Ma 9eme « chiquenaude de bouche » : Simple … mais pas simpliste …

Bon, voilà ma 9eme « chiquenaude de bouche » (c’est comme un « coup de gueule » mais en beaucoup, beaucoup, beaucoup moins fort … bein oui, y’en a marre de ces français qui passent leur temps à tout critiquer à outrance)
Alors voilà, ma 9eme chiquenaude de bouche, je la dédicace spécialement aux amoureux de la richesse de notre langue française. Et un clin d’oeil à nos sages de l’Académie Française 😉

N’attendez pas de moi que j’utilise ma voix, ou plutôt ma plume, pour vilipender le comportement immoral de celui qui prétend être impétrant à la plus haute fonction de notre démocratie. Un impétrant qui ne parvient pas à comprendre, qui ne parvient pas à ne serait-ce que concevoir, que les français ne sont pas au niveau du caractère légal ou non de son comportement. Les français sont outrés par le comportement spontanément népotique de celui qui se présentait comme le « père la vertu » du projet présidentiel pour la la France. Non, loin de moi, l’idée de tirer sur une ambulance ou comme dirait un de mes collègues « Quand tu penses avoir touché le fond … tu te rends compte que tu peux encore creuser » ou encore, si vous préférez les références cinématographiques nous pourrions lui dire « Arrête de ramer, t’attaques la falaise ! »

Bref, vous l’avez compris, je ne m’exprimerai pas sur ce sujet que je laisse aux journalistes bien plus compétents que moi pour investiguer l’enlisement du candidat concerné et faire toute la lumière sur le sujet.

Non, moi je voudrais pousser une chiquenaude sur un thème bien plus important pour notre avenir. Un thème que l’on ne voit pas venir car il s’insinue pernicieusement dans notre quotidien. Je le constate depuis quelques mois dans mon environnement professionnel mais quand il aura totalement englué le monde professionnel, il se déversera dans le quotidien de tout un chacun.

Voyez-vous, depuis quelques mois, je vois arriver sournoisement un concept soi-disant novateur et surtout présenté comme indispensable pour la bonne marche de notre offre de services. Ce concept est arrivé par une injonction qui a envahi toute l’institution : « il faut faire … SIM-PLE« .

Ohhh je l’avais bien vu s’insinuer dans nos travaux. Tenez, par exemple, quand la nouvelle directrice est arrivée, je lui ai fait une note de synthèse sur un dossier en cours assez important me semblait-il à l’époque. 3 pages pour résumer une situation, il faut le reconnaître, un peu alambiquée. Il faut donc planter le décor, expliquer l’historique, présenter tous les partenaires impliqués et leur rôle respectifs, les enjeux pour notre institution, les arbitrages déjà pris … puis changés le lendemain … oui, je travaille dans une institution qui change d’avis comme de chemise depuis quelques temps … et quand les collaborateurs disent qu’ils ne comprennent plus rien et ne trouvent plus le sens … nos grands chefs à plumes se demandent pourquoi … .

Bref, revenons à nos moutons ou plutôt à notre note de synthèse … il faut donner les chiffres du pilotage … haaaaa les sacro-saints chiffres dans le tableau de pilotage, la révérence devant le dieu chiffre et son apôtre le pourcentage … déroulez le tapis et prosternez-vous devant le tableur excel, lumière de notre route devant l’éternel. Et il faut aussi, pour terminer une bonne note à destination d’une énarque, détailler les perspectives à venir et proposer notre positionnement avec toujours plusieurs hypothèses et leurs matrices SWOT afférentes. Bref, j’ai rédigé une note !

Et ma note, je l’ai mise dans un mail à destination de notre nouvelle directrice. Son rôle consistait à lire cette note puis la transmettre à sa propre directrice. C’est elle l’énarque, la directrice de la directrice.

Bon, autant vous dire que ma note super méga urgente que l’on m’avait demandé pour avant tout de suite et si elle pouvait être envoyée la semaine dernière ce serait encore mieux … n’a pas provoqué beaucoup de réaction. Je peux même dire qu’elle n’a provoqué aucune réaction puisque 5 jours plus tard, n’ayant aucune nouvelle de ma note, je m’enquérais auprès de la dite directrice pour savoir si ma note lui convenait … « ha oui … la note sur le … oui bien sûr … je … je n’ai pas encore eu le temps de l’ouvrir. Je regarde de suite et je te dis« . Comme ça, au moins, j’ai la confirmation que le caractère super méga urgent pour avant tout de suite était vraiment … caractérisé !

Bref, la réponse me parvient par mail dans l’après-midi : «  (…) tous les éléments y sont mais … tu devrais revoir le wording en utilisant le FALC (…)« . Ha … le FALC … il faut donc que je rédige ma note en utilisant la méthode qu’il ont réussi à imposer pour nos documents à destination de nos publics comme on dit. Alors que je me croyais épargné, me voilà, moi aussi, atteint par la pernicieuse méthode … simpliste ! oui, car on à beau jeu de dire qu’il s’agit de faire simple mais pas simpliste … moi, quand je regarde le résultat … je constate bien la bouillie simpliste …

jeanjaures_citation_001

Bon, j’avais bien entendu parler de ce FALC, mais très sincèrement je ne m’y étais pas intéressé plus que ça. Alors je suis allé fureté sur le web, histoire de me documenter. Ha oui, j’oubliais l’essentiel … FALC ça veut dire Facile A Lire et à Comprendre. C’est un acronyme qui peut paraître sympathique et plutôt de bon sens de prime abord. Mais je ne m’y étais pas intéressé jusqu’ici car je suis un amoureux de notre langue et de ses mots et j’aime les manipuler et les agencer à ma manière sans que personne ne me donne de règles pour le faire.

Bref, j’ai donc creusé le sujet et j’ai trouvé l’origine de ce FALC et voici la définition : « Ces règles permettent de rendre les informations accessibles pour les personnes qui ont … un handicap intellectuel. »

Hé oui, vous avez bien lu. Et comme vous pouvez le lire sur le Guide des Règles européennes pour une information facile à lire et à comprendre, écrire en FALC tend à rendre l’information plus accessible aux personnes souffrant d’un déficit cognitif. Ainsi, écrire pour des personnes présentant ce handicap, nécessite certaines règles. Des règles qui ont été validées au niveau européen en 2009 à l’initiative, entre autre de l’Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis (UNAPEI). Huit pays, en plus de la France, utilisent désormais cette technique pour permettre à toutes personnes confrontés à un déficit cognitif d’avoir pleinement accès à la citoyenneté.

Bref, vous l’avez compris, je n’ai rien contre l’idée de concevoir des règles d’écriture qui ont pour objectif de rendre simple la lecture de documents administratifs souvent jargonneux. Bien au contraire, je trouve cette initiative tout à fait pertinente et indispensable. Tenir compte d’un handicap pour rendre un service est d’ailleurs dans les gènes de ma formation initiale. Je ne peux donc qu’adhérer à cette démarche.

Non, ce que je ne supporte pas, c’est que je doive rédiger ma note de synthèse, destinée à un supérieur hiérarchique, Enarque de son état, dans une syntaxe simplifiée à outrance, qui ne laisse plus de place à aucune nuance avec des mots et des règles conçue à l’origine pour rendre intelligible un formulaire administratif à un déficient cognitif. Tout cela parce que cette note fera ensuite l’objet d’un message à diffuser à l’ensemble des agents de l’institution. Et que l’on pense, en haut lieu, que c’est en écrivant « simple » que l’on sera le mieux entendu. Comprenez que le raccourcis peut être rapide : il faut s’adresser aux agents de l’institution comme on s’adresse à des déficients mentaux !

J’aimerais faire ici un lien, peut être un peu osé, mais il mérite d’être au moins identifié. Vous souvenez-vous de la « novlangue » ? Le novlangue (en anglais Newspeak) est la langue officielle d’Océania, inventée par George Orwell pour son roman 1984.

Ici, wikipédia nous explique le principe de cette novlangue : « plus on diminue le nombre de mots d’une langue, plus on diminue le nombre de concepts avec lesquels les gens peuvent réfléchir, plus on réduit les finesses du langage, moins les gens sont capables de réfléchir, et plus ils raisonnent à l’affect.

La mauvaise maîtrise de la langue rend ainsi les gens stupides et dépendants. Ils deviennent des sujets aisément manipulables par les médias de masse tels que la télévision.

C’est donc une simplification lexicale et syntaxique de la langue destinée à rendre impossible l’expression des idées potentiellement subversives et à éviter toute formulation de critique de l’État, l’objectif ultime étant d’aller jusqu’à empêcher l’« idée » même de cette critique. »

Pour le dire autrement … l’institution chercherait à réduire la capacité de critique de ses usagers mais également de ses agents, qu’elle ne s’y prendrait pas autrement.

A bon entendeur …

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire😉

Il faut sauver le soldat fifi ;-)

Une petite annonce, rubrique « Offre d’emploi », repérée sur le bon coin :

20170208_annoncepe_fillon_lbc

20170208_annoncepe_fillon_lbc

Toute ressemblance, ou similitude avec des personnages et des faits existants ou ayant existé, ne saurait être que coïncidence fortuite …

Désolé, je crois que je me suis lâché 😉

Vu de l’étranger :

http://www.lexpress.fr/actualite/medias/francois-fillon-dans-le-caniveau-pour-la-presse-etrangere_1877181.html

http://www.courrierinternational.com/article/interview-au-danemark-fillon-serait-cuit-depuis-longtemps

http://www.huffingtonpost.fr/2017/02/10/fillon-serait-il-encore-candidat-au-canada-en-suede-ou-en-allem/

Métiers en tension … sion, sion

Vous avez certainement entendu parler des métiers en tension. Non, non, ce ne sont pas les ouvriers qui fabriquent les élastiques qui entourent les paquets de lettres de mon facteur ; ni même les koutchouques extensibles pour faire du saut à l’élastique au dessus des gorges du Verdon.

Non, non, rien de tout cela. En fait, souvenez-vous. C’était en 2003. Le ministre du travail de l’époque s’appelait … François Fillion. Et il était interviewé sur France Inter. Pour lui, il y avait en France, à cette époque, 100 000 emplois non pourvus ! En clair, les entreprises peinaient à recruter alors même que les fichiers de l’ANPE – hé oui, en 2003, Pôle emploi n’existait pas encore – étaient plein à craquer. Alors il s’est pris à rêver que que l’arithmétique suffirait. 2 millions de chômeurs et 100 000 emplois non pourvus : c’est pourtant simple de mettre 100 000 demandeurs d’emploi sur ces postes … fichtre diantre !

On allait donc créer l’O-R-E : l’offre raisonnable d’emploi. Et il allait voir ce qu’il allait voir … non de diou ! Comment on allait mater ces fainéants de chômeur qui ne veulent pas aller bosser. Tu refuses ma ch’tite offre raisonnable d’emploi ? PAF, je te radie et j’te sucre tes alloc … non mais sans blague …

Bein oui, seulement voilà, cette méthode s’appelle … l’A-Dé-Qua-Tio-Nnisme et l’adéquationnisme … ça ne marche pas, tout le monde le sait !

Bon, en 2017, soit 14 ans plus tard, et après être passé par toutes les estimations les plus folles les unes que les autres, 300 000 par ci, 200 000 par là et hop 500 000 pour les plus forts en gueule … bref, plus personne ne croit en cette histoire d’emploi non pourvus. Les dynamiques du marché du travail sont bien plus complexes que cette explication simpliste.

Mais là n’est pas l’objet de mon propos. Si non ce serait trop simple.

Voyez-vous, je me suis dit … oui, parce que je me parle souvent … donc je me demandais : « recruter une personne est donc si difficile aujourd’hui qu’on soit obligé de recruter … sa femme ou même … ses enfants pas encore diplômés ? »

Bon, mettons-nous dans la peau du recruteur et recherchons un plombier … non … un électricien … heuu non … disons … un assistant … oui c’est cela, un assistant … parlementaire. Oui, ça c’est très bien car c’est compliqué et les CV ne doivent pas être nombreux. Donc, un métier en tension.

Bon, ok allons-y : direction le site internet de Pôle emploi. On lance une recherche sur le thème parlementaire. Ha oui, on va mettre pour le lieu « Paris ». Bein oui l’Assemblée Nationale est à Paris quand même. Résultat :

20170204_parlementaireparis

Ouf ! A oui, quand même … 1207 CV … 1207 demandeurs d’emploi répondent aux compétences d’assistant parlementaire sur Paris (recherche effectuée le dimanche 4 février 2017). Je serais prêt à parier qu’il y a beaucoup de jeunes sur-diplômés issus des quartiers défavorisés de la région parisienne. Et là, je me dis que je pourrais recruter un petit jeune, ou une petite jeune, qui a besoin d’un p’tit coup de main dans la vie. En tant que député, mon rôle c’est aussi d’aider les français que je représente. Si je recrute l’un de ces 1207 CV, je vais aider une personne qui est certainement dans la galère … je vais faire une bonne action.

Ha oui, mais bon, c’est trop facile. Oui, bien sûr, à Paris, il y a beaucoup de monde. Disons alors que le recruteur est dans sa circonscription, un peu au bout du monde. Une circonscription perdu dans la campagne française … allez heuuu … disons … Commercy ? … heuuu … non … Spincourt … non … Bourges … non … disons … Sablé sur Sarthe ? Allez chiche … regardons ce que le site de Pôle emploi nous propose comme CV d’assistant parlementaire à Sablé sur Sarthe. A coup sûr il n’y en a aucun et je vais devoir recruter ma femme … non de non !

20170204_parlementairesablesursarthe

389 ! Fiouuuuu il y a 389 demandeurs ou demandeuses d’emploi prêts à venir travailler à Sablé sur Sarthe comme assistant parlementaire? Mince … heu non, je veux dire … bon heuuu c’est à dire … enfin …. je recherche quelqu’un qui devra travailler sur … heuuu … un sujet hyper important par rapport à mon programme de député tout ça, mes promesses … heuuu … c’est à dire … bein oui quoi, on va dire que j’ai promis de …. heuu … développer …. bein …. la fabrication des baignoires sur le sol français ! Ha, vous voyez bien que c’est important. Bon, je relance donc une recherche en précisant ma demande et en ajoutant le terme « Baignoire » :

20170204_parlementairebaignoire

Hé bein voilà … le résultat. Dés qu’on cherche un CV, on en trouve pas ! Non mais vous vous rendez-compte. Je cherche un CV assez simple : un assistant parlementaire baignoire, c’est quand même pas la mer à boire … si je peux me permettre. Ha ça c’est bien la France !

Du coup, je vais être obligé de recruter … ma femme ! Alors que franchement, j’avais tellement envie de donner sa chance à un jeune, ou une jeune, qui débute dans la vie professionnelle. Franchement, si c’est pas triste d’en être obligé à recruter sa propre épouse. Hein, je vous prends à témoins tout de même !

Et vous verrez que dans 6 mois, quand j’aurai besoin de recruter un avocat … j’en trouverai pas et je devrai, par la force des choses … recruter mes propres enfants. Franchement, on ne peux compter que sur sa famille dans ce pays.

Attaché parlementaire est un métier en tension … c’est pour cela que les députés sont obligés de recruter leur épouse ou leurs enfants … et pis c’est tout !

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire😉

Comment j’ai rencontré Pinocchio

C’était hier soir, enfin plutôt en 1ère partie de début de seconde partie d’après-midi. Je me rendais dans ma grande épicerie favorite numéro 2. Alors là, vous vous dites « il lui est arrivé un truc avant d’arriver au magasin« . Hé bien pas du tout !

Me voilà donc dans ma grande épicerie. Enfin, juste avant, j’ai dû montrer mon sac ouvert au vigile. Ha mais tiens au fait, je ne vous ai pas raconté mais maintenant, il ne m’oblige plus à déposer mon sac à l’entrée. Comme quoi mon article sur le sujet a de l’effet 🙂

Bref, me voilà dans ma grande épicerie dis-ai-je. Dans un geste quasi automatique, je vais récupérer mon panier à commissions. Et me voilà parti, gambadant avec légèreté dans les allées dudit magasin. Rayon électro ménager par ci, linge de maison par là, outillage quincaillerie à bâbord, accessoires automobile à tribord, hé oui, je ne suis pas encore dans la partie alimentaire.

Je traverse le rayon librairie car j’aime bien regarder les livres, en feuilleter quelques un mais surtout ne pas en acheter. Hé oui, j’ai des principes et des valeurs : je n’achèterai jamais un produit culturel dans un temple de l’hyper-consommation, na ! Par contre, j’aime bien regarder les nouveautés. Hier, par exemple, je suis tombé sur un bouquin qui a l’air vachement sympathique. Il s’intitule « Révolution« . Avec ce titre, j’ai pensé que c’était un bouquin à Mélanchon. Mais associé à la couleur bleu, j’ai bien compris que ce n’était pas possible. En fait, c’est écrit par un p’tit gars qui monte parait-il … 😉

Je continue ma progression dans le magasin et j’arrive au rayon presse. Là, vous vous dites « Ca y est, c’est au rayon presse que ça lui est arrivé » hein ? C’est ce que vous vous dites ? Hé bien pas du tout ! Non non, au rayon presse, je jette un oeil aux magazines photo. Après avoir feuilleté « Image & Nature« , je vais au rayon envahi par la gente féminine. Hé oui, Je n’ai toujours pas compris pourquoi ils mettent « le journal des psychologues« , un magazine pour professionnels, au milieu des « Psychologie magazine« , « Psychologie Positive » et autres « Féminin Psycho« . C’est dire le niveau culturel des acteurs du temple de la consommation. Hé PAF ! Franchement, mélanger de la psychologie de PMU avec des écrits de professionnels … mais que fait la police ?

Mon petit tour est terminé, je m’en vais pour repartir quand soudain. Ca y est, là vous vous dites, « C’est maintenant, là, tout pile dans le rayon presse que c’est arrivé.« . Hé bien non, pas encore. Mais j’ai quand même vécu un truc dingue. Figurez-vous que je suis tombé nez à nez avec … R2-D2 ! Enfin presque.

Regardez un peu : un R2-D2 à construire chaque semaine avec plein de fonctionnalités comme le vrai. Wouhaaa trop bien me dis-je 🙂

20161230_r2-d2_altaya

Construire R2-D2

Mais non, surtout ne pas se faire distraire. Je suis venu pour acheter de quoi me sustenter ce soir. Je ne vais pas succomber à la tentation marketing de la sur consommation. GRrrrrrr …. oui mais quand même, il est chouette ce R2-D2 avec sa tête qui pivote comme le vrai …. Humpfff file, décampe, cours … cours … cours me dis-je … éloigne-toi le plus vite possible de la tentation.

Bon, là vous vous dites « C’est surement au rayon surgelés que c’est arrivé« . Encore à côté. Et non plus au rayon carottes bio à 4 euro 85 le kilo. Mais j’en profite pour claquer une beigne à la grande consommation. Franchement, des pauv’carottes pleines de terre pour faire croire qu’elles sont bio et vendues le triple du prix des carottes industrielles, vous ne trouvez pas que c’est exagéré ? En plus je les soupçonne d’acheter des carottes industrielles, de les recouvrir de terre pour faire plus nature et Bim voilà des carottes bio. Moi, je préfère acheter mes carottes à l’agriculteur qui vient tous les mardis, dans ma gare RER pour vendre ses produits. C’est ce qu’on appelle un « circuit court ». Mais bon, je m’emporte.

Bon allez, je vous passe le reste de mon voyage dans les rayons car je pourrais vous tenir en haleine plusieurs heures. Non, voyez-vous, c’est aux caisses que c’est arrivé. Hé oui, vraiment il m’en arrive des choses aux caisses de supermarché.

Bon, imaginez la scène : j’arrive, je choisis une caisse parmi le kilomètre de caisses du magasin. Hé oui, qui dit super consommation, dit surtout super méga encaissement plein les popoches des sousous de la famille Mulliez. Mais surtout, la probabilité est d’autant plus faible que je choisisse LA caisse où il va se passer un truc. Mais bon, ça tombe toujours sur moi.

Alors voilà, vers la caisse que je vise, je vois arriver un homme d’un certain âge poussant un immense caddie dans lequel je compte 5 articles. Un semi remorque pour transporter une boîte d’allumettes. Etrange … il est devant moi puisqu’on est arrivé quasi ensemble.  Et là, je le vois sortir un calepin de son sac en bandoulière. Il se dirige vers le client devant lui. Et il lui dit un truc du style « Ma femme m’a donné une liste de courses. Et regardez là, elle a écrit « 2 cons. de haricots verts » franchement elle va pas bien, elle devient vulgaire, vous ne trouvez pas ?« . Le type réagit difficilement, il est étonné, il dit un truc que je n’entends pas. Bref, après 3 échanges, Papy remballe son carnet et reprend sa place. Je pouffe en moi-même et je me dis « pour une fois que ça ne tombe pas sur moi« .

Seulement voilà, j’ai pensé trop vite car papy ressort son carnet et me regarde. « ho pinaise, il va venir me taper l’incruste … c’est sûr, je les attire les comme lui …« . Ha mais, ni une ni deux, papy arrive à ma hauteur : « Ma femme m’a donné une liste de courses. Et regardez là, elle a écrit « 2 cons. de haricots verts » franchement elle va pas bien, elle devient vulgaire, vous ne trouvez pas ?« . Je regarde sa liste de course écrite au stylo bic, à moitié effacée sur la fameuse phrase en question. Je comprends qu’il doit faire le coup depuis au moins mille an. C’est quoi ? C’est une caméra cachée ? C’est un pic-pocket ? C’est un chercheur en sociologie qui fait une étude de terrain ? Un pervers lubrique qui cherche une proie ? … autant dire que je ne le saurai jamais.

Bon, toujours aimable et serviable comme ma maman m’a éduqué, je réponds à papy : « Je ne pense pas que votre épouse ait, ne serait-ce que momentanément, exprimé un comportement caractéristique  d’un quelconque trouble neurologique héréditaire du type syndrome de Gilles de La Tourette. Ou, dit autrement, que votre moitié ait subrepticement perdu le sens des réalités au moment de rédiger cette liste de course. Je vous rassure donc, mon brave, sur l’état de santé de votre concubine. Par contre, à la lecture de votre liste de courses d’une longueur certaine, et les produits que je vois dans votre caddie,  je m’inquiète d’un syndrome d’Alzheimer à votre endroit »

Papy me regarde d’un oeil dubitatif … le silence s’installe … seuls les bip bip de la caisse enregistreuse brisent le blanc de la conversation. C’est alors qu’il me répond : « hé hé vaut mieux lancer une bonne blague pour rigoler que s’ennuyer dans la file d’attente … hein ?« . « Heuuuuu comment dire ? Malgré tout le respect que je vous dois, votre blague est un peu éculée. Peut être qu’elle fonctionnait quand vous alliez à l’épicerie du sergent chef Chaudard. Mais en 2017, dans le temple de la sur consommation elle fait un peu … réchauffée … comme les haricots ! ha ha … haha … hahaha … blague à 2 balles ! »

La-dessus, il remballe son carnet et retourne vers son caddie visiblement satisfait de son geste … et moi de ma réponse. Je me dis que l’épisode va en rester là quand, après environ 2 minutes, il se tourne vers moi et me lance « Et la politique, hein ? Vous avez vu ?« . Ho pinaise, manquait plus que ça, je suis tombé sur un papy qui a besoin de discuter avec n’importe qui. Et comme objet d’interaction, il me propose le plus inattendu … la po-li-tique. Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que je vais avoir droit à la trop habituelle charge contre le gouvernement. Avec une blague conçue pour une épicerie de Trifouilli les arpions, en 40 sous l’occupation Nazie, c’est sûr je vais y avoir droit.

Et à partir d’ici, je n’exagère plus, c’est vraiment l’échange que j’ai eu hier, jeudi 12/01/2017 » avec ce monsieur à la caisse de mon supermarché.

Ni une, ni deux, c’est parti « Hein ? Quand même ! vous avez vu ce qu’ils viennent de faire ?« . Mon sang ne fait qu’un tour … Papy, je suis certain que tu t’attends à ce que j’abonde dans ton sens et que j’accompagne ton discours négatif. Attends un peu, on va rigoler. Et histoire qu’on ne soit pas les seuls à discuter, j’augmente le ton de ma voix pour que les clients autour en profitent : « Ha oui, tout à fait, vous avez raison de le souligner. Aujourd’hui le gouvernement vient de lancer le CPA, le compte personnel d’activités. Grâce à lui nous allons pouvoir accéder gratuitement à la formation !« . Papy reprend la parole « bein pffff ha bein pfffff … mais les impôts ? hein les impôts ? ils augmentent !« . Je ne comprends pas pourquoi il parle des impôts. Nous sommes en janvier 2017. Pas de tiers provisionnel en vue, pas d’impôts locaux, pas d’impôts fonciers … rien … bon, je réponds « Vous n’y êtes pas du tout, ils baissent. Avez vous comparé ce que vous avez payé au titre de l’année 2014 et ce que vous avez payé au titre de l’année 2015 ? Ne parlez pas sur un ressenti, comparez objectivement la part de votre revenu qui fait l’objet d’une imposition. Et vous constaterez qu’elle baisse ». Là, c’est le blanc. J’en déduis qu’il n’a jamais fait cet exercice. J’en arrive même à me demander s’il maîtrise bien le concept d’augmentation, mais c’est une autre histoire.

Il reprends « Oui mais … vous voyez … bein … avant … bon … la loi c’était 2 ans pour un logement vacant … bein maintenant c’est 1 an ! Vous vous rendez compte ? comment on va faire ?« . Houuuu que je l’aime bien celle-là, moi qui vient justement de faire un investissement immobilier : « Vous vous rendez-compte monsieur ? Avec le nombre de personnes dans la rue ? Vous trouvez normal qu’il y ait des appartements vacants ? C’est donc normal que l’on incite les propriétaires à louer leurs appartements« . Là il répond du tac au tac « oui mais .. bon … de toutes façons les gens … on peut pas leur faire confiance … comme ils sont pas propriétaires ils dégradent tout« .  Purée, elle est bien bonne celle-là ! Alors là tu l’as cherché papy : « Dites monsieur, vous ne pouvez pas vouloir tout et son contraire : investir dans un appartement pour le louer et dans le même temps refuser de le louer. Vous devriez choisir un autre type d’investissement« . Là, j’ai droit à un blanc. Il a l’air de réfléchir. Je ne saurai jamais s’il a comprit le paradoxe de son raisonnement. Je présume que tout le monde lui a toujours dit qu’il avait bien raison de penser ce qu’il pense. Je dois être le premier à le renvoyer sur ses pensées contradictoires. Il répond « Bon, de toute façon, je vais le revendre … comme ça … je m’emmerde plus avec ça …« .

Je l’invite à avancer son caddie et déposer ses marchandises sur le tapis roulant car c’est bien beau tout ça mais j’ai pas envie de passer ma soirée à la caisse avec un vieux réac. Il avance, dépose ses 3 paquets de biscuits, un sac de carottes pas bio et un paquet de fromage rappé sur le tapis. Je pense, ou plutôt, j’espère en avoir terminé avec cette conversation franchement fatigante. Mais papy est pugnace ! il se retourne et me lance « Et tous ces étrangers … hein ? » moi : « Hé bein nous y voilà … c’était vraiment l’élément manquant à notre conversation« . Lui, persuadé que cette fois, je ne pourrai qu’admettre et le suivre : « Voyez-vous, j’ai donné les clés d’un endroit q’j’ai … à des étrangers … des … des … roms … parce qu’ils devaient entreposer des choses. Hé bein … ils se sont servit … ils ont pris des trucs, des pierres et pis tout  … hein, ils ont comme chez eux !« . Alors là ! je suis carrément pris de court. Mais qu’est-ce qu’il me raconte ? comment ce papy, raciste au plus profond de lui même, a-t-il pu se trouver en situation de rencontrer des Roms et leur confier les clés d’un endroit improbable où on peut entreposer des « trucs » et récupérer des pierres ? Je réfléchissais, j’essayais de mettre de l’ordre dans cette histoire abracadabrantesque quand, en relevant les yeux, j’ai vu papy retirer la carte bleue de la machine et s’en retourner vers son caddie.

Sans un « au revoir » il est parti … quand il a remis son portefeuille dans sa poche gauche, j’ai compris ! Son nez était devenu long de 25 cm. Je venais de parler avec Pinocchio !

Bon, à part la chute, le dialogue reprend les citations exactes de notre échange. Et je ne vous cache pas que le couple derrière moi, dont les origines maghrébines ne font aucun doute, m’a gratifié d’un large sourire quand je suis parti à mon tour …

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire😉

Ha vraiment, tout fout le camp …

Ajout du 27/12/2016 à 20h01 : ce soir, nous apprenons que Carrie Fisher, la princesse Leia de « Star Wars », est décédée. Je lui dédie ce post sur lequel je travaille depuis plusieurs jours. Toute mes pensées les plus sincères sont à elle et cette page de l’histoire de la science fiction qui se tourne …

 

Aujourd’hui, les bras m’en tombent ! Ce que je croyais être un repère fondamental de notre société, une certitude gravée dans le marbre, s’est effondré par la bouche d’une caissière de supermarché ! Je vais vous narrer ma mésaventure.

Mais pour cela je dois remonter quelques semaines en arrière si non, on ne peut pas comprendre.

Tout commence donc il y a quelques semaines. Voyez-vous, j’ai une affection particulière pour Star Wars. Mais attention, je suis de la génération du premier épisode. Enfin, je veux dire du 4ieme épisode puisque la série commence par le milieu. Hé oui, je ne pense pas que Georges Lucas soit centriste mais il a fait le choix de sortir les épisodes IV, V et VI avant les épisodes I, II et III. Allez comprendre pourquoi … mystère. Pour le concept, c’est un peu comme si vous alliez d’abord en seconde, première puis terminale avant d’entrer en sixième, cinquième et quatrième … allez comprendre. Ou encore, que vous lisiez la bible en commençant par Jésus et son pouvoir de dingue qui ouvre la mer en deux avant même que Dieu n’ai crée le monde … tout ça parce que vous ne voulez pas vous taper les 212 premières pages du texte biblique qui énumèrent l’exhaustivité de la lignée généalogique du fils prodigue : « Généalogie de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham. Abraham engendra Isaac; Isaac engendra Jacob; Jacob engendra Juda et ses frères; Juda engendra de Thamar Pharès et Zara … » Ca y est, je suis déjà paumé. Déjà que je suis incapable de conceptualiser le lien de parenté entre l’arrière petit cousin par alliance de la soeur bisaïeule du neveu du frère de ma mère, vous imaginez le travail.

Bon, reprenons « Pharès engendra Esrom; Esrom engendra Aram; Aram engendra Aminadab; Aminadab engendra Naasson; Naasson engendra Salmon … » ho ho ho, pas si vite ! Et Zara alors, hein ? J’ai bien lu que Juda engendra Thamar machin bidule et … Zara. Alors Zara elle engendre qui ? hein ? Pourquoi la bible ne nous dit pas ce qu’elle devient ? hein ? c’est parce que c’est une femme ? C’est ça ? Et l’égalité des sexes alors ? C’est pour qui ?

Pour une fois que j’avais la réponse et mes repères…. Bein oui … Zara c’est bien celle qui a engendré les magasins de vêtement pour femmes 🙂

Bon, bref, vous avez compris, notre George Lucas, il ne s’est pas emmerdé avec tout ça. Pof, il a commencé direct à l’épisode IV … au « mi-heu » comme dirait notre célèbre centriste qui a une mémé à Bagnères-de-Bigorre. Et c’était en 1977. On découvrait alors la princesse Leïa aux prises avec Dark Vador, tout ça parce qu’elle a chouré des plans top secret et le grand motard à la voix d’aspirateur rowenta il est trop pas content. Mais comme l’histoire commence à l’épisode IV, hé bein on ne saura jamais comment la princesse s’est alourdie sur les documents visiblement vachement importants.

Mais bon, là n’est pas l’essentiel puisque de toute façon, mon épisode préféré c’est pas celui là. En effet, vous l’avez compris, je suis un fan de Star Wars genre « canal historique ». Du coup, j’ai un net penchant pour l’épisode VI « Le retour du Jedi ». Et là, je vous vois venir avec votre blague à 2 balles : « ha oui, je connais, c’est le film hebdomadaire !« . Alors on répond « Le film hebdomadaire ?« . Et l’autre reprend « Bein oui … le retour du jeudi … c’est toutes les semaines … ha ha ha » blague à 2 balles je vous avais prévenu 🙂

Bon oublions la vanne de relou. Le retour du « Jé-daïe », c’est l’épisode ou le jeune Luke Skywalker vient apprendre la sagesse du côté éclairé de la force. Et qui c’est qui lui transmet la sagesse, hein … je vous le demande ? hein ? … hé bein c’est maître Yoda. Et là, vous avez en tête l’image de maître Yoda car tout monde connaît maître Yoda … hein ?

Bon, je vous mets une photo pour le cas où :

Yoda

Heuuu cela va sans dire mais cela va mieux en le disant : « Yoda … c’est le personnage, aux oreilles de vulcain, tout vert à gauche sur la photo qui se tient sur sa canne » 😉

Et là, il est en train dire à Luke Skywalker : « Le côté obscur de la Force, redouter tu dois. » Oui … Maître Yoda a une phraséologie qui lui est propre. Par exemple, il ne dit pas « Saperlipopette, j’ai oublié de racheter du café. Je vais encore devoir faire de la chirloute avec le vieux marc d’hier » ; il dit « Chiotte ! de racheter du café j’ai oublié. Du jus de chaussette je vais encore me taper« . Bon, la traduction est approximative car personne ne peut prétendre maîtriser le « parler Yoda ».

Bon, maintenant que le décor est planté, voilà ce qui m’amène : depuis pas mal de temps, j’avais envie de trouver un maître Yoda à mettre dans mon atelier. Vous savez, le genre de figurine produit dérivé du film qui permet au producteur de s’en mettre encore plus plein les fouilles. Bref, en écrivant cela je montre que je suis parfaitement conscient du comportement consumériste de cette envie mais au moins … j’assume en connaissance de cause. En psychologie on appelle ça « un processus de réduction de la dissonance cognitive » … et paf !

Seulement voilà, le producteur du film, c’est pas la première buse venue. Voyez-vous, si vous avez fait le tour des magasins en cette période de fêtes vous avez dû remarquer que les rayons débordent de jouet. Et la thématique Star Wars est bien représentée. Sauf que dans les figurines, on trouve une foultitude de Dark Vador, au moins autant de storm trooper … et accessoirement les personnages du dernier épisode en date. Mais vous avez compris que je ne parlerai pas de ces nouveaux personnages, sans âme, sans personnalité car je suis un « fan canal historique ».

Bref, je comprends que tout le monde rêve d’un Dark Vador chez lui mais certainement pas d’un maître Yoda. Du coup, notre business man amerloque commercialise ce que les clients veulent acheter, et surtout pas ce qui pourrait leur ouvrir l’esprit. Donc on ne trouve que pléthore de Dark Vador qui représente, il faut se le rappeler … le côté obscur de la force mais aucun Yoda qui lui représente la lumière et donc l’intelligence et la sagesse.

Donc après plusieurs semaines de recherches infructueuses, je suis rentré chez moi avec un Dark Vador sous le bras. 50 cm de côté obscur de la force dans mon atelier, il va quand même falloir que je trouve un contre pouvoir me dis-je … et j’ai trouvé ! Regardez la photo : ce bras tendu en avant avec la paume de la main vers le ciel, ce geste qui permet à Dark Vador d’étrangler n’importe qui à distance. Hé bein … couick ! tout le fluide la force est neutralisé par … l’innocence du Petit Prince. Quel plaisir de mater le côté obscur de la force … ha ha !

En gros, voilà ce que ça donne :

20161016_quelaforcesoitentoit_petitprince

Qu’il a l’air nouille tout d’un coup ce Dark Vador, hein ? Il a beau serrer le poing droit pour exprimer son bouillonnement interne … Le Petit Prince sur sa main gauche, qu’il porte haut sans faillir, prouve son allégeance à la paix et la sagesse du côté éclairé de la force … ha ha je te tiens Dark Vador !

Mais bon, j’avoue que je reste tout de même sur ma faim. Quand pas plus tard que la semaine dernière, dans ma grande épicerie numéro 2 dans l’ordre de mes habitudes de consommateur : un maître Yoda ! attention, pas 2, non … 1 seul. Et dans un emballage dont on sent qu’il a vécu comme s’il avait traversé l’espace sidéral à la vitesse lumière dans le millénium faucon … mal rangé dans la soute à bagage, jeté de ci de là, contre les parois, au gré des trajectoires d’évitement des tirs du TIE Fighter de Dark Vador … ouf !

Mon sang ne fait qu’un tour, je le prends … enfin presque car une autre main fait le même geste que moi ! « Touche pas au grisbi salope » (voix de Francis Blanche dans la scène cultissime de la cuisine des tontons flingueurs). C’est un grand gaillard, épais comme une armoire lorraine, qui a la même motivation que moi … il veut le maître Yoda, le seul sur le rayon. Alors c’est une question de vie ou de mort car il n’est pas question que je laisse cet énergumène s’emparer de MON maître Yoda.

Uppercut du gauche, baffe dans sa gueule (oui, j’ai eu le temps d’aller chercher un escabeau pour que ma main soit à bonne hauteur), redescendu de l’escabeau je lui percute le bide avec un direct du droit, je me retourne façon Néo dans Matrix et … au ralenti … je lui balance ma Caterpillar montante dans sa face (oui, entre temps je suis remonté sur l’escabeau, faut suivre). Ma chaussure lui déboîte la mâchoire et je perçois 3 dents, peut être même 4 car la rapidité de l’action m’empêche de bien compter, je redescends de l’escabeau et, dans un geste final, je projette la tête de maître Yoda pour lui massacrer les gonades … « ha ha … fallait pas toucher au grisbi … compris ?« . Fier d’avoir vaincu mon adversaire d’achat commercial, je laisse le gugusse allongé par terre et sans me retourner, je lui lance : « fallait pas avoir des vues sur mon Yoda … capitchi ?« .

Bon, en même temps, tout en me dirigeant vers les caisses, je me demande en moi-même si ce n’est pas le côté obscur de la force qui vient de guider mon comportement un tantinet … belliqueux … oui mais quand même, il n’y en avait qu’un seul de maître Yoda …

Arrivé aux caisses, je poireaute comme un âne en attendant mon tour dans cette file d’attente interminable … j’aime pas les files d’attente aux caisses des supermarchés. J’ai l’impression d’être un citoyen communiste aux pires heures du collectivisme imposé par le soviet suprême. Vous avez compris, en filigrane, que je ne voterai pas Mélanchon aux prochaines élections 😉

Bref, c’est mon tour, je dépose mon maître YODA sur le tapis roulant. Dans ma tête, je prépare mes arguments pour justifier cet achat aux yeux de quiconque pourrait me demander ce  que je fais avec ce jouet pour gamin. « c’est pour le p’tit, c’est son anniversaire demain … non, pas crédible … c’est pour le fils du concierge, il est fan de star wars … ha oui ça se tient … je pourrais même ajouter qu’il a 11 ans, ça renforce l’argument … bon, en même temps« . Et là, je suis interrompu dans mes pensées « HAAAAaaaargggg » c’est la caissière, elle vient de crier, surprise par maître Yoda qui avance inexorablement vers elle en la regardant avec ses yeux de chevalier Jedi.  »

Elle : « c’est à vous ? »

Moi : « bein oui »

Elle : « bein dites-donc … votre shrek … il m’a foutu la trouille ! »

Mon quoi ? Shrek ? Là, je suis tombé à la renverse. Assis par terre puisque je venais de tomber à la renverse (d’ailleurs, il faudra dire au directeur de ce magasin que son carrelage est vraiment pas confortable) … et sans bras car souvenez-vous, j’ai introduit cet article en écrivant que « les bras m’en tombent »  … j’ai pleuré toutes les larmes de corps ! Comment ? Comment pouvait-elle prendre Maître Yoda pour … Shrek ? Confondre le plus puissant des chevaliers Jedi avec … avec … un ogre vert affublé d’un âne ! Confondre 900 ans de sagesse avec … celui qui se lave les dents avec un liquide vert, qu’il tire d’une limace ?

Je crois que c’est à ce moment précis que j’ai compris qu’il était trop tard, qu’avec un tel niveau d’inculture dans la population française, le point de non retour était atteint. Jusqu’ici j’avais gardé espoir. Je me disais que ça ne pouvait pas arriver dans mon pays, en France. Non, ce n’était pas possible. Ce phénomène a déjà fait des ravages, regardez l’Angleterre … pan le Brexit ! Regardez l’Amérique … pan un Trump ! Alors je gardais espoir, convaincu que mon pays, le pays des lumières ne pouvait pas tomber dans l’inculture, l’ignorance, perdre à ce point ses repères. Et bien je m’étais trompé ! Croyez-moi quand on prend un maître Yoda pour un Shrek, c’est que le mal est là. Comme ces jours fébriles qui devancent la survenue de la grippe, la trumpisation foudroyante nous guette.

Moi je vous le dis « tout va à vélo ». Je vous le dis « tout fout le camp ! »

20161227_maitreyoda

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire😉

 

Comment les énarques nous pourrissent la vie

Je préfère prévenir d’emblée, cet article va livrer quelques réflexions peu amènes à l’encontre des titulaires d’un parchemin de l’école nationale d’administration. Oui, quand les experts des certifications professionnelles parlent diplômes, ils parlent de « parchemins ». Mais voilà un langage que nos éminences dirigeantes délaissent puisqu’il s’agit d’un langage de professionnels. Un langage d’expert. Et l’expertise, la maîtrise d’un sujet, c’est tout ce que l’énarque exècre. Et je vais vous expliquer le pourquoi à partir d’un exemple de notre vie courante : le ticket restaurant.

Quel lien, me demanderez-vous, entre mon ticket restaurant que j’utilise régulièrement dans mon Simply Market, mon Franprix ou mon super U et l’énarque qui est si loin de moi ? En lisant cet article, vous allez comprendre.

Allez, maintenant, je me fais plaisir. Voyez-vous, Coluche avait ses têtes de Turcs. En l’occurrence les flics et les sportifs. Souvenez-vous, dans un de ses sketchs il utilisait cette insulte « Hé Sportif, va ! ». Hé bien, avec cet article je vais essayer de populariser l’insulte : « Hé tête d’énarque, va ! » 😉

Ha oui, juste pour que le lecteur ne se m’éprenne pas. Je ne parle pas dans le vide, j’écris en connaissance de cause. Je connais parfaitement la fonction publique et je vis chaque jour au contact des individus qui ont été formatés par cette école.

Bon, commençons la taille du costard. Voyez-vous, jusqu’ici nous avions le mécanisme du ticket restaurant. En clair, tu n’as pas de cantine dans ton entreprise. Ou bien tu ne souhaites pas profiter du restaurant d’entreprise. Du coup, ton entreprise te permet d’accéder au ticket restaurant. Tu achètes ton ticket 3.57 euros et il a une valeur faciale de 8.93 euros. La différence, c’est ton entreprise qui la verse. Comme c’est expliqué sur le site du ticket restaurant, c’est « un avantage social massivement plébiscité par les employeurs et leurs salariés »

Mais cet avantage à tout de même quelques revers. L’administration, dans sa grande bonté, a édicté des … règles ! Hé oui, tout le monde sait que la commission européenne règle tout de notre vie : de la courbure de la banane à la texture du poil de la brosse à chiotte. Hé bien, en France, nous avons aussi nos spécialistes de la règle. Et je vous le donne en mille, Emile : ceux qui sont tout en haut de l’organigramme des rédacteurs de règles ce sont … les énarques ! Bingo poil au dos, voici le décor planté.

Bref, nous avons donc nos tickets restaurant en poche. « Quoi que c’est donc qu’on peut n’en faire ? » vous demandez-vous certainement.

ticketrestaurant

Evidemment, je peux aller au restaurant et payer l’aubergiste avec. Sous réserve évidemment que le tavernier les accepte. Mais il faut reconnaître qu’en France, c’est quasiment toutes les gargotes qui affichent le petit logo qui va bien.

Mais je peux également régler mes achats de nourriture à l’épicerie avec mon ticket restaurant. Peu importe que ce soit une grande épicerie démesurée genre « Mammouth » (spéciale dédicace à A. Jupé qui ne savait pas que Prisunic avait fait long feu) ou une épicerie de taille traditionnelle.

Je peux également faire preuve de générosité et donner mon ticket restaurant à une association pour nourrir les personnes qui en ont le plus besoin en étant certain que ma donation ira bien pour de la nourriture … dés fois que mes dons servent à engraisser les huiles d’une association … mais cela n’arrive jamais évidemment si l’on se souvient de feu monsieur Crozemarie.

Bon, grosso modo, voilà ce que je peux faire de mon ticket restaurant. Mais en disant cela, je n’ai pas donné les règles d‘utilisation. Bein oui, ce serait trop simple. Il faut quand même que nos énarques introduisent de la complexité si non, ce ne serait pas rigolo.

Par exemple, il faut pas moins de 15 articles du code du travail pour en préciser l’usage. Et je ne vous donne pas le nombre de décrets d’application.

Comme je n’aime pas avancer des éléments sans les étayer (hé oui, je ne suis pas un diffuseur de fausse information sur facebook), voici un exemple de règle :

« La consommation du repas, ou l’achat de préparations alimentaires, au règlement duquel le titre est consacré doit être effectué au cours d’une journée de travail du salarié, généralement pendant la pause accordée au salarié par le contrat de travail pour sa restauration »

En clair, tu passes à la caisse de ton prisunic (spéciale dédicace tout ça …à un candidat de la primaire à droite ho ! mais j’y pense … il a fait l’ENA lui !) à 19h00 PAF ! le caissier doit refuser car ce n’est pas ta pause accordée par ton boss. Mais comment le caissier peut le savoir, hein ? Que c’est pas ta pause casse-croûte ? hein ? Du coup le caissier il accepte car il ne va pas se prendre la tête à te demander tes horaires de travail.

Bon, vous l’avez compris c’est comme ça pour quasiment toutes les règles édictées par nos têtes d’énarque. Ces gentils gugusses qui ont fait l’école nationale d’administration. Ils ont appris à … gérer. Donc … ils gèrent … et en bons gestionnaires administratifs, ils édictent des règles inapplicables qui ne seront évidemment … pas appliquées.

Alors ça donne quoi au final ? Bein ça donne mon passage en caisse hier soir. Avec mon ticket restaurant j’ai réglé : un sachet de 3 carottes, une barquette de tomates cerise espagnoles, un bocal de sauce tartare … jusque-là tout va bien (enfin presque car ce n’est pas du plat cuisiné ou du sandwich mais bon) … et j’ai aussi réglé … un flacon de gel douche, un bidon de produit vaisselle et un p’tit père Noël qui fait bip-bip et qui clignote fabriqué en France car oui c’est bientôt Noël mais j’ai l’impression que je me suis fait avoir car à ce prix-là j’ai vraiment des doutes sur l’origine de la fabrication …

Et on fait tous ça ! C’est pour ça que ça a fini par mettre nos gentilles têtes blondes d’énarques en pétard. Je les vois d’ici « Screugneugneu de screugneugneu … ils respectent pas nos règles alors ça va barder ! »

Ici, il y avait deux possibilités :

  • Hypothèse 1 : les têtes d’énarques reconnaissent qu’ils ont pondu des règles inapplicables. Ils font amende honorable et ferment les yeux. Ou mieux, ils retirent leurs règles.
  • Hypothèse 2 : les têtes d’énarques ajoutent un étage au mille feuilles inapplicable et complexifient encore un peu plus le bouzin.

Alors ? A votre avis ? Ils ont fait quoi nos experts de la pensée unique ? Hein ?  bingo, vous avez trouvé : ils ont complexifié le bouzin. Dit autrement ils ont merdoyé encore plus.

Et c’est comme cela que nous arrive .. ta tsouinnn … la carte électronique ! Comme ça, plus de ticket papier. Vous réglez le tavernier ou le caissier de prisunic en introduisant la carte dans le lecteur. Et là, tout est contrôlé par la machine : plus moyen de payer un sachet de café car ce n’est pas du mangeable tout de suite, plus moyen d’utiliser plus de 2 tickets par jour, plus moyen de régler un dimanche parce que ce n’est pas un jour travaillé, etc … etc … rien que du bonheur quoi !

Une souplesse qui disparaît au profit d’une rigidité complexifiée du quotidien … vous venez de rentrer dans la pensée de l’énarque … créer des règles et les faire appliquer.

Par contre, pour donner mon ticket restaurant a un SDF … tintin ! Et c’est encore la solidarité qui trinque …

Pour les règles d’usage du ticket restaurant, c’est par ici : http://www.cntr.fr/V2/legislation/tr_utilisation.php

Bref, pour définir l’énarque, je vous propose cette définition : « brillants intellectuellement mais vides professionnellement ».

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire😉

L’école d’inge ou le graal à 2 balles …

Souvenez-vous, dans mon article sur les climatiseurs, je vous promettais de vous raconter l’école d’ingénieur. Comme je n’ai pas envie d’entendre que je n’ai pas tenu ma promesse – en période d’élections il faut se méfier – je vais donc vous narrer l’aventure du collégien, puis lycéen, puis étudiant en école d’ingénieur que je fus. Ou autrement dit, ma première expérience d’orientation scolaire.

Tout commence à l’age de 13 ans. Vous êtes en classe de 3ieme. Le soir vous regardez Récré A2 et son célèbre dinosaure orange qui mange du gloubiboulga. Quoi que, j’étais plutôt La Linéa. Ou alors Goldorak, je ne sais plus … Bref, imaginez un gamin de 13 ans qui termine Récré A2 avant de se retrouver devant son COP. Attention, nous ne sommes pas au pays de Donald T, le COP en France, c’est le Conseiller d’Orientation Psychologue. On est avec sa maman devant le COP qui regarde mes résultats scolaires et m’explique que je devrais faire un BAC E puis une école d’ingénieur.

Est-ce qu’il m’a demandé une seule fois ce que j’avais envie de faire, que néni. Est-ce qu’il m’a proposé d’évaluer mes intérêts professionnels, mes motivations, le sens que je souhaitais donner à ma vie, rien de rien. Ceci posé, à 13 ans, le sens de la vie …

Alors vous imaginez la capacité de résistance d’un gamin de 13 ans face à un orienteur qui lui propose la lune. Et sa maman qui est visiblement très fière de la proposition du sychaulogue 😉 Alors va pour ingénieur me dis-je …

Petit retour en arrière façon Doc et sa DeLorean DMC-12, je mets le convecteur temporel sur 15/11/1983.

delorean_dmc-12_001

Pour les plus jeunes qui n’ont pas connu l’époque du BAC E, c’était le programme du BAC C avec des enseignements préparatoires à la filière génie industriel en plus. En clair, c’était les 26 heures hebdomadaires du Bac C avec 20 heures de plus en génie mécanique.  Ha oui, mince le BAC C n’existe plus non plus aujourd’hui. Bon, alors on va dire que le BAC C c’était le BAC S d’aujourd’hui en 10 fois plus compliqué. Je vous laisse imaginer le E ! Et a cette époque, les chérubins qui se plaignent des devoirs à la maison, ça n’existe pas. Heuuu pardon, ça n’a pas le droit d’exister …

Bref, votre semaine était chargée de 46 heures. Et chacune des 46 heures générait des heures de devoirs à la maison. Alors autant dire que le concept de maison reste relatif car pour pouvoir tenir le rythme, vous étiez en internat. Haaaa quelle belle époque, j’en garde mes meilleurs souvenirs. Mais ça, c’est une autre histoire …

Vous l’avez compris, j’ai tout fait comme il a dit le monsieur COP : seconde indifférenciée où il fallait être dans les 5 premiers pour espérer entrer en première E. Je suis entré en première E. Puis Terminale E, puis le bac. Déjà là, avec le recul, j’aurais du me douter qu’il y a avait un truc qui clochait.

Quand tout mes potes prenaient leur pied en programmant des graphes d’hyperboles sur leur calculatrice programmable Casio, ou pire, le premier de la classe, fils de prof de math qui nous toisait avec sa calculatrice hewlett packard dont le mode de programmation avait du être écrit par un lituanien neurasthénico-hystérique rien que pour faire ch… ceux qui commençaient à comprendre un peu les maths … bref, pendant que mes potes admiraient les performances de la dernière Ferrari en s’extasiant sur sa cylindrée et la technique de fabrication de son arbre à came, moi … au fond de la salle d’étude, contre le radiateur réconfortant, je lisais Saint exupery … terre des hommes …

Allez, petit bon en avant, nous voici aux résultats de l’épreuve de sélection à l’entrée de l’école d’ingénieur. Fébriles devant le minitel, on tape les codes d’accès … 36 15 quinenveutdemonrésultat.

minitel_001

En une seconde d’appui sur la touche « envoi » toute l’épreuve de sélection vous traverse l’esprit : les 2500 candidats, les 120 places à l’école, les feuilles grand format vierges qu’il faut recouvrir de chiffres et de formules pour avoir une chance de réussir, le coeur qui bat à faire tomber un sensible de l’organe de vie, les profs au regard d’acier méprisant les candidats qui peinent et qui surveillent l’épreuve  … HAAaaaaaarrgg mais qu’est-ce que je fais là ?  Un instant je réfléchis et je me demande ce que je pourrais bien faire si je n’intégrais pas cette école ? En vérité, je n’en sais rien. J’ai beau creuser, chercher, je n’ai aucune autre piste. Depuis le COP, on a vaguement reparlé d’orientation au lycée mais uniquement pour tracer les pistes possibles après une terminale E. C’est pas compliqué, il n’y a que 4 issues possibles :

  1. les premiers de la classe : ce sera prépa math sup
  2. les suivants : concours d’entrée en école d’inge avec prépa intégrée
  3. les suivants : dossiers pour un IUT
  4. les derniers : dossiers pour un BTS

Autant dire que pour les 1 et 2, ça allait. Pour les 3 et 4, c’était vraiment la loose. Mais regardez bien les pistes proposées. Quel choix extrêmement étroit vous ne trouvez pas ? Vous savez quoi ? Je peux l’avouer aujourd’hui : en terminale, je n’avais jamais entendu parler de facultés des lettres, je ne savais même pas que ça existait !

L’une après l’autre, les lignes de l’écran du minitel s’affichent et bingo, mon nom arrive au tout début car mon nom de famille commence par une lettre en tout début d’alphabet : admis ! Bon, jusqu’ici le plan du COP se déroule sans encombre. Tiens ça me rappelle une réplique culte d’une série de l’époque …

Bien, si vous avez suivi jusqu’ici, me voici à l’école d’ingénieur. Bon, je vous passe la semaine d’intégration comme on dit car j’en garde un très mauvais souvenir et surtout une rancune tenace à l’égard de ceux qui, exprimant vraisemblablement une certaine forme de perversité, se sont vautrés dans cette forme de harcèlement dont, j’espère, ils ne doivent plus être très fiers aujourd’hui.

Bref, j’arrive sur les bancs de cette prestigieuse école avec en tête mon avenir d’ingénieur. J’allais être celui qui allait révolutionner les vies, résoudre la faim dans le monde, terminer les guerres, apporter la paix, inventer la fusée pour aller sur le soleil … un ingénieur quoi ! Je venais de me taper toutes mes années lycée à noircir des feuilles avec des équations, à faire sortir et rentrer des vérins pneumatiques, à mouler des pièces de fonderie, à fraiser des plaques de métal, à plonger de l’acier dans des bains d’huile, à couler de la fonte ductile  … il était temps de passer aux choses sérieuses. J’allais enfin travailler sur des vrais objets. Je ne sais pas moi … inventer un nouveau moteur pour le TGV !

« Regardez bien, ça c’est le plan d’un … essuie-glace de twingo ! Vous devez l’analyser et le re-dessiner pour qu’il ait moins de pièces mais qu’il conserve toutes ses fonctionnalités« .

« Heuuuu m’sieur, c’est quoi l’intérêt de cet exercice ? »

« Bein, c’est évident voyons ! en le re-dessinant avec moins de pièces, il coûtera moins cher à fabriquer ! Vous venez d’où vous ? hein ? vous êtes certain d’avoir réussi le concours pour être ici ? Et n’oubliez pas, vous êtes 120 et il n’y en aura que 100 qui passeront en 2eme année alors les déchets, c’est maintenant qu’on les repère ! »

Moi, je n’étais toujours pas convaincu : pourquoi je devrais perdre mon temps à re-concevoir un truc déjà conçu ? La twingo, elle l’a son essuie-glace, hein ? y’a qu’à filer ça à un mécanicien, il saura bien tortiller le truc pour te souder 3 morceaux et zou le tour est joué. Pourquoi gâcher des compétences d’ingénieur pour réinventer l’eau chaude ?

Bref, premier exercice, première note : E ! Oui, là bas c’était pas des notes de 0 à 20 mais de A à F. Autant dire que E, c’était pas terrible. Et pourtant, je lui avais redessiné son essuie-glace. Mais paraît-il que j’avais trop d’imagination, qu’il fallait faire plus simple ! Et je ne vous cache pas que les E vont s’enchaîner car après l’essuie-glace on a eu droit à la trappe du bouchon à carburant, puis le retroviseur, puis le phare arrière, puis le phare avant … bref, on a réinventé la twingo. Je me suis demandé combien ce prof avait touché de Renault ou alors peut être qu’il venait d’en acheter une pour sa femme … et qu’il prenait plaisir à la démonter pièce par pièce pour nous en apporter une chaque jour : « Mais non chérie, tu vas voir, l’essuie-glace ça sert à rien que j’te dis » … « le phare non plus de toute façon tu roules que de jour … »

Vous l’avez compris, ça ne me convenait pas car j’avais l’impression de faire du sur place, pire, de reculer puisque je devais concevoir des trucs déjà conçus depuis plusieurs années. Aucune innovation, aucune imagination, aucune création et une créativité à ne surtout pas exprimer sous peine de recevoir un … E. Et je ne vous ai parlé que des cours de génie mécanique. En math, on continuait sur la même lancée qu’au lycée : des équations, des équations et toujours des équations sans jamais y voir un côté un peu utile pour la société et le sens de la vie … quel ennui, quelle tristesse.

Je devais me rendre à l’évidence : j’avais idéalisé ce métier d’ingénieur et je découvrais qu’il était le métier le plus frustrant. Et si je me projetais dans l’avenir alors j’allais passer toute ma vie derrière un écran d’ordinateur à réinventer l’eau chaude déjà découverte depuis bien des lustres ou pire, à faire des équations inutiles sur des feuilles de papier … non ! Je ne veux pas devenir un ingénieur du vide constructif …

Alors je regardais mes acolytes rêver sur la Porsche qu’ils allaient pouvoir s’acheter avec leur salaire de futur ingénieur et je me demandais où il fallait chercher les éléments de motivation pour avoir ces envies car moi … l’objectif Porsche ne me faisait même pas vibrer, rien, que dale … décidément je n’étais pas comme eux …

Alors le soir, quand ils montaient au dernier étage de l’école, à la cafet des étudiants pour discuter Porsche, Ferrari et autre boîtes de vitesses moi je descendais quatre à quatre les escaliers pour fuir cet enfer, ce lieu qui représentait tout ce que je détestais le plus au monde : les profs les plus égocentriques, imbus de leur réussite, méprisant les élèves dans une posture anti-pédagogique qui me révulsait. A mes yeux, la formation se doit d’accompagner tous les impétrants dans une posture d’humilité et de compréhension pour s’adapter à toutes les formes de mécanisme d’apprentissage. La vraie gloire d’un prof c’est d’élever celui qui peine jusqu’à la réussite pas de concentrer son regard sur ceux qui ont déjà réussi.

Bon, après ce court passage où je règle mes comptes – ça fait du bien même si les acteurs concernés ne sont pas en face de moi et vraisemblablement qu’ils ne liront jamais ce texte malheureusement – redescendons sur terre. J’ai donc terminé l’année en roue libre, bien conscient que cette école ne me convenait pas et que de toute façon, je ne parviendrais jamais à m’entendre avec les profs. Nos divergences de points de vue étaient bien trop ancrées. Pensez … réingénieriser un essuie-glace de twingo … Autant dire que les valeurs d’humanisme, de tolérance et de quête de sens que je lisais chez Saint Exupery s’accordaient mal avec la pauvreté des enseignements de l’école d’ingénieur.

Par contre il fallait assumer, car il me fallait trouver autre chose, une autre piste de formation et je vous rappelle que mes compétences en orientation professionnelle étaient peu développées tant le lycée avait été pauvre en apport en ce sens.

Bref, cet article est consacré à l’école d’ingénieur et pas à mon orientation professionnelle. Vous avez donc compris que je ne suis pas devenu ingénieur en génie mécanique. On va donc s’en arrêter là. Peut être que je raconterai la suite dans un autre article. Et en guise de teaser je dirais qu’avec le recul, je ne regrette pas ce bon coup de pied dans le luc que j’ai reçu car il m’a permis de découvrir la voie professionnelle que je cherchais.

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire😉