Je refais ma salle de bain (épisode 2)

– Suite de l’épisode 1 –

Lundi de pentecôte 21/05/2018 12:50 je reçois le mail de ma coach travaux. Je dois lui répondre en choisissant la date et l’heure de notre rendez-vous téléphonique. Alors là déjà ça part bien. Car elle ne m’impose pas ses contraintes, c’est à moi d’indiquer ma disponibilité. Si vous ne comprenez pas ce point, je vous suggère de lire mes différents articles sur la « posture de service » et particulièrement celui où je démontre que la SNCF est aux antipodes de cette posture de service.

J’ai reçu également un doc, genre PPT, qui me présente la méthode hellocasa et les 7 temps : du 1er RDV Téléphonique jusqu’à la réception des travaux.

Hein, quand même, pour avoir l’habitude de bosser avec des consultants dont la principale compétence est justement la production de PPT au kilomètre, je peux vous assurer que c’est carrément du niveau Cap Gemini.

Bref, je choisis la date et l’heure du rendez-vous téléphonique et je dois joindre un petit crobar de ma salle de bain. Ma coach travaux m’explique dans son mail que ce n’est pas la peine d’y consacrer trop de temps, un gribouilli à la main est suffisant. C’est juste pour avoir une première idée. De toute façon si on fait affaire ensemble, un professionnel viendra prendre les mesures.

Bon, vous me connaissez, ou pas, je ne peux pas faire un dessin tout pourri à main levée sur un vieux bout de papier. Je sors le mètre à ruban Facom de l’époque où j’étais étudiant et que je travaillais pour un cabinet d’archi. Je prends les mesures de ma salle de bain et zou, je sors le logiciel de dessin. Bon, pas autocad quand même mais presque. Et pif paf pouf, 4 heures, 2 litres de sueur,153 tirages de langue et … 78-retours-à-la-salle-de-bain-parce-que-j’ai-oublié-de-mesurer-un-truc plus tard j’ai mon plan.

Je package tout ça dans un PDF qui va bien et zou, j’envoie tout ça par mail à ma coach travaux.

Mercredi 23 mai 2018 : le 1er rendez-vous téléphonique avec ma coach travaux. Bon, c’est pas Valérie … déception … c’est Sousada, elle a une jolie voix 🙂 Elle me remercie pour mes plans et tout et tout. Elle me demande de quoi j’ai envie. Je lui réponds que j’aimerais un Wooper, des frites et un Coca zéro. Elle me répond qu’elle a pas ça sous la main mais que si je veux on peut parler de mon projet de rénovation de ma salle de bain. Ok, ça me va bien !

Je lui explique que j’avais pensé à une cabine de douche mais avec la fenêtre ça risque d’être compliqué. Elle confirme et on s’oriente vers un receveur rectangulaire avec une paroi. Et on papote comme ça pendant 20 bonnes minutes. Je la trouve vraiment à l’écoute. On se donne rendez-vous pour le 28 mai. Ce sera le 2e rendez-vous téléphonique où elle me présentera sa proposition et le tarif.

Lundi 28 mai 2018 : le 2e rendez-vous téléphonique avec ma coach travaux

Sousada m’envoie sa proposition, un autre document genre PPT de consultant Cap Gemini. Et attention les yeux, une image de synthèse sous plusieurs angles de ma future salle de bain. Tout est indiqué : le détail des différents travaux, le détail de la main d’oeuvre avec le tarif, tout le matériel avec les tarifs également. Elle me suggère de remplacer mon convecteur électrique par un sèche serviette qui fait radiateur. Bon, sur ce point je ne suis pas convaincu. Tout le reste correspond assez bien.

Et surtout, ce que je n’avais pas compris au départ, c’est que tout va être refait du sol au plafond. Alors que je pensais « service minimum ». Mais finalement c’est bien mieux comme ça. Du coup, le tarif annoncé me parait correct par rapport à la prestation. Ouais parce que … pas nunuche le mec quand même, j’avais demandé à mon ami google le prix au mètre carré d’une rénovation de salle de bain. Et pif paf pouf, multiplié par la surface de ma salle de bain, j’avais mon repère en tête.

Elle me propose de revoir mon projet en fonction de notre échange et de programmer un 3e rendez-vous téléphonique pour stabiliser tout cela. Du coup, je peux profiter du temps avant ce 3e rdv pour comparer les tarifs des matériaux et des accessoires. Je peux même en choisir d’autres dans n’importe quel magasin si je le souhaite.

Jeudi 30 mai 2018 : le 3e rendez-vous téléphonique avec ma coach travaux. C’est l’étape 3 sur la méthode ci-dessus. Je crois que c’est à partir d’ici qu’on a un peu dérapé par rapport à l’enchaînement des étapes.

Bon, bref, j’avais préparé mes questions sur mon petit carnet à spirales sur lequel je note tous mes trucs perso genre : « pour se rendre au CNAM, il faut prendre la 4 jusqu’à Réaumur-Sébastopol », « une ramette de papier A4 CLAIREFONTAINE c’est 4,99 euros TTC », « Penser à reprendre des oeufs pour les pancakes de samedi matin », « On mesure l’intelligence d’un individu à la quantité d’incertitudes qu’il est capable de supporter. E. KANT »,  etc … oui, je note vraiment de tout sur mon carnet à spirale mais en fait ici, on s’en fiche, ce n’est pas le sujet.

Donc je sors mon carnet à spirales pour avoir mes questions sous la main :

  • question 1 : sur le slide 3 du PPT, je lis « revêtement des murs -> placo » Quesako ? Il y en a déjà du placo. Pourquoi faut-il autant de mètres carré de placo ? Je refais juste ma salle de bain, pas toutes les salles de bain de toute la résidence
    • réponse de ma coach travaux : bein, on va reposer du placo sur le carrelage actuel. « houlala » que je lui dis. Ca va pas être possible. Ma salle de bain est déjà toute petite, si on épaissit les murs, il ne restera plus rien. Bref, elle me propose de déposer le carrelage actuel -> je valide

     

  • question 2 : sur le slide 5 quelle est la couleur du receveur de douche ? La profondeur du plan de travail ? La hauteur du plan par rapport au sol ? Et j’ai un doute pour le receveur « extra plat » car l’évacuation de la baignoire est déjà à 10 cm.
    • réponse de ma coach travaux : pour les couleurs précises et les matériaux, on choisira en final, après la visite du professionnel. Pour le receveur « extra plat », en fait c’est le terme classique pour un receveur de 12 cm. Elle me donne les mesures demandées – > je valide

Après cela, elle m’explique qu’elle va refaire le devis et me le renvoyer pour validation.

En fait, le dérapage dans la méthode il est pile ici : il y aura moult retours parce que Sousada elle se prend à chaque fois les pieds dans le tapis avec ses devis. Mais je suis toujours sympa et pédagogique alors je l’aide à faire ses devis mais aussi ses calculs. Oui, parce que … une fois … le devis il était à 315 euros TTC. Alors je lui ai expliqué que la rénovation d’une salle de bain entière à ce prix là … elle risquait d’avoir énormément de clients mais, en contre-partie, de mettre bientôt la clé sous le … tapis de bain. Oui c’est comme le paillasson mais dans la salle de bain 😉

Mais vous verrez dans l’épisode suivant qu’en réalité, le problème du devis, bein … c’est pas Sousada. C’est autre chose. Mais je ne dévoile pas tout de suite le truc histoire de faire un peu de teasing 😉

A suivre …

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Je refais ma salle de bain (épisode 1)

Voilà un petit moment maintenant que je voulais refaire ma salle de bain. Mais ce qui me retenait de passer à l’action c’est la trouille de tomber sur un artisan pas sérieux. Genre, au fur et à mesure de l’avancée du chantier, il t’ajoute des trucs pas prévus au départ et qui te coûte bonbon. Ou bien il est pas du tout compétent et te salope le boulot. Ou encore, il part en laissant en plan un chantier pas terminé … bref, le grand classique des artisans …

Et puis un jour, je reçois un de ces spams dans ma boîte à mail : « changer votre baignoire pour une douche en toute sécurité ! » Tiens, tiens, voilà qui aiguise ma curiosité car c’est justement ce que je souhaiterais faire. Pif, paf, pouf, ni une ni deux, je clique. Me voilà sur le site :

WonderfulAndPrettyShowerYouPushYourGrandMotherInTheNettles.com

Oui, j’ai légèrement modifié le nom du site pour ne pas faire de publicité. Bref, c’est un formulaire. Je dois donner mon nom, mon prénom, mon adresse postale … hop hop hop pas si vite l’ami. Et le RGPD, tu connais ? Bon, je renseigne ninpornawak genre : alfred pouffrin, 78 rue de la biche sournoise, 55420 vroumincourt sur Meuse. Evidemment je dois donner mon mail … alors que j’ai cliqué justement sur un lien qu’ils m’ont envoyé par … mail ! Donc ils le connaissent mon mail ces gredins ! Mais, bon, je continue : alfred.poufrin@sncf.fr oui comme ça, juste pour rigoler en pleine période de grève. Comme ça, s’il existe un alfred poufrin à la sncf, il se fera pourrir sa boîte pro par des spam de douche à mémé 🙂 Je valide

Page 2, je dois choisir entre le modèle « classic », le « médium » ou le « premium ». Heuuu vous avez une idée de la taille de ma salle de bain ? hein ? bon, allez, soyons fou, je clique sur « premium ». Je valide

Page 3,  wouhaaaaaaa apparaît une photo de ma future salle de bain ! Bon, en même temps, je crois que n’ai pas encore eu le temps d’indiquer que ma salle de bain actuelle est légèrement moins spacieuse.

Pour le dire autrement, pour rénover ma salle de bain et obtenir ce résultat, il faudra … pousser les murs. Et je ne suis pas certain que ma voisine soit d’accord pour que j’empiète d’environ 30 mètres carrés chez elle …

Bref, ayant compris le sérieux du site, je clique sur la petite croix rouge en haut à droite de mon navigateur. Mais je reste avec ce doutage au fond de moi : ce serait quand même pas mal d’avoir une douche le matin. Une douche comme à l’hôtel plutôt que ma baignoire villeroy & boch blanche pâteuse et mon rideau de douche avec des gros coquillages. Et surtout l’eau qui tombe du haut et ruisselle sur mes abdos façon tablette de chocolat plutôt que la douchette qui me glisse des mains à cause du savon et va éclabousser tous les murs. L’idée fait son chemin mais je ne sais pas à qui m’adresser.

Bref, en plus c’était l’hiver dernier et je ne sais pas pourquoi mais je ne me voyais pas engager des travaux de cette nature en hiver.

Nous voilà en mars. Je pars en mission et me retrouve dans un p’tit hôtel ma foi fort sympathique : l’abbaye des capucins à Montauban. Je rentre dans la salle de bain de ma chambre et là Bam ! Pile la salle de bain dont je rêve.

Bref, nouveau rappel à ma mémoire : dis-donc, t’avais pas envisagé de refaire ta salle de bain ? Bein si mais …comme dirait monsieur Fernand Naudin : « Haaaa Montauban, on ne devrait jamais quitter Montauban !  »

Zou, voilà le printemps ! Et par le plus grand des hasards, je me retrouve au café de la gare avec les membres du CA du Crédit Mutuel. Bon, c’était pas complètement le hasard vu que l’on venait de clôturer  le CA et que l’on terminait par un moment festif. Et v’la ‘ty pas que le directeur parle des travaux qu’il vient de terminer chez lui. Fuego ! me dis-je, je vais lui demander les coordonnées de son artisan. S’il a fait du bon travail chez lui, il en fera de même chez moi. En plus, de la façon dont il en parle, je comprends qu’il le connait très bien. Me voilà rassuré.

Bon, quelques semaines passent encore. J’ai les coordonnées de l’artisan dans mon tel mais je n’ai pas encore pris contact.

Dimanche 20 mai 2018 : je vais chez Bricorama chercher un cadre pour l’affiche que je me suis offerte. Oui, c’est un autre spam reçu quelques jours auparavant. Il me proposait cette affiche que je trouve très jolie. D’ailleurs, il me semble l’avoir déjà vu quelque part mais je ne me souviens plus où c’était … Donc disais-je, me voilà chez Bricorama, au rayon arts créatifs, tout perdu devant les milliers de cadres proposés. Bref, je décide de me décider rapidement. Après tout, je ne vais quand même pas passer 3 plombes dans ce magasin, un dimanche matin en plus. En fait, quand j’y repense, l’originale est une peinture sur toile sans cadre. Il me faut donc le cadre le plus simple, sans « passe partout » … oui ne me demandez pas pourquoi ils ont mis le nain de fort Boyard dans un cadre … cela reste pour moi un mystère. Bref, après 4 heures et demi de réflexion et après avoir dérangé tout le linéaire, mon choix s’arrête sur un sous-verre tout simple avec petits clips en inox.

Mon sous-verre sous le bras, je me dirige vers les caisses quand subitement et de manière concomitante, mon oeil est attiré par … l’espace salle de bain. Et Bim une nouvelle fois, le sujet revient à la charge. Je bifurque machinalement sur bâbord. Je traverse le rayon rideaux. Puis je longe le rayon fils électriques.  Je passe devant l’espace salons de jardin. Je traverse le rayon perceuses et motobineuses. Je laisse derrière moi les étalages de marteaux, tournevis et autre scie à chantourner pour arriver au niveau des présentoirs à carrelages et enfin, 6 heures et 57 kilomètres plus tard, j’arrive à l’espace salle de bain.

Des cabines de douche, des meubles, des roubinets, des sèches-serviettes, des vasques, des pédiluves, des colonnes de douche, des mitigeurs, des pommes de douches, des poires à lavement et des scoubidou bidou ha ha … cherchez l’intrus. Le choix est vasque … pardon vaste 😉 Mais je vois des choses que j’imagine bien dans ma salle de bain. Et surtout, je tombe nez à nez avec cette affiche. Pardon … ce flyer :

Bricorama propose de prendre en main le chantier, voilà une idée qu’elle est bonne. Si c’est le magasin qui prend en charge, je ne prend pas trop de risque car s’il y a problème je sais vers qui me retourner et surtout le prix est fixé à l’avance. Pas de surprise à l’arrivée me dis-je.

Ni une, ni deux, je fonce vers un vendeur. 7 heures et 57 kilomètres plus tard, oui j’ai du faire le trajet en sens inverse mais forcément nettement plus fatigué, j’arrive devant le dit vendeur.

Moi : « salut ho toi brave vendeur de la ci-devant échoppe et comptoir à matériaux et outils en tout genre dont la réputation n’est plus à faire. On m’a dit du bien de ton service de travaux à domicile. Peux-tu m’illustrer par le propos la bonne affaire que voilà ? »

Lui : « hein ? »

Moi : « heu oui quoi, est-ce que je peux faire refaire ma salle de bain avec ce service ? »

Lui : « bein … oui. C’est le principe ! On étudie votre projet avec vous. Puis on vous fait un devis gratuit et après vous vous décidez »

Moi : « Ha parfait. Alors allons-y mon bon vendeur »

Bref, il tapouille sur son ordinateur, me demande plein de renseignements beaucoup plus pertinents que ma 1ere tentative sur le net et m’indique que mon coach travaux m’appellera au téléphone pour s’entretenir avec moi de mon projet.

Wouhaaaaa mon « coach travaux ! » trop la classe. Je vais avoir Valérie Damidot dans mon p’tit chez moi … houlala va falloir que je pense à ranger un peu.

A suivre …

Quand tu pars en mission, fais confiance au plus malin que toi

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Cet article est un témoignage à la gloire du bon usage de l’argent public.

Préparer une mission, cela veut dire préparer le contenu du dispositif d’investigation pour réunir les éléments factuels dans l’objectif d’éclairer les questions posées à la mission… ouf ! Mais cela veut dire aussi, organiser les déplacements sur le terrain. Vous avez compris que je ne parlerai pas du 1er point qui est intrinsèquement très ennuyeux. Par contre, je vais m’en donner à coeur joie sur la logistique du déplacement en région. Et préparez vous à lire du lourd, à découvrir des révélations inattendues et surtout à accéder à des informations jamais divulguées sur le fonctionnement des centrales de réservation d’hôtel qui travaillent pour le service public et donc … rémunérées avec votre argent que vous avez donné avec joie au trésor public.

Bref, l’institution pour laquelle je travaille a donc passé ce qu’on appelle un « marché ». Tiens, un jour, il faudra que je vous parle du mécanisme de l’appel d’offre. Ca vaut son pesant de cacahuète. Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à la réservation d’hôtel. Peut-être vous souvenez-vous de cet autre article où je parlais d’un hôtel avec vue mer ? Si non, ce n’est pas grave, je vais vous narrer comment ça fonctionne.

Alors voilà, je me rends sur le site de notre prestataire. C’est l’agence de voyage qui a remporté le « marché ». Pour nous, c’est SBV. Oui on aime bien parler en acronyme. Et ne venez pas me dire que SBV veut dire « Société Bretonne de Volaille » (bruit de poules). Non, non, c’est « Selectour Bleu Voyage ». Dit comme ça, ça claque. Mais attendez de voir le résultat.

Alors, pour commencer, tu cherches partout comment entrer ton identifiant et ton mot de passe parce que l’assistante t’as donné ça mais que sur l’écran SBV bein … y’a pas ! Si si, vous pouvez vérifier : http://www.bleu-voyages.fr/

Bref, pas le choix, faut sortir le manuel PDF de 54 325 pages et essayer de trouver le mode opératoire qui va bien. Bon bref, 3h et demie plus tard, tu as enfin trouvé. Tu fais ta recherche. Genre, je cherche un hôtel à Toulouse pour les nuits du 21 au 22 mars et du 22 au 23 mars 2018. Et POUF il t’affiche la liste des hôtels disponibles sur une jolie carte avec des flèche rouges et vertes. Oui, au prix où on le paie, il a paramétré son logiciel en fonction de nos règles de remboursement des frais de déplacement. Et nos règles sont plutôt draconiennes …  rapport au bon usage de l’argent public tout ça.

A ce moment là, tu tires la tronche. Pourquoi me direz-vous ? Hé bien voyez-vous, bizarrement il n’y a aucune flèche sur le centre ville ! Toutes les flèches sont à l’extérieur de la rocade. Je ne sais pas si vous connaissez la rocade de Toulouse.  Mais on pourrait dire que « La rocade est à Toulouse, ce que le périph est à Paris« . Pour le dire autrement, il n’y a aucune flèche dans les quartiers sympas. Il n’y a des flèches que dans le neuf trois du côté de la Courneuve …genre gîte sympa « chez Jawad Bendaoud ».

Donc, SBV me propose que des hôtels très loin de là où je vais en mission. Alors, histoire de me faire une idée, discrètement … sans que SBV me voie … je prends mon téléphone portable et je fais mine de décrocher mon téléphone.

Moi : « oui … ha c’est toi ! Oui ne quitte pas … »

Et je je me lève pour aller dans le couloir, loin de la vue de SBV. Et là … PAF … je cherche avec mon tel sur tripadvisor … un concurrent de SBV que tout un chacun peut utiliser sans devoir payer très cher un appel d’offre. Bon, moi je dis ça … je dis rien …

Résultat ! Je m’en doutais ! Des hôtels disponibles dans le centre ville de Toulouse … il y en a pléthore ! Et dans nos tarifs des règles budgétaires de la mort qui tue pour bien utiliser l’argent public … il y en a ! La preuve :

Donc, ni une ni deux, je reviens devant mon ordi. Je m’assoie calmement dans mon siège. Je pose tranquillement mes deux bras sur les accoudoirs. Je regarde SBV droit dans les yeux et je lui dis :

Moi : « dis-donc, mon p’tit bonhomme … tu serais pas en train de m’entourlouper ? Hum ? Moi … je souhaite un hôtel au centre ville ! »

Et v’la t’y pas ce qu’il me répond le bougre

SBV : »ha mais mon pauvre monsieur. Vous pensez bien que c’est la toute première recherche que j’ai faite en priorité numéro 1. Mais voyez-vous, justement du 22 mars au 23 mars, à Toulouse c’est la Cassauce2018 … vous savez bien … la grande conférence mondiale de l’assaisonnement bio du cassoulet de l’ouest toulousain ! Alors vous pensez bien, trouver un hôtel au centre ville à cette date, c’est complet depuis 3 ans déjà ! »

Moi : « la … la Cassauce2018 ? … vous êtes certain ? »

SBV : « un peu mon n’veu ! Et si vous trouvez quelqu’un qui prétend vous vendre une chambre alors je vous fiche mon billet que c’est une arnaque à la carte bleue : vous réservez la chambre et quand vous arrivez sur place … POUF … pas d’hôtel … c’était du bidon ! Ha combien de clients se sont fait avoir comme ça ! »

Moi : « Mouais … » genre pas très convaincu

Mais bon, je n’ai pas vraiment le choix puisque je dois faire mes réservations avec SBV pour le bon usage de l’argent public tout ça.

SBV :  » bon alors, je vous ai trouvé un magnifique package premium, petit déjeuner inclus, pour vos deux nuits à Toulouse. Un hôtel remarquable que je vous recommande fortement … j’y ai moi-même séjourné pour mes vacances l’été dernier. C’était vraiment de très très belles prestations. Je vous fais cette réservation ? Attention il faut répondre vite car les chambres partent à très grandes vitesse … vous pensez une telle qualité »

Bref, je n’ai guère le choix. J’accepte ce « package premium avec petit déjeuner inclus« .

Nous voici au 21 mars. Après une journée éreintante, harassante, exténuante, fatigante, abrutissante, fastidieuse, usante, assommante … distrayante, captivante … ha zut, ça c’est les antonymes. Oui, j’aime bien utiliser le dictionnaire des synonymes 😉

Bref, le GPS nous amène devant le super hôtel et son « package premium avec petit déjeuner inclus« . Quand la voiture s’est engagée dans la petite contre allée derrière le carrefour drive, là où’sse que les employés sortent les grosses poubelles façon containers de 2500 litres sur roulettes qui schlinguent le rat mort depuis 3 semaines, et que le GPS annonçait « arrivée à 50 mètres », j’ai cru m’être trompé dans l’adresse de destination. Mais non, il y a avait bien là une grande borne lumineuse avec la marque de l’hôtel et surtout le prix de la chambre pour cette nuit … « 52 euros ». Heuuu hum alors comment dire … SBV me l’a vendue à « 108 euros » quand même ! Qu’il prenne une marge je veux bien mais là … il prend … attendez … je pose 3 et je retiens 2 … 107.69% Ha oui quand même …

Bref, on entre à pas mesurés. Ou, comme on dit dans le nord, on entre « avec les sabots de plomb« . Il y a une dame derrière le comptoir

Moi : « bonjour madame. On a réservé présentement pour deux nuits consécutives dans votre charmant petit établissement campagnard »

La réceptionniste : « Humm … oui effectivement. 2 chambres pour 2 nuits. C’est parfait »

Moi : « Dites … y-a-t-il de quoi se restaurer pour ce soir ? »

La réceptionniste : « Oui, oui tout à fait. Au centre commercial juste là. Vous trouverez plein de restaurants… »

Moi : « très bien. Merci madame. Que la soirée vous soit bonne et parfaite »

On s’en va vers l’ascenseur et quand on est finalement assez éloignés, elle ajoute

La réceptionniste : « Mouahh chouaaa pouaaa n’iou pavlovski dou pouchy 19h30 … hei ! »

Bon, clairement ou pas justement puisque j’ai rien compris, je continue mon chemin. Ça ne doit pas être très important  me dis-je. donc je lui réponds

Moi : « Merci bien pour toutes ces précisions et la bonne soirée à vous, n’oubliez pas d’embrasser le chien et changer l’eau du poisson rouge »

Comme ça, me dis-je, je pense qu’elle aussi n’aura rien compris … hi hi hi 😉

Bien, revenons à notre première impression. Il s’agit de l’hôtel « Montempô Apparthôtel Toulouse Balma ». Alors comment dire, vous avez le terme « Hôtel » dans l’appellation mais … ce n’est pas un hôtel. Voyez-vous, comme la pièce d’environ 7 m2 est équipé d’un meuble cuisine-évier-frigo, cela devient un « apparthôtel » … oui, oui c’est un concept …

Alors, si vous recherchez un coin pour dormir, le moins cher possible, au milieu d’une zone commerciale déserte à la nuit tombée, dans la banlieue la plus sordide d’une grande ville, du style « Formule 1 » pour réfugiés syriens alors … allez y car cet établissement peut correspondre à votre recherche. Mais si vous cherchez un … hôtel avec une chambre tout ce qu’il y a de plus classique alors fuyez à toutes jambes car la déception est au bout de la réservation.

J’arrive à ma chambre, non sans avoir croisé un groupe de 3 grands gaillards façon armoire lorraine, en tenue de chantier, le casque à la main et justement, dans leurs mains, de gigantesques sacs plastiques du centre commercial d’à côté. Sauf celui plus à gauche qui avait dans chaque main, un pack de 96 x 33 cl de Kro et débordant de son sac à dos, deux cubi de 250 litres d’Espicrace le branlou ce petit rouge local au cépage de Léon Millot.

Arrivé à ma chambre disais-je, j’introduis la carte dans le logement prévu à cet effet. Après un … touiiiiiite électronique … la lumière passe au vert et je peux clencher. A peine ai-je ouvert la porte que l’espace chambresque s’offre à moi. Stupeur et interlocation ! Oui, je suis interloqué ou mieux comment dire, je suis … émotionné, presque émoustillé. Tout d’un coup, toute ma vie défile devant mes yeux. Non, je vous rassure, je ne suis pas mort. C’est juste que cette chambre ressemble à celle dans laquelle j’ai dormi il y a de cela … 17 ans en arrière ! Si si, j’ai fait le calcul. Voyez-vous cet hiver là, je me trouvais dans la magnifique bourgade de Verdun dans la Meuse. Et ce jour là, une tempête de neige avait surpris tout le monde jusqu’au plus anciens qui connaissaient pourtant bien la rudesse du climat meusien en hiver. Pas moins de 4 mètres de neige en moins d’une heure. Plus moyen de rouler car il n’y a avait plus de route. Du blanc à perte de vue. Et moi qui devait rentrer à la maison 85 kilomètres plus loin, je me retrouvais bloqué sur place. Ce jour là, dans son immense bonté légendaire, l’afpa organisme de formation, me proposa de dormir dans une chambre de son hébergement. C’est ce que je fis puisque je n’avais pas le choix. D’ailleurs, c’est ce qui me permet de dire aujourd’hui aux plus jeunes … « oui bonhomme … moi … j’ai fait Verdun ! »

Bref, la chambre que j’avais devant moi ressemblait, trait pour trait à un hébergement afpa : même linoléum par terre, même lumière éclatante d’un gigantesque néon au plafond, 5 mètres plus haut pour qu’on ne puisse pas l’atteindre même avec un manche à balai, même table en formica collée contre le mur, même chaise unique en plastique unilever, même armoire en panneaux de particules à 4 sous imitation sapin moche, même grande fenêtre en PVC blanc du sol au plafond, sans rideau pour que toute la rue admire tes abdos chocolats quand il ne te reste que ton caleçon au sortir de la douche et surtout … 2 lits individuels pour ouvriers du BTP collés chacun à son mur. Hé bien vous me croirez … ou pas mais … j’ai senti les larmes à mes yeux. La perception du souvenir était trop forte : « oui … moi … j’ai fait Verdun ! »

Et ce que vous ne voyez pas sur cette photo, c’est le meuble « mini-cuisine » qui contient le célèbre mini-frigo des Apparthôtel. Célèbre car il fait, toute la nuit, un bruit de tractopelle qui rétrograde en première dans la montée de la Côte de Bourmont et crache la fumée noire de mazout … le mini-frigo qui vous pourri bruyamment la nuit.

Ceci posé, ce que vous ne sentez pas non plus, c’est l’odeur du kloug colmaté aux spoutzis que sont en train de préparer les ouvriers moldaves de la chambre d’à côté. Oui, ce sont les 3 grands gaillards que j’ai croisés dans le couloir en arrivant. C’est amusant d’ailleurs, de constater  à quel point les spaghettis bolognaises des ouvriers italiens de l’autre côté ne parvient pas à masquer les relents de Kloug. Hé oui, n’oublions pas que nous sommes dans un apparthôtel et que tout est prévu pour pouvoir préparer sa petite pitance.

Bref, tout cela m’ayant ouvert l’appétit, je décide de rejoindre le centre commercial tout proche comme me l’a indiqué la tenancière de cette cambuse.

C’est vers 19h45 que je suis arrivé sur les lieux de ce qui ressemblait plus à une scène de drame dramatique. Des dizaines et des dizaines de personnes semblaient s’enfuir en poussant devant eux leurs lourds chariots emplis jusqu’à déborder.

« Mon dieu me dis-je… qu’est-ce quoi donc ? Où est donc Ornicar ? est-ce là encore un horrible forfait d’un quelconque décérébré désirant imposer sa chaste vie sans alcool à quelques malandrins souhaitant seulement s’abreuver d’une pinte de houblon au coin d’un bar après une dure journée de labeur ? Mais si c’est le cas … alors … je n’aurai jamais le courage d’un colonel de gendarmerie ! Que faire ? M’enfuir à toutes jambes comme tous ces pousseurs de caddies ? »

C’est alors qu’en marge du flot de chariots à roulettes je perçois un client vautré par terre pour récupérer un paquet de 250 gr de Spaghettis Barilla aux oeufs frais pondus par des poules élevées en plein air. Le paquet était tombé de son chariot alors que les trépidations de sa machine secouaient énergiquement son contenu.

Je m’approche et lui demande

Moi : « Que vous arrive-t-il mon brave ? Pourquoi courrez-vous ainsi ? »

Le type avec son paquet de nouilles : « bein, c’est la fermeture … t’es pas d’ici toi … banane ! si tu sors du parking avant 20h c’est gratuit et après tu paies. Alors on se dépêche … »

Moi : « ha oui … évidemment … sinon, les spaghettis … c’est al dente la cuisson … ok ? »

Je peux donc me diriger gaillardement vers l’entrée du centre commercial. Ha oui mais … ici, en banlieue de Toulouse, nous ne sommes pas à Paris. Et les règles sont différentes. Voyez-vous j’apprends à mes dépends que le centre commercial qui ferme c’est … tout le centre commercial qui ferme même les restaurants ! Et de toute façon plus moyen d’entrer car les volants roulants descendent … inexorablement !

Bon, très bien. Je fais un tour sur moi-même pour constater que la zone commerciale se vide progressivement. La nuit déjà tombée semble maintenant s’écraser au sol et imposer sa noirceur à la tristesse des hangars métalliques au enseignes pourtant fleuries. Conforama par ci, Aubert par là, Sergent Major, Kiko, H&M, Jules, Orange, Norauto, Kiabi, Parking Métro, Cédez le passage, Balma – LaFoufount, Relais Métro-Bus, Z.A. Montredon, etc … quand subitement mon regard est attiré par un cube éclairé différemment. Oui je reconnais intuitivement les couleurs de cette enseigne. Je ne peux pas encore lire le nom mais mon instinct de parisien me dit que c’est un … Burger King ! Une valeur sûr ! Bref, je marche dans sa direction et effectivement après 4h de marche, je peux distinguer le célèbre logo inspiré du non moins célèbre Wooper !

Courage Bebel, d’ici 5 à 6h de marche, tu y seras. Mais quel ne fût pas mon désarrois une fois sur place ! Il était bien tout illuminé mais à l’intérieur … rien ! Les travaux ne sont pas terminés. C’est alors que j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps devant le Burger King en construction et mon Wooper évanescent comme la brume sur le lac de Morimont, au petit matin du 31 Februarius de l’an du seigneur 1115, contemplé par les moines cisterciens venant tout juste de se rejoindre au presbytérium pour la prière en mémoire des renards chassés la veille au bâton de feu par les gueux.

Bref, j’ai finalement échoué au KFC. Une autre enseigne de nourriture industrielle mais nettement plus … comment dire … plus … chargée en lipide. Ou pour le dire plus clairement « ça sent très fort le graillon quand tu franchis la porte« . Hé oui, le concept de KFC c’est « tout est cuit dans l’bain d’huile« . Hé oui, je sais, c’est franchement pas terrible mais c’était la seule gargote ouverte ce soir là dans cette immense zone commerciale d’une banlieue perdue de Toulouse.

J’ai donc mangé mon Tower Original en me disant qu’à chaque bouchée je remplissais mes artères de gras forcément saturé. Une bouchée de Tower, une frite bien grassouille en faisant attention que le surplus de gras coule sur le papier absorbant du plateau et non sur mes Weston mocassin à pampilles noir ni sur mon costard Arnys que ma remis le week-end dernier mon ami Robert B. Et pour couronner le tout, je ne pouvais même pas faire glisser le tout avec un Coca Zéro car chez Kentucky Fried Chicken tu bois du Pepsy et pis c’est tout.

Bref tout en réduisant mon espérance de vie, je pensais à la douillette chambre qui m’attendait pour une nuit pleine de rêves et de jolis songes.

C’est donc rassasié que j’entrepris de faire les 8h de marches en sens inverse pour ramener à l’hôtel mes odeurs de graillon. Arrivé à hauteur dudit établissement, je vois du monde s’agiter sur le pas de la porte.

Je n’ai rien contre les d’jeuns qui louent des grosses BMW ou autres AUDI pour se pavaner dans les rues huppées de Toulouse. Puis qui vont pour la nuit, se terrer dans un hôtel le moins cher possible. Mais bon … ce soir, en revenant vers ma piaule de stagiaire afpa, j’ai croisé 2 d’jeun’s sortants d’une énorme BMW stationnée devant la grille d’entrée du garage. Ils avaient leur capuche tellement enfoncée sur leur tête que demain, je serai incapable de les décrire aux gendarmes. En effet, il ne fait aucun doute que ces derniers viendront me demander si je peux les aider dans une affaire de traffic de stup qui se sera déroulée la nuit où j’essayais de dormir dans cet établissement.

Puis en arrivant à la porte d’entrée, c’est une charmante famille de 7 personnes originaire des pays de l’est qui m’a lâché la porte dans la figure 😉 Je n’ai rien contre les familles originaires des pays de l’est. J’en ai contre les lourdes portes lâchées de manière impromptues dans ma tronche.

Las de cette soirée aux accents exotiques, je me suis laissé choir dans mon lit, non sans avoir tourné et tourné le manche du volet roulant pour le descendre. En effet, je ne souhaitais pas que toute la rue puisse admirer mon boxer « Le Slip Français » en flanelle duveteuse avec petits élastiques … là … et mes abdos façon tablette de chocolat.

Profondément enfoncé sous la légère couette d’été en ce 21 mars 2018 et ses -24 degrés ressentis, je règle l’alarme de mon smartphone sur 6h45 et je le pose sur la table de chevet … BOUM … « boum, quoi boum ? Hé merdeuuuuuu j’ai oublié qu’il n’y avait pas de table de chevet ! »

J’ai donc tenu le téléphone dans ma main toute la nuit. Mais ce n’est pas la raison principale pour laquelle je n’ai pas fermé l’oeil. Non, voyez-vous ma chambre est judicieusement placée en front de route départementale et juste au dessus de la porte automatique d’entrée du parking de l’hôtel.

J’ai donc pu apprécier, tout au long de la nuit, le frais gazouillis des moteurs diesel ralentissant, freinant, débrayant avant le passage du ralentisseur puis faisant la manœuvre inverse après le passage dudit ralentisseur. Et au petit matin, après 12 heures d’expérience, j’ai pu évaluer la qualité du soin que met chaque conducteur à débrayer puis embrayer, freiner puis accélérer au passage des dos d’âne, dans une mélodie des culbuteurs et arbre à came dont on ne soupçonnerait pas la capacité à tenir en éveil tout au long de la nuit.

Bref, après une nuit à ne pas dormir j’ai fini par fermer l’oeil vers 7 heure du matin, non sans avoir balancé mon smartphone dans la porte du mini-frigo qui venait de redémarrer pour la 1452 ieme fois. Tellement épuisé de lutter contre le bruit que mes neurones ont sombré d’eux même. On n’aurait pu me passer Carmina Burana à donf que plus rien ne pouvait me réveiller. Ou peut être si …

Voyez-vous, c’est une odeur qui m’a réveillé. L’odeur de cochon grillé. Si si, je vous assure, les ouvriers moldaves d’a côté, comme chaque matin, faisait leur sanglier à la broche pour leur petit déjeuner. C’est que … ça bosse fort un ouvrier moldave alors il faut le recharger en énergie avant la dure journée de labeur.

Bref, comme je n’avais pas le choix puisque, moi aussi, une nouvelle journée de dure labeur m’attendais, je me suis levé. C’est donc en traînant un peu les pieds que je me suis rendu à la salle du petit déjeuner au rez de chaussé.

De toutes petites tables en formica, des tabourets en plastique et un buffet parcimonieux m’y attendait. Je retrouvais bien là, l’esprit de la cantine pour stagiaires du BTP. 2 tartines de pain, un peu de beurre doux, un grand café, mon plateau était près pour un petit déjeuner façon « package premium« . Je comprends mieux pourquoi mes ouvriers moldaves ont préféré l’auto-organisation et le sanglier à la broche.

Bref, mon collègue me rejoint et contre toute attente la première chose qu’il me dit c’est « Si tu veux on annule la résa pour ce soir et je me charge de trouver plus confortable« . Vous pensez bien que je l’ai remercié de cette idée géniale.

Etape 1 : on regarde tripadvisor

Etape 2 : on trouve un hôtel avec 2 chambres disponibles dans les tarifs des règles de bon usage de l’argent publique machin tout ça. Bingo ! Hôtel Ours Blanc-Wilson quatre étoiles en plein centre de Toulouse, 2 chambres à 88 euros. Nickel chrome et c’est 20 euros moins cher que ce foyer SONACROTA 🙂

Etape 3 : on réserve le 4 étoiles et on passe un petit mail à l’assistante pour qu’elle annule auprès de SBV la nuitée de ce soir.

Etape 4 : on trouve une stratégie pour expliquer pourquoi on a du annuler cette résa et trouver un hôtel par nous même sans passer par SBV. Hé oui parce que là, on va payer nous-mêmes et on se fera rembourser aux frais réels sur justificatif. Heuuuu … on va dire que …. heuuu …. il y a eu une fuite de gaz dans l’hôtel et qu’il a du être évacué par précaution. Et donc on a du se trouver un hôtel par nous mêmes. Ca tient la route non ?

Etape 5 : il reste à dire à la concierge de l’hôtel qu’on ne sera pas là ce soir.

Moi : « bonjour madame, voilà on vous rend la carte de la chambre »

La réceptionniste : « Vous avez passé une bonne nuit ? »

… Grand blanc …

Mon collègue : « Pas vraiment ! D’ailleurs nous somme vraiment désolé mais nous avons fait annuler notre réservation pour ce soir. Ha oui dites, le 52 euros affiché sur votre borne devant … c’est vraiment le prix de la chambre ? »

La réceptionniste : « Bein oui. C’est 52 euros pisque c’est affiché 52 … »

Mon collègue : « Ha ouais parce que … regardez, sur notre voucher c’est … regardez … 108 euros … »

La réceptionniste : « Bein oui mais regardez… vous êtes passés par SBV, une agence de voyage. Moi … votre agence de voyage elle va me payer 52 euros …pour la différence … il faut demander à votre agence de voyage. »

On est donc partis, traînant notre fatigue, nos jambes, nos valises … les deux, celles à roulettes et celles sous les yeux …

Après la journée exténuante tout ça de travail, on est arrivés à l’Ours Blanc Wilson au centre de Toulouse. C’était quand même un peu autre chose et surtout, on a fait économiser 2 fois 20 euros soit 40 euros d’argent public !

Bref, quand tu pars en mission, fais confiance au plus malin que toi. Un jour je vous raconterai comment, dans une situation quasi similaire et avec le même SBV, on a contourné le système est on a passé la nuit à l’Abbaye des Capucins, hôtel 4 étoiles à Montauban. Evidemment avec le même collègue débrouillard et ses compétences affûtées en tripAdvisor.

Et en faisant cette folie, on a fait économiser 2 fois 6 euros d’argent public. Bref, en couchant dans des 4 étoiles, je contribue à la réduction de la dette publique … trop fier …

Un jour, quand je rentrerai au bureau, j’irai revoir monsieur SBV et je lui dirai ce que je pense de son « package premium avec petit déjeuner inclus« . Je crois que je lui dirai un « merci premium avec un grande tarte dans sa gueule incluse »

Ha tiens, et pendant que j’y suis, je propose un petit texte descriptif pour les sites de réservation en ligne qui en auraient besoin :

« Un ravissant petit hôtel familial situé dans la banlieue Est de toulouse. On appréciera particulièrement l’ambiance sonore environnante. Votre nuit sera paisiblement bercée au léger gazouillis des moteurs diesel des voitures, camionnettes et autres poids lourds apportant leur marchandises aux différents chalands de la zone commerciale alentour. On sera attentif au soin que met chaque conducteur à débrayer puis embrayer, freiner puis accélérer au passage des dos d’âne, dans une mélodie des culbuteurs et arbre à came dont on ne soupçonnerait pas la capacité à tenir en éveil tout au long de la nuit.

L’architecture intérieure, finement ciselée et pleine de références aux plus grands artistes néo-contemporains, est du plus effet. Les chambres, d’inspiration néo-sonacotra, rappelleront aux anciens stagiaires de l’afpa, leurs mémorables soirées chichon-picon-bière. Pour les autres, elles vous rappelleront vos années dortoir. Celles où vous posiez le matin vos pieds encore endormis sur le linoléum froid.

Si la sobre table, que d’aucun penserait d’inspiration Starck, est délicatement engoncée entre le pied de lit et l’armoire, c’est pour mieux rappeler à celui qui a connu le milieux carcéral, l’optimisation de l’espace d’une cellule de réflexion.

Et vous ne manquerez pas d’occuper votre soirée à tenter de vous connecter au réseau wifi taquin qui apparaît mais ne transmet rien. Quel souvenir garderez-vous de votre nuit ? Sans aucun doute, celui du démarrage à intervalle régulier du mini-frigo imitant à la perfection le ronronnement d’un réacteur d’airbus made in France fabriqué tout près de notre établissement … haaaa quelle fierté ! »

 

 

 

La formation du Crédit Mutuel

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Comme vous le savez déjà, je suis administrateur de ma caisse de Crédit Mutuel (article). Et à ce titre, j’ai accès à l’offre de formation destinés aux élus du Crédit Mutuel. Donc, samedi dernier j’étais au centre de formation des Gâtines à Verrière-le-buissonTout commence vers 8h35 à mon arrivée sur place. Oui, je sais, la formation commence à 9h30 mais je suis du genre prévoyant. Comme j’ai quelques kilomètres de route à parcourir et qu’en île de France il faut en moyenne 3 jours pour parcourir 500 mètres, j’ai pris une marge conséquente. Bref, je suis arrivé avec une bonne heure d’avance. Mais qu’à cela ne tienne, je sais qu’il y a un café d’accueil.

J’entre dans l’immense hall d’accueil et me dirige vers l’espace prévu a cet effet. La voix de la dame de l’accueil me secoue les tympans.

La dame de l’accueil : « vous prenez tout de suite sur votre gauche et c’est juste là »

Moi : « bein oui… je sais… pisque c’est la 3e fois que je viens. Merci madame, vous êtes bien aimable et sinon le p’tit neveu il va bien ? Et tata Monique sa phlébite, elle en est où ?  »

Bon, je pénètre la dite salle et quelle n’est pas ma surprise de constater que des seniors sont déjà dans la place ! Oui, il faut que l’on soit au clair sur ce point. Etre un élu du CA de sa caisse de Crédit Mutuel, cela veut dire donner de son temps bénévolement. Et aujourd’hui, qui est capable de donner du temps … hum … je vous le demande ? Les Re-Trai-Tés ! Hé oui m’sieur dame : les p’tits vieux qui s’ennuient qu’est-ce qu’ils font ? Hum ? Ils font élus au Crédit Mutuel et pis c’est tout. Alors quand tu vas à une formation du Crédit Mutuel, la moyenne d’âge dans la salle c’est … fiouuuuu … au moins …. 152 piges et demi ! Ou, dit avec une autre référence c’est « cheveux gris et déambulateurs ». Même moi qui ne suis plus tout à fait de la dernière rosée matinale, j’ai l’impression d’être un teenager à l’EHPAD.

Bref, je jette un oeil sur les deux immenses tables qui devraient offrir leurs lots de viennoiseries, boissons et autres collations … plus rien, c’est comme si une tempête avait renversé la mise en place. Un peu comme waterloo morne plaine, après la bataille mais en 10 fois plus puissant. La corbeille en osier est retournée par terre, les bouteilles de jus de fruits sont renversées sur les tables, des cakes ne restent que des miettes, les assiettes sont brisées au sol, des verres sont pêle-mêle sur les tables et fracassés sur le carrelage … on dirait qu’une horde sauvage a tout emporté sur son passage, tel le troupeau de bisons dans les plaines du far west.

Au loin, je vois un groupe d’une petite dizaine de seniors,  s’empiffrant des derniers croissants survivants du massacre. A eux 10 ils ont eu raison du café d’accueil prévu pour la formation qui va se dérouler dans l’amphi. Au bas mot, 250 personnes sont attendues … le senior a faim …

Je franchis précautionneusement les monceaux de porcelaine et de verre. Je m’approche de la machine à café. Visiblement, ils n’ont pas réussi à ouvrir le réceptacle à grains de café car il est fermé à clef …ouf. Je trouve une tasse épargnée, la place dans la machine et appuie sur le bouton « double expresso ». Il me faut au moins cela …

Une porte s’est ouverte. C’est celle qui permet d’accéder à l’espace juste devant l’entrée de l’amphithéâtre.  Un papy éclaireur se précipite à l’intérieur. Il passe une première fois, une seconde, il renifle partout et ressort victorieux.

Le papy éclaireur : « Hé venez vite, il y a la liste d’émargement, les formulaires de remboursement de frais de déplacement et les supports de la formation. Venez vite avant que tout le monde n’arrive je vous dis … »

La horde des seniors s’ébranle. Les déambulateurs sont mis à contribution, les mamies les plus agiles s’appuient sur leur canne et dépassent les papys coureurs sans grande difficulté. Mais 3 mamies arrivées en même temps à la porte semblent avoir toutes les peines du monde à passer … la dite porte. C’est que 3 mamies de front, ça fait large et … ça passe pas dans une porte de 90. Et surtout … pas une ne veut lâcher sa place. Les papys arrivent. les 1er déambulateurs sont presque à la porte lorsque la mamie du milieu écarte vigoureusement les 2 bras pour chasser ses adversaires. Les 2 mamies vont choir prestement et leurs fondements respectifs découvrent la dureté du carrelage.

La mamie victorieuse est déjà à la table. Les feuilles de frais de déplacement volent comme si on avait allumé un ventilateur, que dis-je une tornade. Elle s’empare des cartons de support de formation et ressort en hurlant

La mamie victorieuse : « je les ai, je les ai … viens Robert, j’en ai pour toi aussi ! »

Spectateur malgré moi de cette scène surprenante s’offrant à mes yeux esbaudis, je sirote mon café et me demande tout de même si je retrouverai ma feuille de frais de déplacement … et dans quel état.

9h10, je me décide à entrer dans l’espace devant l’amphi pour tenter de récupérer un support de formation. J’évite de justesse les bras gesticulants de deux mamies qui se disputent un carton. Celui-là même qui, quelques minutes auparavant, contenait les supports de la dite formation

Mamie numéro 1 : « voulez-vous lâcher ce carton, je l’ai vu en premier ! »

Mamie numéro 2 : « c’est même pas vrai, c’est moi qui l’ai pris en premier. Pis d’abord, vous ne savez même pas ce que vous allez en faire … ha ! Alors … vous voyez bien que j’ai raison ! »

Mamie numéro 1 : « Espèce de vieille baderne, bien sur que je sais ce que je vais en faire. Je vais … je vais … enfin, voilà c’est bien de cela dont je parle. Alors voulez-vous lâcher MON carton ? »

Mamie numéro numéro 2 : « Hoooo la gourgandine que voilà ! Mais quelle flagornerie vient d’ouïr mes oreilles chastes ? Alors que moi, je vais utiliser ce carton pour cacher les pots de mes géraniums ! Ha alors ! Voulez-bien maintenant lâcher MON Carton ? »

Laissant les mamies catcheuses à leur combat du siècle, je trouve sur la table quelques supports, rescapés de l’affrontement des « serials papys« . J’en prends un et me dirige vers l’amphithéâtre. Je m’installe à mi chemin entre le bas et le haut de la pièce et plutôt sur la partie gauche… de mon point de vue. C’est une habitude chez moi. Un amphi, c’est comme l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, il faut respecter la représentativité et le symbole de l’emplacement. Et en plus, ça me donne un bon champ de vision pour faire des photos.

Bon bref … la formation peut commencer, je suis prêt.

Confortablement assis sur mon velours rouge Louboutin, je m’enfonce dans le moelleux du siège comme le spéculoos dans la mousse de mon expresso. Avant de m’endormir, je me ressaisis, me redresse et déplie la tablette pour y déposer mon support de formation. Quelle n’est pas ma surprise de découvrir que la tablette refuse le support. Si si, je vous assure, la tablette entre en résistance et éjecte systématiquement mon support de formation. La preuve en vidéo :

Bref, j’ai fini par sortir l’agrafeuse pneumatique 12 bar Kicloutou et … PIF, PAF, POUF … 25 points d’ancrage plus tard, mon support de formation était solidement fixé sur ma tablette. Non mais … c’est pas une tablette d’amphithéâtre qui va me tenir tête tout de même ! Je crois que c’est quand j’ai mis en route le compresseur que toute l’assemblée m’a regardé d’un drôle d’oeil.

La formation se déroule sans trop d’incident et on s’achemine tranquilou vers la conclusion suivi de l’instant de convivialité. Traduisez « les stands petits fours, mini pizza, mini quiche lorraine, mini sandwich, mini brunch, lunch, punch, frunch, glunch … et les boissons concomitantes ». Oui j’aime bien prononcer le mot « concomitante » même s’il n’est pas approprié. Notez que je préfère « concomitamment » mais là c’était vraiment trop « pas approprié ».

Bref, dans la torpeur d’une fin de formation enlisée dans une animation neurasthénique, le speaker passe la parole à la salle pour 15 minutes de questions réponses. C’est à ce moment précis que j’ai rouvert un oeil. En fait, papy référent formation s’était mis en tête de jouer le rôle de l’organisateur des tours de parole et distributeur du micro. Un jour il faudra que je vous parle du micro, objet symbolique du pouvoir au sens psychanalytique du terme.

Bref, le voilà qui se précipite vers la scène. Comme on peut se précipiter à 184 ans avec un déambulateur en inox chromé et pattes en caoutchouc antidérapant. Après avoir récupéré le dit micro sur le bureau du speaker et, le brandissant fièrement dans une main tandis qu’il retournait son déambulateur de l’autre, il projetait visiblement de retourner vers les gradins. Mais le sort en décida autrement. La patte avant gauche de son déambulateur se pris dans la boucle du lacet de ses charentaises du docteur Jeva. Et papy se gaufra lourdement, laissant choir prestement le micro qui hurla son désespoir dans les hauts-parleurs de l’amphithéâtre.  Ce qui ne manqua pas de réveiller l’auditoire.

Le formateur se précipita pour relever le déambulateur, le micro et papy qui visiblement avait l’habitude de ce genre d’incident car il souriait à plein dentier. Bien décidé à ne pas laisser filer son rôle de maître des horloges, il était déjà en route pour la seconde rangée où un papy excité agitait frénétiquement sa main pour demander la parole.

Micro en main, et fier de pouvoir poser sa question, le voilà qui déroule sa démonstration du « bon vieux temps« , « c’était mieux de mon temps« , « vous les jeunes vous pouvez pas savoir« , « j’ai fait l’Indochine » et « j’ai parlé au général de Gaulle« . Bref, 47 heures et demi plus tard, il embraye sur la mise en place de la C.S.C, la Contribution Solidaire Chômage qui va impacter les retraités et qu’il serait important que le Crédit Mutuel se saisisse de cette question car c’est pas normal que les retraités soient toujours mis à contribution quand il faut que l’on mette à contribution parce que toujours pareil que ça tombe toujours sur les mêmes et que ça devrait pas parce que c’est comme ça … Je ne sais pas vous mais moi, je ne supporte pas les gens qui prennent la parole pour poser une question. En effet, ils commencent toujours leur propos par « je vais être bref » ou encore « ma question est simple« . Et là, tu sais que ça va durer 3 plombes. Parce qu’en fait, ils ne veulent pas poser de question, ils veulent parler dans le micro. Alors ils ne posent pas une question genre « tu préfères la pizza ou le camembert ?« . Non ! Ils parlent et développent une thèse de 346 pages, généralement incompréhensible avec au final soit 3500 questions dont personne n’en retient ne serait-ce qu’une seule ou alors même parfois … zéro question !

Bref, papy est très fier de lui. Très fier d’avoir posé LA question qui va sauver le monde de l’univers de la galaxie : « alors ? hein … et la C.S.C ! hein ? Tu fais quoi mon gars ? Ha ha … tu l’attendais pas celle-là ? »

S’en suit un blanc … de blanc demi-sec genre Chablis. Le formateur ne sait visiblement pas quoi répondre pour au moins 2 bonnes raisons :

  1. il ne voit pas le rapport avec la choucroute : en clair le Crédit Mutuel est une banque mutualiste certes, mais cela ne lui donne pas pour autant la capacité d’intervenir sur une mesure gouvernementale …
  2. il n’a jamais entendu parler de cette C.S.C. Il ne voit absolument pas de quoi il s’agit.

Ceci posé, je suis moi-même médusé car c’est la première fois que j’entends parler de cette contribution machin tout ça chômage. Comme je n’ai pas forcément envie de consacrer du temps d’audience à d’autres discours de papy qui font de la résistance, je sors mon smartphone, active les data et tagazou tsouin tsouin je tape « contribution solidaire chomage » dans le 1er moteur de recherche qui me tombe sous la main. Résultat … tous les résultats me renvoient sur le site Hoaxbuster.com. En clair, c’est une « fake news ».

Papy a donc mobilisé le micro et accessoirement notre temps pour nous raconter sa vie pendant 3 jours. Tout cela pour conclure sur la diffusion d’une fausse information. Ca sent la performance tout ça …

Bref, la formation se termine et le formateur lâche les mots tant attendus « vous pouvez maintenant rejoindre le buffet qui nous attend !« . Au point d’exclamation, les déambulateurs, cannes et autres sièges roulants électriques se sont comme métamorphosés. Accessoires plutôt connus pour leur rôle d’assistance aux déplacements erratiques, les voici devenus propulseurs de fusée soyouz. Tous les papys et les mamies se précipitent vers la sortie. Non ! vers le buffet !

Plus aucune règle de bienséance ne tient. Ce sera au 1er arrivé.

« Mais non diou de nom de diou. Virez moi le passage espèce de vieille baderne« . Je reconnais la voix de mamie numéro 1. Je reconnais aussi son injure visiblement favorite.

« Tiens, prends ça ! » dit un papy belliqueux en balançant un grand coup de canne dans les gonades de son collègue.

« J’ai fait Verdun moi, mon brave ! Alors laissez moi passer. J’ai le privilège de la grande guerre !« . « Que néni, vieux zouave décati. J’étais à Diên Biên Phu aux côté du chef de bataillon Bigeard, moi mossieur ! Alors les p’tits fours sont pour moi« . Quand un 3e papy s’écrie, tout en accélérant pour tenter de passer le 1er dans l’encadrure de la porte « pas de règle qui vaille. A la guerre comme à la guerre. Un p’tit four est un p’tit four. Moi j’ai fait la retraite de Russie et si on n’avait pas mangé du castor on s’raient tous morts ! »

Finalement, c’est l’encadrure de la porte qui a cédé. Et la horde de senior a progressé vers les tables dressées comme le tsunami sur Fukushima.

Impossible pour moi de quitter ma place. Les déambulateurs propulseurs me passent à côté, tout berzingue. PAF, je me prends un coup de canne dans le bide par une mamie qui a eu peur que je sorte de ma rangée devant elle. Je chois entre deux sièges et peine à me relever tant la canne m’a coupé le souffle. Quand je réussi enfin à me remettre sur mes pieds, non sans choir une seconde fois sur mon séant, l’amphithéâtre est vide. J’entends au loin le doux murmure des agapes.

Remontant, tant bien que mal, les escaliers démolis de l’amphi, enjambant les restes des cloisons défoncées par la foule en délire des papys affamés, je vois au loin les convives se restaurer :

Disons plutôt que je discerne vaguement, au milieu d’un nuage de poussière, la meute s’écharpant pour les restes d’un plateau de mini blinis à la purée d’anchois Bruxélois.

Je tente une approche. Je me fraie un passage au milieu de la vaisselle brisée au sol, évitant les objets en tout genre qui volent. Et PAF, le déambulateur de mamie numéro 1 vient se fracasser contre l’escalier hélicoïdal situé au milieu de la grande salle de réception et tombe juste à mes pieds. Jugeant la scène trop dangereuse pour moi et surtout parce qu’il ne reste plus rien de comestible, je décide de rejoindre un petit groupe qui se tient à l’écart.

4 sièges installés en étoile autour d’une petite table carré ont survécus au tsunami. Un petit papy aussi large que haut mais surtout engoncé entre les 2 bras du siège, ripaille paisiblement, insensible au bruit et à la fureur qui l’environnent. Une mamie est assise sur le siège à sa gauche. Je m’approche en louchant ostensiblement les mini-hamburgers posés sur la table.

Le papy paisible : « t’asseoir avec nous tu peux ! Libre ce siège attend ton auguste fondement »

Moi : « je …. je … vous êtes … »

Le papy paisible : « Humpf … personne avec la bataille des p’tits fours ne devient grand. Par toi-même, les mini sandwich saumon fromage et les mini-hamburgers tu dois apprendre à maîtriser ! Vas-y, fais montrer … le mini-hamburger engloutir du dois ! »

Je me concentre du mieux que je peux mais le mini-hamburger ne veut pas bouger. Je ferme les yeux et pousse mon esprit vers l’assiette pourtant à quelques centimètres mais rien … je sens mon visage devenir rouge Louboutin – oui je ne connais que ce rouge – je suis à deux doigts d’exploser quand la petite voix atteint mon oreille droite

Papy paisible : « bécile … prends le avec tes mains, c’est quand même pas compliqué ! »

Moi : « désolé, je croyais … enfin je veux dire … vous voyez bien »

Et c’est là que la mamie assise sur l’autre siège, une sorte de princesse Leia de 1200 ans s’est exprimée.

La mamie du siège : « je leur ai demandé d’apporter un plateau ici ! Non mais, vous vous rendez compte ! Il ne peut plus marcher et il était là, sans rien à manger. Non mais … d’mon temps on aurait pas laissé un vieillard sans rien à manger. Tout fout l’camps j’vous dis. Et c’est pour ça que plus personne ne veut venir en formation ici. Avant, on avait du Dalloyau et maintenant, tenez pfffff si ça se trouve c’est du Picard ! »

Moi : « bein si ! dans mon agence tout le monde est super content de venir ici. D’ailleurs tous les élus mais aussi tous les salariés de notre caisse trouvent ce centre de formation absolument fabuleux. C’est un vrai plaisir que de venir ici. »

La mamie du siège : « Ha bein, je ne vous le fait pas dire. Plus personne ne veut plus venir. Pis c’est trop loin, beaucoup trop loin. Non mais … vous vous rendez-compte ? hein ? venir jusqu’ici … en province … pour se perdre au milieu de la forêt ? Plus personne ne veut venir je vous dis. Alors qu’avant, hein … on allait en plein centre de Paris. 2 stations de métro est on y était. Là … franchement … mais … mais … c’est 3 jours de transport. Alors plus personne ne vient ! »

Moi : « bah … si. Nous à la caisse, on s’organise. On fait co-voiturage. Et c’est facile de venir jusqu’ici. En plus le samedi matin, la circulation est très fluide. »

La mamie du siège : « Ha bein, je ne vous le fait pas dire. Hein que vous êtes d’accord avec moi … le buffet n’est plus ce qu’il était, hein ? T’nez ce matin … bon bein … heureusement qu’on est arrivés assez tôt. Si non … on aurait rien eu. Franchement, des pains au chocolat tout p’tits tout ridicules comme ça … bon, bein … excusez-moi mon brave mosieur mais au bout du 12e vous avez encore faim. Et pourtant je ne mange vraiment pas beaucoup, j’ai un appétit de moineau »

Moi : « Vous savez, on vient ici avant tout pour la formation. Le buffet, les viennoiseries, le café, les jus de fruits, le cake maison, c’est le petit plus qui fait qu’on se sent bien accueilli. C’est la cerise sur la gâteau comme on dit. »

La mamie du siège : « Ha bein, je ne vous le fait pas dire … voilà Robert, depuis le temps que j’te dis que vous les référents formation vous êtes à côté de la plaque, hein ? Le monsieur le confirme … il est d’accord avec moi : vous êtes des vieux ronchons et vous ne faites rien pour que la formation s’améliore et pis c’est tout … »

Alors le papy paisible … jusque là, tourna la tête vers la mamie grincheuse. Il la fixa d’un regard glaçant. Puis il leva sa main droite tout en fermant progressivement les yeux. La mamie grincheuse qui continuait de psalmodier ses réprimandes en s’écoutant parler se tût net. Son visage devint rouge … Louboutin – oui je ne connais que ce rouge. Son siège se leva du sol et pivota lentement sur lui-même. Quand il fut face à la baie vitrée, il se propulsa à la vitesse de l’éclair, traversa la dite baie et disparu dans le ciel de Verrière-le-Buisson !

Stupéfié par cet événement inattendu, je me retournais vers le papy paisible. Il avait un mini hamburger dans la main … « Me casser les gonades plus jamais elle devait. Prévenue elle était » et il enfourna son mini hamburger dans son dentier inoxydable …

Le petit trou de la sécu illustré

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Bon, alors entre nous on dit « le trou de la sécu ». Mais les experts du sujets parlent plutôt en termes de « le déficit de la Sécurité sociale ». Hé oui parce que l’on ne parle pas d’une broutille. On parle de 5,2 milliards en 2017 … hé oui, quand même !

Bon alors, je ne sais vous mais moi 5,2 milliards … ça ne me dit rien du tout. Et même si je multiplie par 6.55957 pour le convertir en vieux francs, je ne vois pas mieux. Ou alors, si je gagnais 5,2 milliards au loto le week-end prochain, peut-être que je me rendrais mieux compte. Mais comme je ne suis pas certain de gagner à la loterie, on va essayer de faire autrement : on va imager le concept.

Par exemple, une boîte de soda goût caramel, de taille classique (33cl) sans sucre ajouté mesure 10,7 cm, soit 107 mm de hauteur.

Donc, si je la place à l’horizontale, et que j’en mets 5,2 milliards bout à bout… je peux faire … 556 400 kilomètres soit 13,88 fois le tour de la terre ! Bon, ceci posé, je ne vous cache pas l’inutilité de faire 13,88 fois le tour de la terre avec des canettes de Coca. D’autant plus que je ne suis pas certain que Vladimir Poutine accepte aussi facilement que l’on recouvre plus de 13 fois sa place rouge avec des canettes. Quant à Donald Trump, s’il réussi à construire son mur avant que j’arrive avec mes canettes, je suis bon pour refaire mes calculs car passer au dessus du mur, ça va raccourcir la distance.

Bon, faisons une autre tentative : le pot de nuttella

L’avantage du pot de Nutella, c’est qu’on est pas obligé de le coucher. On peut le laisser debout. Donc, mon pot de Nutella fait 13,5 cm de large, soit 135 mm. Même calcul … PIF, PAF, POUF, je peux faire … 16,22 fois le tour de la terre avec 5,2 milliards de pots de Nutella. Je vais passer 3 fois de plus chez Vladimir Poutine. Mieux, je peux faire un pont de pot de Nutella  entre la terre et la lune et même revenir sur 70% de la distance. Ha ! Quand même, hein ! Bon, je pense qu’en prenant un de 2 kg on doit pouvoir faire l’aller et retour terre-lune complet. Je vous laisse calculer vous même.

Bon, ça va maintenant pour vous représenter le trou de la sécu ? Si non, on peut aussi essayer d’imager avec une dimension moins palpable. Tiens par exemple, sachant que la chanson « ô Tannenbaum » a une durée de 103 secondes. Hé bien en équivalent « trou de la sécu » je peux écouter cette chanson 50 million 485 mille 436 virgule 89 fois, soit pendant … 164 années ! C’est à dire que je peux mettre un casque sur la tête du nouveau né pile au moment où il sort et pousse son 1er cri et lui faire entendre la fameuse chanson, en continu même la nuit, jusqu’à sa mort … et il me reste même du rabiot. Maintenant, je ne sais pas si ça développera ses compétences linguistiques en allemand, vu qu’il aura toujours sa chanson dans les oreilles et qu’il aura du mal à écouter ses profs à l’école.

Donc 5,2 milliards, ça fait tout ça.

Bref, revenons à nos moutons, ou plutôt à nos chats. Oui car tout commence par une histoire de chat dans la gorge. Je ne sais pas qui a inventé cette expression parce que franchement, je ne me vois pas avec Cannelle dans la gorge. Pour celles et ceux qui n’aurait pas suivi les épisodes précédents, Cannelle, c’est la chatte à la voisine.

Bon, donc vous avez compris, que je me retrouve avec un chat dans la gorge un dimanche de février quand il y a plein d’épidémies de virus tout méchants tout ça. Donc, je me dis en moi même : « humm chat dans la gorge le dimanche, gros rhum fiévreux le lundi suivant« . Paf, ni une ni deux, lundi matin je me lève « la tête dans la brume ». Mais bizarrement sans fièvre. Je résume donc mon état :

  • impossible de prononcer une phrase sans mettre des « b » partout, genre « Bonjour Batrick … oui, oui je be rebercie, bout va bien, je buis en bleine forbe« . Oui, les « s » et les « m » aussi ne passent pas bien
  • utilisation d’environ 120 mouchoirs à l’heure, soit un toutes les 30 secondes. Je suis impressionné par la quantité de truc vert que je peux sortir de mon nez 😉
  • confection régulière du cocktail revivifiant : Lysopaïne, Efferalgan, Actifed jour/nuit
  • et surtout, le chat s’est transformé en Amphicoelias fragillimus … Ne cherchez pas c’est le plus grand des dinosaures. C’est Jeff Goldblum qui le dit dans Jurassic Park 1.

Mais … pas de fièvre

Mardi : la situation est stable. Je tousse toujours autant. Je consomme toujours autant de mouchoirs en papier lotus triple épaisseurs en boîte carton bleu.

Mercredi : la situation « sent pire » comme disait Coluche. En fait, c’est au niveau de mon oreille gauche. Elle ne me restitue plus les sons normalement. Et surtout elle m’envoie un bourdonnement endémique dans la tête. Et quand je me mets à prononcer mes phrases, les « b » me reviennent en boomerang direct dans la tête … je m’entends parler …

Jeudi : la situation est stable. J’en suis à la 96ieme boîte de mouchoirs lotus triple épaisseur tout ça. Oui, c’est comme les pots de Nutella, je vous laisse faire le calcul : 1 mouchoir toutes les 30 secondes, 3 jours, 90 mouchoirs par boîtes …

Vendredi : la situation est stable. Mon oreille est toujours bouchée. J’ai toujours la sensation de me parler à moi-même. Je me demande si mes interlocuteurs reçoivent mes messages vocaux.

Samedi : la situation s’améliore. Je passe à un mouchoir à la minute. Mon oreille est toujours dans le même état. Ca commence vraiment à me taper sur le système. De la secousse, je mets mon casque Beats Studio sur l’oreille fautive et je lui balance du David Guetta à fond les ballons, na ! Elle l’a bien cherché. Sauf que … rien ! J’ai cru que mon casque était tombé en panne mais non. Branché sur l’ordi je lance un diagnostic du bazar. Résultat « Votre Beats Studio est en parfait état de marche et doté de la dernière version du logiciel. Aucune mise à jour n’est nécessaire« . L’inquiétude me gagne … « Et si je ne retrouvais jamais l’ouïe »

Dimanche : la situation s’améliore sur le front de la gorge. Le dinosaure a laissé place à un gros tigre du bengale neurasthénique. Oui, c’est parce que la gorge est bien prise mais je n’ai plus mal quand je tousse. L’oreille elle, fait toujours de la résistance. Je décide donc de prendre le taureau par les cornes (y’a beaucoup d’animaux dans mon histoire je trouve) : je verse de l’eau chaude dans mon oreille. Résultat : rien, ça ne sert à rien. Je passe à 3 sur l’échelle de flippage qui en compte 128 … je devrais peut être consulter un toubib …

Lundi : la situation s’améliore mais toujours pas du côté de l’oreille gauche. Du coup, je jette un oeil sur internet pour identifier un médecin dans mon patelin. Je ne sais pas vous, mais moi … je ne sais pas choisir un médecin à partir de ses coordonnées sur le site officiel de ma ville. Et il y en a au moins 30 ! Alors j’ai tiré au pif. Et comme je suis du genre super méga courageux, je me suis dit « Bon, bein … si demain c’est pas mieux … je vais la voir »

Mardi : bein … c’est pas mieux …

Je décide donc de prendre rendez-vous. J’appelle … message du répondeur « Je consulte le lundi, mardi, jeudi et vendredi de 11h00 à 12h00 et de 14h00 à 16h00 sans rendez-vous. Et de 16h00 à 18h sur rendez-vous. Cette ligne de prend pas de message. pfchlaggg« . Heuuuu comment dire … si je veux prendre rendez-vous par exemple en fin d’après-midi après 16h00, je fais comment puisque c’est un répondeur qui ne prend pas de message ?

Bon ok, je vais y aller entre 14h00 et 16h00 cet après-midi.

En fait j’arrive à 14h18. Je sonne …. rien … je re sonne … re rien … une personne arrive dans le vestibule de l’immeuble et me voit en train de chercher. Elle ouvre la porte et me lance « Entrez, de toute façon elle répond jamais …« . J’entre, mais je ne suis pas encore dans l’immeuble. Je suis coincé dans le vestibule. Je me dirige vers l’interphone. Je sonne sur « cabinet médical » … pas de réponse. Je re sonne sur « cabinet médical » … re pas de réponse … Une personne qui sort ouvre la porte. J’en profite pour entrer. Arrivé au cabinet médical, il est écrit sur la porte « Entrez sans sonner » … mouais, de toute façon j’allais pas sonner vu que ça sert à rien. Un couloir, 2 d’jeun’s qui discutent à voix basse, je passe entre eux-deux et me dirige vers la salle d’attente. 8 sièges, 2 de libres, je m’assieds et je commence mon attente.

Comme je suis du genre « investigateur » sur le test RIASEC de Holland – pas l’ancien président hein … le psychologue américain des années 60 – je fais une analyse de la situation : « bon, elle … elle est seule. Elle aussi. Eux, ils sont en couple ça ne compte que pour un. Elle c’est un, lui c’est un aussi. Donc ça fait 5 ! Ha non zut, saperlipopette … j’oublie les 2 d’jeun’s dans le couloir. Mais alors eux … c’est un ou c’est deux ? … Bon, à la louche 15 minutes en moyenne par personne … je pose 3 et je retiens 2 … si je maximise en comptant 2 pour les d’jeun’s ça me fait 1h45 … je passe dans 1h et 45 minutes soit … 16h15 au mieux. » J’ai bien fait d’apporter de la lecture parce que les vieux Figaro Madame de 1952, tout déchirés et gribouillés par la ribambelle de marmots qui est passée par là, ça ne me dit rien …

Hé bein … ça va être long. Plus long que l’attente aux caisses du supermarché. Je ne pensais pas que c’était possible.

16h20, c’est à mon tour. En fait, pour les 2 d’jeun’s je m’étais trompé. Il y a en a un qui est parti vers 15h30. Mais comme la durée moyenne était supérieure à 15 minutes, je pose 2 et je retiens 3 … 16h20 …

Bref, j’ai attendu 2000 heures dans la salle d’attente … c’est long

Je suis passé après un p’tit vieux, un actif superactif sur son téléphone, un couple de vieux paumés au faciès d’alcoolos, une jeune avec son casque de scoot et un d’jeun’s plein de tatouyage, de bagues aux doigts et de grosse montre façon sorti de prison y’a pas longtemps … et après moi, une femme enceinte avec son gosse voilée … elle, pas son gosse, patientent encore

Elle : « Alors, dites-moi, qu’est-ce qui vous amène ? »

Moi : « bein … le RER E ! » Noooonnnnn j’déconne. « Mon oreille, je n’entends plus rien, ça bourdonne en continue dans ma tête et quand je parle, je m’entends »

Elle : « Ha oui, je vois. Asseyez-vous là« . Et là, elle m’enfonce un truc lumineux dans l’oreille. Mais c’était pas la bonne oreille. Je lui aurais bien dit mais elle a ajouté …

Elle : « Hum hum, ha, heuuu … non … rien ! » Alors elle recommence dans l’autre oreille, la bonne cette fois. Mais voilà, ça rentre pas ! Moi je lui aurais bien dit parce que vu le bazar dans ma tête ça doit être tout gonflé irrité tout ça la’dans. Bon, elle met un embout plus petit et PAF rebelote la petite loupiote dans le conduit auditif gauche.

Elle : « Houlalaaaa, ha oui, quand même … ha ha hoooo … bigre. Ha bein … vous nous faites une jolie otite externe. C’est tout enflammé et le tympan ne peut plus vibrer … c’est pour cela que vous n’entendez plus. »

Et après elle est partie dans une démonstration façon « c’est pas sorcier ». Vous voyez cette émission avec Jamy Gourmaud, Frédéric Courant et Sabine Quindou ? C’est comme Jean-Michel Chevalet mais en plus pédagogique pour les enfants.

Elle : « Alors vous voyez ça ? » dit-elle en brandissant une plaque de plastique qui sert habituellement aux radioscopies. « Alors ça, c’est votre tympan en temps normal. Il est tranquilou, tout seul et il peut vibrer comme il veut. Donc il vous restitue correctement le son. Sauf que là … « . Et là, elle détale dans le corridor et revient aussi vite avec Titus, le chien boudin tout allongé qu’on met au bas de la porte pour éviter les courants d’air.  « Sauf que là, le conduit auditif est tout gonflé et vient appuyer sur le tympan, comme cela« . Là dessus, elle écrase Titus sur la plaque de plastique et me dit « Voilà, comme ça … donc votre tympan ne peut plus vibrer normalement. Et c’est pas tout …« . Elle enfile un masque de plongée devant ses yeux et un tuba dans bouche. Elle s’empare d’une bouteille de Vittel et elle balance le contenu de l’autre côté de la plaque en plastique. Oui parce que la Vittel ça a 2 utilités : on s’en sert pour désherber les plates-bandes et aussi pour les démonstrations de c’est pas sorcier.

Elle : « Youhonmebou ». Elle enlève son tuba « En plus, de l’autre côté de votre tympan, il y a une rétention d’eau donc votre tympan est tout bloqué et c’est pour ça que ça siffle … vous avez compris ? Si non, je peux recommencer la démonstration si vous voulez … »

Moi : « non non, ça va aller. Je crois que j’ai bien compris » dis-je en sauvant Titus de la noyade

Bref, c’est un médecin très démonstratif qui a vraiment envie que son diagnostic soit partagé. J’espère juste que ceux qui ont consulté avant moi, n’avaient pas de problème d’hémorroïdes … je ne veux même pas imaginer comment elle a fait sa démonstration.

Et après elle est parti dans mille questions improbables.

Elle : « vous ne prenez pas de médicaments particuliers en ce moment ? Vous êtes vacciné contre la grippe ? Vous êtes sujet au mal d’estomac ? Vous avez mal à la gorge ? Vous aimez les films de Georges Lucas ? Vous jouez au Monopoly ? Vous faites des Sudoku dans le RER ? Vous préférez les caleçons ou les boxers ? Vous allez souvent à la patinoire ? Vous mangez les tripes à la mode de Caen ? Vous savez jouer de l’accordéon ? Vous reprisez vous-même vos chaussettes ? Vous chantez sous votre douche ? Vous suivez le tour de France en été ? Vous avez regardé les jeux olympiques de Piongue Tchangue ? Vous aimez vous beurrer la tartine ? … (accélérer la vitesse pour aller crescendo vers du très vite) »

Moi : « non, non, rien de tout cela … »

Elle : « Bon, alors comme vous partez en mission la semaine prochaine et que vous allez prendre l’avion, je vais vous donner des corticoïdes pour que ça guérisse plus vite »

Tout en tapotant sur son clavier, elle me raconte sa vie. Je ne lui ai pourtant pas dit que j’étais psy … Mais bon, elle parle, elle parle …

Elle : « Et pis … la SNCF … hein … j’espère qu’ils vont pas nous refaire 95 ? Hein quand même … pfff tenez c’est comme la médecine du travail … hein quand même … bon, on peut pas dire que les salariés soient bien traités en entreprise hein ? … »

Moi : « Bein si, chez moi ça va. On a une visite médicale tous les 3 ans comme c’est prévu dans le code du travail »

Elle : « ha bein dites-donc, vous avez de la chance. Vous êtes dans une bonne entreprise. Vous avez votre carte vitale ? »

Moi : « oui la voici … je vous donne la carte de ma mutuelle également ? »

Elle : « Ha non ! pas celle-là, on y a échappé ! Vous la donnerez à la pharmacie mais pas chez moi … encore heureusement qu’on a réussi à y échapper. »

Bon, à ce moment là, je me suis tu. Je n’ai pas voulu engager le débat autour du tiers payant car j’ai bien senti que ce n’était pas le moment. Mais quand même, moi je suis 100% pour le tiers payant. Voyez-vous les médecins sont montés au créneau contre ce dispositif parce qu’ils considèrent qu’ils n’ont pas à faire les frais des longueurs administratives de remboursement par les mutuelles. En clair, il font passer leur bien être avant celui des patients et ça, ça m’insupporte. Et c’est un peu le cas de tous les services publics : les professionnels reportent la complexité administrative sur l’utilisateur final plutôt que de simplifier le bouzin ou de prendre sur eux la complexité qu’ils ont eux-même générée. Je vous invite à lire mon article sur l’information à la SNCF et vous comprendrez ce que j’entends par « posture de service« .

Et elle claviotte pendant 3 plombes tout en posant plein de questions … là je me dis que la paperasserie à vraiment pris le dessus et finalement je comprends mieux pourquoi les médecins ont pris peur à l’annonce du tiers payant. Au final, elle aura passé plus de temps sur son ordinateur qu’à faire mon diagnostic. Elle me fait penser aux conseillères de Pôle emploi qui passent plus de temps à renseigner leur satané ordinateur qu’à vraiment aider les demandeurs d’emploi. Et le comble de l’absurde c’est que malgré toutes les informations entrés dans tous les ordinateurs, personne n’est foutu de calculer le taux de chômage … mais bon, c’est un autre sujet.

Elle : « il vous arrive d’avoir mal à l’estomac ? »

Moi : « heuuu … non … »

Elle : « Ha ! parce que … les corticoïdes parfois … ça s’accompagne de brûlures à l’estomac … bon, je vais vous prescrire de l’Oméprazole … pour le cas où, hein ? Donc vous ne le prenez pas mais si jamais vous avez des brûlures d’estomac, vous pourrez en prendre … ok ? »

Moi : « bein … si vous le dites … »

Elle : « et … si non … bein … si ça s’aggrave au bout de 2 ou 3 jours, je vous prescris du Cefpodoxime … hein ? C’est des anti-biotiques. Comme ça, si ça s’aggrave vous en prenez … d’accord ? Et si ça s’aggrave pas, vous ne les prenez pas … hein ? »

Moi : « bein … si vous le dites … »

Elle : « et … si non … bein … il vous reste des anti-douleur ? hein ? bon bein … je vais vous prescrire deux boîtes de doliprane 500mg … hein ? Pour le cas où … »

Moi : « bein … si vous le dites … »

Et voilà comment je suis ressorti, 30 minutes plus tard avec mon ordonnance de 2 kilomètres.

Et en me tendant la main pour me dire au revoir, elle ajoute : « Ha oui j’oubliais … surtout, dans ces cas là, il ne faut absolument rien mettre dans l’oreille. Faire très attention au moment de la douche par exemple à ne pas mettre du savon ou même simplement de l’eau … vous n’avez rien mis ? »

Moi : « oh non … rien du tout … au r’voir docteur et merci pour tout … »

Je comprends mieux pourquoi ma tentative de guérison à l’eau chaude avait lamentablement échouée.

Direction maintenant la pharmacie. J’entre … « bonjour madame » et je tends à la pharmacienne ma magnifique ordonnance de 5 kilomètres. Je vois dans ses yeux les étoiles de la joie et du bonheur. Je comprends qu’elle est en train de transformer mentalement chaque ligne de mon ordonnance en monnaie sonnante et trébuchante qui tombera directement dans son portefeuille. Là c’est certain, avec mon ordonnance elle va pouvoir se l’offrir son petit cabriolet « Maserati Grancabrio » rouge vermillon parce que le vert de sa Porsche n’allait plus avec ses Louboutin que son gentil mari de pharmacien venait de lui offrir. Et puis il faut quand même avouer qu’une Porsche, aujourd’hui, c’est complètement hasbeen. Elle n’arrêtait pas de le dire à son gentil mari qui lui répondait systématiquement : « Mais, ma chérie enfin … tu sais bien que c’est la criiiiiiiiseeee. »

Bref, je lui ai tendu ma carte vitale, ma carte de la mutuelle, ma carte grand voyageur SNCF, ma carte Flying Blues Air France, ma carte Franprix, ma carte carrefour, ma carte de membre de l’association des gais lurons qui chantent Charles Trenet en canon, ma carte du Jedi Club International, ma carte Michelin Verdun-Wissembourg … oui elle était prête à accepter toutes les cartes du moment que ça payait bien. Par contre, quand j’ai voulu lui tendre ma carte bleue, elle m’a dit : « non non, pas besoin, c’est tout bon » avec un très large sourire 🙂

C’est quand même étrange ce comportement opposé des deux docteurs d’aujourd’hui : l’une qui refuse dogmatiquement la carte de ma mutuelle et l’autre qui en redemande avec le regard lubrique et les mains tendues vers mon portefeuille … Vous aurez noté au passage que j’ai écrit « deux docteurs » ! Hé oui, si elles sont toutes les 2 docteurs, l’une est médecin et l’autre pharmacienne. Il ne faut pas confondre « docteur » et « médecin » ce n’est pas la même acception. Un jour je vous expliquerai.

Bref, je rentre chez moi et par acquis de conscience, je regarde mon ordonnance, ma valise XXL de boîtes de médicaments et ma facture :

En moi-même, je me dis « si j’enlève tous les médicaments qu’elle m’a prescrit « pour le cas où », c’est à dire tous les médicaments que je ne consommerai pas, il reste une ligne à 3,37 euros. Et la facture s’élève à … 31,15 euros ! »

Pour faire simple, la facture est dix fois plus élevée que mon besoin réel ne le nécessitait.

Si je traduis en langage plus clair, la sécurité sociale et ma mutuelle vont financer le cabriolet de ma pharmacienne et vraisemblablement la Porsche Panamera des dirigeants des laboratoires « SANOFI » et « arrow lab » … donc les 5,2 milliards de trou de la sécu…  on peut facilement les diviser par 10 si on décide d’être vigilant sur les ordonnances … CQFD

Mais en même temps c’est balo parce que … je n’aurai plus de pont en pot de Nutella entre la terre et la lune

Et puis … je l’aime bien cette toubib car elle est attentive à moi et mon problème 🙂 un peu comme Coluche qui demandait un « petit cancer du bras droit pour pas aller travailler »

Bref, je suis allé en mission (1)

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Dans mon métier, on dit « Je vais en mission à … « . Rien à voir avec une mission secrète, James Bond, tout ça. Non, non, c’est juste qu’on part en déplacement professionnel. Et la destination est importante car c’est rarement l’endroit où tu passerais tes vacances. C’est genre « Je vais en mission à Montargis ».

Bon parfois, la destination est pas mal. Mais comme tu y vas pour bosser, bein … t’as pas vraiment le temps d’en profiter. Alors que tu ailles à Venise ou à Montargis, c’est pareil.

Bref, je suis allé en mission à Montpellier. Et Montpellier, en pleine canicule… c’est chaud. Et dans mon métier, quand on va en mission, ça veut dire qu’on va auditer. C’est marrant comme la perception change suivant que l’on est d’un côté ou de l’autre de la mission. Moi je trouve ça sympa. Mais de l’autre côté, ils ont les copeaux, ils fouettent, ils tremblent, ils sont tout blancs …

Bref, je suis allé en mission à Montpellier

Une mission, ça commence toujours par la logistique. Oui, il y a aussi le boulot qu’il faut préparer. Mais j’en parle pas ici. Donc la logistique ou dit autrement, la « résa d’hôtel ». Tu te connectes sur le site du prestataire, tu entres Montpellier. Tu précises les dates. Et pouf ! tu as la carte avec les hôtels possibles : une petite flèche verte et l’hôtel est « dans les prix », une petite flèche rouge et l’hôtel est … « pas dans les prix ». Pour le dire autrement, réserver à Montpellier en juillet en s’y prenant la semaine précédente c’est … que des flèches rouges. Alors là, tu peux prendre un hôtel « flèche rouge » mais il faut passer par un circuit de validation à 2500 niveaux qui va jusqu’au président de la république avant de revenir par le même circuit. C’est possible … mais seulement en théorie. Alors il reste le joker. Non, non, pas l’appel à un ami mais … l’appel à l’assistante.

Moi : « dis Stéphanie, je ne trouve pas d’hôtel dans les prix pour la mission à Montpellier lundi prochain »

Stéphanie : « T’inquiète, je m’en occupe »

Moi : « OK super. Heuuu … pas à Tataouine quand même … hein ? »

Stéphanie : « Mais non … fais moi confiance… »

Le lendemain, Stéphanie vient me voir dans mon bureau et me dit « A y est, je t’ai trouvé un super hôtel … dans les prix … et avec vue sur mer ! »

Bref, j’ai une confiance toute relative.

On arrive à Montpellier. Oui parce qu’une mission c’est toujours à plusieurs. Là on est 3. On est à la gare de Montpellier, en plein centre ville.  La température au sol est d’environ 48 degrés … à l’ombre. Le lieu de la mission est à l’est de Montpellier. L’hôtel est à l’ouest de Montpellier. Il est 11h30. Les collègues veulent déposer les valises à l’hôtel. On appelle l’hôtel…. l’hôtel ne répond pas.

On va à l’agence de transport en commun pour demander l’itinéraire jusqu’à l’hôtel. On entre.

Le guichetier : « On ferme ! Vous avez l’autre agence au coin de la rue après le Mac Do ! » dit-il, d’une voix nasillarde dans l’hygiaphone. Tout le monde sort, regards perdus … Mac Do là … à midi ! On marche et nous passons le coin de la rue. A peine tourné, une file d’attente de 3874 personnes déborde de l’autre agence.

Bref, on a failli tester les renseignements des transports en commun montpelliérain !

On va faire autrement. On appelle l’hôtel … bis … non, non pas IBIS la marque des supers hôtels. Le « bis » c’est pour dire qu’on l’appelle pour la 2ieme fois …

Le collègue : « Bonjour madame, comment fait-on pour rejoindre votre établissement par les transports en communs ? »

La dame de l’hôtel : « Bein … vous n’êtes pas rendus ! Pis … ça grimpe fort pour venir jusqu’ici. Et si vous venez avant 15h30, il y a un supplément de … beaucoup de neuros ! »

Moi : « qu’est-ce qu’elle dit la dame ? »

Le collègue : « elle dit qu’on va pas aller tout de suite à l’hôtel, on ira ce soir »

Je mets une carte de la ville de Montpellier pour que l’on ait bien les mêmes repères en tête. Les distances sont estimées approximativement et sont assez proches de la réalité.

Bref, on a pris le tram vide à Montpellier.

Oui, en province, c’est pas comme à Paris : le tram il est vide et tu peux t’asseoir.

3h plus tard, on descend du tram. On marche en traînant nos valises par 60 degrés à l’ombre mais nous on est en plein soleil. On marche … on marche … on marche …

  • Moi : « dis ! T’es sûre que c’est par là ? Parce que là … y’a plus de trottoir depuis au moins 3 kilomètres » …
  • Le collègue : « Si, si, je t’assure, c’est écrit sur le plan, regarde …« 

Ha oui … finalement, ce n’était pas si loin. Après 6h de marche on est arrivé sur place.

Bref, on a commencé la journée, mais surtout la mission, comme après un vendée globe en solitaire par 75 degrés au soleil …

J’ai dit que je ne parlais pas du contenu de la mission. Parce que c’est quand même un peu secret, tout ça, que j’ai pas trop le droit d’en parler alors … hop c’est la fin de la journée. Objectif : rejoindre l’hôtel qu’est dans les prix et avec vue sur mer 🙂 Mais qui est de l’autre côté de la ville  😦

Après les 6h de marche en traînant la valise, le passage à niveau et ses innombrables convois ferroviaires, plusieurs hectolitres de sueur dans la chemise, nous voilà à l’arrêt de tram. Il est 18h30 mais la température n’a pas varié d’un iota. Je peste contre Donald Trump, omni responsable devant l’Éternel du réchauffement climatique. Le cheval de fer s’arrête à notre hauteur. Les portes s’ouvrent. Nous pénétrons à l’intérieur. Pinaise … pas climatisé … c’est comme dehors mais en 3 fois plus chaud. Je re-peste contre Donald Trump ! On choisit un club 4 et on s’installe. Oui, le tram est vide … c’est pas comme à Paris tout ça…. enfin je l’ai écrit plus haut.

Bref, on a chaud, très chaud … vraiment très chaud. Et c’est pas comme si on était en costard cravate 😉

A quelques mètres, un gars discute bruyamment, avec son acolyte. Il accompagne son propos de gestes approximatifs à la trajectoire manifestement mal maîtrisée. Ce n’est pas sa gestuelle qui m’interpelle mais plutôt l’avenir de la boîte en fer de 50 cl qui contient un breuvage houblonné mais surtout … qui décrit des sinusoïdes en 3D. Si elle pouvait parler, elle dirait certainement « s’il te plait, vide moi et qu’on en finisse le plus vite possible, j’ai la nausée« .

Bref, l’artiste nous regarde. Je comprends qu’il va nous interpeller. Bingo, il vient dans notre direction … mais pas en ligne droite. On m’a pourtant toujours appris que le chemin le plus court c’est la ligne droite sauf … quand la terre tangue. Et là, la terre … elle a l’air de vachement tanguer pour cet olibrius

L’artiste : « messieurs, puis-je me permettre de solliciter votre savoir au sujet d’une question qui nous divise, mon ami et moi ? »

Moi : « mais faites donc, mon brave. »

L’artiste : « Alors voilà … de votre point de vue, combien d’années séparent deux générations ? »

Moi : « 25 ans. »

L’artiste : « Hum …votre réponse n’arrange ni mon ami, ni moi-même car nous voici maintenant avec 3 propositions différentes. Comme vous avez l’air érudits, je considère votre réponse comme la plus juste. Je vous remercie messieurs. »

Et il rejoint son acolyte … toujours pas en ligne droite et en se tenant aux barres verticales judicieusement disposées le long de son trajet par le fabriquant du tram. Alors que tout le monde sait que le plus court trajet entre 2 points, c’est la ligne droite comme je le disais précédemment.

On se regarde. On esquisse un large sourire entendu, rassurés par la nature non belliqueuse de notre nouveau compagnon de transport en commun.

Mais l’embellie n’est que de courte durée. L’artiste revient vers nous, non sans s’être abreuvé d’une goulée de la mousseuse boisson.

L’artiste : « messieurs, la décence m’oblige à vous donner une explication à ma sollicitation. »

Moi : « mais non, t’inquiète pépère … c’est pas utile »

L’artiste : « messieurs, je ne sais pas qui vous êtes. Vous êtes peut être … PDG. Je vois monsieur avec son costume et sa cravate. Et bien moi je suis … scénariste ! Là je prépare une pièce de théâtre avec un concept tout à fait nouveau : je fais parler un caillera en vieux françois et Louis XIV en caillera ! »

Tellement captivés par la maestria de notre artiste avec sa canette que nous n’avons pas prêté attention au voyageur qui vient de s’asseoir à nos côtés sur le club 4 d’en face.  Mais l’artiste lui, l’a repéré et lui tend la main. Enfin … comme quelqu’un qui essaie de viser le digicode avec un taux d’alcoolémie incompatible avec ce screugneugneu de clavier beaucoup trop petit …

Ils se saluent, se disent « bonjour« , échangent quelques mots genre « j’pensais que tu m’avais pas vu. Bein si que je t’avais vu mais je discutais avec ces messieurs … hurmpf »

Personne ne dit mot mais nous sommes soulagés que notre nouveau compagnon, l’artiste, ait retrouvé un compère. Comme ça, au moins, il nous lâchera la grappe.

Hé flûte, j’ai parlé trop vite ! Ledit compère ne doit pas l’apprécier plus que ça car il l’invite à poursuivre sa conversation avec nous. 4 regards furibards sont maintenant dirigés vers le compère qui nous fait un large sourire … un sourire qui dit « démerdez-vous avec lui, j’ai autre à faire que supporter son haleine d’outre à bière ! »

Le voilà qui revient vers nous : « ho oui, je ne vais tout de même pas laisser ces messieurs sans explication »

Moi : « mais si pépère … ne te prends pas la tête, on ne t’en tiendra pas rigueur »

L’artiste : « alors voilà mon idée … vous voyez, lui  » dit-il en pointant du menton notre collègue « il a un costume … une cravate. Je ne sais pas qui il est mais … il pourrait être PDG ou même … président … »

Moi : « c’est pas faux d’autant qu’un PDG … c’est aussi un président … hein ? »

L’artiste : « alors lui, on s’attend pas à ce qu’il parle comme une racaille de banlieue. Mais s’il disait … heuuu … j’sais pas moi heuuu … j’kiffe trop la meuf de la compta … celle qui bosse au 3ieme ! Hein ? ça fait drôle non ? Pour un type qu’est en costard cravate ? … »

Moi : « Effectivement, je vous confirme que je vois pas trop mon collègue s’exprimer ainsi »

Nous en étions là de notre échange fort instruisant quand le tram s’est arrêté. Je crois que le copain de l’artiste a finalement eu pitié de nous car il lui a dit « Hé mec … c’est ton arrêt ! » et l’artiste s’est précipité dehors. Enfin … comme on peut se précipiter quand on est sur un radeau par forte houle et que l’on cherche à quitter le navire pour rejoindre la terre ferme … heureusement qu’il y avait un abris-tram … c’est comme un abris-bus sauf que c’est pas sur une ligne de bus mais de tram … en face de la porte pour stopper net la course chancelante de notre auteur-compositeur-interprète d’une pièce de théâtre qui fera un malheur au box office, n’en doutons pas.

Bref, après la sortie remarquée de notre artiste et sans faire de rappel, notre tram a repris son petit bonhomme de chemin vers sa destination initiale. Et nous … bein … on est restés assis, dans la chaleur suffocante d’un été à Montpellier, suants à grosses gouttes dans nos chemises comme au sauna. Sauf qu’au sauna, tu y vas en tenue adéquate … tu n’y vas pas en costard cravate …

Après quoi … pfiouuuu à peine 12 heures plus tard, 2487 arrêts et environ 12 millions de kilomètres, voici que se profile à l’horizon, notre arrêt. Nous descendons. Dehors, il fait encore plus chaud que dedans … c’est incompréhensible. C’est un peu comme si les lois de la physique avaient contourné Montpellier et se disant « non non, ici, on va laisser le soleil faire ce qu’il veut comme il veut. On ne va pas baisser la température quand il y a de l’ombre« . Du coup, le soleil en profite et il fait ce qu’il veut. Alors … il chauffe ! Et il chauffe fort … très fort ! C’est quand on a commencé l’ascension du mont Niitaka, que j’ai compris ce que ressentent les haricots du cassoulet juste avant d’exploser dans le four micro-ondes poussé au maxi.

Oui, non seulement l’hôtel est loin de l’arrêt de tram mais en plus ça grimpe fort, le soleil doit être à quoi … pfiouuu pas 2 mètres au-dessus de nos têtes, il n’y a pas de bus pour nous y rendre et on doit longer la route qui elle, forcément … est dans le sens inverse donc … les voitures s’en donnent à coeur joie pour descendre « fend la bise« , ou « vent du cul dans la plaine » si vous êtes plutôt sergent major, et nous polluent notre oxygène parce que franchement, c’était pas assez difficile comme ça.

Donc on attaque l’ascension de la roche de solutré. Au premier carrefour, on croise les potes de l’artiste qui proposent de nous vendre des bouteilles d’eau fraîche si non, nous disent-ils, vous n’arriverez pas en haut. Malins les acolytes du poivrot du tram : eux, ils restent en bas pour picoler des bières et ils vendent de l’eau à ceux qui entreprennent leur chemin de croix jusqu’à l’hôtel. Mais bon, à 7499 euros la bouteille de 50 cl, on a courtoisement décliné l’offre. Et on a marché … marché … marché et comme dans le désert, plus on avançait plus le haut de la colline s’éloignait …

8 heures plus tard, les roues des valises avaient perdu 1/3 de leur diamètre. Le bitume du trottoir collant à nos semelles comme le ruban antimouches aux pattes de la drosophile, nous arrivâmes … au Mac Donald’s ! Hé oui, sans faire attention, tellement voûtés par le poids de la chaleur, on a oublié de tourner et paf … nous voilà au Fast food ! Heureusement, en relevant machinalement la tête … nous aperçûmes l’enseigne de notre hôtel … de l’autre côté du rond point.

Bref, on a retrouvé le sourire

Dans ma tête, je repense à la joie de Stéphanie m’annonçant fièrement « A y est, je t’ai trouvé un super hôtel … dans les prix … et avec vue sur mer !« . « Avec vue mer ! » … on doit être à mille kilomètres de la mer ! Et pis avec cette chaleur, la mer a du s’évaporer entièrement !

Bon, nous voilà aux portes … de l’hôtel. Enfin … je ne sais pas si vous connaissez la chaine « Appart’City » ? C’est comme un hôtel, ça ressemble à un hôtel mais … c’est pas un hôtel. En fait c’est de la location d’appartement à la nuit ! Si si je vous assure c’est possible. Et quand on loue un appartement, qu’est-ce que l’on fait … hein ? je vous le demande … hein ? De … la … paperasserie ! plein de paperasserie ! Donc, nous voilà en train de biffer les 12 154 pages du contrat de location … en 3 exemplaires … Et tout cela pour une piaule de 6 m2 à Tatouine les bains, sur le rond point du périph par 75 degrés sans clim !

2 heures et demi plus tard, la nana de la réception nous explique qu’elle va faire des photocopies pour laisser un exemplaire du contrat de location .. à chacun. On lui répond, en coeur : « qu’elle peut se le carrer dans l’f …. son contrat« .

Bref, on l’y a braqué son armoire à clés après l’avoir assommée avec un vieux « Figaro Madame » qui traînait par là. On récupère nos clés de chambre. Pour moi ce sera le 6ieme étage. Si si c’est important, vous allez voir. J’introduis la clé, je tourne, je clenche et je pousse la porte qui s’ouvre sur un tout petit couloir. Pas dans la longueur … le couloir, non … dans sa largeur. J’avance, et j’entre dans … bein dans ce qui doit être la chambre mais comme le lit prend toute la place, il doit rester environ 10 cm entre les murs et le lit. En face de moi … une fenêtre qui fait toute la longueur du mur. Bon en même temps, vu la taille de la pièce, ça ne fait pas non plus une fenêtre gigantesque. On va enfin avoir le dénouement de ce suspens devenu maintenant insoutenable : la … « vue sur mer » est-elle une blague de l’assistante ou un argument commercial surfait de l’hôtel ?

Je pousse le rideau ou plutôt … je le tire car dans ce sens c’est plus juste de dire … « ho tu vas pas nous faire traîner plus longtemps, tu la lâches ta pastille hein !« . Bon ok, par la fenêtre j’ai une vue  imprenable sur … le rond-point et sa concomitante circulation automobile et motobylette pétaradante et klaxonnante comme seuls savent le faire les sudistes d’en bas de la France. Au second plan, le centre commercial très animé ce soir avec ce campement de gens du voyage qui fait étape sur le bitume brûlant. C’est vrai qu’à Montpellier il est beaucoup plus agréable de camper sur le parking d’un supermarché plutôt que de pousser de quelques kilomètres jusqu’à Palavas les flots … hein ! C’est quand même beaucoup plus amusant de venir emmerder les clients des hôtels à proximité plutôt que de danser la carioca sur le sable chaud au bord de l’eau … hein ! Au 3ieme plan, on commence à moins bien distinguer mais je crois reconnaître une zone résidentielle.

Et voilà … voilà voilà voilà … l’assistante s’est bien joué de m… non ! Attends ! Là-bas … oui, tout là-bas … tout au fond …  on dirait … mais oui ! Une toute petite ligne légèrement bleutée … c’est la mer ! Alors comment dire ? Techniquement, on peut le confirmer « oui, c’est exact,  on a vue sur mer depuis la chambre ». Mais reconnaissons tout de même qu’on est loin du concept de « vue sur mer ». Et vu l’épaisseur de la ligne bleue, je pense qu’au 5 ieme étage je ne la voyais plus. Alors vous voyez que c’était important de préciser l’étage ? hein ?

Quand je recevrai le questionnaire de satisfaction que l’hôtel ne manquera pas de m’envoyer, je pense que je ferai un rapport d’étonnement sur l’argument commercial qui vante la … « vue sur mer » 😉

Bref, je me suis fait un Mac Do …

Bon, aujourd’hui je me suis dit « Tiens, j’me ferais bien un p’tit Mac Do !« . Ni une, ni deux, je prends mon pass navigo et direction le Mac Do de Val de Fontenay.

Quand je vais dans ce genre de restaurant huppé, je me fixe toujours une règle de conduite : s’il y a trop de monde, j’abandonne sans même entrer. Là, j’arrive et je constate une fréquentation que j’estime acceptable. Et en plus, le chef de rang s’approche de moi et m’invite à me diriger vers une borne libre. Oui, je dois vous préciser qu’au Mac Do de Val de Fontenay il n’y a plus aucune caisse sur le comptoir. Les convives sont invités à faire leur commande sur une immense borne façon 4 par 3 pour que tout le monde autour puisse voir que tu cliques sur le Big Mac double size avec le supplément mayo et 3 sachets de ketchup !

Bref, c’était vraiment trop bien parce que je n’ai pas eu à faire la queue. Je suis immédiatement monté à l’échelle pour aller cliquer, tout en haut, sur le menu « Mc First ». Puis je suis redescendu m’accroupir pour cliquer, tout en bas, sur le cornet de frites. Et c’est vraiment trop super parce que le Coca Zéro, il était au milieu de l’écran donc j’ai pu cliquer dessus sans trop de gymnastique. Et oui, un écran 4 par 3, c’est pas ta petite tablette ipad de « cul nul », c’est du lourd !

Bref, j’ai entré ma carte bleue dans le lecteur au raz du sol, il est en dessous de l’écran 4 par 3, puis le code et j’ai validé. A partir d’ici, tu ne peux plus faire « annuler ». Donc, c’est pile à ce moment qu’ils sont arrivés. « Ils » c’est en fait toute la population d’île de France qui n’est pas en vacances en ce début Août. Voyez-vous, je pense qu’ils se sont tous dit « Et si on allait au Mac Do … de Val de Fontenay … là, tout de suite maintenant ?« . Ce sont donc 768 543 personnes qui sont arrivées au Mac Do de Val de Fontenay. Mais c’était vraiment trop super bien parce que moi, j’avais déjà passé ma commande. En plus, avant même que je n’introduise ma carte bancaire, sur la borne c’était écrit « Nous préparons déjà votre commande ! ». J’étais trop super content.

Alors, je suis allé vers le comptoir pour récupérer ma commande. Le fameux comptoir qui n’a plus de caisses. Il est donc totalement dégagé pour aligner les plateaux. Là, j’ai vu une équipière Mac Do courir à droite, puis à gauche, puis à nouveau à droite, puis à nouveau à gauche. Ensuite elle est revenu, elle s’est passé la main dans les cheveux puis elle a levé la tête vers l’écran. Ensuite elle parti vers l’arrière, puis elle est revenu vers l’avant. Elle est reparti vers l’arrière, puis elle est revenu. Elle a de nouveau regardé l’écran. Puis elle est reparti à droite. C’était beau comme une chorégraphie des petits rats de l’opéra. Alors j’étais trop super content parce que je me suis dit que j’étais tombé le bon jour : aujourd’hui il y avait un spectacle en bonus. Alors j’ai sauté 2 fois sur place et j’ai dit « Youpiii » (mais dans ma tête pour que personne n’entende). Progressivement, elle apportait des ingrédients qu’elle posait sur les plateaux mais … pas trop vite. Alors moi, je me suis dit que c’était pour ne pas secouer les sodas ou faire tomber la salade des burgers dans la boîte.

C’était vraiment trop génial parce que ça faisait à peine … quoi … 17 minutes que j’étais là, que déjà elle appelait la commande numéro 95. Moi j’ai regardé mon papier et j’étais vraiment trop content car il portait le numéro 99. Alors elle est repartie dans son ballet harmonieux, prenant un Big Tasty par ci, un Ice tea par là et les déposant sur 2 plateaux différents avec délicatesse. Ensuite, je l’ai vu déposer un coca zéro sur un plateau vierge et j’ai compris que c’était ma commande. Alors je n’ai pu contenir un nouveau petit « youpi » de joie et j’ai à nouveau sauté 3 fois sur place. Ensuite elle a repris le mouvement numéro un : à droite, à gauche, à droite, à gauche, la main dans les cheveux, les yeux au ciel etc … et une boîte d’happy Meal sur un plateau, un Big Mac sur un autre. Et c’était vraiment trop super méga bien parce que moi, je pouvais regarder mon coca zéro sur mon plateau. Et là, elle à dit « la 96 !« . Et moi j’étais trop méga dans la zénitude profonde parce que j’avais la 99 et qu’il s’était passé à peine 19 minutes entre la 95 et la 96 ! Alors je me suis retourné et j’ai souri aux 768 541 personnes derrière moi.

Après on est passé au mouvement 2 de la chorégraphie et c’était vraiment trop beau. En fait, la copine de l’équipière Mac Do, celle qui bosse au comptoir Mac Café est entrée dans la danse. Oui, vous savez, le comptoir Mac Café, c’est celui où il n’y a jamais de client et l’équipière Mac Do passe son temps à astiquer le comptoir avec un chiffon pour faire croire qu’elle a beaucoup de travail parce qu’elle ne veut pas aller aider ses collègues qui remplissent les plateaux. Alors là, elle avait trop bien frotté le comptoir et aussi lavé les tasses à café et aussi ré-aligné les macarons et … et … et … elle pouvait plus faire semblant d’avoir trop de boulot …

Là, c’était vraiment trop beau car on voyait le professionnalisme et les années d’entraînement. Elles se croisaient sans jamais se toucher. Elles virevoltaient, légères comme des hirondelles sans jamais lâcher le Big Mac et le sunday caramel avec les petites cacahuètes dessus. C’est à ce moment précis que, dans un canon en coeur parfait, elles ont annoncé les commandes 97 et 98. C’était trop beau, j’ai senti une larme couler au coin de mon oeil gauche. Alors j’ai sauté sur place et dit « youpiii » (tout bas, juste pour moi). La prochaine était pour moi, j’ai senti mon p’tit coeur palpiter comme jamais d’autant que l’équipière numéro une venait de déposer un cornet de frites sur mon plateau … à peine 47 minutes après le coca zéro. J’étais trop super méga content.

Alors le ballet a repris au numéro un mais cette fois avec 2 ballerines. Hé hop, à droite, à gauche, à droite, à gauche, yeux au ciel, mains dans les cheveux et devant, derrière, devant, derrière. Big Mac, Royal cheese, sunday fraise et … Happy Meal déposés en rythme sur les plateaux. C’était beau comme du Mozart. J’étais trop super joyeux. Alors l’équipière a annoncé « commande 02« . Mais c’était pas grave parce que j’étais trop bien content de regarder ce spectacle. Je me suis retourné et j’ai crié aux 768 539 personnes derrière moi de frapper dans leurs mains, de sauter sur place et de tendre l’index droit vers le plafond … « allez tous, en coeur … frappe dans tes mains … saute sur place … Hand up, baby Hand up« .

Ensuite j’étais vraiment trop content parce que, juste après la commande numéro 15, je l’ai vu se saisir d’une boîte de Mc First dans un tourné, boulé, déhanché impeccable. Et en guise de final magistral, elle a fait un salto avant double carpé et déposé la dite boîte … sur mon plateau ! J’ai senti mon coeur s’envoler, battre à tout rompre quand j’ai entendu le …99. « Oui, c’est moi … c’est moi, ici … oui, j’arrive. »

« Bon appétit et désolé pour l’attente » me dit l’équipière du Mac Do de Val de Fontenay. Alors moi, trop content, je lui ai répondu « Et merci madame de vous être occupé de moi avec autant de professionnalisme et d’abnégation« . J’étais trop sur mon petit nuage tellement j’étais trop satisfait d’être content. Je tenais entre mes mains, mon frêle petit plateau après à peine 1h et 26 minutes d’attente.

Alors après j’étais vraiment trop bien dans mon for intérieur de moi-même parce que j’ai fait quelques tours du restaurant et j’ai rapidement trouvé une place où m’installer.  11 272 fois l’allée centrale et les travées extérieures et voilà que la place idéale se libère : juste à côté de la table où mémé s’est installé avec ses deux petits enfants de 3 et 4 ans pour réserver les places en attendant que maman revienne avec les 2 happy Meal. J’étais vraiment trop content, proche de l’extase en déposant mon plateau sur la table pendant que Missandei se laissait choir de la banquette sur mes caterpillars, heureusement montantes, tout en vociférant un assemblage de syllabes dont je n’ai pas … totalement saisit le sens. Stannis a bien essayé d’en profiter pour me chiper une frite mais mémé lui a chopé le bras droit avant qu’il ne commette son forfait. Il est alors parti dans un cri nasillard montant dans les aigus tout en chouinant par vocalise. Tout en remontant Missandei sur la banquette, mémé a tenté de faire taire Stannis en lui disant qu’il était pas gentil de se faire remarquer comme ça. Moi, je ne voyais plus rien tellement j’étais trop joyeux d’être attablé devant mon menu Mc First option Fish.

Le sourire aux lèvres, j’ai pris ma paille. J’ai délicatement déchiré juste le bout de l’emballage en papier et j’ai porté le petit bout de paille qui dépassait à ma bouche et … j’ai soufflé ! L’emballage s’est envolé telle une fusée pour la lune puis, la vitesse décroissant, il s’est mis à tourbillonner dans l’air pour revenir s’écraser sur la tête de Stannis. J’étais vraiment trop super content d’avoir réussi ce lancer d’emballage de paille et d’avoir atteint une cible de choix : le petit morveux de 3 ans potentiel chouineur devant l’éternel.

J’ai alors posé le bout de ma paille sur le petit opercule percé du couvercle de mon gobelet de Coca zéro. J’ai appuyé délicatement jusqu’à ce que les pré-découpes cèdent et que ma paille s’enfonce dans le soda avec ce bruit caractéristique du frottement de la paille contre le plastique de l’opercule du couvercle….. shriiiiiiiiiittttt …. En fin de course, j’ai configuré mes lèvres en forme de O, je les ai approchées de l’extrémité de la paille et j’ai aspiré. Le liquide est monté dans le tube puis est venu envahir ma gorge. C’était vraiment une sensation extraordinaire, j’étais vraiment trop content de joyeuseté. Les longues minutes d’attente avaient permis aux glaçons de fondre en totalité, noyant mon Coca Zéro façon chirloute d’eau claire. Et en plus, il s’était adapté à la température exacte de l’intérieur du restaurant au mois d’août en pleine canicule. C’était un instant merveilleux de joie et de bonheur et j’étais trop vraiment content de savourer mon Coca zéro dilué et tiédasse.

Reposant mon gobelet, je m’emparais d’une frite et la portais à ma bouche. Le contact de la frite sur ma langue m’a rendu joyeux et rêveur. Telle la madeleine de Proust, la saveur de cette frite m’a ramené des années plus tôt, à l’époque où on jouait à « Espion lève-toi » dans la cour de l’école primaire. Il s’agissait d’écrire un secret sur un morceau de papier puis de manger le-dit papier pour que personne ne le découvre. Sans le savoir, cette frite venait de me remémorer un souvenir enfoui depuis des années. Cette frite venait de rappeler à mes papilles gustatives la texture du papier Canson et l’encre du stylo plume pour un secret bien gardé car mâchouillé. Quelle expérience extraordinaire, j’en ai pleuré de joie devant l’intelligence de cette frite à perdre sa chaleur pendant les longues minutes d’attente pour s’adapter parfaitement à la température ambiante. Tellement emporté par cette joie intense et ce bonheur inattendu, j’en oubliais mon Mc First Fish. Après avoir séché mes larmes de joie, je me décidais à ouvrir la petite et non moins délicate boîte en carton coloré.

Plus fort encore que ces saveurs qui vous remémore des souvenirs oubliés, le délicat fumet qui s’est échappé de la boîte m’a … transporté. Il m’a transporté à Dunkerque, sur le port de pèche, au retour des chalutiers quand les généreux mariniers offrent aux mouettes les restes de poisson sur lesquels elles se jettent avidement.  Ce délicat fumet du poisson oublié sur le pont du chalutier, au soleil, subtilement mariné dans l’eau de lavage du-dit pont. Lui aussi, a su profiter des longues minutes d’attente pour accorder sa température à celle de l’environnement pensais-je… ! Mais je me trompais, c’était encore plus fort, plus intelligent, plus professionnel. En effet, en le prenant dans mes mains, j’ai senti la salade qui parsemait le fond de la boîte. Elle était … si fraîche, tellement fraîche qu’elle semblait tout droit sortie de la chambre froide. C’était décidément trop merveilleux, trop beau et j’étais … trop content.

Alors j’ai bu goulûment mon eau claire tiède en rythmant chacune de mes bouchées de poisson froid d’un ballet de frites cartonneuses. Et j’ai compris que la rondelle de tomate, judicieusement intercalée entre le poisson pané et le buns du dessus sortait, elle aussi directement de la chambre froide quand mes 4 tentatives de mâchouillage ne sont pas parvenu à la rompre. J’étais vraiment trop bien, trop content, trop joyeux alors j’ai souri à la maman qui revenait avec ses 2 happy meal car, en plus, j’allais avoir quelques secondes de silence à côté de moi.

Et il y avait 768 522 personnes qui tournaient dans le Mac Do de Val de Fontenay pour trouver une place … alors moi j’étais super content, super heureux, super en extase tout ça. 

Déjà, Missandei et Stannis se chipougnaient en vitupérant très fort car Stannis il avait le minion avec le slip mauve et que Missandei c’est celui qu’elle voulait parce que il était trop bien et que maman elle avait dit qu’elle lui achèterait autant de happy meal qu’il faudrait pour tomber sur le minion avec le slip mauve et que maintenant …. ouinnnnnnnnn … Oui, les parents sont fans de Games of Thrones !

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉