Je refais ma salle de bain (épisode 2)

– Suite de l’épisode 1 –

Lundi de pentecôte 21/05/2018 12:50 je reçois le mail de ma coach travaux. Je dois lui répondre en choisissant la date et l’heure de notre rendez-vous téléphonique. Alors là déjà ça part bien. Car elle ne m’impose pas ses contraintes, c’est à moi d’indiquer ma disponibilité. Si vous ne comprenez pas ce point, je vous suggère de lire mes différents articles sur la « posture de service » et particulièrement celui où je démontre que la SNCF est aux antipodes de cette posture de service.

J’ai reçu également un doc, genre PPT, qui me présente la méthode hellocasa et les 7 temps : du 1er RDV Téléphonique jusqu’à la réception des travaux.

Hein, quand même, pour avoir l’habitude de bosser avec des consultants dont la principale compétence est justement la production de PPT au kilomètre, je peux vous assurer que c’est carrément du niveau Cap Gemini.

Bref, je choisis la date et l’heure du rendez-vous téléphonique et je dois joindre un petit crobar de ma salle de bain. Ma coach travaux m’explique dans son mail que ce n’est pas la peine d’y consacrer trop de temps, un gribouilli à la main est suffisant. C’est juste pour avoir une première idée. De toute façon si on fait affaire ensemble, un professionnel viendra prendre les mesures.

Bon, vous me connaissez, ou pas, je ne peux pas faire un dessin tout pourri à main levée sur un vieux bout de papier. Je sors le mètre à ruban Facom de l’époque où j’étais étudiant et que je travaillais pour un cabinet d’archi. Je prends les mesures de ma salle de bain et zou, je sors le logiciel de dessin. Bon, pas autocad quand même mais presque. Et pif paf pouf, 4 heures, 2 litres de sueur,153 tirages de langue et … 78-retours-à-la-salle-de-bain-parce-que-j’ai-oublié-de-mesurer-un-truc plus tard j’ai mon plan.

Je package tout ça dans un PDF qui va bien et zou, j’envoie tout ça par mail à ma coach travaux.

Mercredi 23 mai 2018 : le 1er rendez-vous téléphonique avec ma coach travaux. Bon, c’est pas Valérie … déception … c’est Sousada, elle a une jolie voix 🙂 Elle me remercie pour mes plans et tout et tout. Elle me demande de quoi j’ai envie. Je lui réponds que j’aimerais un Wooper, des frites et un Coca zéro. Elle me répond qu’elle a pas ça sous la main mais que si je veux on peut parler de mon projet de rénovation de ma salle de bain. Ok, ça me va bien !

Je lui explique que j’avais pensé à une cabine de douche mais avec la fenêtre ça risque d’être compliqué. Elle confirme et on s’oriente vers un receveur rectangulaire avec une paroi. Et on papote comme ça pendant 20 bonnes minutes. Je la trouve vraiment à l’écoute. On se donne rendez-vous pour le 28 mai. Ce sera le 2e rendez-vous téléphonique où elle me présentera sa proposition et le tarif.

Lundi 28 mai 2018 : le 2e rendez-vous téléphonique avec ma coach travaux

Sousada m’envoie sa proposition, un autre document genre PPT de consultant Cap Gemini. Et attention les yeux, une image de synthèse sous plusieurs angles de ma future salle de bain. Tout est indiqué : le détail des différents travaux, le détail de la main d’oeuvre avec le tarif, tout le matériel avec les tarifs également. Elle me suggère de remplacer mon convecteur électrique par un sèche serviette qui fait radiateur. Bon, sur ce point je ne suis pas convaincu. Tout le reste correspond assez bien.

Et surtout, ce que je n’avais pas compris au départ, c’est que tout va être refait du sol au plafond. Alors que je pensais « service minimum ». Mais finalement c’est bien mieux comme ça. Du coup, le tarif annoncé me parait correct par rapport à la prestation. Ouais parce que … pas nunuche le mec quand même, j’avais demandé à mon ami google le prix au mètre carré d’une rénovation de salle de bain. Et pif paf pouf, multiplié par la surface de ma salle de bain, j’avais mon repère en tête.

Elle me propose de revoir mon projet en fonction de notre échange et de programmer un 3e rendez-vous téléphonique pour stabiliser tout cela. Du coup, je peux profiter du temps avant ce 3e rdv pour comparer les tarifs des matériaux et des accessoires. Je peux même en choisir d’autres dans n’importe quel magasin si je le souhaite.

Jeudi 30 mai 2018 : le 3e rendez-vous téléphonique avec ma coach travaux. C’est l’étape 3 sur la méthode ci-dessus. Je crois que c’est à partir d’ici qu’on a un peu dérapé par rapport à l’enchaînement des étapes.

Bon, bref, j’avais préparé mes questions sur mon petit carnet à spirales sur lequel je note tous mes trucs perso genre : « pour se rendre au CNAM, il faut prendre la 4 jusqu’à Réaumur-Sébastopol », « une ramette de papier A4 CLAIREFONTAINE c’est 4,99 euros TTC », « Penser à reprendre des oeufs pour les pancakes de samedi matin », « On mesure l’intelligence d’un individu à la quantité d’incertitudes qu’il est capable de supporter. E. KANT »,  etc … oui, je note vraiment de tout sur mon carnet à spirale mais en fait ici, on s’en fiche, ce n’est pas le sujet.

Donc je sors mon carnet à spirales pour avoir mes questions sous la main :

  • question 1 : sur le slide 3 du PPT, je lis « revêtement des murs -> placo » Quesako ? Il y en a déjà du placo. Pourquoi faut-il autant de mètres carré de placo ? Je refais juste ma salle de bain, pas toutes les salles de bain de toute la résidence
    • réponse de ma coach travaux : bein, on va reposer du placo sur le carrelage actuel. « houlala » que je lui dis. Ca va pas être possible. Ma salle de bain est déjà toute petite, si on épaissit les murs, il ne restera plus rien. Bref, elle me propose de déposer le carrelage actuel -> je valide

     

  • question 2 : sur le slide 5 quelle est la couleur du receveur de douche ? La profondeur du plan de travail ? La hauteur du plan par rapport au sol ? Et j’ai un doute pour le receveur « extra plat » car l’évacuation de la baignoire est déjà à 10 cm.
    • réponse de ma coach travaux : pour les couleurs précises et les matériaux, on choisira en final, après la visite du professionnel. Pour le receveur « extra plat », en fait c’est le terme classique pour un receveur de 12 cm. Elle me donne les mesures demandées – > je valide

Après cela, elle m’explique qu’elle va refaire le devis et me le renvoyer pour validation.

En fait, le dérapage dans la méthode il est pile ici : il y aura moult retours parce que Sousada elle se prend à chaque fois les pieds dans le tapis avec ses devis. Mais je suis toujours sympa et pédagogique alors je l’aide à faire ses devis mais aussi ses calculs. Oui, parce que … une fois … le devis il était à 315 euros TTC. Alors je lui ai expliqué que la rénovation d’une salle de bain entière à ce prix là … elle risquait d’avoir énormément de clients mais, en contre-partie, de mettre bientôt la clé sous le … tapis de bain. Oui c’est comme le paillasson mais dans la salle de bain 😉

Mais vous verrez dans l’épisode suivant qu’en réalité, le problème du devis, bein … c’est pas Sousada. C’est autre chose. Mais je ne dévoile pas tout de suite le truc histoire de faire un peu de teasing 😉

A suivre …

Publicités

Je refais ma salle de bain (épisode 1)

Voilà un petit moment maintenant que je voulais refaire ma salle de bain. Mais ce qui me retenait de passer à l’action c’est la trouille de tomber sur un artisan pas sérieux. Genre, au fur et à mesure de l’avancée du chantier, il t’ajoute des trucs pas prévus au départ et qui te coûte bonbon. Ou bien il est pas du tout compétent et te salope le boulot. Ou encore, il part en laissant en plan un chantier pas terminé … bref, le grand classique des artisans …

Et puis un jour, je reçois un de ces spams dans ma boîte à mail : « changer votre baignoire pour une douche en toute sécurité ! » Tiens, tiens, voilà qui aiguise ma curiosité car c’est justement ce que je souhaiterais faire. Pif, paf, pouf, ni une ni deux, je clique. Me voilà sur le site :

WonderfulAndPrettyShowerYouPushYourGrandMotherInTheNettles.com

Oui, j’ai légèrement modifié le nom du site pour ne pas faire de publicité. Bref, c’est un formulaire. Je dois donner mon nom, mon prénom, mon adresse postale … hop hop hop pas si vite l’ami. Et le RGPD, tu connais ? Bon, je renseigne ninpornawak genre : alfred pouffrin, 78 rue de la biche sournoise, 55420 vroumincourt sur Meuse. Evidemment je dois donner mon mail … alors que j’ai cliqué justement sur un lien qu’ils m’ont envoyé par … mail ! Donc ils le connaissent mon mail ces gredins ! Mais, bon, je continue : alfred.poufrin@sncf.fr oui comme ça, juste pour rigoler en pleine période de grève. Comme ça, s’il existe un alfred poufrin à la sncf, il se fera pourrir sa boîte pro par des spam de douche à mémé 🙂 Je valide

Page 2, je dois choisir entre le modèle « classic », le « médium » ou le « premium ». Heuuu vous avez une idée de la taille de ma salle de bain ? hein ? bon, allez, soyons fou, je clique sur « premium ». Je valide

Page 3,  wouhaaaaaaa apparaît une photo de ma future salle de bain ! Bon, en même temps, je crois que n’ai pas encore eu le temps d’indiquer que ma salle de bain actuelle est légèrement moins spacieuse.

Pour le dire autrement, pour rénover ma salle de bain et obtenir ce résultat, il faudra … pousser les murs. Et je ne suis pas certain que ma voisine soit d’accord pour que j’empiète d’environ 30 mètres carrés chez elle …

Bref, ayant compris le sérieux du site, je clique sur la petite croix rouge en haut à droite de mon navigateur. Mais je reste avec ce doutage au fond de moi : ce serait quand même pas mal d’avoir une douche le matin. Une douche comme à l’hôtel plutôt que ma baignoire villeroy & boch blanche pâteuse et mon rideau de douche avec des gros coquillages. Et surtout l’eau qui tombe du haut et ruisselle sur mes abdos façon tablette de chocolat plutôt que la douchette qui me glisse des mains à cause du savon et va éclabousser tous les murs. L’idée fait son chemin mais je ne sais pas à qui m’adresser.

Bref, en plus c’était l’hiver dernier et je ne sais pas pourquoi mais je ne me voyais pas engager des travaux de cette nature en hiver.

Nous voilà en mars. Je pars en mission et me retrouve dans un p’tit hôtel ma foi fort sympathique : l’abbaye des capucins à Montauban. Je rentre dans la salle de bain de ma chambre et là Bam ! Pile la salle de bain dont je rêve.

Bref, nouveau rappel à ma mémoire : dis-donc, t’avais pas envisagé de refaire ta salle de bain ? Bein si mais …comme dirait monsieur Fernand Naudin : « Haaaa Montauban, on ne devrait jamais quitter Montauban !  »

Zou, voilà le printemps ! Et par le plus grand des hasards, je me retrouve au café de la gare avec les membres du CA du Crédit Mutuel. Bon, c’était pas complètement le hasard vu que l’on venait de clôturer  le CA et que l’on terminait par un moment festif. Et v’la ‘ty pas que le directeur parle des travaux qu’il vient de terminer chez lui. Fuego ! me dis-je, je vais lui demander les coordonnées de son artisan. S’il a fait du bon travail chez lui, il en fera de même chez moi. En plus, de la façon dont il en parle, je comprends qu’il le connait très bien. Me voilà rassuré.

Bon, quelques semaines passent encore. J’ai les coordonnées de l’artisan dans mon tel mais je n’ai pas encore pris contact.

Dimanche 20 mai 2018 : je vais chez Bricorama chercher un cadre pour l’affiche que je me suis offerte. Oui, c’est un autre spam reçu quelques jours auparavant. Il me proposait cette affiche que je trouve très jolie. D’ailleurs, il me semble l’avoir déjà vu quelque part mais je ne me souviens plus où c’était … Donc disais-je, me voilà chez Bricorama, au rayon arts créatifs, tout perdu devant les milliers de cadres proposés. Bref, je décide de me décider rapidement. Après tout, je ne vais quand même pas passer 3 plombes dans ce magasin, un dimanche matin en plus. En fait, quand j’y repense, l’originale est une peinture sur toile sans cadre. Il me faut donc le cadre le plus simple, sans « passe partout » … oui ne me demandez pas pourquoi ils ont mis le nain de fort Boyard dans un cadre … cela reste pour moi un mystère. Bref, après 4 heures et demi de réflexion et après avoir dérangé tout le linéaire, mon choix s’arrête sur un sous-verre tout simple avec petits clips en inox.

Mon sous-verre sous le bras, je me dirige vers les caisses quand subitement et de manière concomitante, mon oeil est attiré par … l’espace salle de bain. Et Bim une nouvelle fois, le sujet revient à la charge. Je bifurque machinalement sur bâbord. Je traverse le rayon rideaux. Puis je longe le rayon fils électriques.  Je passe devant l’espace salons de jardin. Je traverse le rayon perceuses et motobineuses. Je laisse derrière moi les étalages de marteaux, tournevis et autre scie à chantourner pour arriver au niveau des présentoirs à carrelages et enfin, 6 heures et 57 kilomètres plus tard, j’arrive à l’espace salle de bain.

Des cabines de douche, des meubles, des roubinets, des sèches-serviettes, des vasques, des pédiluves, des colonnes de douche, des mitigeurs, des pommes de douches, des poires à lavement et des scoubidou bidou ha ha … cherchez l’intrus. Le choix est vasque … pardon vaste 😉 Mais je vois des choses que j’imagine bien dans ma salle de bain. Et surtout, je tombe nez à nez avec cette affiche. Pardon … ce flyer :

Bricorama propose de prendre en main le chantier, voilà une idée qu’elle est bonne. Si c’est le magasin qui prend en charge, je ne prend pas trop de risque car s’il y a problème je sais vers qui me retourner et surtout le prix est fixé à l’avance. Pas de surprise à l’arrivée me dis-je.

Ni une, ni deux, je fonce vers un vendeur. 7 heures et 57 kilomètres plus tard, oui j’ai du faire le trajet en sens inverse mais forcément nettement plus fatigué, j’arrive devant le dit vendeur.

Moi : « salut ho toi brave vendeur de la ci-devant échoppe et comptoir à matériaux et outils en tout genre dont la réputation n’est plus à faire. On m’a dit du bien de ton service de travaux à domicile. Peux-tu m’illustrer par le propos la bonne affaire que voilà ? »

Lui : « hein ? »

Moi : « heu oui quoi, est-ce que je peux faire refaire ma salle de bain avec ce service ? »

Lui : « bein … oui. C’est le principe ! On étudie votre projet avec vous. Puis on vous fait un devis gratuit et après vous vous décidez »

Moi : « Ha parfait. Alors allons-y mon bon vendeur »

Bref, il tapouille sur son ordinateur, me demande plein de renseignements beaucoup plus pertinents que ma 1ere tentative sur le net et m’indique que mon coach travaux m’appellera au téléphone pour s’entretenir avec moi de mon projet.

Wouhaaaaa mon « coach travaux ! » trop la classe. Je vais avoir Valérie Damidot dans mon p’tit chez moi … houlala va falloir que je pense à ranger un peu.

A suivre …

La formation du Crédit Mutuel

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Comme vous le savez déjà, je suis administrateur de ma caisse de Crédit Mutuel (article). Et à ce titre, j’ai accès à l’offre de formation destinés aux élus du Crédit Mutuel. Donc, samedi dernier j’étais au centre de formation des Gâtines à Verrière-le-buissonTout commence vers 8h35 à mon arrivée sur place. Oui, je sais, la formation commence à 9h30 mais je suis du genre prévoyant. Comme j’ai quelques kilomètres de route à parcourir et qu’en île de France il faut en moyenne 3 jours pour parcourir 500 mètres, j’ai pris une marge conséquente. Bref, je suis arrivé avec une bonne heure d’avance. Mais qu’à cela ne tienne, je sais qu’il y a un café d’accueil.

J’entre dans l’immense hall d’accueil et me dirige vers l’espace prévu a cet effet. La voix de la dame de l’accueil me secoue les tympans.

La dame de l’accueil : « vous prenez tout de suite sur votre gauche et c’est juste là »

Moi : « bein oui… je sais… pisque c’est la 3e fois que je viens. Merci madame, vous êtes bien aimable et sinon le p’tit neveu il va bien ? Et tata Monique sa phlébite, elle en est où ?  »

Bon, je pénètre la dite salle et quelle n’est pas ma surprise de constater que des seniors sont déjà dans la place ! Oui, il faut que l’on soit au clair sur ce point. Etre un élu du CA de sa caisse de Crédit Mutuel, cela veut dire donner de son temps bénévolement. Et aujourd’hui, qui est capable de donner du temps … hum … je vous le demande ? Les Re-Trai-Tés ! Hé oui m’sieur dame : les p’tits vieux qui s’ennuient qu’est-ce qu’ils font ? Hum ? Ils font élus au Crédit Mutuel et pis c’est tout. Alors quand tu vas à une formation du Crédit Mutuel, la moyenne d’âge dans la salle c’est … fiouuuuu … au moins …. 152 piges et demi ! Ou, dit avec une autre référence c’est « cheveux gris et déambulateurs ». Même moi qui ne suis plus tout à fait de la dernière rosée matinale, j’ai l’impression d’être un teenager à l’EHPAD.

Bref, je jette un oeil sur les deux immenses tables qui devraient offrir leurs lots de viennoiseries, boissons et autres collations … plus rien, c’est comme si une tempête avait renversé la mise en place. Un peu comme waterloo morne plaine, après la bataille mais en 10 fois plus puissant. La corbeille en osier est retournée par terre, les bouteilles de jus de fruits sont renversées sur les tables, des cakes ne restent que des miettes, les assiettes sont brisées au sol, des verres sont pêle-mêle sur les tables et fracassés sur le carrelage … on dirait qu’une horde sauvage a tout emporté sur son passage, tel le troupeau de bisons dans les plaines du far west.

Au loin, je vois un groupe d’une petite dizaine de seniors,  s’empiffrant des derniers croissants survivants du massacre. A eux 10 ils ont eu raison du café d’accueil prévu pour la formation qui va se dérouler dans l’amphi. Au bas mot, 250 personnes sont attendues … le senior a faim …

Je franchis précautionneusement les monceaux de porcelaine et de verre. Je m’approche de la machine à café. Visiblement, ils n’ont pas réussi à ouvrir le réceptacle à grains de café car il est fermé à clef …ouf. Je trouve une tasse épargnée, la place dans la machine et appuie sur le bouton « double expresso ». Il me faut au moins cela …

Une porte s’est ouverte. C’est celle qui permet d’accéder à l’espace juste devant l’entrée de l’amphithéâtre.  Un papy éclaireur se précipite à l’intérieur. Il passe une première fois, une seconde, il renifle partout et ressort victorieux.

Le papy éclaireur : « Hé venez vite, il y a la liste d’émargement, les formulaires de remboursement de frais de déplacement et les supports de la formation. Venez vite avant que tout le monde n’arrive je vous dis … »

La horde des seniors s’ébranle. Les déambulateurs sont mis à contribution, les mamies les plus agiles s’appuient sur leur canne et dépassent les papys coureurs sans grande difficulté. Mais 3 mamies arrivées en même temps à la porte semblent avoir toutes les peines du monde à passer … la dite porte. C’est que 3 mamies de front, ça fait large et … ça passe pas dans une porte de 90. Et surtout … pas une ne veut lâcher sa place. Les papys arrivent. les 1er déambulateurs sont presque à la porte lorsque la mamie du milieu écarte vigoureusement les 2 bras pour chasser ses adversaires. Les 2 mamies vont choir prestement et leurs fondements respectifs découvrent la dureté du carrelage.

La mamie victorieuse est déjà à la table. Les feuilles de frais de déplacement volent comme si on avait allumé un ventilateur, que dis-je une tornade. Elle s’empare des cartons de support de formation et ressort en hurlant

La mamie victorieuse : « je les ai, je les ai … viens Robert, j’en ai pour toi aussi ! »

Spectateur malgré moi de cette scène surprenante s’offrant à mes yeux esbaudis, je sirote mon café et me demande tout de même si je retrouverai ma feuille de frais de déplacement … et dans quel état.

9h10, je me décide à entrer dans l’espace devant l’amphi pour tenter de récupérer un support de formation. J’évite de justesse les bras gesticulants de deux mamies qui se disputent un carton. Celui-là même qui, quelques minutes auparavant, contenait les supports de la dite formation

Mamie numéro 1 : « voulez-vous lâcher ce carton, je l’ai vu en premier ! »

Mamie numéro 2 : « c’est même pas vrai, c’est moi qui l’ai pris en premier. Pis d’abord, vous ne savez même pas ce que vous allez en faire … ha ! Alors … vous voyez bien que j’ai raison ! »

Mamie numéro 1 : « Espèce de vieille baderne, bien sur que je sais ce que je vais en faire. Je vais … je vais … enfin, voilà c’est bien de cela dont je parle. Alors voulez-vous lâcher MON carton ? »

Mamie numéro numéro 2 : « Hoooo la gourgandine que voilà ! Mais quelle flagornerie vient d’ouïr mes oreilles chastes ? Alors que moi, je vais utiliser ce carton pour cacher les pots de mes géraniums ! Ha alors ! Voulez-bien maintenant lâcher MON Carton ? »

Laissant les mamies catcheuses à leur combat du siècle, je trouve sur la table quelques supports, rescapés de l’affrontement des « serials papys« . J’en prends un et me dirige vers l’amphithéâtre. Je m’installe à mi chemin entre le bas et le haut de la pièce et plutôt sur la partie gauche… de mon point de vue. C’est une habitude chez moi. Un amphi, c’est comme l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, il faut respecter la représentativité et le symbole de l’emplacement. Et en plus, ça me donne un bon champ de vision pour faire des photos.

Bon bref … la formation peut commencer, je suis prêt.

Confortablement assis sur mon velours rouge Louboutin, je m’enfonce dans le moelleux du siège comme le spéculoos dans la mousse de mon expresso. Avant de m’endormir, je me ressaisis, me redresse et déplie la tablette pour y déposer mon support de formation. Quelle n’est pas ma surprise de découvrir que la tablette refuse le support. Si si, je vous assure, la tablette entre en résistance et éjecte systématiquement mon support de formation. La preuve en vidéo :

Bref, j’ai fini par sortir l’agrafeuse pneumatique 12 bar Kicloutou et … PIF, PAF, POUF … 25 points d’ancrage plus tard, mon support de formation était solidement fixé sur ma tablette. Non mais … c’est pas une tablette d’amphithéâtre qui va me tenir tête tout de même ! Je crois que c’est quand j’ai mis en route le compresseur que toute l’assemblée m’a regardé d’un drôle d’oeil.

La formation se déroule sans trop d’incident et on s’achemine tranquilou vers la conclusion suivi de l’instant de convivialité. Traduisez « les stands petits fours, mini pizza, mini quiche lorraine, mini sandwich, mini brunch, lunch, punch, frunch, glunch … et les boissons concomitantes ». Oui j’aime bien prononcer le mot « concomitante » même s’il n’est pas approprié. Notez que je préfère « concomitamment » mais là c’était vraiment trop « pas approprié ».

Bref, dans la torpeur d’une fin de formation enlisée dans une animation neurasthénique, le speaker passe la parole à la salle pour 15 minutes de questions réponses. C’est à ce moment précis que j’ai rouvert un oeil. En fait, papy référent formation s’était mis en tête de jouer le rôle de l’organisateur des tours de parole et distributeur du micro. Un jour il faudra que je vous parle du micro, objet symbolique du pouvoir au sens psychanalytique du terme.

Bref, le voilà qui se précipite vers la scène. Comme on peut se précipiter à 184 ans avec un déambulateur en inox chromé et pattes en caoutchouc antidérapant. Après avoir récupéré le dit micro sur le bureau du speaker et, le brandissant fièrement dans une main tandis qu’il retournait son déambulateur de l’autre, il projetait visiblement de retourner vers les gradins. Mais le sort en décida autrement. La patte avant gauche de son déambulateur se pris dans la boucle du lacet de ses charentaises du docteur Jeva. Et papy se gaufra lourdement, laissant choir prestement le micro qui hurla son désespoir dans les hauts-parleurs de l’amphithéâtre.  Ce qui ne manqua pas de réveiller l’auditoire.

Le formateur se précipita pour relever le déambulateur, le micro et papy qui visiblement avait l’habitude de ce genre d’incident car il souriait à plein dentier. Bien décidé à ne pas laisser filer son rôle de maître des horloges, il était déjà en route pour la seconde rangée où un papy excité agitait frénétiquement sa main pour demander la parole.

Micro en main, et fier de pouvoir poser sa question, le voilà qui déroule sa démonstration du « bon vieux temps« , « c’était mieux de mon temps« , « vous les jeunes vous pouvez pas savoir« , « j’ai fait l’Indochine » et « j’ai parlé au général de Gaulle« . Bref, 47 heures et demi plus tard, il embraye sur la mise en place de la C.S.C, la Contribution Solidaire Chômage qui va impacter les retraités et qu’il serait important que le Crédit Mutuel se saisisse de cette question car c’est pas normal que les retraités soient toujours mis à contribution quand il faut que l’on mette à contribution parce que toujours pareil que ça tombe toujours sur les mêmes et que ça devrait pas parce que c’est comme ça … Je ne sais pas vous mais moi, je ne supporte pas les gens qui prennent la parole pour poser une question. En effet, ils commencent toujours leur propos par « je vais être bref » ou encore « ma question est simple« . Et là, tu sais que ça va durer 3 plombes. Parce qu’en fait, ils ne veulent pas poser de question, ils veulent parler dans le micro. Alors ils ne posent pas une question genre « tu préfères la pizza ou le camembert ?« . Non ! Ils parlent et développent une thèse de 346 pages, généralement incompréhensible avec au final soit 3500 questions dont personne n’en retient ne serait-ce qu’une seule ou alors même parfois … zéro question !

Bref, papy est très fier de lui. Très fier d’avoir posé LA question qui va sauver le monde de l’univers de la galaxie : « alors ? hein … et la C.S.C ! hein ? Tu fais quoi mon gars ? Ha ha … tu l’attendais pas celle-là ? »

S’en suit un blanc … de blanc demi-sec genre Chablis. Le formateur ne sait visiblement pas quoi répondre pour au moins 2 bonnes raisons :

  1. il ne voit pas le rapport avec la choucroute : en clair le Crédit Mutuel est une banque mutualiste certes, mais cela ne lui donne pas pour autant la capacité d’intervenir sur une mesure gouvernementale …
  2. il n’a jamais entendu parler de cette C.S.C. Il ne voit absolument pas de quoi il s’agit.

Ceci posé, je suis moi-même médusé car c’est la première fois que j’entends parler de cette contribution machin tout ça chômage. Comme je n’ai pas forcément envie de consacrer du temps d’audience à d’autres discours de papy qui font de la résistance, je sors mon smartphone, active les data et tagazou tsouin tsouin je tape « contribution solidaire chomage » dans le 1er moteur de recherche qui me tombe sous la main. Résultat … tous les résultats me renvoient sur le site Hoaxbuster.com. En clair, c’est une « fake news ».

Papy a donc mobilisé le micro et accessoirement notre temps pour nous raconter sa vie pendant 3 jours. Tout cela pour conclure sur la diffusion d’une fausse information. Ca sent la performance tout ça …

Bref, la formation se termine et le formateur lâche les mots tant attendus « vous pouvez maintenant rejoindre le buffet qui nous attend !« . Au point d’exclamation, les déambulateurs, cannes et autres sièges roulants électriques se sont comme métamorphosés. Accessoires plutôt connus pour leur rôle d’assistance aux déplacements erratiques, les voici devenus propulseurs de fusée soyouz. Tous les papys et les mamies se précipitent vers la sortie. Non ! vers le buffet !

Plus aucune règle de bienséance ne tient. Ce sera au 1er arrivé.

« Mais non diou de nom de diou. Virez moi le passage espèce de vieille baderne« . Je reconnais la voix de mamie numéro 1. Je reconnais aussi son injure visiblement favorite.

« Tiens, prends ça ! » dit un papy belliqueux en balançant un grand coup de canne dans les gonades de son collègue.

« J’ai fait Verdun moi, mon brave ! Alors laissez moi passer. J’ai le privilège de la grande guerre !« . « Que néni, vieux zouave décati. J’étais à Diên Biên Phu aux côté du chef de bataillon Bigeard, moi mossieur ! Alors les p’tits fours sont pour moi« . Quand un 3e papy s’écrie, tout en accélérant pour tenter de passer le 1er dans l’encadrure de la porte « pas de règle qui vaille. A la guerre comme à la guerre. Un p’tit four est un p’tit four. Moi j’ai fait la retraite de Russie et si on n’avait pas mangé du castor on s’raient tous morts ! »

Finalement, c’est l’encadrure de la porte qui a cédé. Et la horde de senior a progressé vers les tables dressées comme le tsunami sur Fukushima.

Impossible pour moi de quitter ma place. Les déambulateurs propulseurs me passent à côté, tout berzingue. PAF, je me prends un coup de canne dans le bide par une mamie qui a eu peur que je sorte de ma rangée devant elle. Je chois entre deux sièges et peine à me relever tant la canne m’a coupé le souffle. Quand je réussi enfin à me remettre sur mes pieds, non sans choir une seconde fois sur mon séant, l’amphithéâtre est vide. J’entends au loin le doux murmure des agapes.

Remontant, tant bien que mal, les escaliers démolis de l’amphi, enjambant les restes des cloisons défoncées par la foule en délire des papys affamés, je vois au loin les convives se restaurer :

Disons plutôt que je discerne vaguement, au milieu d’un nuage de poussière, la meute s’écharpant pour les restes d’un plateau de mini blinis à la purée d’anchois Bruxélois.

Je tente une approche. Je me fraie un passage au milieu de la vaisselle brisée au sol, évitant les objets en tout genre qui volent. Et PAF, le déambulateur de mamie numéro 1 vient se fracasser contre l’escalier hélicoïdal situé au milieu de la grande salle de réception et tombe juste à mes pieds. Jugeant la scène trop dangereuse pour moi et surtout parce qu’il ne reste plus rien de comestible, je décide de rejoindre un petit groupe qui se tient à l’écart.

4 sièges installés en étoile autour d’une petite table carré ont survécus au tsunami. Un petit papy aussi large que haut mais surtout engoncé entre les 2 bras du siège, ripaille paisiblement, insensible au bruit et à la fureur qui l’environnent. Une mamie est assise sur le siège à sa gauche. Je m’approche en louchant ostensiblement les mini-hamburgers posés sur la table.

Le papy paisible : « t’asseoir avec nous tu peux ! Libre ce siège attend ton auguste fondement »

Moi : « je …. je … vous êtes … »

Le papy paisible : « Humpf … personne avec la bataille des p’tits fours ne devient grand. Par toi-même, les mini sandwich saumon fromage et les mini-hamburgers tu dois apprendre à maîtriser ! Vas-y, fais montrer … le mini-hamburger engloutir du dois ! »

Je me concentre du mieux que je peux mais le mini-hamburger ne veut pas bouger. Je ferme les yeux et pousse mon esprit vers l’assiette pourtant à quelques centimètres mais rien … je sens mon visage devenir rouge Louboutin – oui je ne connais que ce rouge – je suis à deux doigts d’exploser quand la petite voix atteint mon oreille droite

Papy paisible : « bécile … prends le avec tes mains, c’est quand même pas compliqué ! »

Moi : « désolé, je croyais … enfin je veux dire … vous voyez bien »

Et c’est là que la mamie assise sur l’autre siège, une sorte de princesse Leia de 1200 ans s’est exprimée.

La mamie du siège : « je leur ai demandé d’apporter un plateau ici ! Non mais, vous vous rendez compte ! Il ne peut plus marcher et il était là, sans rien à manger. Non mais … d’mon temps on aurait pas laissé un vieillard sans rien à manger. Tout fout l’camps j’vous dis. Et c’est pour ça que plus personne ne veut venir en formation ici. Avant, on avait du Dalloyau et maintenant, tenez pfffff si ça se trouve c’est du Picard ! »

Moi : « bein si ! dans mon agence tout le monde est super content de venir ici. D’ailleurs tous les élus mais aussi tous les salariés de notre caisse trouvent ce centre de formation absolument fabuleux. C’est un vrai plaisir que de venir ici. »

La mamie du siège : « Ha bein, je ne vous le fait pas dire. Plus personne ne veut plus venir. Pis c’est trop loin, beaucoup trop loin. Non mais … vous vous rendez-compte ? hein ? venir jusqu’ici … en province … pour se perdre au milieu de la forêt ? Plus personne ne veut venir je vous dis. Alors qu’avant, hein … on allait en plein centre de Paris. 2 stations de métro est on y était. Là … franchement … mais … mais … c’est 3 jours de transport. Alors plus personne ne vient ! »

Moi : « bah … si. Nous à la caisse, on s’organise. On fait co-voiturage. Et c’est facile de venir jusqu’ici. En plus le samedi matin, la circulation est très fluide. »

La mamie du siège : « Ha bein, je ne vous le fait pas dire. Hein que vous êtes d’accord avec moi … le buffet n’est plus ce qu’il était, hein ? T’nez ce matin … bon bein … heureusement qu’on est arrivés assez tôt. Si non … on aurait rien eu. Franchement, des pains au chocolat tout p’tits tout ridicules comme ça … bon, bein … excusez-moi mon brave mosieur mais au bout du 12e vous avez encore faim. Et pourtant je ne mange vraiment pas beaucoup, j’ai un appétit de moineau »

Moi : « Vous savez, on vient ici avant tout pour la formation. Le buffet, les viennoiseries, le café, les jus de fruits, le cake maison, c’est le petit plus qui fait qu’on se sent bien accueilli. C’est la cerise sur la gâteau comme on dit. »

La mamie du siège : « Ha bein, je ne vous le fait pas dire … voilà Robert, depuis le temps que j’te dis que vous les référents formation vous êtes à côté de la plaque, hein ? Le monsieur le confirme … il est d’accord avec moi : vous êtes des vieux ronchons et vous ne faites rien pour que la formation s’améliore et pis c’est tout … »

Alors le papy paisible … jusque là, tourna la tête vers la mamie grincheuse. Il la fixa d’un regard glaçant. Puis il leva sa main droite tout en fermant progressivement les yeux. La mamie grincheuse qui continuait de psalmodier ses réprimandes en s’écoutant parler se tût net. Son visage devint rouge … Louboutin – oui je ne connais que ce rouge. Son siège se leva du sol et pivota lentement sur lui-même. Quand il fut face à la baie vitrée, il se propulsa à la vitesse de l’éclair, traversa la dite baie et disparu dans le ciel de Verrière-le-Buisson !

Stupéfié par cet événement inattendu, je me retournais vers le papy paisible. Il avait un mini hamburger dans la main … « Me casser les gonades plus jamais elle devait. Prévenue elle était » et il enfourna son mini hamburger dans son dentier inoxydable …

Marcel, le petit scarabée et la horde des Geek

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Il était une fois, un petit scarabée qui se prénommait Marcel. Marcel avait une forte appétence pour les algorithmes et le code. Alors depuis des années et des années, il développait logiciel, shareware, freeware, sites internet etc, etc … Marcel, le petit scarabée, était résolument du côté lumineux de la force car il aimait le partage et surtout mettre à disposition des autres des logiciels qui pouvaient leur rendre service.

Dans le même temps, la horde des hackers invisibles du bout de l’autre monde développait elle aussi des programmes. Mais leurs intentions n’étaient pas du tout les mêmes. Eux, ils avaient rejoint depuis longtemps le côté obscur de la force. Ils programmaient pour propager le mal. Leur code, lâché dans les tuyaux du net, se répandait sur la toile comme la lave descend du cratère et engloutit tout derrière elle.

Les hackers invisibles du bout de l’autre monde – on les appellera désormais les HIBAM – étaient des êtres maléfiques très différents des êtres humains. Ils étaient poilus comme des ours, avec une grosse bedaine qu’ils devaient à leur consommation abusive de bière locale frelatée. Leur front était tout plat à force de le frapper avec la paume de la main gauche chaque fois qu’ils résolvaient une erreur dans leur code. Leurs codes étaient, en effet, toujours tout pourris, vérolés et jamais optimisés. Ils s’en fichaient car leur objectif était juste de répandre le mal, d’agir dans le sens du mal, le mal de Dark Clavious l’empereur du côté obscur. Et surtout, ils portaient aux pieds de lourds sabots de bois dans lesquels ils enfonçaient leurs terminaisons plantaires taille 68 et demi. On les entendait arriver de très loin à l’image de leur mauvais code qui débarquait avec tambours, sirènes et trompettes.

Marcel, le petit scarabée, toujours à la recherche d’une amélioration vertueuse de la posture de service la plus adaptée travaillait à la mise en place d’un formulaire. Un formulaire qui permettrait aux Jedinternautes d’exprimer aisément leurs attentes puis de le transmettre à Marcel via un envoi de mail. Il avait presque terminé son code, il restait plus que le bouton « send » à placer au bas du formulaire quand le dring-dring de la porte se fit entendre. Il regarda la porte, se tut, tapota tout doucement sur le clavier pour faire le moins de bruit possible et joua le rôle de l’occupant absent. Bien mal lui en pris car au dring-dring succéda un boum-boum-boum directement sur la porte et accompagné de paroles assourdies par l’épaisseur de la porte blindée à sept points : « Ouvrez ! Police !« . Marcel comprit qu’il n’était pas raisonnable de faire la sourde oreille. Mais qu’avait-il bien pu faire pour voir débarquer chez lui, de si bon matin, la maréchaussée ? Il ne se souvenait pas avoir commis un acte répréhensible qui justifierait la présence des pandores. C’est donc assez confiant qu’il se leva et répondit favorablement à l’ordre d’ouverture de la porte.

Ils étaient 6 derrière la porte. 4 hirondelles encasquettées et un couple de civil. Le premier condor prit la parole. Marcel comprit que c’était le chef de l’escouade car il avait un petit liseré jaune supplémentaire sur la casquette et sur la plaque qu’il présentait tout en parlant, il était écrit « Police » et en-dessous « Brigadier-Chef Chaudard ». Du coup, Marcel n’avait pas fait attention aux premières phrases mais ce n’était pas grave car l’objet de la visite arrivait seulement à la 5ieme phrase.

  • Brigadier-Chef Chaudard : « Veuillez nous s’excuser pour cette visite impromptue mais les citoyens que vous voyez là sont présentement vos voisins du dessus. Ils sont victimes d’un cambriolage et les malfaisants ont bloqué la porte de l’intérieur si bien qu’ils ne peuvent plus accéder à leur logis. Auriez-vous l’amabilité de nous laisser pénétrer votre appartement afin que l’on se rendît sur le balcon et tentassions de se hisser sur le balcon du dessus pour nous introduire dans leur appartement de la sorte ?« 
  • Marcel, le petit scarabée : « Mais faites donc Brigadier-Chef Chaudard. Toutefois, veuillez je vous prie prendre les patins pour ne pas répandre sur le parquet, la terre que vous avez sous vos godillots.« 

Le Brigadier-Chef Chaudard, ses 3 acolytes et les 2 citoyens se dirigèrent en patinant gaillardement vers le balcon. Et c’est aussi le Brigadier-Chef Chaudard qui entreprit de se hisser sur le balcon du dessus à la force du poignet. Non sans mal, après être monté sur le parapet, il s’agrippa à la plateforme du balcon. Puis se balança d’avant en arrière avec l’agilité d’un trapéziste de cirque. Après quelques mouvements, ayant jugé son élan suffisant, il réalisa un salto arrière tout à fait maîtrisé et atterrit sur le balcon supérieur.

Marcel entendit le Brigadier-Chef Chaudard dégainer son blaster et tirer pour pulvériser les portes fenêtres. Les malfrats n’ont eu que la surprise de se retourner avant de prendre chacun un coup de blaster fatal à bout portant. Le Brigadier-Chef Chaudard revint ensuite sur le balcon pour leur annoncer :

  • Brigadier-Chef Chaudard : « brigadiers subalternes ! vous pouvez raccompagner les citoyens jusqu’à leur appartement … la voie est libre.« 

Et d’ajouter ensuite

Brigadier-Chef Chaudard : « Heuuuuu prévenez-les également que … ils auront un peu de nettoyage à faire … »

Et de terminer sur

Brigadier-Chef Chaudard : « Et que … il faudra envisager de changer la moquette et les papiers peints parce que … le sang d’HIBAM … ça part pas au savon de Pleucknebeck »  (c’est comme le savon de Marseille mais en plus costaud. Dit autrement, c’est pas du savon de « cul nu » quoi)

C’est comme ça que Marcel, le petit scarabée, comprit qu’il y avait des HIBAM en ville.

Les 2 citoyens et la basse-cour prirent congé et Marcel put se remettre à l’ouvrage. Marcel avait un pré-sentiment. S’ils peuvent s’introduire dans l’appartement du dessus sans crier gare alors ils peuvent tout aussi bien répandre leur code malicieux de ce côté-ci du monde pensa Marcel, le petit scarabée. C’est donc avec la boule au ventre qu’il poursuivit son travail et termina son formulaire avec le petit bouton « Send » en dessous.

Après les tests et recettes traditionnels pour ce type de code, Marcel mis en production son oeuvre du jour.

Les jours passèrent sans se ressembler. Enfin, certains ne se ressemblaient pas parce que d’autres si. Le formulaire de Marcel, le petit scarabée, fonctionnait bien. Il faut reconnaître quand même qu’il n’y avait pas beaucoup d’activité sur cette page précise, tout au plus une ou deux demandes par année. Alors les années passèrent et les demandes aussi. Si bien que Marcel, le petit scarabée, en oublia jusqu’à l’existence même de ce formulaire. Il avait depuis, codé beaucoup d’autres projets et produit beaucoup d’autres lignes.

Et un beau jour d’hiver, alors que la température avoisinait les moins 48 degrés, que le vent soufflait en bourrasques imprévisibles et que la neige s’amoncelait sur le toit des voitures comme les couches d’un mille-feuille, le mail fatidique tomba dans sa boîte (BOUM). C’était un mail de l’hébergeur de ses lignes de code, le célèbre hirf. Ce mail lui apprenait que la horde des hackers invisibles du bout de l’autre monde avait ciblé une page de son site et avait spammé une table de sa base de données. En conséquence, hirf avait bloqué l’accès à son site. La référence de la page incriminée rappela à Marcel, le petit scarabée, le formulaire développé bien des années auparavant et complètement oublié depuis. Dans ce mail, Hirf demandait péremptoirement à Marcel, de bien vouloir faire le nécessaire pour que cela ne se reproduise plus sur un ton plus qu’accusateur. C’est alors que Marcel, le petit scarabée, cria devant son écran comme si sa voix pouvait atteindre les oreilles de celui, ou celle d’ailleurs, qui avait rédigé ce mail :

  • Marcel, le petit scarabée : « Non mais ! j’y crois pas ! je suis la victime de la horde des hackers invisibles du bout de l’autre monde et voilà que hirf s’adresse à moi comme si j’étais le coupable ! Manque pas d’aplomb ce hirf ! viens-voir un peu ici que je te montre de quel bois je me chauffe ! Je m’en vais te frotter les oreilles que tu t’en souviendras jusqu’à ton dernier souffle … petit morveux ! T’étais même pas encore un spermatozoïde que je codais déjà … alors tu vas voir à me causer mieux que ça ! OK ? Si non, je sors mon sabre laser et je t’éparpille façon puzzle aux quatre coins de la planète ! »

Après s’être bien défoulé de la sorte et en criant quelques jurons bien trempés à l’adresse des jeunes « trous du cul » de l’hébergeur, Marcel, le petit scarabée, essaya de se connecter à son site pour vérifier l’étendue des dégâts :

  • HTML : Erreur 403 -> Refus de traitement de la requête (Interdit – Forbidden)
  • SQL : phpMyAdmin – Erreur #2005 -> Unknown MySQL server host ‘marcel.petit.scarabee.sql.hirf.fr’
  • FTP : Erreur critique -> Impossible d’établir une connexion au serveur
  • Marcel, le petit scarabée ne décolérait pas : « Mais comment voulez-vous que je corrige si vous m’interdisez tous les accès ? Vous êtes aussi intelligent qu’un manager en burn out, vous donnez un ordre paradoxal »

Après quelques nouveaux jurons et tentatives de connexion avortées, Marcel se décida à relire le mail, histoire de voir s’il ne donnait pas la solution à son problème. Effectivement, en bas de page, un lien indiquait une page à consulter pour en savoir plus.

Sur cette page, longue comme 4 rames de 25 faucons millénium accouplés, était listés les différents cas de blocage possibles et leur procédure respective. Le texte était rédigé en novlangue de tatooine crypté. Marcel, le petit scarabée, a donc consacré 8 longues semaines à décrypter ledit texte jusqu’à ce qu’il tombe sur son cas à lui : « blocage de site pour spam. ». Ensuite, en un peu moins de 3 semaines, il avait décrypté la procédure le concernant. Mais ça n’était pas pour autant gagné car ladite procédure était visiblement inspirée par l’administration centrale du Sénat Galactique de la République. En effet, sa complexité ne faisait aucun doute. Elle ne pouvait qu’être l’oeuvre des apprentis technocrates formés à l’Ecole Naboo des Astroministrateurs. Marcel, le petit scarabée, tomba à la renverse dans son siège devant une telle complexité. Sa perplexité était telle qu’il se demanda si l’on pouvait faire plus sinueux, tortueux et abracadabrantesque comme logique. Il comprenait mieux maintenant pourquoi, dans le message qu’il avait reçu, il était écrit qu’il avait un délai de 2 mois pour procéder aux corrections nécessaires …

Il devait déjà réussir l’étape 1 de la procédure : se connecter aux NewsGroup, un système qui n’était plus utilisé par personne depuis des années lumières, depuis l’avènement du HTTP ! Marcel devait donc retrouver un programme capable de se connecter au réseau Usenet par le protocole NNTP. Un protocole qui avait disparu au moment de l’invasion de Dathomir par la fédération du commerce quelque 3500 années-lumière auparavant. Et ce n’était que la première étape sur les 532 que comptait la procédure !  Heureusement, il se souvint que dans son vieux landspeeder 9000 Z001 remisé au fond du jardin, il lui restait un antique computeur extra basique à connexion bisynchrone. Il l’avait échangé contre un blaster de mauvaise facture à un Jawas lors d’une virée à Mos Eisley. Sur la face avant du vieux computeur était inscrit en lettre brune « Minitel ». Après quelques soudures bien placées et une nouvelle alimentation capable d’accepter les 20 000 gigawatts de sa station nucléaire d’appartement, Marcel, le petit scarabée était connecté à Usenet.

Il entama la seconde étape qui consistait à envoyer un message au modérateur du groupe pour se signaler et indiquer que son compte était bloqué en précisant le motif. Moins d’une heure plus tard, il recevait une réponse sous forme de message automatique lui intimant l’ordre de suivre … une autre procédure ! Marcel devait maintenant présenter son projet en 8 points tel que précisé dans la trame du message disponible sur un autre site, cette fois en http. Marcel, le petit scarabée, se souvint alors de cette vieille histoire que l’on se raconte au fond des cantina de Tatooine quand les 3 lunes sont bien visibles au loin et que l’alcool de panse de bantha vous vrille les boyaux. On raconte qu’il y a longtemps, longtemps, aux confins de la galaxie d’alderaan se déroulait un divertissement appelé « Fort Boyard » où des stormtrooper devaient résoudre des tas d’énigmes compliquées pour essayer de déjouer l’astuce du père Yoda. Personne n’est bien certain que l’histoire n’a pas un peu évoluée au cours du temps. Mais il n’en demeure pas moins vrai que les érudits utilisent l’expression « comme Fort Boyard » pour décrire la complexité, là où le commun des Han Solo parlera de « raisonnement d’énarque » sans que l’on sache d’où provient cette expression.

La procédure avait beau être très compliquée et sans réelle mesure avec le simple clic permettant au modérateur de restituer l’accès à son site Marcel, le petit scarabée, n’avait d’autre choix que de se plier aux injonctions de son interlocuteur. En effet, la horde des geek qui officiait chez hirf à la hotline et à la maintenance des serveurs avait le pouvoir. Ils étaient inatteignables puisque l’on ne savait pas où ils se trouvaient. Ils étaient incontournables car eux seuls pouvaient rétablir l’accès par un clic de souris bien placé. Et ils étaient intraitables car bornés comme des têtes de mules. L’arrogance des geek était connue jusqu’au tréfonds de la galaxie. Dans une posture de service proche de l’abîme de begar, leur réponse était parfois si laconique que l’on pouvait croire que c’était un dewback qui vous répondait. A l’un de ses messages où il demandait poliment comment il devait faire, le geek avait répondu « ??? ! » … La horde des geek se permettait même de tutoyer directement, sans aucune autre forme de procès, pour bien montrer à Marcel qu’il était à leurs yeux une sous créature du sous univers de la sous planète et qu’il devait se soumettre.

C’est donc après avoir fait allégeance 14 fois, avoir rédigé 128 messages de déclaration de soumission au grand Dark Modous, de s’être filmé en train de vénérer les pieds du grand chancelier Palpathirf du sénat impérial de la hotline que le geek accepta de mettre la demande de Marcel, le petit scarabée, dans la liste des 12 154 725 demandes à examiner. Et au rythme où les demandes étaient traitées, Marcel, le petit scarabée, avait une petite chance que sa demande soit examinée d’ici environ 18 ziratuggs. Ce qui en temps terrien correspondait à environ 28 siècles et demi. Si par chance sa demande était examinée et acceptée, alors il faudrait encore compter plusieurs ziratuggs pour que le geek appuie sur le clic. Mais arrivé à ce stade Marcel, le petit scarabée préféra ne pas y penser.

Le supermarché improbable

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Ce soir je suis dans le tram, assis à mon club quatre, réfléchissant comme à mon habitude. Voyez-vous, je suis du genre à anticiper, à organiser, bref à planifier. Dans le jargon technique de la psychologie on va dire que je suis plutôt J sur la dimension J–P du MBTI. Et surtout, ne venez pas me dire qu’il s’agit d’une dimension Jungienne ! Oui, j’y tiens. Car Young n’a proposé que trois dimensions : E–I, S–N, et T–F. La dimension J–P a été ajouté par les auteurs Isabel et Katherine Briggs. Alors je vous en prie ne faites pas comme certains mauvais psychologues qui pensent que les quatre dimensions ont été proposées par Young dans sa célèbre typologie. Et ne me demandez pas non plus pourquoi Isabelle et Catherine portent le même nom.

Mais voilà que je m’égare car à l’origine il ne s’agit pas de parler du MBTI. Il s’agit de parler d’un supermarché improbable.
J’étais donc dans mon tram T3, assis toujours sur mon club quatre, réfléchissant à ce que j’allais manger ce soir. Échafaudant de nombreuses hypothèses, oui je suis du genre à anticiper comme je vous l’ai déjà expliqué. Échafaudant de nombreuses hypothèses, disais-je, j’en arrivais à cet insight, c’est-à-dire à cet éclair transcendant qui vous apporte cette réponse que vous cherchez depuis des heures et des heures. Et en l’occurrence ici, cet insight n’est autre qu’un … pot de rillettes !

En effet en réfléchissant à toutes les hypothèses de mets culinaires qui pourraient faire mon repas du soir, je me suis souvenu que j’avais dans mon placard en haut à gauche de ma cafetière KRUPS à broyeur intégré, un petit pot de rillettes qui devraient être bien bonnes car elles viennent du Mans. Et ce n’est pas une forfaiture, ni une invention de ma part car … c’est marqué dessus !

J’ai donc poursuivi ma réflexion en partant de l’hypothèse « rillettes ». Mon schéma cognitif est alors le suivant : tout d’abord s’interroger sur les conditions dans lesquelles les rillettes du Mans seront les plus goûteuses ? A cette question tout le monde vous répondra sans exception : « délicatement étalées sur un morceau de pain frais et croustillant ». Il me faut donc trouver une boulangerie susceptible de me fournir en pain frais et croustillant.

Ici mon heuristique de raisonnement est assez simple puisque j’identifie immédiatement la boulangerie du bas de chez moi. Mais, il est nécessaire de prendre en compte quelques caractéristiques. Nous sommes vendredi, il est 17 heures, le pain le plus frais et le plus croustillant sera donc celui de la fournée du soir qui est disponible, d’après mes observations, après 18 heures. Il faut donc que j’arrive à la boulangerie du bas de chez moi après 18 heures, mais avant 19h15 car à cette heure … il n’y a plus de pain.
Je me vois déjà, tartinant délicatement mes rillettes du Mans sur la baguette tradition tout juste sortie du four, fraîche et croustillante à souhait. C’est alors que j’imagine le petit carré de pain surmonté d’une épaisseur consistante de rillettes, accompagné d’un cor … sacrebleu, je comprends immédiatement la faille de ma démonstration. Et le gâchis gastronomique si je ne résous pas d’abord cet imbroglio : je n’ai plus de cornichons chez moi.

Heureusement que je suis du genre à anticiper car la rillette a beau être étalée sur du pain frais et croustillant, si elle n’est pas accompagnée d’un cornichon c’est toute une tradition française qui est bafouée. Il me faut donc trouver rapidement et en tout cas avant 18 heures un pot de cornichons de bonne facture.
Première hypothèse, je passerai au petit magasin Franprix avant de passer à la boulangerie et je pourrai trouver un pot de cornichons. Encore une fois mon anticipation me permet d’évaluer la qualité des cornichons que je peux trouver dans mon petit magasin Franprix. Je me souviens en effet que le dernier pot acheté était rempli de cornichons tellement fins que j’ai du les prendre à la pince à épiler. Des cornichons fins, je veux bien, mais il faut quand même qu’il y ait de la matière à croquer. Il me faut donc trouver un autre lieu d’approvisionnement en bocal de cornichons.
J’en étais là de mes réflexions, lorsque je m’aperçois que mon tram T3 est en approche de la gare de Rosa Parks. Je jette alors un œil sur l’horloge gigantesque totalement incrustée dans le mur de la station RER : 17h25. Autant dire que si je prends le RER de 17h35, je risque d’arriver un peu tôt à la boulangerie. Je décide alors de profiter du petit temps que j’ai à tuer devant moi pour me rendre chez l’épicier Édouard Leclerc de Rosa Parks.

Voyez-vous Rosa Parks est une station RER relativement récente et les aménagements autour de Rosa Parks sont encore plus récents. Il y a la des dizaines et des dizaines de magasins, de restaurants, de croissanterie, bref nous sommes là dans un quartier totalement rénové façon « branchouille ». Je veux dire par là que nous sommes très loin de l’architecture douteuse, et principalement cubique voir parallélépipédique rectangle, des magasins de zones commerciales. Pour le dire autrement, nous sommes très loin des zones commerciales affreuses, composées de hangars en tôles aux couleurs tantôt blafardes tantôt criardes qui enlaidissent les paysages de nos périphéries urbaines par des non-sens esthétiques qui insultent les yeux des hommes et des femmes qui se précipitent à l’intérieur, non pour consommer voracement, mais pour s’épargner la vision d’horreurs métalliques qui étalent au grand jour notre régression architecturale depuis des millénaires et le modèle de la périphérie urbaine du Caire magnifiquement aménagée du côté du plateau de Gizeh … trois petits points de suspension … comprenne qui peut … ou qui veut mesdames et messieurs de la grande distribution responsables de la défiguration de nos périphéries urbaines et PAF ! ça … c’est fait !

Bon, où est-ce que j’en étais ? Ha oui, voyez-vous, lorsque vous entrez dans l’épicerie Édouard Leclerc de Rosa Parks, après les classiques portillons automatiques, vous pénétrez dans un intérieur aux couleurs chatoyantes et à l’équipement électronique branché et connecté de la dernière génération. Par exemple vous avez un appareil qui transforme vos pièces de monnaie en bons d’achat. J’ai pas du tout compris l’intérêt d’une telle fonctionnalité mais bon si ils l’ont fait c’est que ça doit servir. Un peu plus loin vous avez sur votre gauche une espèce de cage vitrée transparente derrière laquelle défilent des clients à la queue leu leu. Vous vous demandez bien ce qu’ils font jusqu’à ce que vous découvriez qu’ils passent leurs articles sur les caisses automatiques sans caissière. Encore un peu plus loin, derrière son comptoir, le monsieur de la sécurité récupère votre sac, exactement comme la conciergerie. C’est-à-dire qu’il prend votre sac, va le ranger dans un espace dédié, et vous donne en échange un petit carton avec un numéro. Autant dire le grand luxe des palaces parisiens à la portée du client d’Édouard Leclerc.

Je pénètre donc dans le magasin, admirant devant moi les kilomètres de linéaire. Mais attention pas des linéaires en tôle blanche blafarde, toute tordue, à l’image de l’architecture en tôle cubique desdits magasins. Non, non, non devant moi ce sont de magnifiques étalages design, de couleur noire comme les célèbres berlines allemandes, recouverts de bois, sans aucun doute de sapin des Vosges à ce niveau de qualité. Voyez-vous, dans ce magasin les étiquettes ne sont pas toutes pourries et illisibles comme dans tous les autres magasins. Ici les étiquettes sont fabriquées dans la même technologie que les liseuses sur lesquels vous téléchargez le dernier Guillaume Musso. Oui alors là je préfère prévenir tout de suite, j’ai cité Guillaume Musso juste pour que les moteurs de recherche genre Google répertorient mon article. En effet si j’avais choisi un autre auteur plus intéressant, voir même Carl Gustav Jung, la probabilité pour que Google référence mon article aurait été bien plus faible. Tout cela pour dire que je n’ai jamais lu Guillaume Musso et que je serais bien incapable de citer quoi que ce soit de sa plume.

Bon, vous l’avez compris le magasin est hyper tendance. On pourrait même dire qu’il est « hype ». Et là vous vous dites « mais où est-ce qu’il veut nous emmener avec son histoire de magasins ultramodernes ? ». Et bien voyez-vous, dans ce magasin ultramoderne, ultra design, ultra tendance et tout et tout, et bien on ne trouve rien ! Car mon bocal de cornichons, je ne l’ai jamais trouvé. Ha ça … des cornichons j’en ai trouvé ! Et pas que dans les clients ! Des cornichons à la Russe, des cornichons aigres-doux, des cornichons au vinaigre balsamique, des cornichons au sel de Guérande, des cornichons au piment d’Espelette, des cornichons sans Glyphosate … oui, là j’ai un peu inventé mais c’est pour la même raison que le Musso du dessus : le mot « Glyphosate » est très tendance  en ce moment, donc en le rajoutant PAF les moteurs de recherche vont relayer mon article et BIM cet article aura plein de statistiques, de faulauweurs et tout et tout.

Bon, où est-ce que j’en étais ? Ha oui, des cornichons machin tout ça, des cornichons au jus de pruneau d’Agen, des cornichons élevés sous la mer, des cornichons sans sucre ajouté, des cornichons à 25% de matière grasse et sans oublier, évidemment, les célèbres cornichons du bassin d’Arcachon !

Mais des cornichons tout simples, que nenni … nada … rien … impossible de trouver un bocal de cornichons tout simple.

De guerre las j’ai donc renoncé à ma quête du cornichon dans cette épicerie. Car oui il faut le dire et dénoncer cette situation intolérable où, en France, en 2017, l’administration autorise l’ouverture de magasins improbables dans lesquels on ne trouve pas de cornichons basiques. Alors même qu’il en va de l’avenir de notre gastronomie.  Je repense ici à mes rillettes orphelines … reposez en paix … le frigidaire sera votre caveau pour l’éternité tant que je ne trouverai pas de cornichons … amen !

Alors je le demande solennellement au gouvernement : il faut obliger les épiciers à vendre des cornichons … génériques ! On a su le faire pour les médicaments, il faut le faire pour les cornichons !

 

Bref, je suis allé en mission (1)

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉

Dans mon métier, on dit « Je vais en mission à … « . Rien à voir avec une mission secrète, James Bond, tout ça. Non, non, c’est juste qu’on part en déplacement professionnel. Et la destination est importante car c’est rarement l’endroit où tu passerais tes vacances. C’est genre « Je vais en mission à Montargis ».

Bon parfois, la destination est pas mal. Mais comme tu y vas pour bosser, bein … t’as pas vraiment le temps d’en profiter. Alors que tu ailles à Venise ou à Montargis, c’est pareil.

Bref, je suis allé en mission à Montpellier. Et Montpellier, en pleine canicule… c’est chaud. Et dans mon métier, quand on va en mission, ça veut dire qu’on va auditer. C’est marrant comme la perception change suivant que l’on est d’un côté ou de l’autre de la mission. Moi je trouve ça sympa. Mais de l’autre côté, ils ont les copeaux, ils fouettent, ils tremblent, ils sont tout blancs …

Bref, je suis allé en mission à Montpellier

Une mission, ça commence toujours par la logistique. Oui, il y a aussi le boulot qu’il faut préparer. Mais j’en parle pas ici. Donc la logistique ou dit autrement, la « résa d’hôtel ». Tu te connectes sur le site du prestataire, tu entres Montpellier. Tu précises les dates. Et pouf ! tu as la carte avec les hôtels possibles : une petite flèche verte et l’hôtel est « dans les prix », une petite flèche rouge et l’hôtel est … « pas dans les prix ». Pour le dire autrement, réserver à Montpellier en juillet en s’y prenant la semaine précédente c’est … que des flèches rouges. Alors là, tu peux prendre un hôtel « flèche rouge » mais il faut passer par un circuit de validation à 2500 niveaux qui va jusqu’au président de la république avant de revenir par le même circuit. C’est possible … mais seulement en théorie. Alors il reste le joker. Non, non, pas l’appel à un ami mais … l’appel à l’assistante.

Moi : « dis Stéphanie, je ne trouve pas d’hôtel dans les prix pour la mission à Montpellier lundi prochain »

Stéphanie : « T’inquiète, je m’en occupe »

Moi : « OK super. Heuuu … pas à Tataouine quand même … hein ? »

Stéphanie : « Mais non … fais moi confiance… »

Le lendemain, Stéphanie vient me voir dans mon bureau et me dit « A y est, je t’ai trouvé un super hôtel … dans les prix … et avec vue sur mer ! »

Bref, j’ai une confiance toute relative.

On arrive à Montpellier. Oui parce qu’une mission c’est toujours à plusieurs. Là on est 3. On est à la gare de Montpellier, en plein centre ville.  La température au sol est d’environ 48 degrés … à l’ombre. Le lieu de la mission est à l’est de Montpellier. L’hôtel est à l’ouest de Montpellier. Il est 11h30. Les collègues veulent déposer les valises à l’hôtel. On appelle l’hôtel…. l’hôtel ne répond pas.

On va à l’agence de transport en commun pour demander l’itinéraire jusqu’à l’hôtel. On entre.

Le guichetier : « On ferme ! Vous avez l’autre agence au coin de la rue après le Mac Do ! » dit-il, d’une voix nasillarde dans l’hygiaphone. Tout le monde sort, regards perdus … Mac Do là … à midi ! On marche et nous passons le coin de la rue. A peine tourné, une file d’attente de 3874 personnes déborde de l’autre agence.

Bref, on a failli tester les renseignements des transports en commun montpelliérain !

On va faire autrement. On appelle l’hôtel … bis … non, non pas IBIS la marque des supers hôtels. Le « bis » c’est pour dire qu’on l’appelle pour la 2ieme fois …

Le collègue : « Bonjour madame, comment fait-on pour rejoindre votre établissement par les transports en communs ? »

La dame de l’hôtel : « Bein … vous n’êtes pas rendus ! Pis … ça grimpe fort pour venir jusqu’ici. Et si vous venez avant 15h30, il y a un supplément de … beaucoup de neuros ! »

Moi : « qu’est-ce qu’elle dit la dame ? »

Le collègue : « elle dit qu’on va pas aller tout de suite à l’hôtel, on ira ce soir »

Je mets une carte de la ville de Montpellier pour que l’on ait bien les mêmes repères en tête. Les distances sont estimées approximativement et sont assez proches de la réalité.

Bref, on a pris le tram vide à Montpellier.

Oui, en province, c’est pas comme à Paris : le tram il est vide et tu peux t’asseoir.

3h plus tard, on descend du tram. On marche en traînant nos valises par 60 degrés à l’ombre mais nous on est en plein soleil. On marche … on marche … on marche …

  • Moi : « dis ! T’es sûre que c’est par là ? Parce que là … y’a plus de trottoir depuis au moins 3 kilomètres » …
  • Le collègue : « Si, si, je t’assure, c’est écrit sur le plan, regarde …« 

Ha oui … finalement, ce n’était pas si loin. Après 6h de marche on est arrivé sur place.

Bref, on a commencé la journée, mais surtout la mission, comme après un vendée globe en solitaire par 75 degrés au soleil …

J’ai dit que je ne parlais pas du contenu de la mission. Parce que c’est quand même un peu secret, tout ça, que j’ai pas trop le droit d’en parler alors … hop c’est la fin de la journée. Objectif : rejoindre l’hôtel qu’est dans les prix et avec vue sur mer 🙂 Mais qui est de l’autre côté de la ville  😦

Après les 6h de marche en traînant la valise, le passage à niveau et ses innombrables convois ferroviaires, plusieurs hectolitres de sueur dans la chemise, nous voilà à l’arrêt de tram. Il est 18h30 mais la température n’a pas varié d’un iota. Je peste contre Donald Trump, omni responsable devant l’Éternel du réchauffement climatique. Le cheval de fer s’arrête à notre hauteur. Les portes s’ouvrent. Nous pénétrons à l’intérieur. Pinaise … pas climatisé … c’est comme dehors mais en 3 fois plus chaud. Je re-peste contre Donald Trump ! On choisit un club 4 et on s’installe. Oui, le tram est vide … c’est pas comme à Paris tout ça…. enfin je l’ai écrit plus haut.

Bref, on a chaud, très chaud … vraiment très chaud. Et c’est pas comme si on était en costard cravate 😉

A quelques mètres, un gars discute bruyamment, avec son acolyte. Il accompagne son propos de gestes approximatifs à la trajectoire manifestement mal maîtrisée. Ce n’est pas sa gestuelle qui m’interpelle mais plutôt l’avenir de la boîte en fer de 50 cl qui contient un breuvage houblonné mais surtout … qui décrit des sinusoïdes en 3D. Si elle pouvait parler, elle dirait certainement « s’il te plait, vide moi et qu’on en finisse le plus vite possible, j’ai la nausée« .

Bref, l’artiste nous regarde. Je comprends qu’il va nous interpeller. Bingo, il vient dans notre direction … mais pas en ligne droite. On m’a pourtant toujours appris que le chemin le plus court c’est la ligne droite sauf … quand la terre tangue. Et là, la terre … elle a l’air de vachement tanguer pour cet olibrius

L’artiste : « messieurs, puis-je me permettre de solliciter votre savoir au sujet d’une question qui nous divise, mon ami et moi ? »

Moi : « mais faites donc, mon brave. »

L’artiste : « Alors voilà … de votre point de vue, combien d’années séparent deux générations ? »

Moi : « 25 ans. »

L’artiste : « Hum …votre réponse n’arrange ni mon ami, ni moi-même car nous voici maintenant avec 3 propositions différentes. Comme vous avez l’air érudits, je considère votre réponse comme la plus juste. Je vous remercie messieurs. »

Et il rejoint son acolyte … toujours pas en ligne droite et en se tenant aux barres verticales judicieusement disposées le long de son trajet par le fabriquant du tram. Alors que tout le monde sait que le plus court trajet entre 2 points, c’est la ligne droite comme je le disais précédemment.

On se regarde. On esquisse un large sourire entendu, rassurés par la nature non belliqueuse de notre nouveau compagnon de transport en commun.

Mais l’embellie n’est que de courte durée. L’artiste revient vers nous, non sans s’être abreuvé d’une goulée de la mousseuse boisson.

L’artiste : « messieurs, la décence m’oblige à vous donner une explication à ma sollicitation. »

Moi : « mais non, t’inquiète pépère … c’est pas utile »

L’artiste : « messieurs, je ne sais pas qui vous êtes. Vous êtes peut être … PDG. Je vois monsieur avec son costume et sa cravate. Et bien moi je suis … scénariste ! Là je prépare une pièce de théâtre avec un concept tout à fait nouveau : je fais parler un caillera en vieux françois et Louis XIV en caillera ! »

Tellement captivés par la maestria de notre artiste avec sa canette que nous n’avons pas prêté attention au voyageur qui vient de s’asseoir à nos côtés sur le club 4 d’en face.  Mais l’artiste lui, l’a repéré et lui tend la main. Enfin … comme quelqu’un qui essaie de viser le digicode avec un taux d’alcoolémie incompatible avec ce screugneugneu de clavier beaucoup trop petit …

Ils se saluent, se disent « bonjour« , échangent quelques mots genre « j’pensais que tu m’avais pas vu. Bein si que je t’avais vu mais je discutais avec ces messieurs … hurmpf »

Personne ne dit mot mais nous sommes soulagés que notre nouveau compagnon, l’artiste, ait retrouvé un compère. Comme ça, au moins, il nous lâchera la grappe.

Hé flûte, j’ai parlé trop vite ! Ledit compère ne doit pas l’apprécier plus que ça car il l’invite à poursuivre sa conversation avec nous. 4 regards furibards sont maintenant dirigés vers le compère qui nous fait un large sourire … un sourire qui dit « démerdez-vous avec lui, j’ai autre à faire que supporter son haleine d’outre à bière ! »

Le voilà qui revient vers nous : « ho oui, je ne vais tout de même pas laisser ces messieurs sans explication »

Moi : « mais si pépère … ne te prends pas la tête, on ne t’en tiendra pas rigueur »

L’artiste : « alors voilà mon idée … vous voyez, lui  » dit-il en pointant du menton notre collègue « il a un costume … une cravate. Je ne sais pas qui il est mais … il pourrait être PDG ou même … président … »

Moi : « c’est pas faux d’autant qu’un PDG … c’est aussi un président … hein ? »

L’artiste : « alors lui, on s’attend pas à ce qu’il parle comme une racaille de banlieue. Mais s’il disait … heuuu … j’sais pas moi heuuu … j’kiffe trop la meuf de la compta … celle qui bosse au 3ieme ! Hein ? ça fait drôle non ? Pour un type qu’est en costard cravate ? … »

Moi : « Effectivement, je vous confirme que je vois pas trop mon collègue s’exprimer ainsi »

Nous en étions là de notre échange fort instruisant quand le tram s’est arrêté. Je crois que le copain de l’artiste a finalement eu pitié de nous car il lui a dit « Hé mec … c’est ton arrêt ! » et l’artiste s’est précipité dehors. Enfin … comme on peut se précipiter quand on est sur un radeau par forte houle et que l’on cherche à quitter le navire pour rejoindre la terre ferme … heureusement qu’il y avait un abris-tram … c’est comme un abris-bus sauf que c’est pas sur une ligne de bus mais de tram … en face de la porte pour stopper net la course chancelante de notre auteur-compositeur-interprète d’une pièce de théâtre qui fera un malheur au box office, n’en doutons pas.

Bref, après la sortie remarquée de notre artiste et sans faire de rappel, notre tram a repris son petit bonhomme de chemin vers sa destination initiale. Et nous … bein … on est restés assis, dans la chaleur suffocante d’un été à Montpellier, suants à grosses gouttes dans nos chemises comme au sauna. Sauf qu’au sauna, tu y vas en tenue adéquate … tu n’y vas pas en costard cravate …

Après quoi … pfiouuuu à peine 12 heures plus tard, 2487 arrêts et environ 12 millions de kilomètres, voici que se profile à l’horizon, notre arrêt. Nous descendons. Dehors, il fait encore plus chaud que dedans … c’est incompréhensible. C’est un peu comme si les lois de la physique avaient contourné Montpellier et se disant « non non, ici, on va laisser le soleil faire ce qu’il veut comme il veut. On ne va pas baisser la température quand il y a de l’ombre« . Du coup, le soleil en profite et il fait ce qu’il veut. Alors … il chauffe ! Et il chauffe fort … très fort ! C’est quand on a commencé l’ascension du mont Niitaka, que j’ai compris ce que ressentent les haricots du cassoulet juste avant d’exploser dans le four micro-ondes poussé au maxi.

Oui, non seulement l’hôtel est loin de l’arrêt de tram mais en plus ça grimpe fort, le soleil doit être à quoi … pfiouuu pas 2 mètres au-dessus de nos têtes, il n’y a pas de bus pour nous y rendre et on doit longer la route qui elle, forcément … est dans le sens inverse donc … les voitures s’en donnent à coeur joie pour descendre « fend la bise« , ou « vent du cul dans la plaine » si vous êtes plutôt sergent major, et nous polluent notre oxygène parce que franchement, c’était pas assez difficile comme ça.

Donc on attaque l’ascension de la roche de solutré. Au premier carrefour, on croise les potes de l’artiste qui proposent de nous vendre des bouteilles d’eau fraîche si non, nous disent-ils, vous n’arriverez pas en haut. Malins les acolytes du poivrot du tram : eux, ils restent en bas pour picoler des bières et ils vendent de l’eau à ceux qui entreprennent leur chemin de croix jusqu’à l’hôtel. Mais bon, à 7499 euros la bouteille de 50 cl, on a courtoisement décliné l’offre. Et on a marché … marché … marché et comme dans le désert, plus on avançait plus le haut de la colline s’éloignait …

8 heures plus tard, les roues des valises avaient perdu 1/3 de leur diamètre. Le bitume du trottoir collant à nos semelles comme le ruban antimouches aux pattes de la drosophile, nous arrivâmes … au Mac Donald’s ! Hé oui, sans faire attention, tellement voûtés par le poids de la chaleur, on a oublié de tourner et paf … nous voilà au Fast food ! Heureusement, en relevant machinalement la tête … nous aperçûmes l’enseigne de notre hôtel … de l’autre côté du rond point.

Bref, on a retrouvé le sourire

Dans ma tête, je repense à la joie de Stéphanie m’annonçant fièrement « A y est, je t’ai trouvé un super hôtel … dans les prix … et avec vue sur mer !« . « Avec vue mer ! » … on doit être à mille kilomètres de la mer ! Et pis avec cette chaleur, la mer a du s’évaporer entièrement !

Bon, nous voilà aux portes … de l’hôtel. Enfin … je ne sais pas si vous connaissez la chaine « Appart’City » ? C’est comme un hôtel, ça ressemble à un hôtel mais … c’est pas un hôtel. En fait c’est de la location d’appartement à la nuit ! Si si je vous assure c’est possible. Et quand on loue un appartement, qu’est-ce que l’on fait … hein ? je vous le demande … hein ? De … la … paperasserie ! plein de paperasserie ! Donc, nous voilà en train de biffer les 12 154 pages du contrat de location … en 3 exemplaires … Et tout cela pour une piaule de 6 m2 à Tatouine les bains, sur le rond point du périph par 75 degrés sans clim !

2 heures et demi plus tard, la nana de la réception nous explique qu’elle va faire des photocopies pour laisser un exemplaire du contrat de location .. à chacun. On lui répond, en coeur : « qu’elle peut se le carrer dans l’f …. son contrat« .

Bref, on l’y a braqué son armoire à clés après l’avoir assommée avec un vieux « Figaro Madame » qui traînait par là. On récupère nos clés de chambre. Pour moi ce sera le 6ieme étage. Si si c’est important, vous allez voir. J’introduis la clé, je tourne, je clenche et je pousse la porte qui s’ouvre sur un tout petit couloir. Pas dans la longueur … le couloir, non … dans sa largeur. J’avance, et j’entre dans … bein dans ce qui doit être la chambre mais comme le lit prend toute la place, il doit rester environ 10 cm entre les murs et le lit. En face de moi … une fenêtre qui fait toute la longueur du mur. Bon en même temps, vu la taille de la pièce, ça ne fait pas non plus une fenêtre gigantesque. On va enfin avoir le dénouement de ce suspens devenu maintenant insoutenable : la … « vue sur mer » est-elle une blague de l’assistante ou un argument commercial surfait de l’hôtel ?

Je pousse le rideau ou plutôt … je le tire car dans ce sens c’est plus juste de dire … « ho tu vas pas nous faire traîner plus longtemps, tu la lâches ta pastille hein !« . Bon ok, par la fenêtre j’ai une vue  imprenable sur … le rond-point et sa concomitante circulation automobile et motobylette pétaradante et klaxonnante comme seuls savent le faire les sudistes d’en bas de la France. Au second plan, le centre commercial très animé ce soir avec ce campement de gens du voyage qui fait étape sur le bitume brûlant. C’est vrai qu’à Montpellier il est beaucoup plus agréable de camper sur le parking d’un supermarché plutôt que de pousser de quelques kilomètres jusqu’à Palavas les flots … hein ! C’est quand même beaucoup plus amusant de venir emmerder les clients des hôtels à proximité plutôt que de danser la carioca sur le sable chaud au bord de l’eau … hein ! Au 3ieme plan, on commence à moins bien distinguer mais je crois reconnaître une zone résidentielle.

Et voilà … voilà voilà voilà … l’assistante s’est bien joué de m… non ! Attends ! Là-bas … oui, tout là-bas … tout au fond …  on dirait … mais oui ! Une toute petite ligne légèrement bleutée … c’est la mer ! Alors comment dire ? Techniquement, on peut le confirmer « oui, c’est exact,  on a vue sur mer depuis la chambre ». Mais reconnaissons tout de même qu’on est loin du concept de « vue sur mer ». Et vu l’épaisseur de la ligne bleue, je pense qu’au 5 ieme étage je ne la voyais plus. Alors vous voyez que c’était important de préciser l’étage ? hein ?

Quand je recevrai le questionnaire de satisfaction que l’hôtel ne manquera pas de m’envoyer, je pense que je ferai un rapport d’étonnement sur l’argument commercial qui vante la … « vue sur mer » 😉

Comment j’ai réglé mon avis de second acompte 2017 en ligne

Bon, vous l’avez compris, je vais vous narrer comment je viens de régler mon 2ieme tiers provisionnel directement par internet. Oui, l’administration publique a changé la sémantique mais « second acompte 2017 » c’est la dénomination d’aujourd’hui de ce que la même administration publique appelait autrefois « 2ieme tiers provisionnel ». Je ne sais pas si c’est plus … tendance … mais bon, c’est comme cela qu’il faut dire aujourd’hui.

Hé oui, il faut se mettre au goût du jour. Et se mettre au goût du jour, ça ne me fait pas peur, moi ! Je suis de ceux qui se sont promis de ne jamais vieillir, de ne jamais tomber dans la facilité de ces vieux qui, progressivement tombent dans le … « c’était mieux avant !« . Parce que … si on y réfléchi vraiment bien … bein … c’est pas vrai, c’était pas mieux avant … c’était … c’était … bein c’était comme ça devait être à chaque époque. Mais franchement il n’y a pas de quoi regretter le passé.

Regardez, moi par exemple, je suis né en … bon, disons, il y a quelques temps. Hé bein, j’étais encore tout bambin sachant à peine marcher et parler que sortait le 1er épisode de la guerre des étoiles, ha ha ! Ca claque ça, hein ! donc je pourrais me dire « ho bein oui alors, c’était mieux avant !« . Sauf que le 1er épisode, c’était en fait le 4 et qu’il faudra attendre 22 ans pour avoir le numéro 1. Alors ? hein ? C’était vraiment mieux avant ?

Pis attendez, c’est pas tout. J’ai du attendre d’avoir 11 ans pour toucher mon 1er computeur ! Et alors attention, c’était l’époque du plan informatique pour tous de Fabius alors 1er ministre. C’était l’époque du … MO5 de Thomson. Fabrication 100% française et un slogan en béton : « Apprendre l’informatique à nos enfants, c’est les préparer aux emplois de demain…Pour nous, la France avance « . Bon moi, j’avais un papa en avance sur son temps alors il m’a dégoté un … TO9 du même Thomson évidement. Ho purée qu’il était chouette mon computeur … comme dans le film « Wargames » sorti en 1983. Bon, quand je disais que mon rêve c’était d’avoir un terminal plutôt qu’un computeur isolé … tout le monde rigolait et me prenait pour un … un … gamin un peu illuminé. Un terminal c’est un ordinateur connecté à plein d’autres ordinateurs pour pouvoir communiquer avec beaucoup d’autres passionnés d’informatique. Un peu comme … internet finalement … alors oui, je devais être illuminé au début des années 80 🙂

Bref, regardez comme il était chouette mon TO9. Avec lui j’ai découvert la programmation. Pour faire une addition de 2 chiffres il me fallait suer sang et eaux pendant 3 jours de codage acharné pour finalement afficher, 2 + 3 = 5 ! Ha ha C’est donc vrai que c’était mieux … avant ? Aujourd’hui, Microsoft me donne Visual Studio.Net qui me permet d’assembler en 2 clics des briques logiciel qui m’affichent toutes les fonctionnalités d’un logiciel plus puissant que n’importe quel applicatif ultra basic que j’aurais mis 6 mois à développer … et avec plein de bugs ! Et à l’époque du TO9, il fallait acheter le journal « hebdogiciel » pour récupérer des lignes et des lignes de codes que je devais retaper une à une pendant des heures et des heures. Alors qu’aujourd’hui je vais sur les bons sites et hop … copier/coller … en 2 secondes c’est fait ! Alors ? c’était vraiment mieux avant ? Et attendez, ce n’est pas tout. Mon TO9 … il n’avait pas de … disque dur ! rien que des disquettes dont la taille s’exprimait en Kilo octets ! Et attention 128 Ko, c’était un monstre ! Aujourd’hui on met dans notre poche une clé USB de plusieurs Giga, un disque dur amovible de plusieurs … Téra ! Alors c’était vraiment mieux avant ? Hum … l’époque du « 3615 code qui n’en veut » sur le minitel, c’était mieux ? hein ?

Et encore, je ne vous ai pas parlé du célèbre … WalkMan :

Franchement, il est pas chouette, hein ? Avec les cassettes qu’il fallait introduire par la porte avant … avant de se rendre compte que c’était pas le bon côté ! Que la chanson que tu voulais écouter elle était de l’autre côté … tout au début. Alors évidemment tu pouvais appuyer sur le bouton « Rewind » mais … ça bouffait les piles à vitesse grand V. Alors si, comme moi, tu étais à l’internat sans possibilité d’aller racheter des piles bein … t’avais pas d’autre choix : tu faisais le « Rewind » méthode artisanale ! à la main ! Si si … avec un crayon à papier que tu enfilais dans un des deux rouleaux de la cassette et zou … tu faisais tourner la cassette autour du crayon pendant … pendant … pendant … fiouuuuu 3 plombes. Tout le monde faisait ça au dortoir le soir avant l’extinction des lumières. Du coup, il y a avait un bruit de fond de … SouiSouiSouiSoui !

Et bout de 3 plombes … fier de ton exploit, tu remettais la cassette dans le walkman pour te rendre compte que … bein non finalement, c’était bien de l’autre côté ! Un peu comme les 3 sens de la clé USB d’aujourd’hui : je branche ma clé … ha mince, non, c’est dans l’autre sens … ha bein non finalement c’était bien dans l’autre sens 🙂 Alors c’était vraiment mieux avant, hein ? Ipod ou … cassette à bande ? hein ? C’était vraiment mieux avant ?

Bon, pour en finir avec tous ceux qui nous serinent les oreilles du « c’était mieux avant !« , je les achève avec cette étude très sérieuse et surtout très scientifique de l’INSEE. Oui, oui, je vous parle bien de l’institut national de la statistique et des études économiques. Lisez bien, le résultat de l’étude est résumé ici « Le rythme de l’inflation atteint au cours des 15 dernières années (+1,4%) est ainsi inférieur à celui des quinze années précédentes (+2,1% entre 1986 et 2001), pourtant marquées par un contre-choc pétrolier et des baisses de TVA. « . En clair, pour ceux qui n’auraient pas compris : il y a moins d’augmentation depuis qu’on est passé à l’euros qu’avant ! Ha … ils disent quoi maintenant ceux qui nous bassinent avec leur « c’était mieux avant ! » ? Et le coup des patates qui coûtent plus cher à cause de l’euros c’est … une fake news.

Mais bon, revenons à nos moutons puisque je voulais vous parler de … mon 2ieme tiers provisionnel. Voyez-vous, j’ai entré « hache té té pé esse tou poyent slache slache dabeul you, dabeul you, dabeul you, poyent impots poyent gouv poyent héf air« . Puis j’ai entré mon code top secret que je suis le seul à connaître. J’ai cliqué sur « Payer en ligne mes impôts ». J’ai validé le montant et zou … c’est fait ! Montre en main, moins de 2 minutes. Alors ? hein ? c’était mieux quand il fallait rédiger son chèque à la main en se demandant si 15 millions ça prend un « S » à la fin ou pas. Puis trouver une enveloppe. Ensuite prendre sa bagnole et se rendre au trésor public pour poireauter 3 plombes avant que le numéro de votre ticket coïncide avec l’afficheur rouge du bureau du receveur des impôts. Lui tendre la dite enveloppe et attendre qu’il vous remercie au nom de la France avec son sourire administratif et ses petits ronds de cuir cousus aux coudes de sa veste pour en éviter l’usure. Ha ha, Hein ? alors, c’était mieux avant ? hum ?

Bon, il me reste quand même une question. Voyez-vous, tous les services publics sont engagés dans la « Dé-Ma-Té-Ria-Li-Sa-Tion ». Mais beaucoup de français souhaitent tout de même conserver la réception papier des documents. Je fais partie de ceux-là. Donc l’administration fait tout pour inciter les usagers à « consentir » à la dématérialisation totale. Mais nous sommes nombreux à résister. La simple question « Consentez-vous à ne plus recevoir votre avis d’imposition en version papier ? Oui – Non » ne marche plus car tout le monde répond « non ». Il lui faut donc trouver des trésors sémantiques pour nous emberlificoter le truc. Et cela donne la fenêtre pop’up qui s’est affichée quand je me suis connecté sur impots.gouv.fr :

Regardez-bien : pas de question « oui – non » mais plutôt un truc tarabiscoté qui ne te donne pas d’autre choix que de valider le fameux « consentement ». Il n’y a pas de bouton « annuler » ou « invalider » … non, il n’y a qu’un seul bouton « valider » . HAAAaaaarggghhh moi je ne veux surtout pas … et là, le réflexe du geek … je clique sur la petite croix en haut à droite de la fenêtre ! BAAAAAMMMM dans ta face le « consentement » … la fenêtre disparu, je peux continuer tranquilou sans avoir validé 😉

Le texte de cet article en audiodescription pour les personnes … qui veulent pô lire 😉