Le supermarché improbable

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Ce soir je suis dans le tram, assis à mon club quatre, réfléchissant comme à mon habitude. Voyez-vous, je suis du genre à anticiper, à organiser, bref à planifier. Dans le jargon technique de la psychologie on va dire que je suis plutôt J sur la dimension J–P du MBTI. Et surtout, ne venez pas me dire qu’il s’agit d’une dimension Jungienne ! Oui, j’y tiens. Car Young n’a proposé que trois dimensions : E–I, S–N, et T–F. La dimension J–P a été ajouté par les auteurs Isabel et Katherine Briggs. Alors je vous en prie ne faites pas comme certains mauvais psychologues qui pensent que les quatre dimensions ont été proposées par Young dans sa célèbre typologie. Et ne me demandez pas non plus pourquoi Isabelle et Catherine portent le même nom.

Mais voilà que je m’égare car à l’origine il ne s’agit pas de parler du MBTI. Il s’agit de parler d’un supermarché improbable.
J’étais donc dans mon tram T3, assis toujours sur mon club quatre, réfléchissant à ce que j’allais manger ce soir. Échafaudant de nombreuses hypothèses, oui je suis du genre à anticiper comme je vous l’ai déjà expliqué. Échafaudant de nombreuses hypothèses, disais-je, j’en arrivais à cet insight, c’est-à-dire à cet éclair transcendant qui vous apporte cette réponse que vous cherchez depuis des heures et des heures. Et en l’occurrence ici, cet insight n’est autre qu’un … pot de rillettes !

En effet en réfléchissant à toutes les hypothèses de mets culinaires qui pourraient faire mon repas du soir, je me suis souvenu que j’avais dans mon placard en haut à gauche de ma cafetière KRUPS à broyeur intégré, un petit pot de rillettes qui devraient être bien bonnes car elles viennent du Mans. Et ce n’est pas une forfaiture, ni une invention de ma part car … c’est marqué dessus !

J’ai donc poursuivi ma réflexion en partant de l’hypothèse « rillettes ». Mon schéma cognitif est alors le suivant : tout d’abord s’interroger sur les conditions dans lesquelles les rillettes du Mans seront les plus goûteuses ? A cette question tout le monde vous répondra sans exception : « délicatement étalées sur un morceau de pain frais et croustillant ». Il me faut donc trouver une boulangerie susceptible de me fournir en pain frais et croustillant.

Ici mon heuristique de raisonnement est assez simple puisque j’identifie immédiatement la boulangerie du bas de chez moi. Mais, il est nécessaire de prendre en compte quelques caractéristiques. Nous sommes vendredi, il est 17 heures, le pain le plus frais et le plus croustillant sera donc celui de la fournée du soir qui est disponible, d’après mes observations, après 18 heures. Il faut donc que j’arrive à la boulangerie du bas de chez moi après 18 heures, mais avant 19h15 car à cette heure … il n’y a plus de pain.
Je me vois déjà, tartinant délicatement mes rillettes du Mans sur la baguette tradition tout juste sortie du four, fraîche et croustillante à souhait. C’est alors que j’imagine le petit carré de pain surmonté d’une épaisseur consistante de rillettes, accompagné d’un cor … sacrebleu, je comprends immédiatement la faille de ma démonstration. Et le gâchis gastronomique si je ne résous pas d’abord cet imbroglio : je n’ai plus de cornichons chez moi.

Heureusement que je suis du genre à anticiper car la rillette a beau être étalée sur du pain frais et croustillant, si elle n’est pas accompagnée d’un cornichon c’est toute une tradition française qui est bafouée. Il me faut donc trouver rapidement et en tout cas avant 18 heures un pot de cornichons de bonne facture.
Première hypothèse, je passerai au petit magasin Franprix avant de passer à la boulangerie et je pourrai trouver un pot de cornichons. Encore une fois mon anticipation me permet d’évaluer la qualité des cornichons que je peux trouver dans mon petit magasin Franprix. Je me souviens en effet que le dernier pot acheté était rempli de cornichons tellement fins que j’ai du les prendre à la pince à épiler. Des cornichons fins, je veux bien, mais il faut quand même qu’il y ait de la matière à croquer. Il me faut donc trouver un autre lieu d’approvisionnement en bocal de cornichons.
J’en étais là de mes réflexions, lorsque je m’aperçois que mon tram T3 est en approche de la gare de Rosa Parks. Je jette alors un œil sur l’horloge gigantesque totalement incrustée dans le mur de la station RER : 17h25. Autant dire que si je prends le RER de 17h35, je risque d’arriver un peu tôt à la boulangerie. Je décide alors de profiter du petit temps que j’ai à tuer devant moi pour me rendre chez l’épicier Édouard Leclerc de Rosa Parks.

Voyez-vous Rosa Parks est une station RER relativement récente et les aménagements autour de Rosa Parks sont encore plus récents. Il y a la des dizaines et des dizaines de magasins, de restaurants, de croissanterie, bref nous sommes là dans un quartier totalement rénové façon « branchouille ». Je veux dire par là que nous sommes très loin de l’architecture douteuse, et principalement cubique voir parallélépipédique rectangle, des magasins de zones commerciales. Pour le dire autrement, nous sommes très loin des zones commerciales affreuses, composées de hangars en tôles aux couleurs tantôt blafardes tantôt criardes qui enlaidissent les paysages de nos périphéries urbaines par des non-sens esthétiques qui insultent les yeux des hommes et des femmes qui se précipitent à l’intérieur, non pour consommer voracement, mais pour s’épargner la vision d’horreurs métalliques qui étalent au grand jour notre régression architecturale depuis des millénaires et le modèle de la périphérie urbaine du Caire magnifiquement aménagée du côté du plateau de Gizeh … trois petits points de suspension … comprenne qui peut … ou qui veut mesdames et messieurs de la grande distribution responsables de la défiguration de nos périphéries urbaines et PAF ! ça … c’est fait !

Bon, où est-ce que j’en étais ? Ha oui, voyez-vous, lorsque vous entrez dans l’épicerie Édouard Leclerc de Rosa Parks, après les classiques portillons automatiques, vous pénétrez dans un intérieur aux couleurs chatoyantes et à l’équipement électronique branché et connecté de la dernière génération. Par exemple vous avez un appareil qui transforme vos pièces de monnaie en bons d’achat. J’ai pas du tout compris l’intérêt d’une telle fonctionnalité mais bon si ils l’ont fait c’est que ça doit servir. Un peu plus loin vous avez sur votre gauche une espèce de cage vitrée transparente derrière laquelle défilent des clients à la queue leu leu. Vous vous demandez bien ce qu’ils font jusqu’à ce que vous découvriez qu’ils passent leurs articles sur les caisses automatiques sans caissière. Encore un peu plus loin, derrière son comptoir, le monsieur de la sécurité récupère votre sac, exactement comme la conciergerie. C’est-à-dire qu’il prend votre sac, va le ranger dans un espace dédié, et vous donne en échange un petit carton avec un numéro. Autant dire le grand luxe des palaces parisiens à la portée du client d’Édouard Leclerc.

Je pénètre donc dans le magasin, admirant devant moi les kilomètres de linéaire. Mais attention pas des linéaires en tôle blanche blafarde, toute tordue, à l’image de l’architecture en tôle cubique desdits magasins. Non, non, non devant moi ce sont de magnifiques étalages design, de couleur noire comme les célèbres berlines allemandes, recouverts de bois, sans aucun doute de sapin des Vosges à ce niveau de qualité. Voyez-vous, dans ce magasin les étiquettes ne sont pas toutes pourries et illisibles comme dans tous les autres magasins. Ici les étiquettes sont fabriquées dans la même technologie que les liseuses sur lesquels vous téléchargez le dernier Guillaume Musso. Oui alors là je préfère prévenir tout de suite, j’ai cité Guillaume Musso juste pour que les moteurs de recherche genre Google répertorient mon article. En effet si j’avais choisi un autre auteur plus intéressant, voir même Carl Gustav Jung, la probabilité pour que Google référence mon article aurait été bien plus faible. Tout cela pour dire que je n’ai jamais lu Guillaume Musso et que je serais bien incapable de citer quoi que ce soit de sa plume.

Bon, vous l’avez compris le magasin est hyper tendance. On pourrait même dire qu’il est « hype ». Et là vous vous dites « mais où est-ce qu’il veut nous emmener avec son histoire de magasins ultramodernes ? ». Et bien voyez-vous, dans ce magasin ultramoderne, ultra design, ultra tendance et tout et tout, et bien on ne trouve rien ! Car mon bocal de cornichons, je ne l’ai jamais trouvé. Ha ça … des cornichons j’en ai trouvé ! Et pas que dans les clients ! Des cornichons à la Russe, des cornichons aigres-doux, des cornichons au vinaigre balsamique, des cornichons au sel de Guérande, des cornichons au piment d’Espelette, des cornichons sans Glyphosate … oui, là j’ai un peu inventé mais c’est pour la même raison que le Musso du dessus : le mot « Glyphosate » est très tendance  en ce moment, donc en le rajoutant PAF les moteurs de recherche vont relayer mon article et BIM cet article aura plein de statistiques, de faulauweurs et tout et tout.

Bon, où est-ce que j’en étais ? Ha oui, des cornichons machin tout ça, des cornichons au jus de pruneau d’Agen, des cornichons élevés sous la mer, des cornichons sans sucre ajouté, des cornichons à 25% de matière grasse et sans oublier, évidemment, les célèbres cornichons du bassin d’Arcachon !

Mais des cornichons tout simples, que nenni … nada … rien … impossible de trouver un bocal de cornichons tout simple.

De guerre las j’ai donc renoncé à ma quête du cornichon dans cette épicerie. Car oui il faut le dire et dénoncer cette situation intolérable où, en France, en 2017, l’administration autorise l’ouverture de magasins improbables dans lesquels on ne trouve pas de cornichons basiques. Alors même qu’il en va de l’avenir de notre gastronomie.  Je repense ici à mes rillettes orphelines … reposez en paix … le frigidaire sera votre caveau pour l’éternité tant que je ne trouverai pas de cornichons … amen !

Alors je le demande solennellement au gouvernement : il faut obliger les épiciers à vendre des cornichons … génériques ! On a su le faire pour les médicaments, il faut le faire pour les cornichons !

 

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Bref, je suis allé en mission (1)

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Dans mon métier, on dit « Je vais en mission à … « . Rien à voir avec une mission secrète, James Bond, tout ça. Non, non, c’est juste qu’on part en déplacement professionnel. Et la destination est importante car c’est rarement l’endroit où tu passerais tes vacances. C’est genre « Je vais en mission à Montargis ».

Bon parfois, la destination est pas mal. Mais comme tu y vas pour bosser, bein … t’as pas vraiment le temps d’en profiter. Alors que tu ailles à Venise ou à Montargis, c’est pareil.

Bref, je suis allé en mission à Montpellier. Et Montpellier, en pleine canicule… c’est chaud. Et dans mon métier, quand on va en mission, ça veut dire qu’on va auditer. C’est marrant comme la perception change suivant que l’on est d’un côté ou de l’autre de la mission. Moi je trouve ça sympa. Mais de l’autre côté, ils ont les copeaux, ils fouettent, ils tremblent, ils sont tout blancs …

Bref, je suis allé en mission à Montpellier

Une mission, ça commence toujours par la logistique. Oui, il y a aussi le boulot qu’il faut préparer. Mais j’en parle pas ici. Donc la logistique ou dit autrement, la « résa d’hôtel ». Tu te connectes sur le site du prestataire, tu entres Montpellier. Tu précises les dates. Et pouf ! tu as la carte avec les hôtels possibles : une petite flèche verte et l’hôtel est « dans les prix », une petite flèche rouge et l’hôtel est … « pas dans les prix ». Pour le dire autrement, réserver à Montpellier en juillet en s’y prenant la semaine précédente c’est … que des flèches rouges. Alors là, tu peux prendre un hôtel « flèche rouge » mais il faut passer par un circuit de validation à 2500 niveaux qui va jusqu’au président de la république avant de revenir par le même circuit. C’est possible … mais seulement en théorie. Alors il reste le joker. Non, non, pas l’appel à un ami mais … l’appel à l’assistante.

Moi : « dis Stéphanie, je ne trouve pas d’hôtel dans les prix pour la mission à Montpellier lundi prochain »

Stéphanie : « T’inquiète, je m’en occupe »

Moi : « OK super. Heuuu … pas à Tataouine quand même … hein ? »

Stéphanie : « Mais non … fais moi confiance… »

Le lendemain, Stéphanie vient me voir dans mon bureau et me dit « A y est, je t’ai trouvé un super hôtel … dans les prix … et avec vue sur mer ! »

Bref, j’ai une confiance toute relative.

On arrive à Montpellier. Oui parce qu’une mission c’est toujours à plusieurs. Là on est 3. On est à la gare de Montpellier, en plein centre ville.  La température au sol est d’environ 48 degrés … à l’ombre. Le lieu de la mission est à l’est de Montpellier. L’hôtel est à l’ouest de Montpellier. Il est 11h30. Les collègues veulent déposer les valises à l’hôtel. On appelle l’hôtel…. l’hôtel ne répond pas.

On va à l’agence de transport en commun pour demander l’itinéraire jusqu’à l’hôtel. On entre.

Le guichetier : « On ferme ! Vous avez l’autre agence au coin de la rue après le Mac Do ! » dit-il, d’une voix nasillarde dans l’hygiaphone. Tout le monde sort, regards perdus … Mac Do là … à midi ! On marche et nous passons le coin de la rue. A peine tourné, une file d’attente de 3874 personnes déborde de l’autre agence.

Bref, on a failli tester les renseignements des transports en commun montpelliérain !

On va faire autrement. On appelle l’hôtel … bis … non, non pas IBIS la marque des supers hôtels. Le « bis » c’est pour dire qu’on l’appelle pour la 2ieme fois …

Le collègue : « Bonjour madame, comment fait-on pour rejoindre votre établissement par les transports en communs ? »

La dame de l’hôtel : « Bein … vous n’êtes pas rendus ! Pis … ça grimpe fort pour venir jusqu’ici. Et si vous venez avant 15h30, il y a un supplément de … beaucoup de neuros ! »

Moi : « qu’est-ce qu’elle dit la dame ? »

Le collègue : « elle dit qu’on va pas aller tout de suite à l’hôtel, on ira ce soir »

Je mets une carte de la ville de Montpellier pour que l’on ait bien les mêmes repères en tête. Les distances sont estimées approximativement et sont assez proches de la réalité.

Bref, on a pris le tram vide à Montpellier.

Oui, en province, c’est pas comme à Paris : le tram il est vide et tu peux t’asseoir.

3h plus tard, on descend du tram. On marche en traînant nos valises par 60 degrés à l’ombre mais nous on est en plein soleil. On marche … on marche … on marche …

  • Moi : « dis ! T’es sûre que c’est par là ? Parce que là … y’a plus de trottoir depuis au moins 3 kilomètres » …
  • Le collègue : « Si, si, je t’assure, c’est écrit sur le plan, regarde …« 

Ha oui … finalement, ce n’était pas si loin. Après 6h de marche on est arrivé sur place.

Bref, on a commencé la journée, mais surtout la mission, comme après un vendée globe en solitaire par 75 degrés au soleil …

J’ai dit que je ne parlais pas du contenu de la mission. Parce que c’est quand même un peu secret, tout ça, que j’ai pas trop le droit d’en parler alors … hop c’est la fin de la journée. Objectif : rejoindre l’hôtel qu’est dans les prix et avec vue sur mer 🙂 Mais qui est de l’autre côté de la ville  😦

Après les 6h de marche en traînant la valise, le passage à niveau et ses innombrables convois ferroviaires, plusieurs hectolitres de sueur dans la chemise, nous voilà à l’arrêt de tram. Il est 18h30 mais la température n’a pas varié d’un iota. Je peste contre Donald Trump, omni responsable devant l’Éternel du réchauffement climatique. Le cheval de fer s’arrête à notre hauteur. Les portes s’ouvrent. Nous pénétrons à l’intérieur. Pinaise … pas climatisé … c’est comme dehors mais en 3 fois plus chaud. Je re-peste contre Donald Trump ! On choisit un club 4 et on s’installe. Oui, le tram est vide … c’est pas comme à Paris tout ça…. enfin je l’ai écrit plus haut.

Bref, on a chaud, très chaud … vraiment très chaud. Et c’est pas comme si on était en costard cravate 😉

A quelques mètres, un gars discute bruyamment, avec son acolyte. Il accompagne son propos de gestes approximatifs à la trajectoire manifestement mal maîtrisée. Ce n’est pas sa gestuelle qui m’interpelle mais plutôt l’avenir de la boîte en fer de 50 cl qui contient un breuvage houblonné mais surtout … qui décrit des sinusoïdes en 3D. Si elle pouvait parler, elle dirait certainement « s’il te plait, vide moi et qu’on en finisse le plus vite possible, j’ai la nausée« .

Bref, l’artiste nous regarde. Je comprends qu’il va nous interpeller. Bingo, il vient dans notre direction … mais pas en ligne droite. On m’a pourtant toujours appris que le chemin le plus court c’est la ligne droite sauf … quand la terre tangue. Et là, la terre … elle a l’air de vachement tanguer pour cet olibrius

L’artiste : « messieurs, puis-je me permettre de solliciter votre savoir au sujet d’une question qui nous divise, mon ami et moi ? »

Moi : « mais faites donc, mon brave. »

L’artiste : « Alors voilà … de votre point de vue, combien d’années séparent deux générations ? »

Moi : « 25 ans. »

L’artiste : « Hum …votre réponse n’arrange ni mon ami, ni moi-même car nous voici maintenant avec 3 propositions différentes. Comme vous avez l’air érudits, je considère votre réponse comme la plus juste. Je vous remercie messieurs. »

Et il rejoint son acolyte … toujours pas en ligne droite et en se tenant aux barres verticales judicieusement disposées le long de son trajet par le fabriquant du tram. Alors que tout le monde sait que le plus court trajet entre 2 points, c’est la ligne droite comme je le disais précédemment.

On se regarde. On esquisse un large sourire entendu, rassurés par la nature non belliqueuse de notre nouveau compagnon de transport en commun.

Mais l’embellie n’est que de courte durée. L’artiste revient vers nous, non sans s’être abreuvé d’une goulée de la mousseuse boisson.

L’artiste : « messieurs, la décence m’oblige à vous donner une explication à ma sollicitation. »

Moi : « mais non, t’inquiète pépère … c’est pas utile »

L’artiste : « messieurs, je ne sais pas qui vous êtes. Vous êtes peut être … PDG. Je vois monsieur avec son costume et sa cravate. Et bien moi je suis … scénariste ! Là je prépare une pièce de théâtre avec un concept tout à fait nouveau : je fais parler un caillera en vieux françois et Louis XIV en caillera ! »

Tellement captivés par la maestria de notre artiste avec sa canette que nous n’avons pas prêté attention au voyageur qui vient de s’asseoir à nos côtés sur le club 4 d’en face.  Mais l’artiste lui, l’a repéré et lui tend la main. Enfin … comme quelqu’un qui essaie de viser le digicode avec un taux d’alcoolémie incompatible avec ce screugneugneu de clavier beaucoup trop petit …

Ils se saluent, se disent « bonjour« , échangent quelques mots genre « j’pensais que tu m’avais pas vu. Bein si que je t’avais vu mais je discutais avec ces messieurs … hurmpf »

Personne ne dit mot mais nous sommes soulagés que notre nouveau compagnon, l’artiste, ait retrouvé un compère. Comme ça, au moins, il nous lâchera la grappe.

Hé flûte, j’ai parlé trop vite ! Ledit compère ne doit pas l’apprécier plus que ça car il l’invite à poursuivre sa conversation avec nous. 4 regards furibards sont maintenant dirigés vers le compère qui nous fait un large sourire … un sourire qui dit « démerdez-vous avec lui, j’ai autre à faire que supporter son haleine d’outre à bière ! »

Le voilà qui revient vers nous : « ho oui, je ne vais tout de même pas laisser ces messieurs sans explication »

Moi : « mais si pépère … ne te prends pas la tête, on ne t’en tiendra pas rigueur »

L’artiste : « alors voilà mon idée … vous voyez, lui  » dit-il en pointant du menton notre collègue « il a un costume … une cravate. Je ne sais pas qui il est mais … il pourrait être PDG ou même … président … »

Moi : « c’est pas faux d’autant qu’un PDG … c’est aussi un président … hein ? »

L’artiste : « alors lui, on s’attend pas à ce qu’il parle comme une racaille de banlieue. Mais s’il disait … heuuu … j’sais pas moi heuuu … j’kiffe trop la meuf de la compta … celle qui bosse au 3ieme ! Hein ? ça fait drôle non ? Pour un type qu’est en costard cravate ? … »

Moi : « Effectivement, je vous confirme que je vois pas trop mon collègue s’exprimer ainsi »

Nous en étions là de notre échange fort instruisant quand le tram s’est arrêté. Je crois que le copain de l’artiste a finalement eu pitié de nous car il lui a dit « Hé mec … c’est ton arrêt ! » et l’artiste s’est précipité dehors. Enfin … comme on peut se précipiter quand on est sur un radeau par forte houle et que l’on cherche à quitter le navire pour rejoindre la terre ferme … heureusement qu’il y avait un abris-tram … c’est comme un abris-bus sauf que c’est pas sur une ligne de bus mais de tram … en face de la porte pour stopper net la course chancelante de notre auteur-compositeur-interprète d’une pièce de théâtre qui fera un malheur au box office, n’en doutons pas.

Bref, après la sortie remarquée de notre artiste et sans faire de rappel, notre tram a repris son petit bonhomme de chemin vers sa destination initiale. Et nous … bein … on est restés assis, dans la chaleur suffocante d’un été à Montpellier, suants à grosses gouttes dans nos chemises comme au sauna. Sauf qu’au sauna, tu y vas en tenue adéquate … tu n’y vas pas en costard cravate …

Après quoi … pfiouuuu à peine 12 heures plus tard, 2487 arrêts et environ 12 millions de kilomètres, voici que se profile à l’horizon, notre arrêt. Nous descendons. Dehors, il fait encore plus chaud que dedans … c’est incompréhensible. C’est un peu comme si les lois de la physique avaient contourné Montpellier et se disant « non non, ici, on va laisser le soleil faire ce qu’il veut comme il veut. On ne va pas baisser la température quand il y a de l’ombre« . Du coup, le soleil en profite et il fait ce qu’il veut. Alors … il chauffe ! Et il chauffe fort … très fort ! C’est quand on a commencé l’ascension du mont Niitaka, que j’ai compris ce que ressentent les haricots du cassoulet juste avant d’exploser dans le four micro-ondes poussé au maxi.

Oui, non seulement l’hôtel est loin de l’arrêt de tram mais en plus ça grimpe fort, le soleil doit être à quoi … pfiouuu pas 2 mètres au-dessus de nos têtes, il n’y a pas de bus pour nous y rendre et on doit longer la route qui elle, forcément … est dans le sens inverse donc … les voitures s’en donnent à coeur joie pour descendre « fend la bise« , ou « vent du cul dans la plaine » si vous êtes plutôt sergent major, et nous polluent notre oxygène parce que franchement, c’était pas assez difficile comme ça.

Donc on attaque l’ascension de la roche de solutré. Au premier carrefour, on croise les potes de l’artiste qui proposent de nous vendre des bouteilles d’eau fraîche si non, nous disent-ils, vous n’arriverez pas en haut. Malins les acolytes du poivrot du tram : eux, ils restent en bas pour picoler des bières et ils vendent de l’eau à ceux qui entreprennent leur chemin de croix jusqu’à l’hôtel. Mais bon, à 7499 euros la bouteille de 50 cl, on a courtoisement décliné l’offre. Et on a marché … marché … marché et comme dans le désert, plus on avançait plus le haut de la colline s’éloignait …

8 heures plus tard, les roues des valises avaient perdu 1/3 de leur diamètre. Le bitume du trottoir collant à nos semelles comme le ruban antimouches aux pattes de la drosophile, nous arrivâmes … au Mac Donald’s ! Hé oui, sans faire attention, tellement voûtés par le poids de la chaleur, on a oublié de tourner et paf … nous voilà au Fast food ! Heureusement, en relevant machinalement la tête … nous aperçûmes l’enseigne de notre hôtel … de l’autre côté du rond point.

Bref, on a retrouvé le sourire

Dans ma tête, je repense à la joie de Stéphanie m’annonçant fièrement « A y est, je t’ai trouvé un super hôtel … dans les prix … et avec vue sur mer !« . « Avec vue mer ! » … on doit être à mille kilomètres de la mer ! Et pis avec cette chaleur, la mer a du s’évaporer entièrement !

Bon, nous voilà aux portes … de l’hôtel. Enfin … je ne sais pas si vous connaissez la chaine « Appart’City » ? C’est comme un hôtel, ça ressemble à un hôtel mais … c’est pas un hôtel. En fait c’est de la location d’appartement à la nuit ! Si si je vous assure c’est possible. Et quand on loue un appartement, qu’est-ce que l’on fait … hein ? je vous le demande … hein ? De … la … paperasserie ! plein de paperasserie ! Donc, nous voilà en train de biffer les 12 154 pages du contrat de location … en 3 exemplaires … Et tout cela pour une piaule de 6 m2 à Tatouine les bains, sur le rond point du périph par 75 degrés sans clim !

2 heures et demi plus tard, la nana de la réception nous explique qu’elle va faire des photocopies pour laisser un exemplaire du contrat de location .. à chacun. On lui répond, en coeur : « qu’elle peut se le carrer dans l’f …. son contrat« .

Bref, on l’y a braqué son armoire à clés après l’avoir assommée avec un vieux « Figaro Madame » qui traînait par là. On récupère nos clés de chambre. Pour moi ce sera le 6ieme étage. Si si c’est important, vous allez voir. J’introduis la clé, je tourne, je clenche et je pousse la porte qui s’ouvre sur un tout petit couloir. Pas dans la longueur … le couloir, non … dans sa largeur. J’avance, et j’entre dans … bein dans ce qui doit être la chambre mais comme le lit prend toute la place, il doit rester environ 10 cm entre les murs et le lit. En face de moi … une fenêtre qui fait toute la longueur du mur. Bon en même temps, vu la taille de la pièce, ça ne fait pas non plus une fenêtre gigantesque. On va enfin avoir le dénouement de ce suspens devenu maintenant insoutenable : la … « vue sur mer » est-elle une blague de l’assistante ou un argument commercial surfait de l’hôtel ?

Je pousse le rideau ou plutôt … je le tire car dans ce sens c’est plus juste de dire … « ho tu vas pas nous faire traîner plus longtemps, tu la lâches ta pastille hein !« . Bon ok, par la fenêtre j’ai une vue  imprenable sur … le rond-point et sa concomitante circulation automobile et motobylette pétaradante et klaxonnante comme seuls savent le faire les sudistes d’en bas de la France. Au second plan, le centre commercial très animé ce soir avec ce campement de gens du voyage qui fait étape sur le bitume brûlant. C’est vrai qu’à Montpellier il est beaucoup plus agréable de camper sur le parking d’un supermarché plutôt que de pousser de quelques kilomètres jusqu’à Palavas les flots … hein ! C’est quand même beaucoup plus amusant de venir emmerder les clients des hôtels à proximité plutôt que de danser la carioca sur le sable chaud au bord de l’eau … hein ! Au 3ieme plan, on commence à moins bien distinguer mais je crois reconnaître une zone résidentielle.

Et voilà … voilà voilà voilà … l’assistante s’est bien joué de m… non ! Attends ! Là-bas … oui, tout là-bas … tout au fond …  on dirait … mais oui ! Une toute petite ligne légèrement bleutée … c’est la mer ! Alors comment dire ? Techniquement, on peut le confirmer « oui, c’est exact,  on a vue sur mer depuis la chambre ». Mais reconnaissons tout de même qu’on est loin du concept de « vue sur mer ». Et vu l’épaisseur de la ligne bleue, je pense qu’au 5 ieme étage je ne la voyais plus. Alors vous voyez que c’était important de préciser l’étage ? hein ?

Quand je recevrai le questionnaire de satisfaction que l’hôtel ne manquera pas de m’envoyer, je pense que je ferai un rapport d’étonnement sur l’argument commercial qui vante la … « vue sur mer » 😉

Murielle Bolle : alors, expert … ou pas ?

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Ca fait quelques semaines que cette information est sortie. Et ça fait quelques semaines que je me demande comment réagir. Finalement, je vais rédiger un billet sur mon blog car j’en suis arrivé à la conclusion qu’il vaut mieux en rire.

L’affaire dite « du petit Grégory », ça vous dit quelque chose ? Oui forcément. A moins de s’être exilé quelque part chez les gnous de Patagonie depuis le 16 octobre 1984 et de vivre en ermite isolé de tout contact façon mormon dépressif alors vous avez forcément entendu parler du petit Grégory Villemin. Il se trouve que depuis quelques semaines, « l’affaire » revient sur le devant de la scène. Un nouveau « rebondissement » comme disent les médias pour attirer notre attention et nous tenir en haleine.

Le point qui m’intéresse particulièrement dans ce nouveau rebondissement c’est la publication, le 27 septembre 2017 d’une « expertise psychologique » de Murielle Bolle. Alors, souvenons-nous, Murielle Bolle, c’est la gamine rouquine avec une bouille de Gengis-Khan. Oui, j’aime bien dire « Gengis-Khan » et en plus … Gengis-Khan … il était roux. Bref, Murielle Bolle c’était la gamine que les journalistes pistaient dans les années 80 du côté de la Vologne comme les paparazzis pistent Carla Bruni aujourd’hui du côté des champs Elysées. Sauf que Murielle Bolle, en 1984, elle n’avait rien pour attirer la lumière des projecteurs. Mais du jour au lendemain, PAF tous les journalistes ne parlent plus que d’elle ! Pour parler en standard de 2017, Murielle Bolle, après le 16 octobre 1984, c’est la youtubeuse à 3 millions de folowers que tout Jean-Pierre Pernaut qui se respecte doit avoir accroché à son tableau de chasse. Toute la France lève l’oreille quand Roger Gicquel ouvre son journal de 20h en prononçant ces mots « La France a peur ! »

Bon, revenons à nos moutons parce que … Murielle Bolle, en 2017, elle a quand même 48 ans. Hé oui, ce n’est plus la gamine de 15 ans du 16 octobre 1984.

Alors Murielle, puisqu’elle revient sur le devant de la scène, elle a droit à son expertise psychologique : Article de 20minutes, article de Vosges Matin

Et son expertise psychologique vaut le détour. Non, mieux, elle vaut son pesant de cacahuètes. Enfin … j’en arrive a me demander si ce n’est pas l’experte qui mérite la palme d’or … de Rire & chansons. Car franchement, mieux vaut en rire qu’en pleurer comme on dit.

J’ai presque envie de mettre en lien cette expertise avec l’affaire de la fausse psychologue, qui réalisait des expertises pour les tribunaux avant que l’on ne découvre qu’elle avait fabriqué elle-même ses diplômes avec des modèles récupérés sur net. (France Info juin 2013 )

Bon … alors, venons-en aux faits que diable ! Le test de l’arbre, c’est quoi donc que ce truc là ? Il faut grimper dans l’arbre, comme le chat de tonton Lulu ? Il faut abattre un arbre comme un bûcheron canadien ? Il faut l’entourer de ses bras pour ressentir la force cosmique de mère nature qui a traversée les siècles et les siècles … amen ? Hummmm moui c’est un peu cela !

Voyez par vous même, si vous faites un peu de recherche sur le test de l’arbre du côté du web, vous allez déterrer une profusion d’articles qui se veulent plus scientifiques les uns que les autres. Et évidement, tous ces articles expliquent, en substance que, houlala le test de l’arbre est très peu utilisé en France et que bein … c’est vraiment dommage parce que … il est quand même trop super parce qu’il est bien ce test.

Alors regardons d’un peu plus près les arguments de ces articles en faveur de cet outil vraiment trop formidable :

  • il est utilisé pour des tas de recherches sur des sujets aussi variés que l’étude de la personnalité normale, le diagnostic des troubles du comportement, l’évolution de la perception chez l’enfant. Ha ouais sympa, dites-donc il fait plein de truc votre test. Mais si non, les données de validation, je peux les trouver où ? Hein, parce que bon, vous croire sur parole, c’est pas trop mon truc. Moi j’aime bien vérifier par moi-même …
  • On l’utilise pour vérifier l’influence des variables … écologiques ! Si si, demandez à Nicolas Hulot, il va vous expliquer ça … hein ?
  • Le test de l’arbre, c’est rien d’autre que le support de la projection, l’objet jouant le même rôle que le miroir qui ne fait que renvoyer l’image projeté. Ha bon, fiouuuu et ça sort d’où ça ? Ha oui, de la tête d’un certain Koch en 1949. Et lui-même, il le sort d’où, ou bien il l’a démontré comment ? Ha oui … il l’a dit donc c’est forcément juste …

Mais la cerise sur le gâteau c’est quand même cette affirmation « Des analogies avec la graphologie peuvent être faites et servir de points de repère. » Ha bein oui, là évidemment c’est du lourd. Si le test de l’arbre est aussi puissant que la graphologie, la cartomancie, la taromancie, la boule de cristallerie, alors là … c’est sûr, c’est puissant. C’est puissant comme … un PPT d’un consultant Cap Gémini. Pensez donc « Pour progresser, la RSO doit désormais être … en phase avec les attentes des parties prenantes ! » Non, arrête, tu déconnes ! Comment c’est trop puissant tout ça ! Attends, attends, c’est pas fini, « elle doit être mobilisatrice à tous les niveaux de l’organisation » dingueuuuuu ! C’est beau comme un commentaire de joueur de foot « On va jouer le match et essayer de marquer des buts parce qu’on veut gagner ce match ! » Ha bein ouais dis-donc, des mecs qui viendraient sur le terrain pour faire une pétanque, je pense que ça surprendrait un peu … hein ? …

Exemple de PPT « Cap Gémini »

Bon, revenons à notre test de l’arbre. Ce que j’aime également, c’est cette phrase « le sujet exprime dans son dessin autre chose que ce qu’il pense faire consciemment ». Bein oui, attend mais c’est tellement évident. Tiens par exemple moi, quand je vais au supermarché chercher des nouilles parce que j’en ai plus chez moi et que je veux faire des pennes carbonara bein en fait, j’exprime autre chose dans mon achat de nouilles que ce que je pense faire consciemment … en fait, je ne prends pas un paquet de nouilles, j’exprime mon refoulé inconscient d’un événement traumatique vécu entre 2 ans 3 mois 1 semaine 2 jours 3 heures 45 minutes et 4 secondes et 23 ans 11 mois 3 semaines 4 jours 12 minutes et 45 secondes ! Si si, je vous assure, c’est la taille de la boîte de lustucru multipliée par la surface du magasin divisé par le tour de poitrine de la caissière qui permet cette interprétation et cette précision. Alors tu vois … hein … c’est l’indice de Wittgenstein des boîtes de spaghettis

Alors moi, au départ, en bon scientifique que je suis, j’ai pensé que ce bon vieux Wittgenstein avait mené des études sérieuses sur la question. Etudes sérieuses, en termes scientifiques ça veut dire qu’il s’est assuré du caractère reproductible de sa découverte. En clair, qu’il a analysé des milliers et des milliers de personnes pour découvrir une constante qu’il a traduit en indice avec sa méthode de calcul. Puis il a vérifié sur un très grand nombre personnes que son indice fonctionnait systématiquement. Et c’est pour cela que l’on trouvait des chiffres tout à fait précis qu’il faut d’ailleurs relativiser comme toute recherche scientifique en sciences sociales.

Hé bien … non ! Notre Wittgenstein, il ne s’est pas embarrassé de tout cela ! Que néni ! Il s’est levé un matin et il s’est dit « Bon si je multipliais le périmètre du tronc de l’arbre par le nombre de feuilles sur les branches et que je divise le tout par la taille en millimètres du petit-neveu de la personne concernée… hein ? c’est pas mal ça ?

  • Arrête ton char Ben Hur c’est du grand n’importe quoi, si ta personne n’a pas de petit-neveu, tu fais quoi ? Et attend il y a mieux … ton arbre… Il est dessiné sur une feuille de papier… tu fais comment pour faire le tour et avoir le périmètre ?
  • Ben c’est-à-dire je sais pas moi je prends un mètre à ruban de couturière !
  • Mon dieu quel boulet, mais quel boulet Haaaaa vraiment vous les cliniciens vous avez vraiment des problèmes avec les chiffres.
  • Bon ok alors … si je multipliais la hauteur du début du noeud de l’arbre par l’âge du capitaine et que je divise par la hauteur totale de l’arbre … paf ça me ferait un truc rigolo et je pourrais dire que c’est l’âge d’un traumatisme hein … cool comme idée non? »

Du coup, moi aussi je peux concevoir un test méga trop bien pour être un super expert auprès des tribunaux. Pour cela il faut déjà un peu de psychanalyse. Par exemple, si vous voulez briller en société en vous faisant passer pour un expert en psychanalyse, c’est vraiment très simple : laisser libre court à votre imagination puis faites en sorte de toujours terminer sur un caractère sexuel.

Par exemple, c’est le milieu du repas, la maîtresse de maison apporte une pintade farcie aux marrons et en même temps, votre voisin de table, l’oncle Marcel vous demande si vous avez visionné cette vidéo sur iou tioube de ce jeune boulanger qui proteste contre la grande distribution. En apparence, une conversation anodine comme il en existe des millions chaque jour dans le monde. Et bien aux yeux de l’expert psychanalyste que vous êtes, que neni ! Il s’agit là d’un évident transfert de subjectivité de l’inconscient de tonton Marcel qui a pensé à la baguette du boulanger à la vue de la pintade sortant de la cuisine. Son désir refoulé a passé les barrières de son surmoi qui exprime à haute voix, son envie de pénétrer la pintade. La baguette du boulanger devenant le substitut  phallique narcisisé jusque là introverti et interdit de séance sur la scène de la table familiale. Et concluez toujours par un diagnostic, peu importe lequel, mais surtout avec un terme abscons genre « hum, c’est une pathologie évidente, il s’agit d’un syndrome de psychose de vandenbrouck ! »

Et si vous n’êtes pas très créatif alors écoutez « Claude Almos » sur France info et chipez ses idées. Chacune de ses interventions est un florilège de constructions mentales improbables toujours teintées de ce qu’il faut de caractère sexuel.

Ensuite, à partir de cette technique d’analyse, je vous propose de fabriquer le test … des pieds de la pintade … rapport à la pintade de tata Juju de ci-dessus ! Et je vais vous expliquer comment l’utiliser

Alors premièrement, vous demandez à la personne qui vous consulte : « dessinez les 2 pieds d’une pintade. L’espèce de pintade de votre choix. Ne faites pas à la « va vite » sinon la projection est faussée. Toutefois ne soyez pas inquiet, ce n’est pas une épreuve de dessin. »

Le premier pied, celui de gauche représente l’avenir. Bein oui parce que s’il est à gauche alors c’est le pied droit de la pintade. Et le pied droit c’est celui que la pintade bouge en premier pour avancer donc avancer c’est l’avenir tu vois … enfin c’est évident quoi ! Et donc, à contrario, le pied droit, c’est donc le gauche, c’est donc l’arrière donc c’est le passé.

Alors dans ce dessin, le pied droit est proéminent donc la personne à un énorme traumatisme dans son passé. Et comme les 3 orteils de la pintade sont disproportionnés alors c’est de toute évidence un traumatisme dis … heuuu bein  heuuuu …. proportionné quoi. Alors après, je mesure la distance entre le bout du pied de la pintade et la fin du talon puis je multiplie par 3,14 alors j’obtiens le nombre de secondes entre la survenue du traumatisme et sa non résolution car un traumatisme ne peut jamais être résolu. C’est l’indice de MÖCKELBY, du nom de la table IKEA sur laquelle j’ai conçu cet indice.

Bon, maintenant que vous avez compris le principe du test projectif, revenons à notre Murielle. L’experte lui a demandé de dessiner un arbre. Mais attention, pas un … sapin ! Car dans le test de l’arbre, le sapin est considéré comme trop prototypique et donc il pourrait être stéréotypé et ne pas du tout représenter la projection. Bon, c’est quand même pas de bol … Murielle ! Car Murielle, elle est … vosgienne. Et qu’est-ce que l’on trouve le plus comme arbre dans les Vosges … hein ? Je vous le demande ? Bein … des sapins, des sapins des Vosges évidemment ! Alors Murielle elle a du dessiner un autre arbre. Genre heuuuu … un marronnier, un érable, un bouleau ou même un cerisier. Mais … le cerisier elle veut pas car elle sait pas dessiner les cerises avec la queue …. « HAAAAAAArrrrrrgh malheureuse que n’as-tu dis là ? »

  • Tu évoques la queue des cerises alors tu exprimes inconsciemment le viol que tu as vécu en 1983 ?
  • Bein … non ! Je parle des cerises donc je parle aussi des queues des cerises … quoi ! Allo, non mais allo … t’es psychologue clinicienne alors tu psychote pas … ok ?

Bon, Murielle, elle aurait bien dessiné un arbre à cames parce qu’elle aime bien les camions, surtout les camions américains avec leur gros klaxon. Mais la psychologue elle a pas voulu d’un un arbre à cames non plus parce que l’experte elle sait pas changer une roue de bagnole alors un moteur, vous pensez bien. Et avant que Murielle lui pose la question, la psychologue elle a dit qu’elle voulait pas d’un arbre généalogique non plus parce que l’oncle Bernard elle le connaît déjà et la tata Jacqueline aussi. Alors Murielle elle avait plus vraiment le choix. Il ne lui restait plus que le mirabellier qu’elle a dans son jardin. Alors Murielle elle a proposé à la sikologue clinicienne de dessiner un mirabellier. Et la sikologue clinicienne elle a dit d’accord pour le mirabellier du jardin.

Murielle a commencé à dessiner le mirabellier du jardin comme elle l’avait vu le matin même. Alors elle a commencé à dessiner le tronc tout biscornu et surtout de travers parce que le mirabellier du jardin il était comme ça : biscornu parce que tous les mirabelliers sont biscornus et penché car c’est un effet de la tempête de 1999 dans les Vosges. Le vent a soufflé tellement fort qu’il a penché l’arbre à tout jamais.

Alors la sikologue clinicienne elle était très contente car l’arbre il avait bien la tronche d’un arbre plein de traumatismes tout ça. Allors elle lui pose des questions :

  • dit, pourquoi il est tout p’tit ton arbre ?
  • Bein parce qu’un mirabellier c’est tout p’tit à côté d’un grand sapin des Vosges
  • Haaaa non, pas le sapin ok ? Bon, alors ton arbre il est tout p’tit hein ? C’est bien ça ?
  • Bein … relativement au sap … enfin relativement aux autres arbres … on peut dire que oui
  • « On peut dire que oui … » Donc, on dit « oui » Hein ? C’est bien ça, il est tout p’tit
  • Bein si j’ai pas le choix alors … si on ne regarde que lui … oui …
  • Ha donc c’est bien ça, il est tout p’tit, tout rikiki, tout rachitique. Et toi ? Tu te sens toute petite, hein ? Tu te sens écrasée par toute cette affaire, non ?
  • Heuuuuuu, je fais 1 mètre 82 pour 103 kilos … j’ai pas le sentiment d’être rachitique …
  • Oui mais … c’est symbolique … tu vois, tout ça … c’est … conceptuel …
  • Ho hé, je sais pas qui c’est septuel mais je suis pas con … ok ?
  • Non, non, je … voulais dire que … enfin, toi … au plus profond de toi, tu a l’impression d’être comme le mirabellier de ton jardin …
  • Bahhhh non … moi j’ai pas de prunes jaunes qui me pousse sur les bras …
  • « J’ai pas de prunes jaunes sur les bras … » et tu aimerais en avoir ?
  • Non mais ça va pas … qu’est-ce que vous avez picolé avant de venir ?
  • « Qu’est-ce que … vous … avez … picolé ? Picolé … picole … anatole … Colargole … » tu as envie de donner de l’amour comme l’ours Colargole ?
  • L’ours colargole, celui de la télé ?
  • Oui … celui-là
  • Haaa bein pourquoi ça ? Pourquoi vous me parlez de l’ours Colargole ? Moi quand j’étais petite je regardais plutôt l’île aux enfants … j’aimais bien Casimir …
  • Casimir, tu aimais bien Casimir. Casimir c’est un gros dinosaure. C’est très méchant et violent un dinosaure
  • Bein … pas Casimir … Casimir c’est un personnage qui prend la forme d’un dinosaure pour incarner la gentillesse … c’est une forme d’auximore conceptuelle si vous voulez bien. Vous n’avez jamais regardé Casimir à la TV ?
  • Huuummmm non …
  • Vous devriez peut-être dessiner un arbre vous savez …

Du coup, en avant première devant vos yeux esbaudis, voici une reconstitution du dessin de l’arbre de Murielle himself. Si si, c’est une exclusivité unique au monde rien que pour mon blog et nul part ailleurs. Je dois remercier pour cela, Germaine Pignon qui est dame pipi mais également femme de ménage dans le bureau de la psychologue clinicienne experte près la cour d’appel de Dijon. Germaine agitait sa chiffonnette sur le bureau en bois de la psychologue clinicienne quand elle vu le dessin qu’elle a d’abord pris pour celui de Sigmund, le fils de la psychologue clinicienne. Elle nous l’a rapporté et quand nous avons vu la signature, nous avons compris qu’il s’agissait du dessin de Murielle bolle. Le voici donc ci-dessous :

Age du sujet : 48 ans
Hauteur de l’arbre : 24,7 cm soit 247 mm
Début du nœud : 6,9 cm soit 69 mm
Fin du nœud : 8,3 cm soit 83 mm

Indice de Wittgenstein :
Début de l’événement traumatique : (48 x 69)/247 = 13 ans et 4 mois
Fin de l’événement traumatique : (48 x 83)/247 = 16 ans et 2 mois

Alors surtout, il faut dire à Murielle que si elle dessine un arbre l’année prochaine, il faudra qu’elle dessine le nœud un chouilla plus bas, ok ? Ouais parce que comme elle aura 49 ans, si elle le dessine au même endroit bein … les calculs ne seront plus bons !

Un petit moment de sérieux maintenant : Mesdames et messieurs des tribunaux, je vous invite à arrêter de juger les hommes et les femmes à l’aune de pseudo expertise charlatanesque plus proche de la boule de cristal et du marc de café que du sérieux scientifique que la psychologie sait faire. Tous les tests ne sont pas égaux devant la science. Pour faire simple, les tests projectifs c’est tout pourris, les tests construits dans le respect des normes psychométriques c’est du sérieux et du robuste. Commencez donc par regarder plutôt du côté de la psychologie différentielle et oubliez la psychologie clinique. Et pour débuter votre désintoxication de la psychologie clinique, je vous invite à lire un très bon bouquin : « Le livre noir de la psychanalyse »

Il s’agit d’un collectif de scientifiques qui vous explique, de manière simple et pédagogique, pourquoi toutes ces interprétations pseudo freudiennes c’est du grand n’importe quoi.

Cet article est sponsorisé par Psychologie Magazine :

As-tu lu ton … horoscope ?

Vous le savez car vous l’avez entendu partout : le big data, les algorithmes, l’intelligence artificielle machin tout ça vont révolutionner notre façon de vivre. Et c’est déjà le cas sur internet où les google, facebook et autre amazon vous présentent des contenus publicitaires adaptés à vos envies. Hé oui, vous visitez le site de LCI et paf l’écran est maculé de petites vignettes faisant la pub pour des chaussures talon haut taille 36. N’allez pas croire que LCI se reconvertit dans la maroquinerie. C’est juste que, hier soir, vous avez entré la requête suivante dans votre moteur de recherche : « je voudrais les mêmes souliers que cendrillon et le prince charmant qui va avec« . Et finalement vous avez visité le site sarenza.com …

Notez bien que ça marche aussi avec les batteries de cuisine, les bagnoles, les pots de peintures, le jambon, les mouliplexeurs à autoturbine décentrée etc … etc …

Voyez-vous, moi je suis plutôt du genre à faire des recherches sur le matériel photo. Alors quand je vais sur le site de LCI … ha non, ça c’est pas possible. Donc quand je vais sur un autre site que celui de LCI, paf, l’écran est maculé d’objectifs … Nikon ! Hé oui, reconnaissez que c’est puissant l’intelligence artificielle. Houuuuuuuu qu’est-ce qu’il faut comme intelligence pour programmer un algorithme du genre : si visite du site sarenza.com alors pourrir l’écran avec des godasses plein partout ! Puréeeee mais j’y suis, je vais me faire recruter par google pour programmer ses algorithmes.

Bref, voici ma propre expérience de ce matin. Je vais donc sur le site de Météo France et voici mes pubs personnalisées de l’intelligence artificielle des algorithmes (je vous jure que c’est une vraie capture écran de ce matin) :

Alors j’ai cherché à comprendre le sens. Béh oui, je suis comme ça moi : j’ai besoin de comprendre. Et j’ai fini par comprendre car c’était finalement assez simple. L’algorithme m’a présenté des pubs qui font sens une fois assemblées. Et ce sens c’est … mon horoscope évidemment ! Laissez tomber les étoiles, les constellations, les Jupiter dans Saturne avec la lune en petite orbite, tout ça c’est du grand n’importe quoi. Les algorithmes de Google sont bien plus pertinents quand il s’agit de prédire l’avenir.

Bon, comme je vous imagine un tantinet sceptique, voici la traduction évidente de mon horoscope de ce matin :

Alors, c’était évident, non ?

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Je connais bien les Vosges

La Mode est aux quiz parait-il ! Alors je vous ai concocté un petit quiz de 15 questions sur les Vosges. Mais attention, c’est pas du quiz façon « modes et travaux » ou encore « Biba ». C’est un vrai quiz bien balaise ! Il suffit de cliquer sur l’image pour commencer :

Et vous ? Vous faites combien ?

#Vosges #Lorraine #GrandEst #Contrex

Combien de temps pour … un z’oeuf à la coque ?

Ha ha ! hein ? combien de temps ? Non non, je vous voir venir. Interdit d’aller sur votre moteur de recherche. Il faut trouver … là … tout de suite. Et sans pouvoir faire appel à un ami !

Car c’est exactement ce qui m’est arrivé, il y a peu, lors d’un déplacement professionnel. Voyez-vous, ce qu’il y a de bien dans les déplacements professionnels, c’est le petit déjeuner le matin à l’hôtel. En semaine ordinaire, chez toi, t’as pas trop le temps. Alors zou … un café vite fait sur le coin du zinc tout en enfilant ta chemise et en nouant ta cravate. Haaaa saperlipopette, quel gros ballot je fais ! J’ai taché ma chemise avec mon café … bon bref, c’est plutôt régime sec. Alors quand tu es en déplacement professionnel, quel bonheur que de descendre à la salle petit dej’ de l’hôtel. De n’avoir rien à faire. Juste choisir tout ce que tu veux au milieu de cet étalage de pancake, baguette fraîche et croustillante, fromage, charcuterie, fruits, céréales, yaourt, confiture, beurre, miel et … la machine à cuire les z’oeufs !

Oui, je n’ai jamais fait un seul hôtel qui n’ai pas cette « machine à z’oeufs ». Un ustensile tout simple : de l’eau qui bout, des petits paniers métalliques au bout d’un manche et une provision d’oeufs. En clair, tu vas te faire cuire un oeuf comme tu veux. A la coque, dur, mollet, brouillés, oeuf au plat c’est toi qui vois. Et toujours, toujours, toujours à côté de ladite machine il y a de quoi se remémorer le temps pendant lequel tu laisses ledit oeuf plongé dans l’eau.

Je me souviens de l’hôtel de la semaine précédente. Les temps de cuisson étaient écrit, à la craie, sur une ardoise. C’était super déco, tendance façon auberge d’autrefois.

Bref, je suis donc avec mon z’oeuf dans une main et le panier porte z’oeuf dans l’autre. Je cherche le temps de cuisson pour un oeuf coque … rien … rien de rien ! Pas un écriteau, pas un petit papier, pas une notice sur la machine, et encore moins une jolie ardoise avec des pleins et des déliés à la craie … rien ! Même pas un minuteur à portée de main … rien !

Bon, « On va pas se mettre le tyrex au court-bouillon quand même » me dis-je . Oui c’est pour dire qu’on va pas se faire des noeuds au cerveau juste pour ça. C’était pour accentuer le côté « rate » que je trouve trop édulcoré. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de mettre un tyrex au court-bouillon … hein ? Déjà que le homard c’est pas évident parce qu’il se défend le gars voyant bien que sa dernière heure à sonné. Alors un tyrex, vous pensez bien.

Du coup, 3 options s’offrent à moi : 1. je demande à quelqu’un dans la salle 2. j’y vais au feeling 3. j’abandonne. Alors autant vous dire que la 3 est balayée d’un trait de plume avant même d’être envisagée. Oui ! un Bebel n’abandonne jamais. Un Bebel ne capitule pas devant l’adversité. Un Bebel assume en toute circonstance, c’est comme ça. C’est quand même pas un truc, sorti du fondement d’une poule, qui va me tenir tête.

Pour la 1, ça pourrait encore se discuter parce que dans la salle, il n’y a que des inconnus. Je pourrais donc demander, au risque de passer pour une nouille, car personne ne me connaît. Mais imaginons que demain, je devienne célèbre hein ? Vous imaginez si cette histoire venait à sortir dans la presse : « Ha ouiiii c’est le mec qui ne savait pas cuire un oeuf à la coque !« . Bon, on ne sait jamais donc oublions la 1 également. Il me reste donc l’option 2.

Je fais donc le mec qui assure. Je place l’oeuf dans son petit panier. Et dans un geste très assuré, presque professionnel, je plonge majestueusement ledit z’oeuf dans l’eau frémissante … plouf !

Ho pinaise, l’eau qui gicle sur mes pompes ! Hé ho … faudrait voir à pas trop sortir du récipient, hein ? J’ai pas mis mes bottes en koutchouk aujourd’hui. Je suis en déplacement professionnel. Alors j’ai mis mes Weston … et le gland de mes Mocassins à pampilles collection « VEAU BOX NOIR LES GRANDS CLASSIQUES » est pas waterproof … ok ?

J’observe les bulles tout en comptant dans ma tête … hum … c’est fou comme les minutes passent moins vite quand tu observes un oeuf dans l’eau frémissante …

Bon allez, on va dire que c’est bon. Je m’empare du manche bleu. Oui pour bien reprendre mon z’oeuf et pas celui de la voisine, le constructeur a pensé à mettre des couleurs sur les manches. Je saisis un coquetier. Hé hé pas bête le gars : je me doute bien qu’il doit être chaud. Je place le coquetier sur le dessus de l’oeuf et je retourne. Hop, je tiens le coquetier à l’endroit avec mon oeuf dedans sans l’avoir pris avec mes doigts. Si vous n’avez pas bien compris le geste, demandez moi, je vous ferrai un croquis 😉

Je reviens à ma place et au passage, paf je m’empare discrètement du pichet de jus de pomme. J’aime le jus de pomme le matin au p’tit déjeuner. Quand on sait que les British disent “An apple a day keeps the doctor away” (Manger une pomme par jour éloigne les médecins) voilà qui se marie parfaitement avec mes Weston ! Bon, par contre il faut absolument le crier bien fort dans la salle « Je vais prendre un jus de pomme … de pomme … » car la couleur dans le pichet en verre peut prêter à confusion. Ce doré translucide ressemble, à s’y méprendre, à du whisky. J’en conviens, ce breuvage se marie également très bien avec mes Weston. Mais je ne veux pas passer pour un pochtron du p’tit matin avec son litron de boisson frelatée.

L’oeuf est devant moi, dans son coquetier. Je le regarde en me disant « il manque quelque chose …« . Mais c’est bien sûr ! Il me manque un coupe z’oeuf à la coque. Vous savez, ce truc rond avec des dents de requin à l’intérieur que vous appliquez sur le dessus … et avec les deux trous façon ciseaux … crac … vous coupez la tête de l’oeuf et y a plein de petits bouts de coquille qui tombent dedans ! Comment je fais sans un coupe z’oeuf à la coque ?J’ai donc observé mon z’oeuf à la coque, incapable de savoir si, à l’intérieur, il était trop ou pas assez cuit. Un peu comme la poule qui a trouvé un couteau … Comment je fais ? Même avec mon smartphone j’ai pas réussi à ouvrir le dessus de mon z’oeuf à la coque alors vous voyez.

Bref, j’en ai eu marre. J’ai pris l’oeuf dans ma main et … je me le suis écrasé sur le front ! Bein oui, tous les gens célèbres reçoivent des oeufs sur le front alors je prends un peu d’avance c’est tout ! Et vous savez quoi ? Hé bein j’étais super content car mon z’oeuf … il était bien « à la coque » ! le jaune liquide a bien dégouliné jusqu’à ma chemise et le blanc, bien cuit, est tombé sur mes Weston 😉

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Bref, je me suis fait un Mac Do …

Bon, aujourd’hui je me suis dit « Tiens, j’me ferais bien un p’tit Mac Do !« . Ni une, ni deux, je prends mon pass navigo et direction le Mac Do de Val de Fontenay.

Quand je vais dans ce genre de restaurant huppé, je me fixe toujours une règle de conduite : s’il y a trop de monde, j’abandonne sans même entrer. Là, j’arrive et je constate une fréquentation que j’estime acceptable. Et en plus, le chef de rang s’approche de moi et m’invite à me diriger vers une borne libre. Oui, je dois vous préciser qu’au Mac Do de Val de Fontenay il n’y a plus aucune caisse sur le comptoir. Les convives sont invités à faire leur commande sur une immense borne façon 4 par 3 pour que tout le monde autour puisse voir que tu cliques sur le Big Mac double size avec le supplément mayo et 3 sachets de ketchup !

Bref, c’était vraiment trop bien parce que je n’ai pas eu à faire la queue. Je suis immédiatement monté à l’échelle pour aller cliquer, tout en haut, sur le menu « Mc First ». Puis je suis redescendu m’accroupir pour cliquer, tout en bas, sur le cornet de frites. Et c’est vraiment trop super parce que le Coca Zéro, il était au milieu de l’écran donc j’ai pu cliquer dessus sans trop de gymnastique. Et oui, un écran 4 par 3, c’est pas ta petite tablette ipad de « cul nul », c’est du lourd !

Bref, j’ai entré ma carte bleue dans le lecteur au raz du sol, il est en dessous de l’écran 4 par 3, puis le code et j’ai validé. A partir d’ici, tu ne peux plus faire « annuler ». Donc, c’est pile à ce moment qu’ils sont arrivés. « Ils » c’est en fait toute la population d’île de France qui n’est pas en vacances en ce début Août. Voyez-vous, je pense qu’ils se sont tous dit « Et si on allait au Mac Do … de Val de Fontenay … là, tout de suite maintenant ?« . Ce sont donc 768 543 personnes qui sont arrivées au Mac Do de Val de Fontenay. Mais c’était vraiment trop super bien parce que moi, j’avais déjà passé ma commande. En plus, avant même que je n’introduise ma carte bancaire, sur la borne c’était écrit « Nous préparons déjà votre commande ! ». J’étais trop super content.

Alors, je suis allé vers le comptoir pour récupérer ma commande. Le fameux comptoir qui n’a plus de caisses. Il est donc totalement dégagé pour aligner les plateaux. Là, j’ai vu une équipière Mac Do courir à droite, puis à gauche, puis à nouveau à droite, puis à nouveau à gauche. Ensuite elle est revenu, elle s’est passé la main dans les cheveux puis elle a levé la tête vers l’écran. Ensuite elle parti vers l’arrière, puis elle est revenu vers l’avant. Elle est reparti vers l’arrière, puis elle est revenu. Elle a de nouveau regardé l’écran. Puis elle est reparti à droite. C’était beau comme une chorégraphie des petits rats de l’opéra. Alors j’étais trop super content parce que je me suis dit que j’étais tombé le bon jour : aujourd’hui il y avait un spectacle en bonus. Alors j’ai sauté 2 fois sur place et j’ai dit « Youpiii » (mais dans ma tête pour que personne n’entende). Progressivement, elle apportait des ingrédients qu’elle posait sur les plateaux mais … pas trop vite. Alors moi, je me suis dit que c’était pour ne pas secouer les sodas ou faire tomber la salade des burgers dans la boîte.

C’était vraiment trop génial parce que ça faisait à peine … quoi … 17 minutes que j’étais là, que déjà elle appelait la commande numéro 95. Moi j’ai regardé mon papier et j’étais vraiment trop content car il portait le numéro 99. Alors elle est repartie dans son ballet harmonieux, prenant un Big Tasty par ci, un Ice tea par là et les déposant sur 2 plateaux différents avec délicatesse. Ensuite, je l’ai vu déposer un coca zéro sur un plateau vierge et j’ai compris que c’était ma commande. Alors je n’ai pu contenir un nouveau petit « youpi » de joie et j’ai à nouveau sauté 3 fois sur place. Ensuite elle a repris le mouvement numéro un : à droite, à gauche, à droite, à gauche, la main dans les cheveux, les yeux au ciel etc … et une boîte d’happy Meal sur un plateau, un Big Mac sur un autre. Et c’était vraiment trop super méga bien parce que moi, je pouvais regarder mon coca zéro sur mon plateau. Et là, elle à dit « la 96 !« . Et moi j’étais trop méga dans la zénitude profonde parce que j’avais la 99 et qu’il s’était passé à peine 19 minutes entre la 95 et la 96 ! Alors je me suis retourné et j’ai souri aux 768 541 personnes derrière moi.

Après on est passé au mouvement 2 de la chorégraphie et c’était vraiment trop beau. En fait, la copine de l’équipière Mac Do, celle qui bosse au comptoir Mac Café est entrée dans la danse. Oui, vous savez, le comptoir Mac Café, c’est celui où il n’y a jamais de client et l’équipière Mac Do passe son temps à astiquer le comptoir avec un chiffon pour faire croire qu’elle a beaucoup de travail parce qu’elle ne veut pas aller aider ses collègues qui remplissent les plateaux. Alors là, elle avait trop bien frotté le comptoir et aussi lavé les tasses à café et aussi ré-aligné les macarons et … et … et … elle pouvait plus faire semblant d’avoir trop de boulot …

Là, c’était vraiment trop beau car on voyait le professionnalisme et les années d’entraînement. Elles se croisaient sans jamais se toucher. Elles virevoltaient, légères comme des hirondelles sans jamais lâcher le Big Mac et le sunday caramel avec les petites cacahuètes dessus. C’est à ce moment précis que, dans un canon en coeur parfait, elles ont annoncé les commandes 97 et 98. C’était trop beau, j’ai senti une larme couler au coin de mon oeil gauche. Alors j’ai sauté sur place et dit « youpiii » (tout bas, juste pour moi). La prochaine était pour moi, j’ai senti mon p’tit coeur palpiter comme jamais d’autant que l’équipière numéro une venait de déposer un cornet de frites sur mon plateau … à peine 47 minutes après le coca zéro. J’étais trop super méga content.

Alors le ballet a repris au numéro un mais cette fois avec 2 ballerines. Hé hop, à droite, à gauche, à droite, à gauche, yeux au ciel, mains dans les cheveux et devant, derrière, devant, derrière. Big Mac, Royal cheese, sunday fraise et … Happy Meal déposés en rythme sur les plateaux. C’était beau comme du Mozart. J’étais trop super joyeux. Alors l’équipière a annoncé « commande 02« . Mais c’était pas grave parce que j’étais trop bien content de regarder ce spectacle. Je me suis retourné et j’ai crié aux 768 539 personnes derrière moi de frapper dans leurs mains, de sauter sur place et de tendre l’index droit vers le plafond … « allez tous, en coeur … frappe dans tes mains … saute sur place … Hand up, baby Hand up« .

Ensuite j’étais vraiment trop content parce que, juste après la commande numéro 15, je l’ai vu se saisir d’une boîte de Mc First dans un tourné, boulé, déhanché impeccable. Et en guise de final magistral, elle a fait un salto avant double carpé et déposé la dite boîte … sur mon plateau ! J’ai senti mon coeur s’envoler, battre à tout rompre quand j’ai entendu le …99. « Oui, c’est moi … c’est moi, ici … oui, j’arrive. »

« Bon appétit et désolé pour l’attente » me dit l’équipière du Mac Do de Val de Fontenay. Alors moi, trop content, je lui ai répondu « Et merci madame de vous être occupé de moi avec autant de professionnalisme et d’abnégation« . J’étais trop sur mon petit nuage tellement j’étais trop satisfait d’être content. Je tenais entre mes mains, mon frêle petit plateau après à peine 1h et 26 minutes d’attente.

Alors après j’étais vraiment trop bien dans mon for intérieur de moi-même parce que j’ai fait quelques tours du restaurant et j’ai rapidement trouvé une place où m’installer.  11 272 fois l’allée centrale et les travées extérieures et voilà que la place idéale se libère : juste à côté de la table où mémé s’est installé avec ses deux petits enfants de 3 et 4 ans pour réserver les places en attendant que maman revienne avec les 2 happy Meal. J’étais vraiment trop content, proche de l’extase en déposant mon plateau sur la table pendant que Missandei se laissait choir de la banquette sur mes caterpillars, heureusement montantes, tout en vociférant un assemblage de syllabes dont je n’ai pas … totalement saisit le sens. Stannis a bien essayé d’en profiter pour me chiper une frite mais mémé lui a chopé le bras droit avant qu’il ne commette son forfait. Il est alors parti dans un cri nasillard montant dans les aigus tout en chouinant par vocalise. Tout en remontant Missandei sur la banquette, mémé a tenté de faire taire Stannis en lui disant qu’il était pas gentil de se faire remarquer comme ça. Moi, je ne voyais plus rien tellement j’étais trop joyeux d’être attablé devant mon menu Mc First option Fish.

Le sourire aux lèvres, j’ai pris ma paille. J’ai délicatement déchiré juste le bout de l’emballage en papier et j’ai porté le petit bout de paille qui dépassait à ma bouche et … j’ai soufflé ! L’emballage s’est envolé telle une fusée pour la lune puis, la vitesse décroissant, il s’est mis à tourbillonner dans l’air pour revenir s’écraser sur la tête de Stannis. J’étais vraiment trop super content d’avoir réussi ce lancer d’emballage de paille et d’avoir atteint une cible de choix : le petit morveux de 3 ans potentiel chouineur devant l’éternel.

J’ai alors posé le bout de ma paille sur le petit opercule percé du couvercle de mon gobelet de Coca zéro. J’ai appuyé délicatement jusqu’à ce que les pré-découpes cèdent et que ma paille s’enfonce dans le soda avec ce bruit caractéristique du frottement de la paille contre le plastique de l’opercule du couvercle….. shriiiiiiiiiittttt …. En fin de course, j’ai configuré mes lèvres en forme de O, je les ai approchées de l’extrémité de la paille et j’ai aspiré. Le liquide est monté dans le tube puis est venu envahir ma gorge. C’était vraiment une sensation extraordinaire, j’étais vraiment trop content de joyeuseté. Les longues minutes d’attente avaient permis aux glaçons de fondre en totalité, noyant mon Coca Zéro façon chirloute d’eau claire. Et en plus, il s’était adapté à la température exacte de l’intérieur du restaurant au mois d’août en pleine canicule. C’était un instant merveilleux de joie et de bonheur et j’étais trop vraiment content de savourer mon Coca zéro dilué et tiédasse.

Reposant mon gobelet, je m’emparais d’une frite et la portais à ma bouche. Le contact de la frite sur ma langue m’a rendu joyeux et rêveur. Telle la madeleine de Proust, la saveur de cette frite m’a ramené des années plus tôt, à l’époque où on jouait à « Espion lève-toi » dans la cour de l’école primaire. Il s’agissait d’écrire un secret sur un morceau de papier puis de manger le-dit papier pour que personne ne le découvre. Sans le savoir, cette frite venait de me remémorer un souvenir enfoui depuis des années. Cette frite venait de rappeler à mes papilles gustatives la texture du papier Canson et l’encre du stylo plume pour un secret bien gardé car mâchouillé. Quelle expérience extraordinaire, j’en ai pleuré de joie devant l’intelligence de cette frite à perdre sa chaleur pendant les longues minutes d’attente pour s’adapter parfaitement à la température ambiante. Tellement emporté par cette joie intense et ce bonheur inattendu, j’en oubliais mon Mc First Fish. Après avoir séché mes larmes de joie, je me décidais à ouvrir la petite et non moins délicate boîte en carton coloré.

Plus fort encore que ces saveurs qui vous remémore des souvenirs oubliés, le délicat fumet qui s’est échappé de la boîte m’a … transporté. Il m’a transporté à Dunkerque, sur le port de pèche, au retour des chalutiers quand les généreux mariniers offrent aux mouettes les restes de poisson sur lesquels elles se jettent avidement.  Ce délicat fumet du poisson oublié sur le pont du chalutier, au soleil, subtilement mariné dans l’eau de lavage du-dit pont. Lui aussi, a su profiter des longues minutes d’attente pour accorder sa température à celle de l’environnement pensais-je… ! Mais je me trompais, c’était encore plus fort, plus intelligent, plus professionnel. En effet, en le prenant dans mes mains, j’ai senti la salade qui parsemait le fond de la boîte. Elle était … si fraîche, tellement fraîche qu’elle semblait tout droit sortie de la chambre froide. C’était décidément trop merveilleux, trop beau et j’étais … trop content.

Alors j’ai bu goulûment mon eau claire tiède en rythmant chacune de mes bouchées de poisson froid d’un ballet de frites cartonneuses. Et j’ai compris que la rondelle de tomate, judicieusement intercalée entre le poisson pané et le buns du dessus sortait, elle aussi directement de la chambre froide quand mes 4 tentatives de mâchouillage ne sont pas parvenu à la rompre. J’étais vraiment trop bien, trop content, trop joyeux alors j’ai souri à la maman qui revenait avec ses 2 happy meal car, en plus, j’allais avoir quelques secondes de silence à côté de moi.

Et il y avait 768 522 personnes qui tournaient dans le Mac Do de Val de Fontenay pour trouver une place … alors moi j’étais super content, super heureux, super en extase tout ça. 

Déjà, Missandei et Stannis se chipougnaient en vitupérant très fort car Stannis il avait le minion avec le slip mauve et que Missandei c’est celui qu’elle voulait parce que il était trop bien et que maman elle avait dit qu’elle lui achèterait autant de happy meal qu’il faudrait pour tomber sur le minion avec le slip mauve et que maintenant …. ouinnnnnnnnn … Oui, les parents son fans de Games of Thrones !

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉