SNCF, mon désamour :-(

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Pourquoi il faut impérativement réformer et vite la SNCF

La SNCF et ses usagers ne sont plus en phase et je vais vous expliquer pourquoi. En fait c’est assez simple, c’est juste un problème de représentation. Je m’explique. Pour le voyageur, la mission de la SNCF c’est … transporter des voyageurs. Mais pour la SNCF, son point de vue sur sa mission est différent. La SNCF pense que sa mission c’est … faire rouler des trains !

Et là, vous me dites « oui mais pour transporter des voyageurs, il faut faire rouler des trains donc ça matche !« . Grave erreur ! Car les besoins des voyageurs sont très différents des besoins des régulateurs du trafic de la SNCF. Et c’est pareil pour les contraintes. Les contraintes des voyageurs n’ont rien à voir avec les contraintes des régulateurs du trafic des trains.

J’illustre mon propos :

Ce soir, je monte dans un train qui a pour destination « Villiers sur Marne ». Le trajet est très chaotique et on avance pas. Après Val de Fontenay, le conducteur annonce : « compte tenu du retard pris sur notre trajet, notre terminus sera Nogent le Perreux.« . Ici, mon besoin c’est de me rendre à Villiers sur Marne. Le besoin de la SNCF c’est de faire rouler son train. A Val de Fontenay, je me suis déjà pris 12 minutes dans la vue et je peste contre la SNCF qui n’est pas foutue de respecter son engagement de m’amener à Villiers en temps et en heure. Le régulateur de la SNCF, lui peste contre ce train qui ne sera pas de retour à la gare d’Haussmann Saint Lazare au bon moment pour sa rotation suivante. A partir d’ici, la SNCF a 2 options :

  1. elle respecte son engagement envers les voyageurs et elle fait tout pour les emmener à Villiers sur Marne, la destination contractualisée dans le service qu’elle a vendu
  2. elle respecte sa mission de bien faire rouler les trains et elle stoppe son train à Nogent le Perreux pour que le train puisse repartir en sens inverse et être à l’heure à la gare d’Haussmann Saint Lazare

Le message du conducteur est sans ambiguïté. Le régulateur a choisi l’option 2. Nous avons été débarqués à Nogent le Perreux pour que le train puisse bien rouler et être à l’heure à la gare d’Haussmann Saint Lazare. C’est ce que j’appelle, pour le voyageur que je suis, « la double peine SNCF » :

  1. je suis en retard parce que la SNCF n’est pas foutue de faire rouler des trains correctement
  2. je suis jeté au milieu de nul part, loin de ma destination, juste pour combler les besoins du régulateur de la SNCF

Et si on met un peu de psychologie, dans la lecture de cet événement, on dirait que la SNCF a commis une faute – prendre du retard sur le service contractualisé avec le client – et plutôt que de s’excuser platement auprès du client et de l’amener à bon port avec mille excuses et peut-être même, si elle avait le moindre début de « posture de service », elle offrirait un dédommagement … au lieu de cela, disais-je, la SNCF fait supporter le poids de sa faute … sur le client !

Petite comparaison rapide :

C’est un peu comme si tu allais chez ton concessionnaire Peugeot avec une très forte envie d’acheter le nouveau 3008. Tu vas au Show room Peugeot, tu négocies et Pif, Paf, Pouf tu signes et tu paies rubis sur l’ongle, soit beaucoup d’euros, un magnifique modèle de Peugeot 3008 personnalisé avec plein d’option tout ça. 2 mois plus tard, ton concessionnaire t’appelle pour t’annoncer la livraison de ton magnifique véhicule. Tu te pointes à la concession et là … surprise ! C’est une épave d’ami 8 que tu dois réceptionner. Hé oui, car le besoin de ton concessionnaire c’est de se débarrasser d’une épave qui l’encombre et pas du tout de répondre à ton besoin d’avoir un véhicule pour emmener les enfants à la plage à Berck sur Mer pour voir le festival de cerf-volant d’avril 2018. Car le concessionnaire il s’en fout de ton besoin, lui il doit se débarrasser d’un encombrant et c’est tout ce qui le motive. Et en plus, si tu prends pas la vieille ami 8 pourrie, il t’annonce qu’il fera grève ! Donc tu devrais être content de toucher une épave d’ami 8 … le service de la SNCF, aujourd’hui c’est ça … (cf ma démonstration ci-dessus)

hum … vous comprenez mieux ce problème de  représentation différente maintenant ?

Bref, il est grand temps de réformer la SNCF pour qu’elle change de représentation et qu’elle se mette vraiment au service des voyageurs … en termes techniques cela s’appelle « la posture de service ». Et si la SNCF a besoin de visionnaires à long terme, je me ferai un plaisir de les aider dans ce processus de changement 😉

 

#maligneEvacraquer

Si vous voulez une démonstration plus détaillée, vous pouvez lire mon article « https://fabien292.wordpress.com/2017/11/26/allo-chef-ya-un-truc-qua-fait-toc/« 

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Quand tu pars en mission, fais confiance au plus malin que toi

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Cet article est un témoignage à la gloire du bon usage de l’argent public.

Préparer une mission, cela veut dire préparer le contenu du dispositif d’investigation pour réunir les éléments factuels dans l’objectif d’éclairer les questions posées à la mission… ouf ! Mais cela veut dire aussi, organiser les déplacements sur le terrain. Vous avez compris que je ne parlerai pas du 1er point qui est intrinsèquement très ennuyeux. Par contre, je vais m’en donner à coeur joie sur la logistique du déplacement en région. Et préparez vous à lire du lourd, à découvrir des révélations inattendues et surtout à accéder à des informations jamais divulguées sur le fonctionnement des centrales de réservation d’hôtel qui travaillent pour le service public et donc … rémunérées avec votre argent que vous avez donné avec joie au trésor public.

Bref, l’institution pour laquelle je travaille a donc passé ce qu’on appelle un « marché ». Tiens, un jour, il faudra que je vous parle du mécanisme de l’appel d’offre. Ca vaut son pesant de cacahuète. Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à la réservation d’hôtel. Peut-être vous souvenez-vous de cet autre article où je parlais d’un hôtel avec vue mer ? Si non, ce n’est pas grave, je vais vous narrer comment ça fonctionne.

Alors voilà, je me rends sur le site de notre prestataire. C’est l’agence de voyage qui a remporté le « marché ». Pour nous, c’est SBV. Oui on aime bien parler en acronyme. Et ne venez pas me dire que SBV veut dire « Société Bretonne de Volaille » (bruit de poules). Non, non, c’est « Selectour Bleu Voyage ». Dit comme ça, ça claque. Mais attendez de voir le résultat.

Alors, pour commencer, tu cherches partout comment entrer ton identifiant et ton mot de passe parce que l’assistante t’as donné ça mais que sur l’écran SBV bein … y’a pas ! Si si, vous pouvez vérifier : http://www.bleu-voyages.fr/

Bref, pas le choix, faut sortir le manuel PDF de 54 325 pages et essayer de trouver le mode opératoire qui va bien. Bon bref, 3h et demie plus tard, tu as enfin trouvé. Tu fais ta recherche. Genre, je cherche un hôtel à Toulouse pour les nuits du 21 au 22 mars et du 22 au 23 mars 2018. Et POUF il t’affiche la liste des hôtels disponibles sur une jolie carte avec des flèche rouges et vertes. Oui, au prix où on le paie, il a paramétré son logiciel en fonction de nos règles de remboursement des frais de déplacement. Et nos règles sont plutôt draconiennes …  rapport au bon usage de l’argent public tout ça.

A ce moment là, tu tires la tronche. Pourquoi me direz-vous ? Hé bien voyez-vous, bizarrement il n’y a aucune flèche sur le centre ville ! Toutes les flèches sont à l’extérieur de la rocade. Je ne sais pas si vous connaissez la rocade de Toulouse.  Mais on pourrait dire que « La rocade est à Toulouse, ce que le périph est à Paris« . Pour le dire autrement, il n’y a aucune flèche dans les quartiers sympas. Il n’y a des flèches que dans le neuf trois du côté de la Courneuve …genre gîte sympa « chez Jawad Bendaoud ».

Donc, SBV me propose que des hôtels très loin de là où je vais en mission. Alors, histoire de me faire une idée, discrètement … sans que SBV me voie … je prends mon téléphone portable et je fais mine de décrocher mon téléphone.

Moi : « oui … ha c’est toi ! Oui ne quitte pas … »

Et je je me lève pour aller dans le couloir, loin de la vue de SBV. Et là … PAF … je cherche avec mon tel sur tripadvisor … un concurrent de SBV que tout un chacun peut utiliser sans devoir payer très cher un appel d’offre. Bon, moi je dis ça … je dis rien …

Résultat ! Je m’en doutais ! Des hôtels disponibles dans le centre ville de Toulouse … il y en a pléthore ! Et dans nos tarifs des règles budgétaires de la mort qui tue pour bien utiliser l’argent public … il y en a ! La preuve :

Donc, ni une ni deux, je reviens devant mon ordi. Je m’assoie calmement dans mon siège. Je pose tranquillement mes deux bras sur les accoudoirs. Je regarde SBV droit dans les yeux et je lui dis :

Moi : « dis-donc, mon p’tit bonhomme … tu serais pas en train de m’entourlouper ? Hum ? Moi … je souhaite un hôtel au centre ville ! »

Et v’la t’y pas ce qu’il me répond le bougre

SBV : »ha mais mon pauvre monsieur. Vous pensez bien que c’est la toute première recherche que j’ai faite en priorité numéro 1. Mais voyez-vous, justement du 22 mars au 23 mars, à Toulouse c’est la Cassauce2018 … vous savez bien … la grande conférence mondiale de l’assaisonnement bio du cassoulet de l’ouest toulousain ! Alors vous pensez bien, trouver un hôtel au centre ville à cette date, c’est complet depuis 3 ans déjà ! »

Moi : « la … la Cassauce2018 ? … vous êtes certain ? »

SBV : « un peu mon n’veu ! Et si vous trouvez quelqu’un qui prétend vous vendre une chambre alors je vous fiche mon billet que c’est une arnaque à la carte bleue : vous réservez la chambre et quand vous arrivez sur place … POUF … pas d’hôtel … c’était du bidon ! Ha combien de clients se sont fait avoir comme ça ! »

Moi : « Mouais … » genre pas très convaincu

Mais bon, je n’ai pas vraiment le choix puisque je dois faire mes réservations avec SBV pour le bon usage de l’argent public tout ça.

SBV :  » bon alors, je vous ai trouvé un magnifique package premium, petit déjeuner inclus, pour vos deux nuits à Toulouse. Un hôtel remarquable que je vous recommande fortement … j’y ai moi-même séjourné pour mes vacances l’été dernier. C’était vraiment de très très belles prestations. Je vous fais cette réservation ? Attention il faut répondre vite car les chambres partent à très grandes vitesse … vous pensez une telle qualité »

Bref, je n’ai guère le choix. J’accepte ce « package premium avec petit déjeuner inclus« .

Nous voici au 21 mars. Après une journée éreintante, harassante, exténuante, fatigante, abrutissante, fastidieuse, usante, assommante … distrayante, captivante … ha zut, ça c’est les antonymes. Oui, j’aime bien utiliser le dictionnaire des synonymes 😉

Bref, le GPS nous amène devant le super hôtel et son « package premium avec petit déjeuner inclus« . Quand la voiture s’est engagée dans la petite contre allée derrière le carrefour drive, là où’sse que les employés sortent les grosses poubelles façon containers de 2500 litres sur roulettes qui schlinguent le rat mort depuis 3 semaines, et que le GPS annonçait « arrivée à 50 mètres », j’ai cru m’être trompé dans l’adresse de destination. Mais non, il y a avait bien là une grande borne lumineuse avec la marque de l’hôtel et surtout le prix de la chambre pour cette nuit … « 52 euros ». Heuuu hum alors comment dire … SBV me l’a vendue à « 108 euros » quand même ! Qu’il prenne une marge je veux bien mais là … il prend … attendez … je pose 3 et je retiens 2 … 107.69% Ha oui quand même …

Bref, on entre à pas mesurés. Ou, comme on dit dans le nord, on entre « avec les sabots de plomb« . Il y a une dame derrière le comptoir

Moi : « bonjour madame. On a réservé présentement pour deux nuits consécutives dans votre charmant petit établissement campagnard »

La réceptionniste : « Humm … oui effectivement. 2 chambres pour 2 nuits. C’est parfait »

Moi : « Dites … y-a-t-il de quoi se restaurer pour ce soir ? »

La réceptionniste : « Oui, oui tout à fait. Au centre commercial juste là. Vous trouverez plein de restaurants… »

Moi : « très bien. Merci madame. Que la soirée vous soit bonne et parfaite »

On s’en va vers l’ascenseur et quand on est finalement assez éloignés, elle ajoute

La réceptionniste : « Mouahh chouaaa pouaaa n’iou pavlovski dou pouchy 19h30 … hei ! »

Bon, clairement ou pas justement puisque j’ai rien compris, je continue mon chemin. Ça ne doit pas être très important  me dis-je. donc je lui réponds

Moi : « Merci bien pour toutes ces précisions et la bonne soirée à vous, n’oubliez pas d’embrasser le chien et changer l’eau du poisson rouge »

Comme ça, me dis-je, je pense qu’elle aussi n’aura rien compris … hi hi hi 😉

Bien, revenons à notre première impression. Il s’agit de l’hôtel « Montempô Apparthôtel Toulouse Balma ». Alors comment dire, vous avez le terme « Hôtel » dans l’appellation mais … ce n’est pas un hôtel. Voyez-vous, comme la pièce d’environ 7 m2 est équipé d’un meuble cuisine-évier-frigo, cela devient un « apparthôtel » … oui, oui c’est un concept …

Alors, si vous recherchez un coin pour dormir, le moins cher possible, au milieu d’une zone commerciale déserte à la nuit tombée, dans la banlieue la plus sordide d’une grande ville, du style « Formule 1 » pour réfugiés syriens alors … allez y car cet établissement peut correspondre à votre recherche. Mais si vous cherchez un … hôtel avec une chambre tout ce qu’il y a de plus classique alors fuyez à toutes jambes car la déception est au bout de la réservation.

J’arrive à ma chambre, non sans avoir croisé un groupe de 3 grands gaillards façon armoire lorraine, en tenue de chantier, le casque à la main et justement, dans leurs mains, de gigantesques sacs plastiques du centre commercial d’à côté. Sauf celui plus à gauche qui avait dans chaque main, un pack de 96 x 33 cl de Kro et débordant de son sac à dos, deux cubi de 250 litres d’Espicrace le branlou ce petit rouge local au cépage de Léon Millot.

Arrivé à ma chambre disais-je, j’introduis la carte dans le logement prévu à cet effet. Après un … touiiiiiite électronique … la lumière passe au vert et je peux clencher. A peine ai-je ouvert la porte que l’espace chambresque s’offre à moi. Stupeur et interlocation ! Oui, je suis interloqué ou mieux comment dire, je suis … émotionné, presque émoustillé. Tout d’un coup, toute ma vie défile devant mes yeux. Non, je vous rassure, je ne suis pas mort. C’est juste que cette chambre ressemble à celle dans laquelle j’ai dormi il y a de cela … 17 ans en arrière ! Si si, j’ai fait le calcul. Voyez-vous cet hiver là, je me trouvais dans la magnifique bourgade de Verdun dans la Meuse. Et ce jour là, une tempête de neige avait surpris tout le monde jusqu’au plus anciens qui connaissaient pourtant bien la rudesse du climat meusien en hiver. Pas moins de 4 mètres de neige en moins d’une heure. Plus moyen de rouler car il n’y a avait plus de route. Du blanc à perte de vue. Et moi qui devait rentrer à la maison 85 kilomètres plus loin, je me retrouvais bloqué sur place. Ce jour là, dans son immense bonté légendaire, l’afpa organisme de formation, me proposa de dormir dans une chambre de son hébergement. C’est ce que je fis puisque je n’avais pas le choix. D’ailleurs, c’est ce qui me permet de dire aujourd’hui aux plus jeunes … « oui bonhomme … moi … j’ai fait Verdun ! »

Bref, la chambre que j’avais devant moi ressemblait, trait pour trait à un hébergement afpa : même linoléum par terre, même lumière éclatante d’un gigantesque néon au plafond, 5 mètres plus haut pour qu’on ne puisse pas l’atteindre même avec un manche à balai, même table en formica collée contre le mur, même chaise unique en plastique unilever, même armoire en panneaux de particules à 4 sous imitation sapin moche, même grande fenêtre en PVC blanc du sol au plafond, sans rideau pour que toute la rue admire tes abdos chocolats quand il ne te reste que ton caleçon au sortir de la douche et surtout … 2 lits individuels pour ouvriers du BTP collés chacun à son mur. Hé bien vous me croirez … ou pas mais … j’ai senti les larmes à mes yeux. La perception du souvenir était trop forte : « oui … moi … j’ai fait Verdun ! »

Et ce que vous ne voyez pas sur cette photo, c’est le meuble « mini-cuisine » qui contient le célèbre mini-frigo des Apparthôtel. Célèbre car il fait, toute la nuit, un bruit de tractopelle qui rétrograde en première dans la montée de la Côte de Bourmont et crache la fumée noire de mazout … le mini-frigo qui vous pourri bruyamment la nuit.

Ceci posé, ce que vous ne sentez pas non plus, c’est l’odeur du kloug colmaté aux spoutzis que sont en train de préparer les ouvriers moldaves de la chambre d’à côté. Oui, ce sont les 3 grands gaillards que j’ai croisés dans le couloir en arrivant. C’est amusant d’ailleurs, de constater  à quel point les spaghettis bolognaises des ouvriers italiens de l’autre côté ne parvient pas à masquer les relents de Kloug. Hé oui, n’oublions pas que nous sommes dans un apparthôtel et que tout est prévu pour pouvoir préparer sa petite pitance.

Bref, tout cela m’ayant ouvert l’appétit, je décide de rejoindre le centre commercial tout proche comme me l’a indiqué la tenancière de cette cambuse.

C’est vers 19h45 que je suis arrivé sur les lieux de ce qui ressemblait plus à une scène de drame dramatique. Des dizaines et des dizaines de personnes semblaient s’enfuir en poussant devant eux leurs lourds chariots emplis jusqu’à déborder.

« Mon dieu me dis-je… qu’est-ce quoi donc ? Où est donc Ornicar ? est-ce là encore un horrible forfait d’un quelconque décérébré désirant imposer sa chaste vie sans alcool à quelques malandrins souhaitant seulement s’abreuver d’une pinte de houblon au coin d’un bar après une dure journée de labeur ? Mais si c’est le cas … alors … je n’aurai jamais le courage d’un colonel de gendarmerie ! Que faire ? M’enfuir à toutes jambes comme tous ces pousseurs de caddies ? »

C’est alors qu’en marge du flot de chariots à roulettes je perçois un client vautré par terre pour récupérer un paquet de 250 gr de Spaghettis Barilla aux oeufs frais pondus par des poules élevées en plein air. Le paquet était tombé de son chariot alors que les trépidations de sa machine secouaient énergiquement son contenu.

Je m’approche et lui demande

Moi : « Que vous arrive-t-il mon brave ? Pourquoi courrez-vous ainsi ? »

Le type avec son paquet de nouilles : « bein, c’est la fermeture … t’es pas d’ici toi … banane ! si tu sors du parking avant 20h c’est gratuit et après tu paies. Alors on se dépêche … »

Moi : « ha oui … évidemment … sinon, les spaghettis … c’est al dente la cuisson … ok ? »

Je peux donc me diriger gaillardement vers l’entrée du centre commercial. Ha oui mais … ici, en banlieue de Toulouse, nous ne sommes pas à Paris. Et les règles sont différentes. Voyez-vous j’apprends à mes dépends que le centre commercial qui ferme c’est … tout le centre commercial qui ferme même les restaurants ! Et de toute façon plus moyen d’entrer car les volants roulants descendent … inexorablement !

Bon, très bien. Je fais un tour sur moi-même pour constater que la zone commerciale se vide progressivement. La nuit déjà tombée semble maintenant s’écraser au sol et imposer sa noirceur à la tristesse des hangars métalliques au enseignes pourtant fleuries. Conforama par ci, Aubert par là, Sergent Major, Kiko, H&M, Jules, Orange, Norauto, Kiabi, Parking Métro, Cédez le passage, Balma – LaFoufount, Relais Métro-Bus, Z.A. Montredon, etc … quand subitement mon regard est attiré par un cube éclairé différemment. Oui je reconnais intuitivement les couleurs de cette enseigne. Je ne peux pas encore lire le nom mais mon instinct de parisien me dit que c’est un … Burger King ! Une valeur sûr ! Bref, je marche dans sa direction et effectivement après 4h de marche, je peux distinguer le célèbre logo inspiré du non moins célèbre Wooper !

Courage Bebel, d’ici 5 à 6h de marche, tu y seras. Mais quel ne fût pas mon désarrois une fois sur place ! Il était bien tout illuminé mais à l’intérieur … rien ! Les travaux ne sont pas terminés. C’est alors que j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps devant le Burger King en construction et mon Wooper évanescent comme la brume sur le lac de Morimont, au petit matin du 31 Februarius de l’an du seigneur 1115, contemplé par les moines cisterciens venant tout juste de se rejoindre au presbytérium pour la prière en mémoire des renards chassés la veille au bâton de feu par les gueux.

Bref, j’ai finalement échoué au KFC. Une autre enseigne de nourriture industrielle mais nettement plus … comment dire … plus … chargée en lipide. Ou pour le dire plus clairement « ça sent très fort le graillon quand tu franchis la porte« . Hé oui, le concept de KFC c’est « tout est cuit dans l’bain d’huile« . Hé oui, je sais, c’est franchement pas terrible mais c’était la seule gargote ouverte ce soir là dans cette immense zone commerciale d’une banlieue perdue de Toulouse.

J’ai donc mangé mon Tower Original en me disant qu’à chaque bouchée je remplissais mes artères de gras forcément saturé. Une bouchée de Tower, une frite bien grassouille en faisant attention que le surplus de gras coule sur le papier absorbant du plateau et non sur mes Weston mocassin à pampilles noir ni sur mon costard Arnys que ma remis le week-end dernier mon ami Robert B. Et pour couronner le tout, je ne pouvais même pas faire glisser le tout avec un Coca Zéro car chez Kentucky Fried Chicken tu bois du Pepsy et pis c’est tout.

Bref tout en réduisant mon espérance de vie, je pensais à la douillette chambre qui m’attendait pour une nuit pleine de rêves et de jolis songes.

C’est donc rassasié que j’entrepris de faire les 8h de marches en sens inverse pour ramener à l’hôtel mes odeurs de graillon. Arrivé à hauteur dudit établissement, je vois du monde s’agiter sur le pas de la porte.

Je n’ai rien contre les d’jeuns qui louent des grosses BMW ou autres AUDI pour se pavaner dans les rues huppées de Toulouse. Puis qui vont pour la nuit, se terrer dans un hôtel le moins cher possible. Mais bon … ce soir, en revenant vers ma piaule de stagiaire afpa, j’ai croisé 2 d’jeun’s sortants d’une énorme BMW stationnée devant la grille d’entrée du garage. Ils avaient leur capuche tellement enfoncée sur leur tête que demain, je serai incapable de les décrire aux gendarmes. En effet, il ne fait aucun doute que ces derniers viendront me demander si je peux les aider dans une affaire de traffic de stup qui se sera déroulée la nuit où j’essayais de dormir dans cet établissement.

Puis en arrivant à la porte d’entrée, c’est une charmante famille de 7 personnes originaire des pays de l’est qui m’a lâché la porte dans la figure 😉 Je n’ai rien contre les familles originaires des pays de l’est. J’en ai contre les lourdes portes lâchées de manière impromptues dans ma tronche.

Las de cette soirée aux accents exotiques, je me suis laissé choir dans mon lit, non sans avoir tourné et tourné le manche du volet roulant pour le descendre. En effet, je ne souhaitais pas que toute la rue puisse admirer mon boxer « Le Slip Français » en flanelle duveteuse avec petits élastiques … là … et mes abdos façon tablette de chocolat.

Profondément enfoncé sous la légère couette d’été en ce 21 mars 2018 et ses -24 degrés ressentis, je règle l’alarme de mon smartphone sur 6h45 et je le pose sur la table de chevet … BOUM … « boum, quoi boum ? Hé merdeuuuuuu j’ai oublié qu’il n’y avait pas de table de chevet ! »

J’ai donc tenu le téléphone dans ma main toute la nuit. Mais ce n’est pas la raison principale pour laquelle je n’ai pas fermé l’oeil. Non, voyez-vous ma chambre est judicieusement placée en front de route départementale et juste au dessus de la porte automatique d’entrée du parking de l’hôtel.

J’ai donc pu apprécier, tout au long de la nuit, le frais gazouillis des moteurs diesel ralentissant, freinant, débrayant avant le passage du ralentisseur puis faisant la manœuvre inverse après le passage dudit ralentisseur. Et au petit matin, après 12 heures d’expérience, j’ai pu évaluer la qualité du soin que met chaque conducteur à débrayer puis embrayer, freiner puis accélérer au passage des dos d’âne, dans une mélodie des culbuteurs et arbre à came dont on ne soupçonnerait pas la capacité à tenir en éveil tout au long de la nuit.

Bref, après une nuit à ne pas dormir j’ai fini par fermer l’oeil vers 7 heure du matin, non sans avoir balancé mon smartphone dans la porte du mini-frigo qui venait de redémarrer pour la 1452 ieme fois. Tellement épuisé de lutter contre le bruit que mes neurones ont sombré d’eux même. On n’aurait pu me passer Carmina Burana à donf que plus rien ne pouvait me réveiller. Ou peut être si …

Voyez-vous, c’est une odeur qui m’a réveillé. L’odeur de cochon grillé. Si si, je vous assure, les ouvriers moldaves d’a côté, comme chaque matin, faisait leur sanglier à la broche pour leur petit déjeuner. C’est que … ça bosse fort un ouvrier moldave alors il faut le recharger en énergie avant la dure journée de labeur.

Bref, comme je n’avais pas le choix puisque, moi aussi, une nouvelle journée de dure labeur m’attendais, je me suis levé. C’est donc en traînant un peu les pieds que je me suis rendu à la salle du petit déjeuner au rez de chaussé.

De toutes petites tables en formica, des tabourets en plastique et un buffet parcimonieux m’y attendait. Je retrouvais bien là, l’esprit de la cantine pour stagiaires du BTP. 2 tartines de pain, un peu de beurre doux, un grand café, mon plateau était près pour un petit déjeuner façon « package premium« . Je comprends mieux pourquoi mes ouvriers moldaves ont préféré l’auto-organisation et le sanglier à la broche.

Bref, mon collègue me rejoint et contre toute attente la première chose qu’il me dit c’est « Si tu veux on annule la résa pour ce soir et je me charge de trouver plus confortable« . Vous pensez bien que je l’ai remercié de cette idée géniale.

Etape 1 : on regarde tripadvisor

Etape 2 : on trouve un hôtel avec 2 chambres disponibles dans les tarifs des règles de bon usage de l’argent publique machin tout ça. Bingo ! Hôtel Ours Blanc-Wilson quatre étoiles en plein centre de Toulouse, 2 chambres à 88 euros. Nickel chrome et c’est 20 euros moins cher que ce foyer SONACROTA 🙂

Etape 3 : on réserve le 4 étoiles et on passe un petit mail à l’assistante pour qu’elle annule auprès de SBV la nuitée de ce soir.

Etape 4 : on trouve une stratégie pour expliquer pourquoi on a du annuler cette résa et trouver un hôtel par nous même sans passer par SBV. Hé oui parce que là, on va payer nous-mêmes et on se fera rembourser aux frais réels sur justificatif. Heuuuu … on va dire que …. heuuu …. il y a eu une fuite de gaz dans l’hôtel et qu’il a du être évacué par précaution. Et donc on a du se trouver un hôtel par nous mêmes. Ca tient la route non ?

Etape 5 : il reste à dire à la concierge de l’hôtel qu’on ne sera pas là ce soir.

Moi : « bonjour madame, voilà on vous rend la carte de la chambre »

La réceptionniste : « Vous avez passé une bonne nuit ? »

… Grand blanc …

Mon collègue : « Pas vraiment ! D’ailleurs nous somme vraiment désolé mais nous avons fait annuler notre réservation pour ce soir. Ha oui dites, le 52 euros affiché sur votre borne devant … c’est vraiment le prix de la chambre ? »

La réceptionniste : « Bein oui. C’est 52 euros pisque c’est affiché 52 … »

Mon collègue : « Ha ouais parce que … regardez, sur notre voucher c’est … regardez … 108 euros … »

La réceptionniste : « Bein oui mais regardez… vous êtes passés par SBV, une agence de voyage. Moi … votre agence de voyage elle va me payer 52 euros …pour la différence … il faut demander à votre agence de voyage. »

On est donc partis, traînant notre fatigue, nos jambes, nos valises … les deux, celles à roulettes et celles sous les yeux …

Après la journée exténuante tout ça de travail, on est arrivés à l’Ours Blanc Wilson au centre de Toulouse. C’était quand même un peu autre chose et surtout, on a fait économiser 2 fois 20 euros soit 40 euros d’argent public !

Bref, quand tu pars en mission, fais confiance au plus malin que toi. Un jour je vous raconterai comment, dans une situation quasi similaire et avec le même SBV, on a contourné le système est on a passé la nuit à l’Abbaye des Capucins, hôtel 4 étoiles à Montauban. Evidemment avec le même collègue débrouillard et ses compétences affûtées en tripAdvisor.

Et en faisant cette folie, on a fait économiser 2 fois 6 euros d’argent public. Bref, en couchant dans des 4 étoiles, je contribue à la réduction de la dette publique … trop fier …

Un jour, quand je rentrerai au bureau, j’irai revoir monsieur SBV et je lui dirai ce que je pense de son « package premium avec petit déjeuner inclus« . Je crois que je lui dirai un « merci premium avec un grande tarte dans sa gueule incluse »

Ha tiens, et pendant que j’y suis, je propose un petit texte descriptif pour les sites de réservation en ligne qui en auraient besoin :

« Un ravissant petit hôtel familial situé dans la banlieue Est de toulouse. On appréciera particulièrement l’ambiance sonore environnante. Votre nuit sera paisiblement bercée au léger gazouillis des moteurs diesel des voitures, camionnettes et autres poids lourds apportant leur marchandises aux différents chalands de la zone commerciale alentour. On sera attentif au soin que met chaque conducteur à débrayer puis embrayer, freiner puis accélérer au passage des dos d’âne, dans une mélodie des culbuteurs et arbre à came dont on ne soupçonnerait pas la capacité à tenir en éveil tout au long de la nuit.

L’architecture intérieure, finement ciselée et pleine de références aux plus grands artistes néo-contemporains, est du plus effet. Les chambres, d’inspiration néo-sonacotra, rappelleront aux anciens stagiaires de l’afpa, leurs mémorables soirées chichon-picon-bière. Pour les autres, elles vous rappelleront vos années dortoir. Celles où vous posiez le matin vos pieds encore endormis sur le linoléum froid.

Si la sobre table, que d’aucun penserait d’inspiration Starck, est délicatement engoncée entre le pied de lit et l’armoire, c’est pour mieux rappeler à celui qui a connu le milieux carcéral, l’optimisation de l’espace d’une cellule de réflexion.

Et vous ne manquerez pas d’occuper votre soirée à tenter de vous connecter au réseau wifi taquin qui apparaît mais ne transmet rien. Quel souvenir garderez-vous de votre nuit ? Sans aucun doute, celui du démarrage à intervalle régulier du mini-frigo imitant à la perfection le ronronnement d’un réacteur d’airbus made in France fabriqué tout près de notre établissement … haaaa quelle fierté ! »

 

 

 

La formation du Crédit Mutuel

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Comme vous le savez déjà, je suis administrateur de ma caisse de Crédit Mutuel (article). Et à ce titre, j’ai accès à l’offre de formation destinés aux élus du Crédit Mutuel. Donc, samedi dernier j’étais au centre de formation des Gâtines à Verrière-le-buissonTout commence vers 8h35 à mon arrivée sur place. Oui, je sais, la formation commence à 9h30 mais je suis du genre prévoyant. Comme j’ai quelques kilomètres de route à parcourir et qu’en île de France il faut en moyenne 3 jours pour parcourir 500 mètres, j’ai pris une marge conséquente. Bref, je suis arrivé avec une bonne heure d’avance. Mais qu’à cela ne tienne, je sais qu’il y a un café d’accueil.

J’entre dans l’immense hall d’accueil et me dirige vers l’espace prévu a cet effet. La voix de la dame de l’accueil me secoue les tympans.

La dame de l’accueil : « vous prenez tout de suite sur votre gauche et c’est juste là »

Moi : « bein oui… je sais… pisque c’est la 3e fois que je viens. Merci madame, vous êtes bien aimable et sinon le p’tit neveu il va bien ? Et tata Monique sa phlébite, elle en est où ?  »

Bon, je pénètre la dite salle et quelle n’est pas ma surprise de constater que des seniors sont déjà dans la place ! Oui, il faut que l’on soit au clair sur ce point. Etre un élu du CA de sa caisse de Crédit Mutuel, cela veut dire donner de son temps bénévolement. Et aujourd’hui, qui est capable de donner du temps … hum … je vous le demande ? Les Re-Trai-Tés ! Hé oui m’sieur dame : les p’tits vieux qui s’ennuient qu’est-ce qu’ils font ? Hum ? Ils font élus au Crédit Mutuel et pis c’est tout. Alors quand tu vas à une formation du Crédit Mutuel, la moyenne d’âge dans la salle c’est … fiouuuuu … au moins …. 152 piges et demi ! Ou, dit avec une autre référence c’est « cheveux gris et déambulateurs ». Même moi qui ne suis plus tout à fait de la dernière rosée matinale, j’ai l’impression d’être un teenager à l’EHPAD.

Bref, je jette un oeil sur les deux immenses tables qui devraient offrir leurs lots de viennoiseries, boissons et autres collations … plus rien, c’est comme si une tempête avait renversé la mise en place. Un peu comme waterloo morne plaine, après la bataille mais en 10 fois plus puissant. La corbeille en osier est retournée par terre, les bouteilles de jus de fruits sont renversées sur les tables, des cakes ne restent que des miettes, les assiettes sont brisées au sol, des verres sont pêle-mêle sur les tables et fracassés sur le carrelage … on dirait qu’une horde sauvage a tout emporté sur son passage, tel le troupeau de bisons dans les plaines du far west.

Au loin, je vois un groupe d’une petite dizaine de seniors,  s’empiffrant des derniers croissants survivants du massacre. A eux 10 ils ont eu raison du café d’accueil prévu pour la formation qui va se dérouler dans l’amphi. Au bas mot, 250 personnes sont attendues … le senior a faim …

Je franchis précautionneusement les monceaux de porcelaine et de verre. Je m’approche de la machine à café. Visiblement, ils n’ont pas réussi à ouvrir le réceptacle à grains de café car il est fermé à clef …ouf. Je trouve une tasse épargnée, la place dans la machine et appuie sur le bouton « double expresso ». Il me faut au moins cela …

Une porte s’est ouverte. C’est celle qui permet d’accéder à l’espace juste devant l’entrée de l’amphithéâtre.  Un papy éclaireur se précipite à l’intérieur. Il passe une première fois, une seconde, il renifle partout et ressort victorieux.

Le papy éclaireur : « Hé venez vite, il y a la liste d’émargement, les formulaires de remboursement de frais de déplacement et les supports de la formation. Venez vite avant que tout le monde n’arrive je vous dis … »

La horde des seniors s’ébranle. Les déambulateurs sont mis à contribution, les mamies les plus agiles s’appuient sur leur canne et dépassent les papys coureurs sans grande difficulté. Mais 3 mamies arrivées en même temps à la porte semblent avoir toutes les peines du monde à passer … la dite porte. C’est que 3 mamies de front, ça fait large et … ça passe pas dans une porte de 90. Et surtout … pas une ne veut lâcher sa place. Les papys arrivent. les 1er déambulateurs sont presque à la porte lorsque la mamie du milieu écarte vigoureusement les 2 bras pour chasser ses adversaires. Les 2 mamies vont choir prestement et leurs fondements respectifs découvrent la dureté du carrelage.

La mamie victorieuse est déjà à la table. Les feuilles de frais de déplacement volent comme si on avait allumé un ventilateur, que dis-je une tornade. Elle s’empare des cartons de support de formation et ressort en hurlant

La mamie victorieuse : « je les ai, je les ai … viens Robert, j’en ai pour toi aussi ! »

Spectateur malgré moi de cette scène surprenante s’offrant à mes yeux esbaudis, je sirote mon café et me demande tout de même si je retrouverai ma feuille de frais de déplacement … et dans quel état.

9h10, je me décide à entrer dans l’espace devant l’amphi pour tenter de récupérer un support de formation. J’évite de justesse les bras gesticulants de deux mamies qui se disputent un carton. Celui-là même qui, quelques minutes auparavant, contenait les supports de la dite formation

Mamie numéro 1 : « voulez-vous lâcher ce carton, je l’ai vu en premier ! »

Mamie numéro 2 : « c’est même pas vrai, c’est moi qui l’ai pris en premier. Pis d’abord, vous ne savez même pas ce que vous allez en faire … ha ! Alors … vous voyez bien que j’ai raison ! »

Mamie numéro 1 : « Espèce de vieille baderne, bien sur que je sais ce que je vais en faire. Je vais … je vais … enfin, voilà c’est bien de cela dont je parle. Alors voulez-vous lâcher MON carton ? »

Mamie numéro numéro 2 : « Hoooo la gourgandine que voilà ! Mais quelle flagornerie vient d’ouïr mes oreilles chastes ? Alors que moi, je vais utiliser ce carton pour cacher les pots de mes géraniums ! Ha alors ! Voulez-bien maintenant lâcher MON Carton ? »

Laissant les mamies catcheuses à leur combat du siècle, je trouve sur la table quelques supports, rescapés de l’affrontement des « serials papys« . J’en prends un et me dirige vers l’amphithéâtre. Je m’installe à mi chemin entre le bas et le haut de la pièce et plutôt sur la partie gauche… de mon point de vue. C’est une habitude chez moi. Un amphi, c’est comme l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, il faut respecter la représentativité et le symbole de l’emplacement. Et en plus, ça me donne un bon champ de vision pour faire des photos.

Bon bref … la formation peut commencer, je suis prêt.

Confortablement assis sur mon velours rouge Louboutin, je m’enfonce dans le moelleux du siège comme le spéculoos dans la mousse de mon expresso. Avant de m’endormir, je me ressaisis, me redresse et déplie la tablette pour y déposer mon support de formation. Quelle n’est pas ma surprise de découvrir que la tablette refuse le support. Si si, je vous assure, la tablette entre en résistance et éjecte systématiquement mon support de formation. La preuve en vidéo :

Bref, j’ai fini par sortir l’agrafeuse pneumatique 12 bar Kicloutou et … PIF, PAF, POUF … 25 points d’ancrage plus tard, mon support de formation était solidement fixé sur ma tablette. Non mais … c’est pas une tablette d’amphithéâtre qui va me tenir tête tout de même ! Je crois que c’est quand j’ai mis en route le compresseur que toute l’assemblée m’a regardé d’un drôle d’oeil.

La formation se déroule sans trop d’incident et on s’achemine tranquilou vers la conclusion suivi de l’instant de convivialité. Traduisez « les stands petits fours, mini pizza, mini quiche lorraine, mini sandwich, mini brunch, lunch, punch, frunch, glunch … et les boissons concomitantes ». Oui j’aime bien prononcer le mot « concomitante » même s’il n’est pas approprié. Notez que je préfère « concomitamment » mais là c’était vraiment trop « pas approprié ».

Bref, dans la torpeur d’une fin de formation enlisée dans une animation neurasthénique, le speaker passe la parole à la salle pour 15 minutes de questions réponses. C’est à ce moment précis que j’ai rouvert un oeil. En fait, papy référent formation s’était mis en tête de jouer le rôle de l’organisateur des tours de parole et distributeur du micro. Un jour il faudra que je vous parle du micro, objet symbolique du pouvoir au sens psychanalytique du terme.

Bref, le voilà qui se précipite vers la scène. Comme on peut se précipiter à 184 ans avec un déambulateur en inox chromé et pattes en caoutchouc antidérapant. Après avoir récupéré le dit micro sur le bureau du speaker et, le brandissant fièrement dans une main tandis qu’il retournait son déambulateur de l’autre, il projetait visiblement de retourner vers les gradins. Mais le sort en décida autrement. La patte avant gauche de son déambulateur se pris dans la boucle du lacet de ses charentaises du docteur Jeva. Et papy se gaufra lourdement, laissant choir prestement le micro qui hurla son désespoir dans les hauts-parleurs de l’amphithéâtre.  Ce qui ne manqua pas de réveiller l’auditoire.

Le formateur se précipita pour relever le déambulateur, le micro et papy qui visiblement avait l’habitude de ce genre d’incident car il souriait à plein dentier. Bien décidé à ne pas laisser filer son rôle de maître des horloges, il était déjà en route pour la seconde rangée où un papy excité agitait frénétiquement sa main pour demander la parole.

Micro en main, et fier de pouvoir poser sa question, le voilà qui déroule sa démonstration du « bon vieux temps« , « c’était mieux de mon temps« , « vous les jeunes vous pouvez pas savoir« , « j’ai fait l’Indochine » et « j’ai parlé au général de Gaulle« . Bref, 47 heures et demi plus tard, il embraye sur la mise en place de la C.S.C, la Contribution Solidaire Chômage qui va impacter les retraités et qu’il serait important que le Crédit Mutuel se saisisse de cette question car c’est pas normal que les retraités soient toujours mis à contribution quand il faut que l’on mette à contribution parce que toujours pareil que ça tombe toujours sur les mêmes et que ça devrait pas parce que c’est comme ça … Je ne sais pas vous mais moi, je ne supporte pas les gens qui prennent la parole pour poser une question. En effet, ils commencent toujours leur propos par « je vais être bref » ou encore « ma question est simple« . Et là, tu sais que ça va durer 3 plombes. Parce qu’en fait, ils ne veulent pas poser de question, ils veulent parler dans le micro. Alors ils ne posent pas une question genre « tu préfères la pizza ou le camembert ?« . Non ! Ils parlent et développent une thèse de 346 pages, généralement incompréhensible avec au final soit 3500 questions dont personne n’en retient ne serait-ce qu’une seule ou alors même parfois … zéro question !

Bref, papy est très fier de lui. Très fier d’avoir posé LA question qui va sauver le monde de l’univers de la galaxie : « alors ? hein … et la C.S.C ! hein ? Tu fais quoi mon gars ? Ha ha … tu l’attendais pas celle-là ? »

S’en suit un blanc … de blanc demi-sec genre Chablis. Le formateur ne sait visiblement pas quoi répondre pour au moins 2 bonnes raisons :

  1. il ne voit pas le rapport avec la choucroute : en clair le Crédit Mutuel est une banque mutualiste certes, mais cela ne lui donne pas pour autant la capacité d’intervenir sur une mesure gouvernementale …
  2. il n’a jamais entendu parler de cette C.S.C. Il ne voit absolument pas de quoi il s’agit.

Ceci posé, je suis moi-même médusé car c’est la première fois que j’entends parler de cette contribution machin tout ça chômage. Comme je n’ai pas forcément envie de consacrer du temps d’audience à d’autres discours de papy qui font de la résistance, je sors mon smartphone, active les data et tagazou tsouin tsouin je tape « contribution solidaire chomage » dans le 1er moteur de recherche qui me tombe sous la main. Résultat … tous les résultats me renvoient sur le site Hoaxbuster.com. En clair, c’est une « fake news ».

Papy a donc mobilisé le micro et accessoirement notre temps pour nous raconter sa vie pendant 3 jours. Tout cela pour conclure sur la diffusion d’une fausse information. Ca sent la performance tout ça …

Bref, la formation se termine et le formateur lâche les mots tant attendus « vous pouvez maintenant rejoindre le buffet qui nous attend !« . Au point d’exclamation, les déambulateurs, cannes et autres sièges roulants électriques se sont comme métamorphosés. Accessoires plutôt connus pour leur rôle d’assistance aux déplacements erratiques, les voici devenus propulseurs de fusée soyouz. Tous les papys et les mamies se précipitent vers la sortie. Non ! vers le buffet !

Plus aucune règle de bienséance ne tient. Ce sera au 1er arrivé.

« Mais non diou de nom de diou. Virez moi le passage espèce de vieille baderne« . Je reconnais la voix de mamie numéro 1. Je reconnais aussi son injure visiblement favorite.

« Tiens, prends ça ! » dit un papy belliqueux en balançant un grand coup de canne dans les gonades de son collègue.

« J’ai fait Verdun moi, mon brave ! Alors laissez moi passer. J’ai le privilège de la grande guerre !« . « Que néni, vieux zouave décati. J’étais à Diên Biên Phu aux côté du chef de bataillon Bigeard, moi mossieur ! Alors les p’tits fours sont pour moi« . Quand un 3e papy s’écrie, tout en accélérant pour tenter de passer le 1er dans l’encadrure de la porte « pas de règle qui vaille. A la guerre comme à la guerre. Un p’tit four est un p’tit four. Moi j’ai fait la retraite de Russie et si on n’avait pas mangé du castor on s’raient tous morts ! »

Finalement, c’est l’encadrure de la porte qui a cédé. Et la horde de senior a progressé vers les tables dressées comme le tsunami sur Fukushima.

Impossible pour moi de quitter ma place. Les déambulateurs propulseurs me passent à côté, tout berzingue. PAF, je me prends un coup de canne dans le bide par une mamie qui a eu peur que je sorte de ma rangée devant elle. Je chois entre deux sièges et peine à me relever tant la canne m’a coupé le souffle. Quand je réussi enfin à me remettre sur mes pieds, non sans choir une seconde fois sur mon séant, l’amphithéâtre est vide. J’entends au loin le doux murmure des agapes.

Remontant, tant bien que mal, les escaliers démolis de l’amphi, enjambant les restes des cloisons défoncées par la foule en délire des papys affamés, je vois au loin les convives se restaurer :

Disons plutôt que je discerne vaguement, au milieu d’un nuage de poussière, la meute s’écharpant pour les restes d’un plateau de mini blinis à la purée d’anchois Bruxélois.

Je tente une approche. Je me fraie un passage au milieu de la vaisselle brisée au sol, évitant les objets en tout genre qui volent. Et PAF, le déambulateur de mamie numéro 1 vient se fracasser contre l’escalier hélicoïdal situé au milieu de la grande salle de réception et tombe juste à mes pieds. Jugeant la scène trop dangereuse pour moi et surtout parce qu’il ne reste plus rien de comestible, je décide de rejoindre un petit groupe qui se tient à l’écart.

4 sièges installés en étoile autour d’une petite table carré ont survécus au tsunami. Un petit papy aussi large que haut mais surtout engoncé entre les 2 bras du siège, ripaille paisiblement, insensible au bruit et à la fureur qui l’environnent. Une mamie est assise sur le siège à sa gauche. Je m’approche en louchant ostensiblement les mini-hamburgers posés sur la table.

Le papy paisible : « t’asseoir avec nous tu peux ! Libre ce siège attend ton auguste fondement »

Moi : « je …. je … vous êtes … »

Le papy paisible : « Humpf … personne avec la bataille des p’tits fours ne devient grand. Par toi-même, les mini sandwich saumon fromage et les mini-hamburgers tu dois apprendre à maîtriser ! Vas-y, fais montrer … le mini-hamburger engloutir du dois ! »

Je me concentre du mieux que je peux mais le mini-hamburger ne veut pas bouger. Je ferme les yeux et pousse mon esprit vers l’assiette pourtant à quelques centimètres mais rien … je sens mon visage devenir rouge Louboutin – oui je ne connais que ce rouge – je suis à deux doigts d’exploser quand la petite voix atteint mon oreille droite

Papy paisible : « bécile … prends le avec tes mains, c’est quand même pas compliqué ! »

Moi : « désolé, je croyais … enfin je veux dire … vous voyez bien »

Et c’est là que la mamie assise sur l’autre siège, une sorte de princesse Leia de 1200 ans s’est exprimée.

La mamie du siège : « je leur ai demandé d’apporter un plateau ici ! Non mais, vous vous rendez compte ! Il ne peut plus marcher et il était là, sans rien à manger. Non mais … d’mon temps on aurait pas laissé un vieillard sans rien à manger. Tout fout l’camps j’vous dis. Et c’est pour ça que plus personne ne veut venir en formation ici. Avant, on avait du Dalloyau et maintenant, tenez pfffff si ça se trouve c’est du Picard ! »

Moi : « bein si ! dans mon agence tout le monde est super content de venir ici. D’ailleurs tous les élus mais aussi tous les salariés de notre caisse trouvent ce centre de formation absolument fabuleux. C’est un vrai plaisir que de venir ici. »

La mamie du siège : « Ha bein, je ne vous le fait pas dire. Plus personne ne veut plus venir. Pis c’est trop loin, beaucoup trop loin. Non mais … vous vous rendez-compte ? hein ? venir jusqu’ici … en province … pour se perdre au milieu de la forêt ? Plus personne ne veut venir je vous dis. Alors qu’avant, hein … on allait en plein centre de Paris. 2 stations de métro est on y était. Là … franchement … mais … mais … c’est 3 jours de transport. Alors plus personne ne vient ! »

Moi : « bah … si. Nous à la caisse, on s’organise. On fait co-voiturage. Et c’est facile de venir jusqu’ici. En plus le samedi matin, la circulation est très fluide. »

La mamie du siège : « Ha bein, je ne vous le fait pas dire. Hein que vous êtes d’accord avec moi … le buffet n’est plus ce qu’il était, hein ? T’nez ce matin … bon bein … heureusement qu’on est arrivés assez tôt. Si non … on aurait rien eu. Franchement, des pains au chocolat tout p’tits tout ridicules comme ça … bon, bein … excusez-moi mon brave mosieur mais au bout du 12e vous avez encore faim. Et pourtant je ne mange vraiment pas beaucoup, j’ai un appétit de moineau »

Moi : « Vous savez, on vient ici avant tout pour la formation. Le buffet, les viennoiseries, le café, les jus de fruits, le cake maison, c’est le petit plus qui fait qu’on se sent bien accueilli. C’est la cerise sur la gâteau comme on dit. »

La mamie du siège : « Ha bein, je ne vous le fait pas dire … voilà Robert, depuis le temps que j’te dis que vous les référents formation vous êtes à côté de la plaque, hein ? Le monsieur le confirme … il est d’accord avec moi : vous êtes des vieux ronchons et vous ne faites rien pour que la formation s’améliore et pis c’est tout … »

Alors le papy paisible … jusque là, tourna la tête vers la mamie grincheuse. Il la fixa d’un regard glaçant. Puis il leva sa main droite tout en fermant progressivement les yeux. La mamie grincheuse qui continuait de psalmodier ses réprimandes en s’écoutant parler se tût net. Son visage devint rouge … Louboutin – oui je ne connais que ce rouge. Son siège se leva du sol et pivota lentement sur lui-même. Quand il fut face à la baie vitrée, il se propulsa à la vitesse de l’éclair, traversa la dite baie et disparu dans le ciel de Verrière-le-Buisson !

Stupéfié par cet événement inattendu, je me retournais vers le papy paisible. Il avait un mini hamburger dans la main … « Me casser les gonades plus jamais elle devait. Prévenue elle était » et il enfourna son mini hamburger dans son dentier inoxydable …

Le cabinet fantôme

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Dans un précédent billet, je narrais ma consultation chez un médecin généraliste [Le petit trou de la sécu] . Hé bien figurez-vous que mon otite externe a résisté aux corticoïdes et aux antibiotiques. Bref, 15 jours de traitement plus tard, ma tête bourdonne de plus belle …

Racontant ma mésaventure à quelques collègues de travail, j’eu droit à 2 bonnes informations :

La première : le lien vers la chronique de Michel Cymes qui explique comment on peut mourir d’une otite …  merci Joëlle, ça rassure -> http://www.rtl.fr/actu/bien-etre/michel-cymes-avertit-on-peut-mourir-des-complications-d-une-otite-7792618132

La seconde : « fais doctolib point et faire et tu prends rendez-vous avec un ORL ! »

Moi : « Ha bon ? mais c’est quoi ça doctolib.fr ?  »

Le collègue : « c’est une plateforme de prise de rendez-vous avec des professionnels de santé. Tu cherches un ORL disponible rapidement et PIF, PAF, POUF en 2 clics tu as ton rendez-vous ! »

Ni une, ni deux, ni trois d’ailleurs, je tape doctolib.fr et me voilà sur la fameuse plateforme. Je clique sur « ORL » puis ma ville et … PIF, PAF, POUF … le 1er RDV dispo est dans 3 semaines ! Ha oui quand même … bon, j’élargis la recherche … PIF, PAF, POUF … wouhaaa  un ORL est disponible demain matin ! Non, j’y crois pas …

Tiens, en plus, il y a des disponibilités de rendez-vous sur toute sa journée. De deux choses l’une : ou bien j’ai une chance incroyable, ou bien il y a un loup …

Bref, pas le temps de tergiverser, je prends la place … PIF, PAF, POUF … mon mail, mon tél, ma date de naissance et … clic, le rendez-vous est pour moi. Ha ha … otite récalcitrante tu vas voir comment l’ORL va te mater … au sabre lazer s’il le faut … éparpillée façon puzzle aux quatre coins de Paris

Un p’tit mail pour dire à mon directeur que je ne pourrai participer au codir du lendemain et 5 clics plus tard, tout est organisé.

Mercredi matin, je prends le bus direction Noisy le Grand, célèbre station balnéaire s’il en est. Noisy le Grand, ses bassins, ses mouettes rieuses, son centre commercial, son Palacio d’abraxas et … ses trous du luc en motocross qui font de la roue arrière sur le boulevard du mont d’Est …

Le boulevard du mont d’Est justement, après être descendu du bus à l’arrêt « cimetière de Noisy le Grand » … tiens ça me rappelle la remarque de Joëlle sur la chronique de Michel Cymes … c’est drôle les associations d’idées tout de même

Bref, je remonte le boulevard du Mont d’Est jusqu’au numéro 60, le clos des cascades. Bon les cascades, les cascades, on est loin des chutes du Niagara … hum … à mon avis, c’est plutôt les cascades à motocross pétaradantes et sans casque, cf plus haut.

Et voilà, j’y suis ! Tiens, c’est étrange … je ne vois pas de plaque indiquant un cabinet d’ORL … pas d’indication, pas de sonnette spéciale pour s’annoncer. Bon, je recherche le nom sur l’interphone … comment qu’y s’appelle d’jà pu … ha oui M biiip …, docteur M biiip … … L … M … Meu … Miss … Mous … tiens étrange, je ne trouve pas son nom dans l’annuaire de l’interphone.

Ha … une personne sort de l’immeuble, j’en profite pour entrer. Je me présente à la loge du gardien. Il ouvre l’hygiaphone.

Moi : « bien le bonjour mon brave … je viens consulter l’apothicaire M biiip  … » dis-je … benoîtement. Oui, j’aime bien dire « benoîtement » 🙂

Le gardien me regarde avec des yeux gros comme des soucoupes. Il ne pipe pas mot et sort de sa loge. Je lui emboîte le pas.

Lui : « Là, c’est la porte … au fond du couloir. »

Bon … je me dirige vers ladite porte. Pas de plaque, pas d’indication, pas le classique « Entrez sans frapper et installez-vous dans la salle d’attente« , rien. Je sonne … « drelin-drelin » … rien … pas de réponse. J’attends … mais j’attends combien, hein ? Combien de temps doit-on attendre entre 2 sollicitations d’une sonnette … hum ? C’est comme l’oeuf à la coque quand on ne connait pas le temps de cuisson … ou comme le fût du canon. Bref, j’attends « un certain temps » et je re-sonne … « drelin-drelin » … rien … pas de réponse.

Ma prémonition de la veille commence a prendre de l’ampleur : il y a un truc qui ne colle pas. Bref, je m’appuie contre le mur et consulte machinalement mon tél.

Drelin-drelin … non, ce n’est pas la sonnette qui s’agite seule mais mon tél qui m’annonce un appel entrant. C’est le numéro du carabin que ma donné Doctolib.fr. Je réponds

Moi : « Allo, oui, je vous écoute… »

Lui : « c’est le docteur M biiip …. Je quitte Paris. C’est encombré, je vais avoir un peu de retard »

Moi : « bon, très bien, je patiente »

Tchouk … ça c’est le bruit de la lumière qui vient de s’éteindre. Il fait tout noir dans ce couloir. Du coup, je retourne dans le hall parce qu’au moins, là-bas … j’aurai de la lumière.

Bref, pressentant que l’attente sera longue, je sors le livre que j’avais prévu de lire dans la salle d’attente et, appuyé contre le mur, je me plonge dans … « guerre et paix », 1225 pages en cyrillique non traduites …

Ca faisait à peine … oh quoi … 24 jours et demi que je lisais … qu’une femme s’approche de moi. Habillée du même jogging gris clair que le gardien, je déduis que c’est … la gardienne, ou du moins la compagne du gardien.

Elle : « bonjour … vous attendez quelqu’un ? »

Moi : « Hum moui … j’attends le sieur guérisseur M biiip … »

Elle : « Ha oui ? Mais … il n’exerce plus ici depuis … 2010 ! »

Moi : « Ha bon ! Mais … il vient de m’appeler au téléphone. Il arrive … »

Elle : « c’est z’impossible ! Il n’a plus de cabinet ici. C’est un appartement qu’il loue. D’ailleurs c’était des jeunes qui ont fait des histoires pas possibles au début de l’année. C’est pas un cabinet … c’est un appartement. D’ailleurs, regardez… là … vous voyez sur le mur ? la trace un peu bleu ? C’était sa plaque. Ils l’ont retirée en 2010 parce que heuu …. il a fait plein de bêtises. Il a même eu des problèmes avec les z’inspecteurs de la sécu … »

Entre temps, son jogging gris de mari l’a rejoint

Le gardien : « Mais heuuu … tu vas t’taire ! Le monsieur il a rendez-vous et pis c’est tout ! Nous on a rien à voir la n’dans ! S’il a dit qu’il arrivait c’est qu’il arrive et pis c’est tout ! »

Le jogging gris s’éloigne

Elle : « Vous le connaissez bien ? »

Moi : « Pas du tout. J’ai pris rendez-vous sur internet … sur doctolib.fr … »

Elle : « Ha … doctolib ? Je vais regarder ça … mais moi… j’serais d’vous … je prendrais mes jambes à mon cou et j’irais chez un autre. Enfin … moi j’dis ça … j’dis rien. Pis surtout dites pas q’c’est nous qu’on vous l’a dit … hein ? »

Une prémonition la veille, l’absence de plaque professionnelle, aucune signalétique dans le hall de l’immeuble, pas d’indication sur la porte de l’apparbinet – oui, c’est la contraction de « appartement » et « cabinet » car je ne sais pas finalement ce qui se cache derrière cette obscure porte – le témoignage plus qu’édifiant de la femme en jogging gris, la trace bleutée d’une plaque retirée, l’angoisse du mari en jogging gris à l’idée d’empêcher un usurpateur potentiel de commettre ses méfaits … il n’en fallait pas plus pour que le doute s’empare de moi …

Accompagné de mon doutage solidement ancré dans mon cerveau et dans les poches de mon trench-coat … oui j’aime bien prononcer le mot « Trench Coat » … j’ai pris mes jambes à mon cou et j’ai fuis vers la station RER la plus proche.

Assis dans une voiture déserte du RER A … c’est un oxymore … la voiture déserte du RER A … je vous laisse chercher. Bref, assis disais-je dans le RER A, filant à 120 milles à l’heure vers la capitale … Fluctuat nec mergitur … oui car ce jour là il pleuvait à verse et mon RER était battu par les flots mais il ne sombrait pas … mon tél re-sonna … un sms du rebouteux :

Je n’ai pas répondu … quant à son invitation à venir même tard le soir, j’ai préféré ne pas imaginer le sorcier chaman lubrique, dans son plus simple appareil, venant ouvrir la porte de son cabinet emmitouflé d’un nuage de fumée aux relents de THC prononcé …

Bref, je ne saurai jamais ce qu’il y a derrière la porte à part … le son du « drelin-drelin » de la sonnette … y-a-t-il un appartement ou bien … un cabinet fantôme ?

Evidemment, j’ai tenté de prévenir le site Doctolib.fr. J’ai écrit au site en demandant ce que je devais faire pour éviter que d’autres personnes ne vivent la même mauvaise expérience que moi. Et voici la réponse que j’ai reçue :

Bon en clair, ça veut dire « demerden sie sich ! C’est pas notre problème. Nous, doctolib.fr, on met en relation des clients avec des fournisseurs et on se fiche royalement de la qualité des fournisseurs« . Et en plus, le site doctolib.fr a vraiment bien compris mon besoin puisqu’il m’explique qu’il a demandé … au guérisseur chaman lubrique de reprendre contact avec moi rapidement. Alors heuuuu comment dire … « dites doctolib.fr … je veux pas le revoir ce fou furieux. Moi j’ai plutôt envie que vous trouviez le moyen de faire en sorte qu’il n’ai plus mes données à caractère personnel  ce professionnel de santé en délicatesse avec son ordre professionnel … hum ? »

Alors, j’ai tout de suite retrouvé un RDV chez un ORL le lendemain. Et celui-ci était de grande qualité. Mais reconnaissez qu’il y a de tout sur ce site : du très bon comme du très mauvais.

Et pour ne pas laisser mes fans dans d’horribles interrogations sur mon état de santé, je vous rassure, j’ai consulté un vrai ORL le lendemain et il m’a prescrit le pulvérisateur nasal qui va bien pour pulvériser mon otite …Quant au guérisseur chaman lubrique, je n’ai plus aucune de ses nouvelles … allez savoir pourquoi …

Le petit trou de la sécu illustré

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Bon, alors entre nous on dit « le trou de la sécu ». Mais les experts du sujets parlent plutôt en termes de « le déficit de la Sécurité sociale ». Hé oui parce que l’on ne parle pas d’une broutille. On parle de 5,2 milliards en 2017 … hé oui, quand même !

Bon alors, je ne sais vous mais moi 5,2 milliards … ça ne me dit rien du tout. Et même si je multiplie par 6.55957 pour le convertir en vieux francs, je ne vois pas mieux. Ou alors, si je gagnais 5,2 milliards au loto le week-end prochain, peut-être que je me rendrais mieux compte. Mais comme je ne suis pas certain de gagner à la loterie, on va essayer de faire autrement : on va imager le concept.

Par exemple, une boîte de soda goût caramel, de taille classique (33cl) sans sucre ajouté mesure 10,7 cm, soit 107 mm de hauteur.

Donc, si je la place à l’horizontale, et que j’en mets 5,2 milliards bout à bout… je peux faire … 556 400 kilomètres soit 13,88 fois le tour de la terre ! Bon, ceci posé, je ne vous cache pas l’inutilité de faire 13,88 fois le tour de la terre avec des canettes de Coca. D’autant plus que je ne suis pas certain que Vladimir Poutine accepte aussi facilement que l’on recouvre plus de 13 fois sa place rouge avec des canettes. Quant à Donald Trump, s’il réussi à construire son mur avant que j’arrive avec mes canettes, je suis bon pour refaire mes calculs car passer au dessus du mur, ça va raccourcir la distance.

Bon, faisons une autre tentative : le pot de nuttella

L’avantage du pot de Nutella, c’est qu’on est pas obligé de le coucher. On peut le laisser debout. Donc, mon pot de Nutella fait 13,5 cm de large, soit 135 mm. Même calcul … PIF, PAF, POUF, je peux faire … 16,22 fois le tour de la terre avec 5,2 milliards de pots de Nutella. Je vais passer 3 fois de plus chez Vladimir Poutine. Mieux, je peux faire un pont de pot de Nutella  entre la terre et la lune et même revenir sur 70% de la distance. Ha ! Quand même, hein ! Bon, je pense qu’en prenant un de 2 kg on doit pouvoir faire l’aller et retour terre-lune complet. Je vous laisse calculer vous même.

Bon, ça va maintenant pour vous représenter le trou de la sécu ? Si non, on peut aussi essayer d’imager avec une dimension moins palpable. Tiens par exemple, sachant que la chanson « ô Tannenbaum » a une durée de 103 secondes. Hé bien en équivalent « trou de la sécu » je peux écouter cette chanson 50 million 485 mille 436 virgule 89 fois, soit pendant … 164 années ! C’est à dire que je peux mettre un casque sur la tête du nouveau né pile au moment où il sort et pousse son 1er cri et lui faire entendre la fameuse chanson, en continu même la nuit, jusqu’à sa mort … et il me reste même du rabiot. Maintenant, je ne sais pas si ça développera ses compétences linguistiques en allemand, vu qu’il aura toujours sa chanson dans les oreilles et qu’il aura du mal à écouter ses profs à l’école.

Donc 5,2 milliards, ça fait tout ça.

Bref, revenons à nos moutons, ou plutôt à nos chats. Oui car tout commence par une histoire de chat dans la gorge. Je ne sais pas qui a inventé cette expression parce que franchement, je ne me vois pas avec Cannelle dans la gorge. Pour celles et ceux qui n’aurait pas suivi les épisodes précédents, Cannelle, c’est la chatte à la voisine.

Bon, donc vous avez compris, que je me retrouve avec un chat dans la gorge un dimanche de février quand il y a plein d’épidémies de virus tout méchants tout ça. Donc, je me dis en moi même : « humm chat dans la gorge le dimanche, gros rhum fiévreux le lundi suivant« . Paf, ni une ni deux, lundi matin je me lève « la tête dans la brume ». Mais bizarrement sans fièvre. Je résume donc mon état :

  • impossible de prononcer une phrase sans mettre des « b » partout, genre « Bonjour Batrick … oui, oui je be rebercie, bout va bien, je buis en bleine forbe« . Oui, les « s » et les « m » aussi ne passent pas bien
  • utilisation d’environ 120 mouchoirs à l’heure, soit un toutes les 30 secondes. Je suis impressionné par la quantité de truc vert que je peux sortir de mon nez 😉
  • confection régulière du cocktail revivifiant : Lysopaïne, Efferalgan, Actifed jour/nuit
  • et surtout, le chat s’est transformé en Amphicoelias fragillimus … Ne cherchez pas c’est le plus grand des dinosaures. C’est Jeff Goldblum qui le dit dans Jurassic Park 1.

Mais … pas de fièvre

Mardi : la situation est stable. Je tousse toujours autant. Je consomme toujours autant de mouchoirs en papier lotus triple épaisseurs en boîte carton bleu.

Mercredi : la situation « sent pire » comme disait Coluche. En fait, c’est au niveau de mon oreille gauche. Elle ne me restitue plus les sons normalement. Et surtout elle m’envoie un bourdonnement endémique dans la tête. Et quand je me mets à prononcer mes phrases, les « b » me reviennent en boomerang direct dans la tête … je m’entends parler …

Jeudi : la situation est stable. J’en suis à la 96ieme boîte de mouchoirs lotus triple épaisseur tout ça. Oui, c’est comme les pots de Nutella, je vous laisse faire le calcul : 1 mouchoir toutes les 30 secondes, 3 jours, 90 mouchoirs par boîtes …

Vendredi : la situation est stable. Mon oreille est toujours bouchée. J’ai toujours la sensation de me parler à moi-même. Je me demande si mes interlocuteurs reçoivent mes messages vocaux.

Samedi : la situation s’améliore. Je passe à un mouchoir à la minute. Mon oreille est toujours dans le même état. Ca commence vraiment à me taper sur le système. De la secousse, je mets mon casque Beats Studio sur l’oreille fautive et je lui balance du David Guetta à fond les ballons, na ! Elle l’a bien cherché. Sauf que … rien ! J’ai cru que mon casque était tombé en panne mais non. Branché sur l’ordi je lance un diagnostic du bazar. Résultat « Votre Beats Studio est en parfait état de marche et doté de la dernière version du logiciel. Aucune mise à jour n’est nécessaire« . L’inquiétude me gagne … « Et si je ne retrouvais jamais l’ouïe »

Dimanche : la situation s’améliore sur le front de la gorge. Le dinosaure a laissé place à un gros tigre du bengale neurasthénique. Oui, c’est parce que la gorge est bien prise mais je n’ai plus mal quand je tousse. L’oreille elle, fait toujours de la résistance. Je décide donc de prendre le taureau par les cornes (y’a beaucoup d’animaux dans mon histoire je trouve) : je verse de l’eau chaude dans mon oreille. Résultat : rien, ça ne sert à rien. Je passe à 3 sur l’échelle de flippage qui en compte 128 … je devrais peut être consulter un toubib …

Lundi : la situation s’améliore mais toujours pas du côté de l’oreille gauche. Du coup, je jette un oeil sur internet pour identifier un médecin dans mon patelin. Je ne sais pas vous, mais moi … je ne sais pas choisir un médecin à partir de ses coordonnées sur le site officiel de ma ville. Et il y en a au moins 30 ! Alors j’ai tiré au pif. Et comme je suis du genre super méga courageux, je me suis dit « Bon, bein … si demain c’est pas mieux … je vais la voir »

Mardi : bein … c’est pas mieux …

Je décide donc de prendre rendez-vous. J’appelle … message du répondeur « Je consulte le lundi, mardi, jeudi et vendredi de 11h00 à 12h00 et de 14h00 à 16h00 sans rendez-vous. Et de 16h00 à 18h sur rendez-vous. Cette ligne de prend pas de message. pfchlaggg« . Heuuuu comment dire … si je veux prendre rendez-vous par exemple en fin d’après-midi après 16h00, je fais comment puisque c’est un répondeur qui ne prend pas de message ?

Bon ok, je vais y aller entre 14h00 et 16h00 cet après-midi.

En fait j’arrive à 14h18. Je sonne …. rien … je re sonne … re rien … une personne arrive dans le vestibule de l’immeuble et me voit en train de chercher. Elle ouvre la porte et me lance « Entrez, de toute façon elle répond jamais …« . J’entre, mais je ne suis pas encore dans l’immeuble. Je suis coincé dans le vestibule. Je me dirige vers l’interphone. Je sonne sur « cabinet médical » … pas de réponse. Je re sonne sur « cabinet médical » … re pas de réponse … Une personne qui sort ouvre la porte. J’en profite pour entrer. Arrivé au cabinet médical, il est écrit sur la porte « Entrez sans sonner » … mouais, de toute façon j’allais pas sonner vu que ça sert à rien. Un couloir, 2 d’jeun’s qui discutent à voix basse, je passe entre eux-deux et me dirige vers la salle d’attente. 8 sièges, 2 de libres, je m’assieds et je commence mon attente.

Comme je suis du genre « investigateur » sur le test RIASEC de Holland – pas l’ancien président hein … le psychologue américain des années 60 – je fais une analyse de la situation : « bon, elle … elle est seule. Elle aussi. Eux, ils sont en couple ça ne compte que pour un. Elle c’est un, lui c’est un aussi. Donc ça fait 5 ! Ha non zut, saperlipopette … j’oublie les 2 d’jeun’s dans le couloir. Mais alors eux … c’est un ou c’est deux ? … Bon, à la louche 15 minutes en moyenne par personne … je pose 3 et je retiens 2 … si je maximise en comptant 2 pour les d’jeun’s ça me fait 1h45 … je passe dans 1h et 45 minutes soit … 16h15 au mieux. » J’ai bien fait d’apporter de la lecture parce que les vieux Figaro Madame de 1952, tout déchirés et gribouillés par la ribambelle de marmots qui est passée par là, ça ne me dit rien …

Hé bein … ça va être long. Plus long que l’attente aux caisses du supermarché. Je ne pensais pas que c’était possible.

16h20, c’est à mon tour. En fait, pour les 2 d’jeun’s je m’étais trompé. Il y a en a un qui est parti vers 15h30. Mais comme la durée moyenne était supérieure à 15 minutes, je pose 2 et je retiens 3 … 16h20 …

Bref, j’ai attendu 2000 heures dans la salle d’attente … c’est long

Je suis passé après un p’tit vieux, un actif superactif sur son téléphone, un couple de vieux paumés au faciès d’alcoolos, une jeune avec son casque de scoot et un d’jeun’s plein de tatouyage, de bagues aux doigts et de grosse montre façon sorti de prison y’a pas longtemps … et après moi, une femme enceinte avec son gosse voilée … elle, pas son gosse, patientent encore

Elle : « Alors, dites-moi, qu’est-ce qui vous amène ? »

Moi : « bein … le RER E ! » Noooonnnnn j’déconne. « Mon oreille, je n’entends plus rien, ça bourdonne en continue dans ma tête et quand je parle, je m’entends »

Elle : « Ha oui, je vois. Asseyez-vous là« . Et là, elle m’enfonce un truc lumineux dans l’oreille. Mais c’était pas la bonne oreille. Je lui aurais bien dit mais elle a ajouté …

Elle : « Hum hum, ha, heuuu … non … rien ! » Alors elle recommence dans l’autre oreille, la bonne cette fois. Mais voilà, ça rentre pas ! Moi je lui aurais bien dit parce que vu le bazar dans ma tête ça doit être tout gonflé irrité tout ça la’dans. Bon, elle met un embout plus petit et PAF rebelote la petite loupiote dans le conduit auditif gauche.

Elle : « Houlalaaaa, ha oui, quand même … ha ha hoooo … bigre. Ha bein … vous nous faites une jolie otite externe. C’est tout enflammé et le tympan ne peut plus vibrer … c’est pour cela que vous n’entendez plus. »

Et après elle est partie dans une démonstration façon « c’est pas sorcier ». Vous voyez cette émission avec Jamy Gourmaud, Frédéric Courant et Sabine Quindou ? C’est comme Jean-Michel Chevalet mais en plus pédagogique pour les enfants.

Elle : « Alors vous voyez ça ? » dit-elle en brandissant une plaque de plastique qui sert habituellement aux radioscopies. « Alors ça, c’est votre tympan en temps normal. Il est tranquilou, tout seul et il peut vibrer comme il veut. Donc il vous restitue correctement le son. Sauf que là … « . Et là, elle détale dans le corridor et revient aussi vite avec Titus, le chien boudin tout allongé qu’on met au bas de la porte pour éviter les courants d’air.  « Sauf que là, le conduit auditif est tout gonflé et vient appuyer sur le tympan, comme cela« . Là dessus, elle écrase Titus sur la plaque de plastique et me dit « Voilà, comme ça … donc votre tympan ne peut plus vibrer normalement. Et c’est pas tout …« . Elle enfile un masque de plongée devant ses yeux et un tuba dans bouche. Elle s’empare d’une bouteille de Vittel et elle balance le contenu de l’autre côté de la plaque en plastique. Oui parce que la Vittel ça a 2 utilités : on s’en sert pour désherber les plates-bandes et aussi pour les démonstrations de c’est pas sorcier.

Elle : « Youhonmebou ». Elle enlève son tuba « En plus, de l’autre côté de votre tympan, il y a une rétention d’eau donc votre tympan est tout bloqué et c’est pour ça que ça siffle … vous avez compris ? Si non, je peux recommencer la démonstration si vous voulez … »

Moi : « non non, ça va aller. Je crois que j’ai bien compris » dis-je en sauvant Titus de la noyade

Bref, c’est un médecin très démonstratif qui a vraiment envie que son diagnostic soit partagé. J’espère juste que ceux qui ont consulté avant moi, n’avaient pas de problème d’hémorroïdes … je ne veux même pas imaginer comment elle a fait sa démonstration.

Et après elle est parti dans mille questions improbables.

Elle : « vous ne prenez pas de médicaments particuliers en ce moment ? Vous êtes vacciné contre la grippe ? Vous êtes sujet au mal d’estomac ? Vous avez mal à la gorge ? Vous aimez les films de Georges Lucas ? Vous jouez au Monopoly ? Vous faites des Sudoku dans le RER ? Vous préférez les caleçons ou les boxers ? Vous allez souvent à la patinoire ? Vous mangez les tripes à la mode de Caen ? Vous savez jouer de l’accordéon ? Vous reprisez vous-même vos chaussettes ? Vous chantez sous votre douche ? Vous suivez le tour de France en été ? Vous avez regardé les jeux olympiques de Piongue Tchangue ? Vous aimez vous beurrer la tartine ? … (accélérer la vitesse pour aller crescendo vers du très vite) »

Moi : « non, non, rien de tout cela … »

Elle : « Bon, alors comme vous partez en mission la semaine prochaine et que vous allez prendre l’avion, je vais vous donner des corticoïdes pour que ça guérisse plus vite »

Tout en tapotant sur son clavier, elle me raconte sa vie. Je ne lui ai pourtant pas dit que j’étais psy … Mais bon, elle parle, elle parle …

Elle : « Et pis … la SNCF … hein … j’espère qu’ils vont pas nous refaire 95 ? Hein quand même … pfff tenez c’est comme la médecine du travail … hein quand même … bon, on peut pas dire que les salariés soient bien traités en entreprise hein ? … »

Moi : « Bein si, chez moi ça va. On a une visite médicale tous les 3 ans comme c’est prévu dans le code du travail »

Elle : « ha bein dites-donc, vous avez de la chance. Vous êtes dans une bonne entreprise. Vous avez votre carte vitale ? »

Moi : « oui la voici … je vous donne la carte de ma mutuelle également ? »

Elle : « Ha non ! pas celle-là, on y a échappé ! Vous la donnerez à la pharmacie mais pas chez moi … encore heureusement qu’on a réussi à y échapper. »

Bon, à ce moment là, je me suis tu. Je n’ai pas voulu engager le débat autour du tiers payant car j’ai bien senti que ce n’était pas le moment. Mais quand même, moi je suis 100% pour le tiers payant. Voyez-vous les médecins sont montés au créneau contre ce dispositif parce qu’ils considèrent qu’ils n’ont pas à faire les frais des longueurs administratives de remboursement par les mutuelles. En clair, il font passer leur bien être avant celui des patients et ça, ça m’insupporte. Et c’est un peu le cas de tous les services publics : les professionnels reportent la complexité administrative sur l’utilisateur final plutôt que de simplifier le bouzin ou de prendre sur eux la complexité qu’ils ont eux-même générée. Je vous invite à lire mon article sur l’information à la SNCF et vous comprendrez ce que j’entends par « posture de service« .

Et elle claviotte pendant 3 plombes tout en posant plein de questions … là je me dis que la paperasserie à vraiment pris le dessus et finalement je comprends mieux pourquoi les médecins ont pris peur à l’annonce du tiers payant. Au final, elle aura passé plus de temps sur son ordinateur qu’à faire mon diagnostic. Elle me fait penser aux conseillères de Pôle emploi qui passent plus de temps à renseigner leur satané ordinateur qu’à vraiment aider les demandeurs d’emploi. Et le comble de l’absurde c’est que malgré toutes les informations entrés dans tous les ordinateurs, personne n’est foutu de calculer le taux de chômage … mais bon, c’est un autre sujet.

Elle : « il vous arrive d’avoir mal à l’estomac ? »

Moi : « heuuu … non … »

Elle : « Ha ! parce que … les corticoïdes parfois … ça s’accompagne de brûlures à l’estomac … bon, je vais vous prescrire de l’Oméprazole … pour le cas où, hein ? Donc vous ne le prenez pas mais si jamais vous avez des brûlures d’estomac, vous pourrez en prendre … ok ? »

Moi : « bein … si vous le dites … »

Elle : « et … si non … bein … si ça s’aggrave au bout de 2 ou 3 jours, je vous prescris du Cefpodoxime … hein ? C’est des anti-biotiques. Comme ça, si ça s’aggrave vous en prenez … d’accord ? Et si ça s’aggrave pas, vous ne les prenez pas … hein ? »

Moi : « bein … si vous le dites … »

Elle : « et … si non … bein … il vous reste des anti-douleur ? hein ? bon bein … je vais vous prescrire deux boîtes de doliprane 500mg … hein ? Pour le cas où … »

Moi : « bein … si vous le dites … »

Et voilà comment je suis ressorti, 30 minutes plus tard avec mon ordonnance de 2 kilomètres.

Et en me tendant la main pour me dire au revoir, elle ajoute : « Ha oui j’oubliais … surtout, dans ces cas là, il ne faut absolument rien mettre dans l’oreille. Faire très attention au moment de la douche par exemple à ne pas mettre du savon ou même simplement de l’eau … vous n’avez rien mis ? »

Moi : « oh non … rien du tout … au r’voir docteur et merci pour tout … »

Je comprends mieux pourquoi ma tentative de guérison à l’eau chaude avait lamentablement échouée.

Direction maintenant la pharmacie. J’entre … « bonjour madame » et je tends à la pharmacienne ma magnifique ordonnance de 5 kilomètres. Je vois dans ses yeux les étoiles de la joie et du bonheur. Je comprends qu’elle est en train de transformer mentalement chaque ligne de mon ordonnance en monnaie sonnante et trébuchante qui tombera directement dans son portefeuille. Là c’est certain, avec mon ordonnance elle va pouvoir se l’offrir son petit cabriolet « Maserati Grancabrio » rouge vermillon parce que le vert de sa Porsche n’allait plus avec ses Louboutin que son gentil mari de pharmacien venait de lui offrir. Et puis il faut quand même avouer qu’une Porsche, aujourd’hui, c’est complètement hasbeen. Elle n’arrêtait pas de le dire à son gentil mari qui lui répondait systématiquement : « Mais, ma chérie enfin … tu sais bien que c’est la criiiiiiiiseeee. »

Bref, je lui ai tendu ma carte vitale, ma carte de la mutuelle, ma carte grand voyageur SNCF, ma carte Flying Blues Air France, ma carte Franprix, ma carte carrefour, ma carte de membre de l’association des gais lurons qui chantent Charles Trenet en canon, ma carte du Jedi Club International, ma carte Michelin Verdun-Wissembourg … oui elle était prête à accepter toutes les cartes du moment que ça payait bien. Par contre, quand j’ai voulu lui tendre ma carte bleue, elle m’a dit : « non non, pas besoin, c’est tout bon » avec un très large sourire 🙂

C’est quand même étrange ce comportement opposé des deux docteurs d’aujourd’hui : l’une qui refuse dogmatiquement la carte de ma mutuelle et l’autre qui en redemande avec le regard lubrique et les mains tendues vers mon portefeuille … Vous aurez noté au passage que j’ai écrit « deux docteurs » ! Hé oui, si elles sont toutes les 2 docteurs, l’une est médecin et l’autre pharmacienne. Il ne faut pas confondre « docteur » et « médecin » ce n’est pas la même acception. Un jour je vous expliquerai.

Bref, je rentre chez moi et par acquis de conscience, je regarde mon ordonnance, ma valise XXL de boîtes de médicaments et ma facture :

En moi-même, je me dis « si j’enlève tous les médicaments qu’elle m’a prescrit « pour le cas où », c’est à dire tous les médicaments que je ne consommerai pas, il reste une ligne à 3,37 euros. Et la facture s’élève à … 31,15 euros ! »

Pour faire simple, la facture est dix fois plus élevée que mon besoin réel ne le nécessitait.

Si je traduis en langage plus clair, la sécurité sociale et ma mutuelle vont financer le cabriolet de ma pharmacienne et vraisemblablement la Porsche Panamera des dirigeants des laboratoires « SANOFI » et « arrow lab » … donc les 5,2 milliards de trou de la sécu…  on peut facilement les diviser par 10 si on décide d’être vigilant sur les ordonnances … CQFD

Mais en même temps c’est balo parce que … je n’aurai plus de pont en pot de Nutella entre la terre et la lune

Et puis … je l’aime bien cette toubib car elle est attentive à moi et mon problème 🙂 un peu comme Coluche qui demandait un « petit cancer du bras droit pour pas aller travailler »

Marcel, le petit scarabée et la horde des Geek

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Il était une fois, un petit scarabée qui se prénommait Marcel. Marcel avait une forte appétence pour les algorithmes et le code. Alors depuis des années et des années, il développait logiciel, shareware, freeware, sites internet etc, etc … Marcel, le petit scarabée, était résolument du côté lumineux de la force car il aimait le partage et surtout mettre à disposition des autres des logiciels qui pouvaient leur rendre service.

Dans le même temps, la horde des hackers invisibles du bout de l’autre monde développait elle aussi des programmes. Mais leurs intentions n’étaient pas du tout les mêmes. Eux, ils avaient rejoint depuis longtemps le côté obscur de la force. Ils programmaient pour propager le mal. Leur code, lâché dans les tuyaux du net, se répandait sur la toile comme la lave descend du cratère et engloutit tout derrière elle.

Les hackers invisibles du bout de l’autre monde – on les appellera désormais les HIBAM – étaient des êtres maléfiques très différents des êtres humains. Ils étaient poilus comme des ours, avec une grosse bedaine qu’ils devaient à leur consommation abusive de bière locale frelatée. Leur front était tout plat à force de le frapper avec la paume de la main gauche chaque fois qu’ils résolvaient une erreur dans leur code. Leurs codes étaient, en effet, toujours tout pourris, vérolés et jamais optimisés. Ils s’en fichaient car leur objectif était juste de répandre le mal, d’agir dans le sens du mal, le mal de Dark Clavious l’empereur du côté obscur. Et surtout, ils portaient aux pieds de lourds sabots de bois dans lesquels ils enfonçaient leurs terminaisons plantaires taille 68 et demi. On les entendait arriver de très loin à l’image de leur mauvais code qui débarquait avec tambours, sirènes et trompettes.

Marcel, le petit scarabée, toujours à la recherche d’une amélioration vertueuse de la posture de service la plus adaptée travaillait à la mise en place d’un formulaire. Un formulaire qui permettrait aux Jedinternautes d’exprimer aisément leurs attentes puis de le transmettre à Marcel via un envoi de mail. Il avait presque terminé son code, il restait plus que le bouton « send » à placer au bas du formulaire quand le dring-dring de la porte se fit entendre. Il regarda la porte, se tut, tapota tout doucement sur le clavier pour faire le moins de bruit possible et joua le rôle de l’occupant absent. Bien mal lui en pris car au dring-dring succéda un boum-boum-boum directement sur la porte et accompagné de paroles assourdies par l’épaisseur de la porte blindée à sept points : « Ouvrez ! Police !« . Marcel comprit qu’il n’était pas raisonnable de faire la sourde oreille. Mais qu’avait-il bien pu faire pour voir débarquer chez lui, de si bon matin, la maréchaussée ? Il ne se souvenait pas avoir commis un acte répréhensible qui justifierait la présence des pandores. C’est donc assez confiant qu’il se leva et répondit favorablement à l’ordre d’ouverture de la porte.

Ils étaient 6 derrière la porte. 4 hirondelles encasquettées et un couple de civil. Le premier condor prit la parole. Marcel comprit que c’était le chef de l’escouade car il avait un petit liseré jaune supplémentaire sur la casquette et sur la plaque qu’il présentait tout en parlant, il était écrit « Police » et en-dessous « Brigadier-Chef Chaudard ». Du coup, Marcel n’avait pas fait attention aux premières phrases mais ce n’était pas grave car l’objet de la visite arrivait seulement à la 5ieme phrase.

  • Brigadier-Chef Chaudard : « Veuillez nous s’excuser pour cette visite impromptue mais les citoyens que vous voyez là sont présentement vos voisins du dessus. Ils sont victimes d’un cambriolage et les malfaisants ont bloqué la porte de l’intérieur si bien qu’ils ne peuvent plus accéder à leur logis. Auriez-vous l’amabilité de nous laisser pénétrer votre appartement afin que l’on se rendît sur le balcon et tentassions de se hisser sur le balcon du dessus pour nous introduire dans leur appartement de la sorte ?« 
  • Marcel, le petit scarabée : « Mais faites donc Brigadier-Chef Chaudard. Toutefois, veuillez je vous prie prendre les patins pour ne pas répandre sur le parquet, la terre que vous avez sous vos godillots.« 

Le Brigadier-Chef Chaudard, ses 3 acolytes et les 2 citoyens se dirigèrent en patinant gaillardement vers le balcon. Et c’est aussi le Brigadier-Chef Chaudard qui entreprit de se hisser sur le balcon du dessus à la force du poignet. Non sans mal, après être monté sur le parapet, il s’agrippa à la plateforme du balcon. Puis se balança d’avant en arrière avec l’agilité d’un trapéziste de cirque. Après quelques mouvements, ayant jugé son élan suffisant, il réalisa un salto arrière tout à fait maîtrisé et atterrit sur le balcon supérieur.

Marcel entendit le Brigadier-Chef Chaudard dégainer son blaster et tirer pour pulvériser les portes fenêtres. Les malfrats n’ont eu que la surprise de se retourner avant de prendre chacun un coup de blaster fatal à bout portant. Le Brigadier-Chef Chaudard revint ensuite sur le balcon pour leur annoncer :

  • Brigadier-Chef Chaudard : « brigadiers subalternes ! vous pouvez raccompagner les citoyens jusqu’à leur appartement … la voie est libre.« 

Et d’ajouter ensuite

Brigadier-Chef Chaudard : « Heuuuuu prévenez-les également que … ils auront un peu de nettoyage à faire … »

Et de terminer sur

Brigadier-Chef Chaudard : « Et que … il faudra envisager de changer la moquette et les papiers peints parce que … le sang d’HIBAM … ça part pas au savon de Pleucknebeck »  (c’est comme le savon de Marseille mais en plus costaud. Dit autrement, c’est pas du savon de « cul nu » quoi)

C’est comme ça que Marcel, le petit scarabée, comprit qu’il y avait des HIBAM en ville.

Les 2 citoyens et la basse-cour prirent congé et Marcel put se remettre à l’ouvrage. Marcel avait un pré-sentiment. S’ils peuvent s’introduire dans l’appartement du dessus sans crier gare alors ils peuvent tout aussi bien répandre leur code malicieux de ce côté-ci du monde pensa Marcel, le petit scarabée. C’est donc avec la boule au ventre qu’il poursuivit son travail et termina son formulaire avec le petit bouton « Send » en dessous.

Après les tests et recettes traditionnels pour ce type de code, Marcel mis en production son oeuvre du jour.

Les jours passèrent sans se ressembler. Enfin, certains ne se ressemblaient pas parce que d’autres si. Le formulaire de Marcel, le petit scarabée, fonctionnait bien. Il faut reconnaître quand même qu’il n’y avait pas beaucoup d’activité sur cette page précise, tout au plus une ou deux demandes par année. Alors les années passèrent et les demandes aussi. Si bien que Marcel, le petit scarabée, en oublia jusqu’à l’existence même de ce formulaire. Il avait depuis, codé beaucoup d’autres projets et produit beaucoup d’autres lignes.

Et un beau jour d’hiver, alors que la température avoisinait les moins 48 degrés, que le vent soufflait en bourrasques imprévisibles et que la neige s’amoncelait sur le toit des voitures comme les couches d’un mille-feuille, le mail fatidique tomba dans sa boîte (BOUM). C’était un mail de l’hébergeur de ses lignes de code, le célèbre hirf. Ce mail lui apprenait que la horde des hackers invisibles du bout de l’autre monde avait ciblé une page de son site et avait spammé une table de sa base de données. En conséquence, hirf avait bloqué l’accès à son site. La référence de la page incriminée rappela à Marcel, le petit scarabée, le formulaire développé bien des années auparavant et complètement oublié depuis. Dans ce mail, Hirf demandait péremptoirement à Marcel, de bien vouloir faire le nécessaire pour que cela ne se reproduise plus sur un ton plus qu’accusateur. C’est alors que Marcel, le petit scarabée, cria devant son écran comme si sa voix pouvait atteindre les oreilles de celui, ou celle d’ailleurs, qui avait rédigé ce mail :

  • Marcel, le petit scarabée : « Non mais ! j’y crois pas ! je suis la victime de la horde des hackers invisibles du bout de l’autre monde et voilà que hirf s’adresse à moi comme si j’étais le coupable ! Manque pas d’aplomb ce hirf ! viens-voir un peu ici que je te montre de quel bois je me chauffe ! Je m’en vais te frotter les oreilles que tu t’en souviendras jusqu’à ton dernier souffle … petit morveux ! T’étais même pas encore un spermatozoïde que je codais déjà … alors tu vas voir à me causer mieux que ça ! OK ? Si non, je sors mon sabre laser et je t’éparpille façon puzzle aux quatre coins de la planète ! »

Après s’être bien défoulé de la sorte et en criant quelques jurons bien trempés à l’adresse des jeunes « trous du cul » de l’hébergeur, Marcel, le petit scarabée, essaya de se connecter à son site pour vérifier l’étendue des dégâts :

  • HTML : Erreur 403 -> Refus de traitement de la requête (Interdit – Forbidden)
  • SQL : phpMyAdmin – Erreur #2005 -> Unknown MySQL server host ‘marcel.petit.scarabee.sql.hirf.fr’
  • FTP : Erreur critique -> Impossible d’établir une connexion au serveur
  • Marcel, le petit scarabée ne décolérait pas : « Mais comment voulez-vous que je corrige si vous m’interdisez tous les accès ? Vous êtes aussi intelligent qu’un manager en burn out, vous donnez un ordre paradoxal »

Après quelques nouveaux jurons et tentatives de connexion avortées, Marcel se décida à relire le mail, histoire de voir s’il ne donnait pas la solution à son problème. Effectivement, en bas de page, un lien indiquait une page à consulter pour en savoir plus.

Sur cette page, longue comme 4 rames de 25 faucons millénium accouplés, était listés les différents cas de blocage possibles et leur procédure respective. Le texte était rédigé en novlangue de tatooine crypté. Marcel, le petit scarabée, a donc consacré 8 longues semaines à décrypter ledit texte jusqu’à ce qu’il tombe sur son cas à lui : « blocage de site pour spam. ». Ensuite, en un peu moins de 3 semaines, il avait décrypté la procédure le concernant. Mais ça n’était pas pour autant gagné car ladite procédure était visiblement inspirée par l’administration centrale du Sénat Galactique de la République. En effet, sa complexité ne faisait aucun doute. Elle ne pouvait qu’être l’oeuvre des apprentis technocrates formés à l’Ecole Naboo des Astroministrateurs. Marcel, le petit scarabée, tomba à la renverse dans son siège devant une telle complexité. Sa perplexité était telle qu’il se demanda si l’on pouvait faire plus sinueux, tortueux et abracadabrantesque comme logique. Il comprenait mieux maintenant pourquoi, dans le message qu’il avait reçu, il était écrit qu’il avait un délai de 2 mois pour procéder aux corrections nécessaires …

Il devait déjà réussir l’étape 1 de la procédure : se connecter aux NewsGroup, un système qui n’était plus utilisé par personne depuis des années lumières, depuis l’avènement du HTTP ! Marcel devait donc retrouver un programme capable de se connecter au réseau Usenet par le protocole NNTP. Un protocole qui avait disparu au moment de l’invasion de Dathomir par la fédération du commerce quelque 3500 années-lumière auparavant. Et ce n’était que la première étape sur les 532 que comptait la procédure !  Heureusement, il se souvint que dans son vieux landspeeder 9000 Z001 remisé au fond du jardin, il lui restait un antique computeur extra basique à connexion bisynchrone. Il l’avait échangé contre un blaster de mauvaise facture à un Jawas lors d’une virée à Mos Eisley. Sur la face avant du vieux computeur était inscrit en lettre brune « Minitel ». Après quelques soudures bien placées et une nouvelle alimentation capable d’accepter les 20 000 gigawatts de sa station nucléaire d’appartement, Marcel, le petit scarabée était connecté à Usenet.

Il entama la seconde étape qui consistait à envoyer un message au modérateur du groupe pour se signaler et indiquer que son compte était bloqué en précisant le motif. Moins d’une heure plus tard, il recevait une réponse sous forme de message automatique lui intimant l’ordre de suivre … une autre procédure ! Marcel devait maintenant présenter son projet en 8 points tel que précisé dans la trame du message disponible sur un autre site, cette fois en http. Marcel, le petit scarabée, se souvint alors de cette vieille histoire que l’on se raconte au fond des cantina de Tatooine quand les 3 lunes sont bien visibles au loin et que l’alcool de panse de bantha vous vrille les boyaux. On raconte qu’il y a longtemps, longtemps, aux confins de la galaxie d’alderaan se déroulait un divertissement appelé « Fort Boyard » où des stormtrooper devaient résoudre des tas d’énigmes compliquées pour essayer de déjouer l’astuce du père Yoda. Personne n’est bien certain que l’histoire n’a pas un peu évoluée au cours du temps. Mais il n’en demeure pas moins vrai que les érudits utilisent l’expression « comme Fort Boyard » pour décrire la complexité, là où le commun des Han Solo parlera de « raisonnement d’énarque » sans que l’on sache d’où provient cette expression.

La procédure avait beau être très compliquée et sans réelle mesure avec le simple clic permettant au modérateur de restituer l’accès à son site Marcel, le petit scarabée, n’avait d’autre choix que de se plier aux injonctions de son interlocuteur. En effet, la horde des geek qui officiait chez hirf à la hotline et à la maintenance des serveurs avait le pouvoir. Ils étaient inatteignables puisque l’on ne savait pas où ils se trouvaient. Ils étaient incontournables car eux seuls pouvaient rétablir l’accès par un clic de souris bien placé. Et ils étaient intraitables car bornés comme des têtes de mules. L’arrogance des geek était connue jusqu’au tréfonds de la galaxie. Dans une posture de service proche de l’abîme de begar, leur réponse était parfois si laconique que l’on pouvait croire que c’était un dewback qui vous répondait. A l’un de ses messages où il demandait poliment comment il devait faire, le geek avait répondu « ??? ! » … La horde des geek se permettait même de tutoyer directement, sans aucune autre forme de procès, pour bien montrer à Marcel qu’il était à leurs yeux une sous créature du sous univers de la sous planète et qu’il devait se soumettre.

C’est donc après avoir fait allégeance 14 fois, avoir rédigé 128 messages de déclaration de soumission au grand Dark Modous, de s’être filmé en train de vénérer les pieds du grand chancelier Palpathirf du sénat impérial de la hotline que le geek accepta de mettre la demande de Marcel, le petit scarabée, dans la liste des 12 154 725 demandes à examiner. Et au rythme où les demandes étaient traitées, Marcel, le petit scarabée, avait une petite chance que sa demande soit examinée d’ici environ 18 ziratuggs. Ce qui en temps terrien correspondait à environ 28 siècles et demi. Si par chance sa demande était examinée et acceptée, alors il faudrait encore compter plusieurs ziratuggs pour que le geek appuie sur le clic. Mais arrivé à ce stade Marcel, le petit scarabée préféra ne pas y penser.

Le Top Ten de l’année 2017

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Je ne sais pas si vous avez remarqué mais chaque fin d’année, et aussi au début de la suivante, on a droit aux Top 10 les plus improbables et dont tout le monde se fou. Par exemple,  le top 10 des meilleurs albums étrangers de l’année 2017 … tout le monde s’en fou ! Hein ? Aussi, le Top Ten 2017 des Cahiers du cinéma … franchement … tout le monde sait que le meilleur film de 2017 c’est Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi et pis c’est tout. Et aussi, le Top 10 des meilleurs fromages préférés des français en 2017 ! Franchement … attends … y’en a pas 10, y’en a … 1 : le comté ! Attends, le Comté il est allé dans l’espace, dans la station spatiale. C’est pas le camembert qui aurait fait ça, hein ? Alors franchement, bon, quand même … allez, éventuellement on peut citer la cancoillotte parce qu’elle a pas eu de chance.  Thomas Pesquet ne pouvait se faire livrer qu’un seul fromage dans l’ISS alors il a longtemps hésité. Il a fait « plouf, plouf, ça sera toi qui viendra dans l’espace … » et pas de bol pour la cancoillotte, c’est tombé sur le comté … c’est passé à 1 plouf. Et puis il y a aussi le Top Ten des pires phrases de Mélanchon. Oui … vous connaissez maintenant mon aversion pour cet ostrogot, pseudo défenseur des opprimés qui prend le métro pour se rendre à l’assemblée Nationale histoire de se montrer plus proche du petit peuple mais qui gère à l’optimisation fiscale ses millions d’euros de patrimoine.  Bref, le top 1 donne « problèmes de démocratie au Venezuela » ? « Ah oui ? Lesquels ? Voilà ce qu’il serait intéressant de connaître pour pouvoir en discuter »

Enfin bref, moi, je vous propose mon Top Ten totalement inutile et improbable … le meilleur classement des médioumes exorciseurs voyants de 2017. Hé quand même, j’ai collectionné les flyers pendant tout 2017 pour réussir ce classement… alors quand même hein …

Bon, il parait qu’on ne trouve pas trop ça en province mais en région parisienne, il y a toujours un type qui distribue ce genre flyer sur le marché, à la sortie de la gare RER ou même … au Trocadéro !

#Classement_10 : Monsieur Kounta !

Le mec reçoit de 8h à 21h. Ca fait donc 13h00 d’amplitude horaire par jour. Même au forfait cadre, c’est pas très syndical tout ça ! Mais surtout, s’il fait ça 7j/7 ça fait 91 heures par semaine. Autant dire que les 35 heures sont très, très loin. C’est le leader de la CGT qui va pas être content. Dis-donc monsieur Kounta, vous vous rendez compte que vous allez nous le rendre tout chafouin notre philou Martinez … hein ? #Classement_9 : Monsieur Cherif

Alors lui, il a copié sur l’autre ou bien c’est l’inverse, je ne sais pas. Lisez un peu « Au don héréditaire … « . Donc ils seront tous les deux relégués en fin de classement. Faut pas déconner avec les dons de voyance quand même. Mais je me demande s’il devrait pas passer derrière le précédent car lui il le fait en 3 jours alors que son collègue le fait en 48h !

#Classement_8 : Monsieur Bambo

Hé … quand même … « Travail Serieux efficiace ! » Hein ! Quand même ! Il a tout, même les fautes d’orthographe … il mérite bien sa 8ieme place lui. Et en plus il vous trouve du travail avec 100% de réussite en 3 jours … Hoé Pôle emploi ? J’ai le mec qu’il vous faut !

#Classement_7 : Maître Tapha

Alors là, on change de niveau. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est 7ieme. Ce n’est plus un « monsieur » c’est un « maître » et avec l’accent circonflexe sur le « i » alors là, ça rigole pas. On est à 2 doigts du maître jedi. Mais c’est pas encore Yoda c’est Taphta. Et en plus lui n’hésite pas à l’affirmer il « possède un don« . Et surtout on aime bien son petit côté écolo. Regardez bien en bas à droite « Ne pas jeter sur la voie publique svp 106 »

#Classement_6 : Professeur Mossory

Attention, on change encore de niveau. Ce n’est plus un maître mais un « professeur ». Et on sait pourquoi -> c’est héréditaire ! Et il est « Gurisseur par apposition dans tes mains« . Moi, quand j’ai un problème de voisinage, je suis plutôt méthode « apposition de mon poing dans ta face » … ça doit être pour cela que je n’ai pas de résultat rapide avec 100% de réussite.

 

#Classement_5 : Professeur Salimba

Alors lui, je le mets 5ieme car il change le ton. Il n’affirme plus sa détermination à sauver le monde, il demande au monde de lui expliquer son problème « Vous souffrez ? » et puis surtout il « revête le passé » -> j’ai toujours pensé que le passé devait se rhabiller en Prada 😉

#Classement_4 : Professeur Amadou

Ce qui lui vaut ce classement c’est le « Paiement après travaux« . Comme ça, il vous refait la cuisine et vous payez en 4 fois sans frais après réception des travaux 🙂 Le mal qui circule dans votre corps, c’est en 2 jours qu’il l’enlève alors franchement on se demande ce qu’ils foutent à l’APHP …

#Classement_3 : Monsieur Kounta

Bon, ok, on revient sur du « monsieur » mais attention lui, il « stupéfait le monde actuel » ha ouais hein quand même ! C’est pas rien ça ! Tiens j’en parlais pas plus tard qu’hier avec mon copain Barack Obama. Hé bien … il m’a raconté comment monsieur Kounta l’avait stupéfié tout net ! Et puis lui, il a un e-mail et des petites bougies. Et il bosse jusqu’à 21h30. Ca fait du 13h30 par jour donc 94h30 par semaine ! Là, c’est sûr, Philou Martinez il est achevé

#Classement_2 : Professeur Hamza

Bon, alors lui, il est 2ieme mais je ne sais plus pourquoi. Il y a forcément une bonne raison mais je ne me souviens plus. Parce que finalement il fait comme les autres : Efficace à 100%, il fait l’amour, l’attirance, la chance, le désenvoûtement, la fidélité, l’impuissance … ha oui, je sais … lui il met en avant l’honnêteté et la compétence à la base de son travail. Tiens d’ailleurs je me demande qu’elle formation il faut faire pour acquérir toutes ces compétences. J’ai cherché dans le ROME (Répertoire Opérationnel des Métiers et des emplois) et j’ai pas trouvé. Je devrais peut être demander au Gréta :-))

#Classement_1 : Mr Djibril

Tsouin tsouin and the winner is … Misteuuuuuurrrrr Djiiiibriiiil !

Alors là, vous ne le savez peut être pas mais … c’est l’ancien conseiller en communication de François Hollande. Il a du se recaser comme tout le monde après les élections. Regardez son slogan … « Le changement c’est maintenant ! » :-))

Et arrivé ici, personne n’a remarqué que …monsieur Kunta est classé 2 fois ! Si, si regardez bien … il est 10ieme et 3ieme ! Mais il a complètement changé sa com’ : au début il a un « don héréditaire » mais plus après. Au début, il « réussit là où tous les autres ont échoué » mais après, il est plus raisonnable il assure le « taux de réussite le plus élevé« . Ca, c’est de la com’ où je ne m’y connais pas. Il ne prend pas le risque d’afficher « 100% de réussite« , il joue sur les mots … bien vu Mr Kounta. Avant, il n’hésitait pas à écrire qu’il résolvait les angoisses sur un simple coup de fil mais finalement il a laissé tomber le travail à distance, ça rapportait pas assez. Et surtout … maintenant il bosse jusque 21h30. Je parie que sa femme l’a quitté et qu’il n’a pas réussi à la faire revenir en 48h … c’est pour cela qu’il bosse plus longtemps 🙂