j’ai réussi à faire passer à travers la vitre ouverte.

Arrivée à Rosa Parks, les portes se sont ouvertes et j’ai pu me laisser emporter par la vague descendante jusque sur le quai, écrabouillant par ci par là quelques arpions et autres tongues abandonnées.

Rejoignant, nonchalamment, le tram T3, je traverse le hall de la gare Rosa Parks :

Et c’est pile à ce moment que je l’ai entendu … le message de la mort qui tue mémère en tongues sur le toit du prisunic. Ce n’était plus Claudine mais une autre R’LIV. Je pense qu’elle était de remplacement pour les vacances car habituellement c’est une voix d’homme. Bref, ça commence par le jingle classique de la SNCF. Et après elle prend la parole avec un accent comment dire … genre titi parisien chauffeur de taxi énervé dans un embouteillage sur le périph près de porte maillot. Et elle dit :

Simone Grimpois : « le train HUVA de 7h14 accuse un retard de 6 jours 5 heures et 24 minutes du à des voyageurs qui voulaient monter dedans. En conséquence de quoi ce train sera terminus Dunkerque. Je répète, ce train sera terminus Dunkerque. Et ne venez pas vous plaindre parce qu’on pourrait très bien vous faire payer le supplément Rosa Parks Dunkerque … non mais … Ho pis j’en ai marre à la fin ! de toute façon j’voulais pas être speakeuse à la SNCF. J’voulais être chanteuse moi … toute ma vie j’ai rêvée d’être une hôtesse de l’air …  » 

Je crois que c’est le « …pis j’en ai marre … » qui m’a été fatal. A ce moment là, mes tympans se sont vrillés. Ils ont comprimés mon cortex cérébral du cerveau des lobes occipitaux et … POUF … je suis tombé. J’ai chu de tout mon long dans le tunnel juste avant la sortie de Rosa Parks. Par terre, j’ai senti qu’il me restait un peu de temps avant de trépasser alors, avec mon nez ensanglanté, j’ai écrit :

SNCF : questionnaire de satisfaction à destination des usagers usagés

Que pensez-vous de la régularité des trains* ?

  1. la régularité est parfaite
  2. la régularité est très bonne
  3. la régularité est excellente

Que pensez-vous de la qualité des annonces en gare* ?

  1. les annonces sont toujours pertinentes
  2. les annonces sont très utiles
  3. les annonces sont d’une qualité remarquable

Globalement que pensez-vous de la qualité de service de la SNCF* ?

  1. la SNCF est le meilleur service public du monde
  2. la SNCF est vraiment au top de la performance
  3. la SNCF est une référence internationale

* réponse obligatoire

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